
Le genre Fusarium englobe des champignons filamenteux omniprésents dans notre environnement, reconnus à la fois comme contaminants communs et pathogènes des plantes, mais aussi comme agents de diverses infections chez l'homme. La fusariose, maladie qu'ils provoquent, représente un défi majeur tant pour l'agriculture, affectant la productivité et la sécurité alimentaire, que pour la santé humaine, où elle peut causer des infections opportunistes graves. Cet article explore les multiples facettes de la contamination naturelle par Fusarium, de sa taxonomie à ses impacts sanitaires et agricoles, en passant par son écologie et les stratégies de gestion.
Taxonomie et Diversité du Genre Fusarium
Le genre Fusarium, appartenant au règne des Fungi, au phylum Ascomycota, à la classe des Euascomycetes et à l'ordre des Hypocreales, est classé dans la famille des Hypocreaceae. Ce genre est d'une grande richesse, contenant potentiellement plusieurs centaines d'espèces. Actuellement, 68 espèces nommées sont enregistrées dans la banque de données internationale du consortium Universal Protein Resource, et plus de 1 300 espèces et souches sont inscrites dans la banque de données mycologique internationale de l’International Mycological Association (IMA-MycoBank). Les caractéristiques spécifiques qui différencient ces souches sont souvent très subtiles, ce qui rend leur identification complexe. Le Fusarium roseum est considéré comme l'espèce type du genre.
Plusieurs espèces de Fusarium présentent des stades télémorphes, c'est-à-dire des formes de reproduction sexuée, qui sont principalement regroupées dans le genre Gibberella. Par exemple, Gibberella fujikuroi est la forme parfaite de Fusarium moniliforme. Parmi les espèces les plus fréquemment isolées à partir d'échantillons humains et animaux, on trouve Fusarium solani. D'autres espèces, telles que F. culmorum, F. moniliforme (aussi connu sous les noms de F. proliferatum ou F. verticillioides) et F. napiforme, ont également été associées à des infections chez l'homme. Il est important de noter que dans de nombreux cas d'expositions environnementales, à l'extérieur comme à l'intérieur, les espèces de Fusarium sont souvent rapportées simplement sous l'appellation générique de Fusarium sp., soulignant la difficulté d'une identification précise en routine.
Écologie et Habitat : Une Présence Omniprésente
Les espèces de Fusarium sont omniprésentes dans l'environnement. Elles peuvent être trouvées dans le sol, dans l'air et sur les plantes. Elles sont particulièrement reconnues pour leur association avec les récoltes de céréales et la poussière de grains, incluant le seigle, l'orge, le maïs, l'avoine, le blé et le sarrasin. Certaines espèces, à l'instar de F. solani, sont souvent spécifiquement associées à des céréales ou d'autres cultures, et sont par conséquent plus fréquemment rencontrées dans les régions rurales.
Cependant, de nombreuses espèces de Fusarium sont également présentes dans l'air extérieur et en milieu intérieur. Les concentrations de spores aéroportées sont généralement les plus élevées en été, aussi bien dans les zones urbaines que suburbaines, et dans les régions côtières comme à l'intérieur des continents. En milieu intérieur, la présence de ces mycètes peut être influencée par des facteurs environnementaux extérieurs, mais aussi par le niveau de contamination interne du bâtiment.

Les espèces de Fusarium ont également été associées à des sources d'eau. Des échantillons prélevés dans les systèmes de distribution d'eau des hôpitaux ou des aérosols de douches ont révélé la présence de Fusarium. Il est même probable que Fusarium soit le genre fongique le plus couramment isolé à partir d'échantillons de surface dans les installations de piscine.
Les registres aérobiologiques de différents continents attestent de la présence régulière des espèces de Fusarium dans les échantillons d'air extérieur, même si leurs concentrations ne sont généralement pas élevées dans la plupart des communautés. Les concentrations de spores aéroportées varient de manière saisonnière. Dans les climats nordiques, elles représentent une faible proportion de la flore fongique aéroportée normale. Bien que le Fusarium soit présent toute l'année, les concentrations les plus élevées sont enregistrées pendant l'été, et atteignent leur maximum durant la saison estivale des pluies. La dissémination des spores de Fusarium s'effectue principalement par la dispersion de spores humides via les éclaboussures d'eau, les insectes, ou le vent après l'assèchement de la croissance fongique.
Exigences de Croissance et Contamination des Milieux Intérieurs
Le Fusarium est avant tout connu pour se développer dans les récoltes de céréales (grains, paille et foin), mais plusieurs espèces peuvent être trouvées occasionnellement sur une grande variété de substrats. Ces espèces sont capables de s'adapter à divers milieux, bien que cette adaptation puisse entraîner des changements importants dans leurs caractéristiques morphologiques.
Le Fusarium requiert des conditions humides pour sa croissance et peut même se développer dans de l'eau stagnante souillée, comme celle que l'on trouve dans les réservoirs d'humidificateurs. La plupart des espèces de Fusarium qui se développent en environnement intérieur sont légèrement xérophiles, nécessitant une activité de l'eau (Aw) minimale comprise entre 0,86 et 0,91.
La présence de Fusarium dans les logements, croissant sur les matériaux de construction et dans les systèmes de climatisation contaminés, est un indicateur clair d'un problème d'humidité à l'intérieur. Des études environnementales ont montré que le Fusarium était détecté dans 2 à 6 % des maisons examinées aux États-Unis. Des résultats similaires ont été observés dans le sud de la Californie (prévalence de 25 % et concentration de 4,5 à 47 ufc/m³), en Écosse (prévalence de 10 %), aux Pays-Bas (prévalence de 9 %) et dans des maisons étudiées à Toronto, au Canada (une maison sur seize).
Les études scandinaves ont mis en évidence que les matériaux organiques endommagés par l'eau et contenant de la cellulose, tels que le jute, le papier peint, le carton et le bois, sont particulièrement vulnérables à la contamination fongique. Des études expérimentales ont confirmé que certaines espèces de Fusarium peuvent bien se développer sur des matériaux de construction humides, comme le bois de hêtre, les panneaux de particules en pin et les panneaux de gypse. Les concentrations fongiques aéroportées totales à l'intérieur des bâtiments dépendent en partie des sources et du niveau d'humidité, du type de revêtement des murs et du sol, du niveau d'aération, de la fréquence de nettoyage de l'environnement intérieur et de la présence d'animaux de compagnie. Les fluctuations saisonnières et les niveaux de contamination de l'environnement extérieur contribuent majoritairement à la variabilité de la concentration minimale de la flore fongique intérieure.
Diagnostic Mycologique en Laboratoire
La manipulation des cultures de Fusarium en laboratoire doit impérativement respecter les précautions de biosécurité de niveau 2. Les espèces de Fusarium se développent aisément sur la majorité des milieux de culture non additionnés de cycloheximide. Cependant, l'identification précise des espèces de ce genre est souvent difficile en raison d'un nombre insuffisant de caractéristiques morphologiques distinctives. Récemment, l'analyse par réaction en chaîne par polymérase (PCR), désormais disponible commercialement, a permis d'identifier des souches de Fusarium sp. d'origine clinique ainsi que des souches de la collection de l'American Type Culture Collection (ATCC).
Understanding Fusarium with Trevor
Morphologie Macroscopique des Colonies
Sur gélose Sabouraud à 25 °C, les Fusarium spp. présentent un développement rapide, formant des colonies plates, dont la texture varie de laineuse à cotonneuse, avec une tendance à l'étalement. Fusarium dimerum est la seule espèce dont la croissance est lente. La surface de la colonie peut arborer une palette de couleurs allant du blanc, crème, brun clair, saumon, cannelle, jaune, rouge, violet, rose au pourpre. Le revers de la colonie peut être incolore, brun clair, rouge foncé, pourpre ou brun.
Des sclérotes, qui sont des masses organisées d'hyphes restant dormantes dans des conditions extrêmes telles que la sécheresse, peuvent parfois être observés macroscopiquement. Ils sont généralement bleu foncé. En revanche, les sporodochies, des tapis d'hyphes formant des coussins qui supportent des conidiophores en surface, sont habituellement absentes des cultures de laboratoire. Lorsqu'elles sont présentes, elles sont crème à brun clair ou orangées, à l'exception de Fusarium solani qui produit des sporodochies bleu-vert ou bleues.
Sur gélose Czapeck à 25 °C, les colonies de Fusarium se développent rapidement, atteignant 4 à 5 cm en dix jours. Elles sont plates, veloutées ou cotonneuses. Initialement blanches ou jaunes, elles deviennent souvent rosâtres ou gris clair avec le temps. Certaines espèces développent, à maturité, une large frange blanche de mycélium, et le revers présente souvent des nuances de rose à rouge. Certaines souches de Fusarium solani sont capables de croître à 37 °C sur gélose Sabouraud, gélose pomme de terre (PDA) et dans des milieux liquides à l'asparagine. Cette espèce peut même survivre au moins trois semaines dans des cultures à 40 °C.
Morphologie Microscopique
Le genre Fusarium est généralement identifiable par la présence de macroconidies typiques, multicellulaires, hyalines, fusiformes (en forme de canot), avec une cellule pédicellée distinctive à la base du conidiophore. Toutefois, l'identification des espèces peut être délicate et nécessiter le recours à des méthodes moléculaires. Une méthode PCR commercialement disponible a été évaluée avec succès sur vingt et un isolats cliniques d'espèces de Fusarium et cinq isolats de l'ATCC, permettant l'identification correcte de sept des neuf espèces différentes par séquençage.
Les caractéristiques microscopiques fondamentales des espèces de Fusarium incluent la présence d'hyphes hyalins septés, de conidiophores, de phialides, de macroconidies et de microconidies. En complément de ces éléments, certaines espèces produisent également des chlamydospores. Les espèces productrices de chlamydospores comprennent Fusarium chlamydosporum, Fusarium napiforme, Fusarium oxysporum, Fusarium semitectum, Fusarium sporotrichoides et Fusarium solani.
Les phialides sont cylindriques, dotées d'une petite collerette, solitaires ou agencées en un système ramifié complexe, incluant monophialides et polyphialides, regroupées en amas ou en chaînes. Les macroconidies (mesurant 3-8 x 11-70 µm) sont produites à partir des phialides sur des conidiophores non ramifiés ou ramifiés. Elles sont composées de deux cellules ou plus, avec une paroi épaisse et lisse. Leur forme est cylindrique, en faucille ou en canot, et elles possèdent une cellule pédicellée distincte ainsi que des extrémités distales pointues. Elles ont tendance à s'accumuler en boules ou à s'aligner en remparts.
Les microconidies (mesurant 2-4 x 4-8 µm) se forment sur de longs ou de courts conidiophores simples. Elles sont unicellulaires (parfois bi- ou tricellulaires), lisses, hyalines, de forme ovoïde à cylindrique et sont disposées en boules (parfois en chaînes). Les chlamydospores, lorsqu'elles sont présentes, sont clairsemées, en paires, en amas ou en chaînes. Elles ont des parois épaisses, sont hyalines, et peuvent être intercalaires ou terminales.
Problèmes de Santé Associés aux Espèces de Fusarium

Les risques sanitaires liés à l'exposition aux moisissures dans les bâtiments endommagés par l'eau sont bien établis, en particulier en ce qui concerne les symptômes affectant les systèmes respiratoires, supérieurs et inférieurs. Bien que la contamination par des espèces de Fusarium soit rarement observée à l'intérieur, les nombreux effets graves sur la santé rapportés dans d'autres contextes doivent être pris en compte et considérés comme des facteurs potentiels contribuant à divers problèmes de santé liés à la mauvaise qualité de l'air intérieur.
Irritation et Inflammation
Il est généralement admis que de nombreux composants structuraux fongiques, communs à toutes les moisissures, peuvent induire irritation et inflammation. En règle générale, toutes les moisissures contiennent des substances qui sont irritantes et favorisent l'inflammation à des degrés divers. Certains composés organiques volatils (COV) produits par les moisissures en milieu intérieur sur des matériaux de construction humides peuvent contribuer à divers problèmes de santé, tels que l'irritation des yeux, du nez et de la gorge, la léthargie et les maux de tête.
De plus, des études in vitro et in vivo ont démontré que les spores de Fusarium et leurs extraits peuvent expérimentalement provoquer une irritation oculaire et un érythème. Dans des études expérimentales, l'instillation d'inoculums de F. solani dans les yeux de lapins a entraîné une réaction clinique caractérisée par une irritation et un érythème. Les ß-D-glucanes, composants structuraux non spécifiques et non allergènes des parois cellulaires de la plupart des mycètes, pourraient, selon plusieurs chercheurs, jouer un rôle causal dans l'apparition des symptômes respiratoires liés à l'exposition fongique en milieu intérieur.
Réactions Allergiques
Les spores aéroportées des espèces de Fusarium sont largement répandues, mais sont particulièrement présentes dans les régions agricoles. Ces spores sont considérées comme des allergènes communs, saisonniers et pérennes. Le Fusarium est associé aux allergies de Type I, telles que la rhinite allergique saisonnière et l'asthme. Lors des épreuves cutanées effectuées avec les allergènes fongiques de routine, les réactions au Fusarium figurent parmi les plus fréquentes.
Fusarium solani est souvent isolé chez des patients diagnostiqués avec une sinusite fongique allergique (AFS). Certaines espèces impliquées dans l'AFS sont connues pour coloniser la surface des matériaux de construction présents dans les bâtiments occupés par ces patients. Des cas de sinusite à Fusarium ont également été rapportés dans des circonstances spécifiques, comme la sinusite maxillaire, ainsi que chez des patients greffés. Plusieurs extraits d'espèces de Fusarium ont été étudiés expérimentalement à l'aide de différentes analyses sérologiques, dans le but d'identifier et de caractériser des fractions spécifiques. Dans une étude, jusqu'à 38 fractions antigéniques ont été isolées.
Fusarioses Invasives et Pathogénicité Humaine
Les Fusarium sont des champignons filamenteux dont le rôle pathogène dans des infections superficielles telles que les kératites ou les onychomycoses est connu de longue date. Plus récemment, ces micro-organismes ont émergé comme des pathogènes opportunistes responsables d'infections invasives qui engagent le pronostic vital. Ces infections surviennent principalement chez des patients souffrant d'hémopathie maligne.
Les fusarioses invasives se distinguent des aspergilloses invasives par la fréquence des hémocultures positives et la survenue de métastases infectieuses cutanées. Le diagnostic de ces infections est difficile et repose avant tout sur le diagnostic mycologique direct, notamment l'isolement par la culture. À ce jour, il n'existe pas de test sérologique spécifique. Cependant, des études récentes ont suggéré que la détection de ß-glucane sérique, un biomarqueur de nombreux agents fongiques, pourrait constituer un outil diagnostique complémentaire. In vitro, les Fusarium spp. présentent une faible sensibilité aux antifongiques, quelle que soit la classe concernée. Il existe une sensibilité variable selon l'espèce, Fusarium solani étant généralement l'espèce la moins sensible.
La Fusariose en Agriculture : Impact sur les Céréales et Légumes

La fusariose est une maladie des céréales transmise par des champignons appartenant au genre Fusarium. Les principaux symptômes observés sur les céréales sont un blanchiment des épis, parfois accompagné de dépôts de spores orangées. Cette maladie affecte non seulement le rendement, mais aussi la qualité des grains par la production de mycotoxines. La législation impose un seuil maximal de ces toxines dans les grains, notamment le déoxynivalénol (DON), toxique pour l'homme et le porc. Pour l'alimentation humaine, la concentration de DON ne doit pas dépasser la limite réglementaire de 1250 µg/kg, rendant impératif le contrôle du risque DON.
Une petite vingtaine d’espèces responsables de la fusariose sévit au champ, incluant Fusarium graminearum, F. culmorum, F. avanaceum, F. tricinctum, Microdochium nivale et majus. Sur le blé, les pertes de rendement peuvent atteindre 15 à 30 quintaux par hectare. Les cycles épidémiologiques de ces champignons sont assez mal connus. Pour Fusarium graminearum, les asques se développent et expulsent à maturité les ascospores (spores de reproduction sexuée) en mai-juin, lorsque l'humidité est suffisante. Ces spores sont ensuite dispersées par le vent sur les feuilles et les épis. Dans le cas de Microdochium, les éclaboussures de pluie jouent un rôle important dans la dispersion des conidies, transportant les spores sur les feuilles lors du rebond des gouttes.
Symptômes et Espèces Impliquées sur les Légumes
La fusariose peut également se déclarer sur diverses espèces de légumes, notamment l'asperge, l'échalote, la courgette, le melon, le chou, le céleri, le basilic, le haricot, les pois, la pomme de terre et la tomate. Cette affection est attribuée principalement à Fusarium oxysporum et Fusarium roseum. Sur les plantes, les tiges malades noircissent au-dessus du collet et se brisent facilement. Toutes les parties aériennes encore debout jaunissent à la mi-été et meurent. Les semences ou spores des champignons, tombant à terre, peuvent se conserver dans le sol et infecter les nouvelles pousses l'année suivante.
Fusarium oxysporum est un agent pathogène redoutable qui provoque en été le flétrissement complet du pied de la plante. Le collet et les racines sont rabougris et altérés, présentant des stries longitudinales rougeâtres ou noirâtres. Sur la pomme de terre, Fusarium oxysporum ou Fusarium solani var coeruleum entraînent une tache circulaire brun livide sur le tubercule. Les tissus se dépriment à cet endroit et s'entourent de bourrelets concentriques, donnant à la peau un aspect plissé. Une fois entreposée dans un local sain, la pomme de terre se ratatine et se momifie entièrement. Le champignon ne peut pénétrer le tubercule que par une lésion ou une blessure préexistante sur la peau. Les fruits brunissent sur pied, se liquéfient et tombent.
Sur les oignons, les dommages sont spécifiques au type de culture. Dans certains cas, les plantes montrent des signes de flétrissement même à un stade jeune, avec des feuilles qui virent au jaune. Sur les plantes matures, un léger flétrissement apparaît souvent sur les feuilles et autres tissus, particulièrement pendant les heures les plus chaudes de la journée. Les feuilles deviennent plus tard chlorotiques, souvent d'un côté uniquement. Une coupe longitudinale des tiges révèle une décoloration marron-rouge des tissus internes, débutant à la base et progressant ensuite vers le haut de la tige.
Facteurs Favorisants et Gestion de la Contamination
La contamination se fait principalement via les résidus de culture laissés au sol. Après une culture de maïs, un blé sera particulièrement vulnérable à la fusariose. Le risque est diminué si les résidus sont enlevés ou rapidement décomposés dans un sol biologiquement actif, évitant ainsi temporairement le contact entre les résidus et la culture.
Le principal facteur favorisant la maladie de l'épi est le climat. Une forte humidité ou un temps pluvieux durant la période de floraison des céréales (+/- 7 jours) augmente sensiblement le risque. Il est donc recommandé de ne pas irriguer les blés pendant une durée de 8 jours après la sortie des étamines, sauf en cas d'ensoleillement important limitant le taux d'humidité au niveau de l'épi. La nature du précédent cultural et le type de travail du sol ont également une grande importance dans la maîtrise du risque d'infection par les fusarioses. Les systèmes en non-labour sont les plus exposés, car ils laissent en surface des résidus potentiellement contaminés. Le risque est encore plus grand après un précédent maïs ou sorgho.

Mesures Préventives et Agronomiques
Pour réduire le risque de fusariose, plusieurs mesures préventives sont essentielles :
- Rotation des cultures : Choisir une orge d'hiver après un maïs, si les débouchés sont favorables, ou regrouper deux maïs consécutifs dans la rotation pour rompre le cycle du champignon. Des rotations allant jusqu'à 5-7 ans peuvent significativement réduire les niveaux de champignons dans le sol.
- Gestion des résidus de culture : Le labour ou un broyage très fin des résidus de culture suivi d'une incorporation rapide après la récolte sont les solutions techniques les plus efficaces. Enlever tous les résidus (feuilles, fruits) et les emmener à la déchetterie ou les brûler est également une option pour les cultures potagères.
- Choix variétal : Aucune variété de céréales d'hiver n'est totalement résistante à Fusarium graminearum, mais le nombre de variétés peu sensibles augmente, bien qu'il reste limité. Il est conseillé de choisir des variétés moins sensibles à la fusariose et à l'accumulation de DON.
- Amendement du sol : Ajuster le pH du sol à 6,5-7,0 et utiliser du nitrate plutôt que de l'ammonium comme source d'azote peut réduire la sévérité de la maladie. L'application de la dose recommandée d'engrais potassique est également bénéfique.
- Hygiène culturale : Surveiller et enlever les plantes affectées. Garder l'équipement propre et éviter d'endommager les plantes.
- Solarisation : Couvrir la zone infectée d'une feuille de plastique noire en plein soleil pendant un mois peut tuer le champignon dans le sol.
Lutte Biologique et Chimique
Plusieurs agents de lutte biologique, incluant des bactéries et des souches non pathogènes de F. oxysporum, entrent en compétition avec le pathogène. Ils ont été utilisés avec succès pour lutter contre la fusariose dans certaines cultures. Certains sols, dits suppressifs, inhibent naturellement la croissance du Fusarium.
Les traitements fongicides sont un ultime recours et sont loin d'être totalement efficaces, atteignant dans le meilleur des cas 60 à 70 % d'efficacité. Ces moyens de lutte doivent impérativement être réalisés préventivement, au début de la floraison, avec des doses suffisantes (60 à 80 % de la dose homologuée minimum, selon le produit). Parmi les substances actives les plus efficaces, le prothioconazole est la seule à présenter une grande polyvalence sur les principales espèces du complexe des fusarioses. D'autres spécialités à base de tébuconazole, de bromuconazole ou de metconazole sont également efficaces contre F. graminearum, mais leur intérêt est plus limité sur les espèces du genre Microdochium, qui sont moins fréquentes. Il est toujours préférable d'envisager une approche intégrée combinant mesures préventives et traitements biologiques, si disponibles, avant de recourir aux fongicides à base de terre sur les zones contaminées en cas d'échec des autres mesures.
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