La complexité des couches compostables : Enjeux sanitaires et environnementaux

L'industrie des produits de puériculture traverse une mutation profonde face à l'urgence écologique. Les couches pour bébés représentent environ 6 % des déchets ménagers nationaux, équivalant à 500 millions de tonnes de déchets par an. Sur le territoire du Sicoval, une caractérisation des ordures ménagères réalisée en 2022 a révélé que les couches bébés constituent 4,6 % des ordures ménagères, soit 7,2 kg par habitant par an. Ces couches, composées à plus de 75 % de matière organique, offrent un potentiel significatif pour la valorisation organique. La question du « danger » lié à ces produits ne se limite pas à leur fin de vie, mais interroge également leur composition chimique et les promesses marketing qui entourent les alternatives dites « écologiques ».

Schéma illustrant le cycle de vie d'une couche : de la production à la valorisation organique

Entre nécessité écologique et réalité technique

La gestion des déchets est devenue un impératif réglementaire. Dans le cadre de sa politique de réduction des déchets, le Sicoval souhaite expérimenter des solutions novatrices pour valoriser les différents flux de déchets, en réponse aux réglementations visant à réduire les déchets enfouis et incinérés de 90 % d’ici 2035. C’est dans ce contexte que le Sicoval s’est lancé dans un projet d’expérimentation de couches compostables industriellement proposé par la jeune entreprise innovante « Mundao ».

Il est crucial de distinguer les différentes appellations. Attention aux mentions : couches biologiques, couches écologiques, couches 100% naturelles et j’en passe. Elles sont, souvent, « moins pires » pour l’environnement, certaines, sont meilleures pour la santé de bébé qu’une couche « classique » mais restent des déchets non recyclés. Une couche jetable mettra entre 400 et 450 ans à se dégrader !

Le défi de la composition chimique : les risques pour la santé

Au-delà des déchets que génèrent les couches jetables, celles-ci sont composées de matériaux non renouvelables et contiennent des produits chimiques ce qui questionne sur les effets que peuvent avoir leur utilisation sur la santé des enfants. L’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a publié un rapport dénonçant le dépassement de seuils réglementaires pour plusieurs substances chimiques dangereuses dans les couches jetables.

Pour réaliser son expertise, l’Anses a recueilli l’ensemble des données institutionnelles disponibles et a regroupé plusieurs séries d’analyses chimiques sur 23 références de couches. L’expertise a mis en évidence deux types de risques :

  • Les substances parfumantes : Deux substances (butylphényl méthyle propional et hydroxyisohexyl 3-cyclohexène carboxaldéhyde) ont été détectées en excès dans certaines couches.
  • Les polluants industriels : Dix hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) dépassent l’indicateur de risque. Ces HAP se forment quand des produits carbonés sont brûlés à haute température. Leur présence est sans doute liée à l’utilisation de températures élevées lors de certaines étapes de fabrication.
  • Dioxines et PCB : Des dépassements de seuil sanitaire ont été détectés pour les dioxines, les furanes et les PCB, notamment dans le voile interne et externe.

Bien que l’avis de l’Anses précise qu’« il n’y a aucune donnée épidémiologique permettant de mettre en évidence une association entre des effets sanitaires et le port de couches », l'agence recommande fermement d'améliorer les procédés de fabrication afin de limiter au maximum les résidus chimiques.

L'impossible promesse du « 100 % biodégradable »

Une couche 100% biodégradable n’existe pas à ce jour. En 2024, il est techniquement impossible de proposer des couches bébés 100% biodégradables. Le SAP (Super Absorbent Polymer), une composante essentielle des couches jetables pour assurer une absorption optimale, reste un matériau synthétique non biodégradable. Les attaches et languettes, souvent faites de plastique, ne sont pas non plus biodégradables, rendant impossible la décomposition totale de la couche.

Recycler les couches-culottes usagées

Certaines marques, comme Les Petits Culottés, travaillent à la fabrication d’une couche compostable en utilisant des matériaux d’origine renouvelable - amidon de maïs, betteraves, canne à sucre - et de la cellulose blanchie sans chlore. Bien que les couches écologiques ne soient pas compostables, elles offrent une réduction significative de l’impact environnemental comparé aux couches traditionnelles.

Les limites du compostage domestique et industriel

Quand on dit « compostage des couches », on ne parle pas de composter l’ensemble de votre déchet, à savoir la couche, mais seulement son contenu. Il est fortement déconseillé d’essayer chez soi de composter des couches jetables. Pour toutes ses raisons, la situation est spécifique pour les couches compostables.

Pour bien se dégrader lors du compostage, le broyage des couches est indispensable. Par ailleurs, il faut que les conditions techniques de compostage soient parfaitement maîtrisées afin d’obtenir naturellement des températures suffisamment élevées (supérieures à 70°C). Cette montée en température est essentielle pour éliminer efficacement les agents pathogènes naturellement présents dans les matières fécales, comme la bactérie Escherichia coli.

Le projet des Alchimistes, débuté en 2017, illustre cette volonté de créer une filière. Les couches sont collectées puis compostées aux « Couches Fertiles Lab ». Aujourd’hui, seules les couches certifiées compostables le sont réellement, mais celles-ci ne sont pas encore disponibles pour le grand public.

Vers une responsabilité élargie du producteur

À partir de janvier 2024, la fin de vie des couches jetables sera encadrée par une REP (Responsabilité Élargie du Producteur). Un éco-organisme dédié sera créé pour gérer et financer la fin de vie des textiles sanitaires jetables. Le gouvernement a appelé fabricants et distributeurs à prendre des mesures pour éliminer les substances dangereuses des couches pour bébés.

L’idée est de récupérer le contenu biodégradable de la couche, à savoir les matières fécales et les urines, et d’en faire du compost, mais cela demande des infrastructures industrielles lourdes. Comme le soulignent les experts, cette obsession de la valorisation des déchets nous donne l’impression trompeuse que produire à l’infini des produits à usage unique n’est pas un problème. Le meilleur déchet n’est pas celui qu’on a bien trié, ou bien valorisé, c’est celui qu’on n’a pas produit.

Défis logistiques et sanitaires en milieu d'accueil

L’expérimentation des couches compostables a démarré sur 9 structures d’accueil du Sicoval. Comme toute expérimentation, des ajustements sont nécessaires en termes de taille, d'élasticité et de gestion des fuites. Il a fallu se réhabituer à avoir des absorptions moins efficientes, mais la fréquence de change n’est pas trop différente.

Infographie comparant les avantages et inconvénients des couches lavables vs compostables

Un point de vigilance particulier concerne les protections pour adultes. Lorsque l’ISA à Lyon a mené des essais de compostage à partir de changes adultes collectés en Ehpad, les études ont montré que des résidus médicamenteux persistaient dans le compost. Bien que la réglementation actuelle sur les fertilisants soit floue concernant ces résidus, cela souligne la complexité de transformer des produits de santé en amendements organiques.

En somme, si la recherche avance vers des matériaux plus sains et une meilleure gestion des déchets, la solution miracle n'existe pas encore. La transition vers des produits plus durables nécessite une vigilance accrue sur la composition des matériaux et une remise en question globale de notre consommation de produits à usage unique.

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