Le Coudrier Sauvage : Un Arbrisseau aux Multiples Facettes

Illustration d'un coudrier avec ses feuilles, fleurs mâles et femelles, et noisettes

Le Noisetier, également connu sous les noms de Coudrier ou Corylus avellana, est un arbrisseau des plus communs et fascinants, ancré profondément dans le paysage européen et l'histoire des civilisations. Présent dans l'hémisphère nord, il est une figure emblématique de nos haies sauvages, des bords de chemins et de cours d'eau, mais aussi des friches et des bois clairs. Cet arbrisseau de la famille des Bétulacées se distingue par sa robustesse, sa capacité de prolifération et les multiples usages de ses différentes parties, depuis ses fruits nutritifs jusqu'à son bois souple et ses propriétés légendaires. Sa longévité est faible, mais il compense cette caractéristique par une remarquable capacité à rejeter de souche et à drageonner, assurant ainsi sa pérennité.

Identification et Caractéristiques Botaniques

Le coudrier se présente généralement comme un arbrisseau de 2 à 7 mètres de haut, toujours buissonnant, souvent formé d’une cépée de tiges droites ou de multiples tiges minces et flexibles. Ces tiges ont une durée de vie d'environ 20 à 30 ans avant de dépérir et d'être remplacées par de nouveaux rejets. L'écorce de ces tiges est d'abord lisse, mince et brune, puis devient grisâtre avec l'âge.

Les feuilles du noisetier sont alternes, grandes, mesurant généralement de 5 à 12 cm de diamètre. Elles sont caractérisées par une forme cordée (en cœur), des bords doublement dentés et une surface velue. Elles se développent sur des rameaux pubescents et rougeâtres, conférant à l'arbuste un aspect distinctif. Jean-Marie Pelt, dans son ouvrage "Des fruits", décrit la noisette comme le fruit d'un arbuste abondant dans les haies et les forêts de toute l'Europe. Il souligne que son nom latin, Corylus, rappelle l'enveloppe en forme de casque qui recouvre la noisette, cette enveloppe étant en réalité une cupule, caractéristique du groupe des cupulifères. Son nom spécifique, Avellana, évoque la ville italienne d'Abella, en Campanie, réputée pour la qualité de ses noisettes. De Corylus découle le nom français de coudrier, et d'Avellana le terme d'aveline, réservé aux noisettes à longues cupules.

La Floraison Hivernale et l'Épanouissement des Noisettes

La floraison du noisetier est une de ses particularités les plus remarquables, survenant bien avant l'apparition des feuilles, dès la fin de l'automne ou le début de l'hiver. Cette floraison précoce, de janvier à mars selon les régions et les conditions climatiques, fait du coudrier l'un des premiers végétaux forestiers à fleurir. Si le temps est clément, elle peut même débuter dès décembre.

Les fleurs mâles sont les plus visibles : elles forment de longs chatons pendants de couleur jaune, qui illuminent l'arbuste en se déployant comme des ressorts. D'un très bel effet, ces chatons sont très reconnaissables. Les fleurs femelles, quant à elles, sont beaucoup plus discrètes. Minuscules, elles ressemblent à de petits bourgeons dissimulant partiellement des stigmates rouges vifs, posées à même les rameaux.

Les noisettes, ou akènes, se forment sur les pousses âgées d'un an et arrivent à maturité en septembre. Globuleuses ou ovoïdes, elles sont enveloppées dans des bractées foliacées incisées au sommet, cette "double enveloppe" étant une caractéristique clé du fruit. Richard Ely, dans "Petit Grimoire : Plantes sorcières", décrit le fruit comme une amande comestible protégée d'un péricarpe ligneux, rappelant que les Romains l'appelaient corolus, du grec kortus qui signifie le casque, en référence à la forme coriace qui protège la graine. La récolte des noisettes peut s'étendre jusqu'en octobre.

le cycle de vie des vegetaux

Écologie et Répartition

Le noisetier est une espèce très commune en France, à l'exception notable des régions méditerranéennes et de la Corse, où il se fait plus rare. Cet arbrisseau est volontaire et s'adapte à une grande variété de terrains et de climats. Il se plaît particulièrement sur des sols suffisamment fertiles, bien alimentés en eau mais pas trop humides. Il tolère des sols légèrement acides à basiques et des conditions de secs à frais. Il préfère les situations ombragées, bien qu'il soit rustique et puisse s'adapter à divers environnements.

Sa capacité à se développer en produisant des rejets autour de la souche et à drageonner lui permet d'envahir rapidement un jardin s'il est livré à lui-même. C'est un arbuste qui s'adapte à tous les climats et à tous les terrains, même calcaires. À taille adulte, le noisetier peut atteindre en moyenne 3.5m x 3m. Une de ses stratégies d'adaptation remarquables est sa capacité à conserver l'humidité près de son tronc pendant les périodes de fort ensoleillement en ramenant ses branches vers lui, et à les écarter si le temps est humide pour protéger son tronc de l'eau.

La Noisette : Un Fruit Ancien et Nutritif

La noisette est le seul fruit sec, contenu dans une écorce ligneuse, à pouvoir être consommé à l'état sauvage. Elle a contribué à l'alimentation des hommes préhistoriques, et des traces de ce fruit ont été trouvées dans des sépultures néolithiques. Si les noisetiers cultivés pour leurs fruits sont des variétés améliorées, la noisette sauvage reste une ressource alimentaire précieuse.

La noisette est particulièrement riche en matières grasses (60%), ce qui en fait un aliment d'une exceptionnelle valeur nutritive : 657 calories pour 100 grammes, un véritable record. Elle est également beaucoup plus digeste que la noix, surtout lorsqu'elle est sèche, car l'huile de noisette a une meilleure conservation et ne rancit pas aussi rapidement que l'huile de noix. Elle contient beaucoup de magnésium, de vitamines B1 et E, mais peu de vitamine C. Sa très forte teneur en vitamine E en fait un aliment du plus haut intérêt, augurant une carrière prometteuse, à l'instar d'autres fruits à coque comme les noix, châtaignes et amandes. Alfred Chabert, dans "Plantes médicinales et plantes comestibles de Savoie", souligne que la noisette est le seul fruit sauvage récolté pour en tirer de l'huile dans certaines montagnes, où des paysans n'en consomment pas d'autres pendant l'hiver.

Usages du Bois et Propriétés Médicinales

Le bois du noisetier est tendre et souple, mais peu utilisé de nos jours. Cependant, il est reconnu comme un assez bon bois de feu et un très bon charbon. Autrefois, il servait à fabriquer des manches d'outils, des cercles de tonneaux, des vanneries et des éléments de clôture. Son utilisation pour la fabrication de tuteurs est encore d'actualité.

Image d'objets fabriqués à partir de bois de noisetier (vannerie, tuteur)

Henri Ferdinand Van Heurck et Victor Guibert, auteurs d'une "Flore médicale belge", décrivent les propriétés thérapeutiques du coudrier. Les fruits, d'une saveur agréable et un peu parfumée, sont lourds pour certains estomacs. Les meilleures noisettes sont connues sous le nom d'avelines ou noisettes franches. Elles fournissent par expression plus de la moitié de leur poids en une huile douce, agréable et un peu odorante, excellente à consommer. Cette huile, plus légère que l'eau et non siccative, est également utilisée pour préparer des émulsions. Une huile empyreumatique, odontalgique (calmant les douleurs dentaires) et vermifuge, a été retirée du bois. L'écorce est réputée fébrifuge, et le pollen a été préconisé contre l'épilepsie. Il est cependant important de noter les informations sur les moyens de s’en prémunir : éviter l’exposition des personnes allergiques au pollen.

Le Coudrier et les Croyances Populaires : Entre Magie et Divination

Le noisetier, ou coudrier, occupe une place prépondérante dans les croyances populaires et les mythologies, notamment grâce à ses branches flexibles utilisées pour la fabrication de baguettes divinatoires. Cette pratique "magique" conserve encore un certain crédit de nos jours, avec des sourciers qui affirment localiser des sources d'eau cachées, des trésors, ou des mines à l'aide d'une baguette fourchue de coudrier.

Dessin d'un sourcier utilisant une baguette de coudrier

Adolphe de Chesnel, dans son "Dictionnaire des superstitions", détaille les diverses applications de la baguette divinatoire. Il relate des anecdotes où cette baguette était censée tourner d'elle-même dans la main pour indiquer des sources, des trésors ou des mines. Certains exploiteurs remplaçaient le coudrier par des branches d'amandier, de laurier ou des troncs d'artichauts, tandis que d'autres attribuaient des pouvoirs spécifiques à chaque type de bois (frêne pour le cuivre, pin sauvage pour le plomb, coudrier pour l'or et l'argent). La baguette devait être coupée durant la pleine lune et, pour trouver l'or, des pointes de fer devaient y être ajoutées.

L'histoire de Jacques Aymar, un paysan dauphinois qui prétendait découvrir, avec sa baguette, non seulement les eaux et les trésors, mais aussi les cadavres de personnes assassinées et leurs meurtriers, témoigne de la célébrité de ces pratiques. Malgré le scepticisme de l'époque, ses prétendus miracles émerveillaient la cour. Cependant, l'éclat de ces pratiques s'est estompé lorsque des vérifications sérieuses ont été menées. Néanmoins, en 1850, un journal des Hautes-Pyrénées, "La Conciliation", relatait les exploits d'un jeune Romain Ortigué, qui, à l'aide de sa baguette de coudrier, aurait doté sa vallée de nouvelles sources et découvert des trésors cachés, des faits considérés comme authentiques par les habitants.

Symbolisme et Fertilité

Le noisetier est également un symbole de vie et de fertilité, en particulier chez les Celtes, qui le rapprochaient de l'eau souterraine jaillissant de la source. La baguette du noisetier est associée à la détection de l'eau, parfois jugée plus efficace que les études géologiques. On lui a aussi prêté des vertus divinatoires et des pouvoirs contre l'impuissance, la calvitie, les ensorcellements, les luxations, les fractures, la phtisie et l'épilepsie, bien qu'aucune de ces propriétés traditionnelles n'ait été confirmée scientifiquement.

Marie-Charlotte Delmas, dans le "Dictionnaire de la France mystérieuse", explore les liens entre le noisetier et la fécondité. La forme ronde de la noisette, enfermée dans sa double enveloppe, est perçue comme une image de l'enfant dans le sein de la mère, d'où son association avec la fécondité. Des légendes racontent que le noisetier fleurit à toutes les fêtes de la Vierge. De nombreuses coutumes nuptiales et prénuptiales incluent l'offrande de noisettes, jetées sur les mariés comme symbole d'abondance. En Bretagne, on déposait jadis une corbeille pleine de noisettes auprès de la couche nuptiale, et on dit qu'un garçon qui se marie une année de récolte abondante aura beaucoup d'enfants.

Des usages liés à la fécondité du bétail existent également. Par exemple, les bergers de la Vienne coupent des branches de noisetier le matin de la Saint-Jean, brûlent les feuilles et conservent les verges pour toucher chaque bête de l'étable pendant neuf jours afin de faire prospérer les troupeaux. En Normandie, frapper le flanc d'une vache avec une baguette de noisetier après l'avoir menée au taureau est censé assurer sa fécondité.

Le Coudrier dans la Mythologie

Représentation du caducée d'Hermès

Les pouvoirs magiques du coudrier se retrouvent dans de nombreuses mythologies d'Europe du Nord. L'arbre était fréquemment utilisé par les druides comme support d'incantation et pour la gravure des lettres magiques des Celtes, les oghams.

Chez les Grecs, la mythologie du coudrier est directement liée au dieu Hermès, le "messager des dieux". L'un de ses attributs, le caducée, est devenu l'emblème des corps de santé en Occident. Bien que les avis divergent sur la composition de la branche autour de laquelle s'enroulent les deux serpents (olivier ou coudrier), il est pertinent de noter que le nom botanique du coudrier (corylus) est la traduction du mot "casque", et que le casque (ou pétase) est un autre des attributs d'Hermès (Mercure chez les Romains). Hermès était aussi considéré comme le dieu des savoirs cachés, et sa baguette possédait le pouvoir de faire passer les hommes d'un monde à un autre. Le caducée ne deviendra que plus tard le symbole de la médecine entre les mains d'Asclépios (Esculape), le médecin habile de l'Iliade.

Étymologie du Noisetier et de la Noisette

L'étymologie du noisetier et de ses fruits est riche et témoigne de leur longue histoire culturelle.

AVELINE, subst. fém. : Apparaît au XIIIe siècle sous la forme "avellane" pour désigner une "espèce de grosse noisette" (Guillaume de Tyr). Cette forme est bien attestée jusqu'au XVIe siècle. Le terme "aveline" apparaît en 1393. Il est emprunté au latin (nux) avellana, qui signifie "id.", attesté par Celse et Pline sous la forme "abellana". Ce mot est dérivé de Abella, le nom d'une ville de Campanie réputée pour ses noisettes.

COUDRIER, COUDRE, subst. masc. : La forme "coldre" apparaît au XIe siècle en judéo-français, puis "codre" vers 1160-70 (Marie de France). "Noiz de coudre" est attesté vers 1179. Le terme "coudre" est qualifié de "vieux langage" au XIXe siècle. Le mot "couldrier" apparaît en 1503, suivi de "coudrier" en 1555 (Ronsard). Le mot "coudre" est emprunté au latin populaire colurus, une réfection du latin corylus (graphie hellénisante pour corulus, considéré comme emprunté au grec), sous l'influence du celtique collo < coslo. "Coudrier" est un dérivé de "coudre" avec le suffixe -ier.

NOISETIER, subst. masc. : Attesté en 1530 sous la forme "noisettier" (Palsgrave) et en 1546 (Estienne). Il s'agit d'un dérivé de "noisette" avec le suffixe -ier.

NOISETTE, subst. fém. : Apparaît entre 1225 et 1230 pour désigner le "fruit du noisetier" (Guillaume de Lorris, Roman de la Rose). Le terme prend un sens de couleur en 1607 ("couleur de noisette") puis elliptiquement en 1769. En gastronomie, "noisette de veau" apparaît en 1822 (A. Carême), et le terme est utilisé pour le "charbon" en 1888. Il s'agit d'un dérivé de "noix" avec le suffixe -ette.

Le noisetier est également connu sous d'autres noms vernaculaires, témoins de sa présence et de son importance à travers les régions : Abélanié, Algouanié, Conrère, Courière, Colère, Colieure, Coudrière, Neuhy (Wallonie), Neûzi, Ninsolé, Noiselier, Nozié, Nougié, Oulonié. Cette richesse lexicale souligne la place singulière du Corylus avellana dans le patrimoine naturel et culturel.

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