La multiplication des plantes est une pratique fondamentale du jardinage, transformant chaque passionné en un véritable créateur. Si dans la nature, les plantes se reproduisent spontanément par semis ou par marcottage, le jardinage est pour une large part l'art de reproduire les espèces et les variétés, pour les faire fructifier, fleurir… La multiplication, que ce soit par semis, par bouturage, par marcottage, par division ou par greffe est le moyen le moins onéreux dans le jardin pour avoir des fleurs et des légumes. D'autant plus que ces méthodes de multiplication ne demandent pas un matériel sophistiqué.

Le Bouturage : Principes et Fondamentaux
Le bouturage est une méthode de multiplication des plantes par clonage naturel ou artificiel : il consiste à donner naissance à une nouvelle plante à partir d’un morceau de plante, comme un rameau, une feuille, une racine ou encore une tige. Une plante ne se reproduit pas nécessairement au moyen d’une fleur ou d’un fruit ; effet, certaines variétés n’en ont pas besoin et poussent à partir d’une branche, d’une feuille ou d’une racine. Quand une branche ou une feuille est coupée, la plante peut fabriquer des racines à partir de la coupure.
Le principe du bouturage est simple : on prélève un organe végétal (tige, feuille, racine) et on le plante dans un substrat adéquat pour qu’il s’enracine et recrée une copie de la plante mère. La multiplication végétative réserve moins de surprise, en effet, quelle que soit la méthode utilisée, le résultat est un clone de la plante mère qui lui sera donc semblable en tous points.
La Technique de la Coupe sous l’Œil
Pour réussir ce processus, la précision est de mise. Bien que chaque plante ait un fonctionnement propre, il faut en général procéder au prélèvement d’une belle pousse sans fleur d’une taille de 10 à 15 cm. Dans l’idéal, il faut éviter la période de floraison pour effectuer votre bouturage.
La coupe doit être tranchante propre, nette et située sous un œil, à réaliser donc avec des outils bien nettoyés comme un sécateur ou une serpette. Coupez une pousse de 10-15 cm, en biseau, sous un œil : c’est de là que se formeront les nouvelles racines. Retirez les feuilles tout au long de la tige, sauf 2 - 3 feuilles à l’extrémité. Il est préférable de replanter le brin sélectionné dans un terreau spécial semis afin de faciliter son redémarrage.
Comment bouturer un rosier ? - Truffaut
Il faut légèrement tasser le terreau et creuser un trou de 5 cm à l’aide d’un petit bâton. Une fois la bouture en place, retassez de nouveau tout autour. La plante a besoin de beaucoup d’humidité (100%) afin d’éviter qu’elle ne se dessèche ou se fane. Mettre un couvercle pour garder le taux d’humidité est une bonne solution pour s’assurer du succès de l’entreprise, à condition que le couvercle ne touche pas directement les feuilles. Ce dernier doit être transparent et doit comprendre un petit trou pour faciliter l’aération.
Variantes et Spécificités du Bouturage
Il existe plusieurs techniques adaptées aux besoins de chaque espèce. La bouture simple de tige consiste à planter un tronçon de tige, effeuillé à sa base et coupé sous un nœud. Les boutures de tiges sont classées en fonction de la maturité des tissus : boutures herbacées, semi-aoûtées (semi-ligneuses) et aoûtées (ligneuses).
La Bouture d’Œil
Elle se compose d’un petit morceau de rameau de l’année (2 à 5 cm de long) doté d’un œil axillaire (à l’aisselle d’une feuille), ce dernier ayant la possibilité de se développer et de former une tige. Cette technique permet d’obtenir plusieurs boutures sur une même tige, mais le développement de la bouture en plante est long. Essentiellement pour le camélia qui est lent à s’enraciner, mais aussi l’hortensia, le rhododendron, la vigne et les ronces.
La Bouture en Talon
La bouture en talon se fait sur un jeune rameau secondaire, auquel on a conservé l’empâtement qui le réunissait à un rameau principal de l’année précédente. Ce talon ainsi obtenu correspond à une zone propice à la fabrication de racines. On accroît ainsi les chances de réussite de l’opération.
La Bouture de Racine
Le prélèvement des boutures se fait sur les racines jeunes et ligneuses, c’est-à-dire celles qui peuvent émettre des bourgeons. Cette technique est idéale pour les vivaces à racines charnues assez épaisses (molène, pavots, phlox). C’est à la fin de l’automne et au début de l’hiver que le prélèvement s’impose car à cette période de l’année, les plantes vivaces sont au repos végétatif.
L’Utilisation des Hormones et la Technique « à l’étouffée »
Pour favoriser la reprise de vos boutures, vous pouvez utiliser des hormones de bouturage. Celles-ci vont favoriser le développement des racines de vos boutures. Les hormones de bouturage sont un produit de synthèse qui est utilisé pour stimuler l’émission des racines. Lorsque les espèces se multiplient sans difficulté, il est inutile d’avoir recours à des hormones artificielles. En revanche, lorsque le bouturage est jugé difficile, les hormones de synthèse deviennent très intéressantes.

Pour maximiser les chances de réussites de bon nombres de plantes, on va faire une « bouture à l’étouffée ». La technique consiste à créer un milieu confiné et saturé d’eau pour favoriser l’enracinement des boutures. On peut utiliser une mini serre, recouvrir le pot d’une cloche ou enfermer le contenant dans un sac en plastique transparent. L’humidité de l’air ambiant limite le phénomène d’évaporation-transpiration et, concrètement, évite à la bouture de se dessécher.
Autres Modes de Multiplication : Marcottage, Division et Greffe
Si le bouturage est roi, d'autres méthodes existent pour diversifier ses plantations.
Le Marcottage
Plus facile à réussir que le bouturage mais moins "rentable" en nombre de plantes reproduites, le marcottage consiste à provoquer l’émission de racines sur un rameau sans détacher celui-ci de la plante dont il est issu. Il reste ainsi nourri par sa plante mère, tant qu’il n’est pas capable de s’alimenter seul. C’est seulement à ce moment qu’il sera sevré.
La Division des Touffes
La division des touffes est un mode de multiplication pour toutes les souches vivaces. Elle a aussi pour rôle de permettre d’éliminer les parties âgées pour les remplacer par des plantes jeunes, plus vigoureuses et plus florifères. Soulevez délicatement la souche avec une bêche, découpez-la à la main, à la bêche ou au sécateur en ayant pour chaque nouvelle plante des racines, un bourgeon et une touffe de feuilles.
Le Greffage
Le greffage consiste à mettre en contact étroit les tissus d’une ou plusieurs plantes pour qu’ils se soudent entre eux. Le greffon développe tige et feuilles, le porte-greffe fournit les racines. Ce procédé permet de reproduire les végétaux qui ne se reproduisent pas fidèlement, par semis, ou à bouturage difficile. Le greffage le plus répandu et le moins difficile est le greffage en écusson.
En pratiquant ces différentes méthodes, le jardinier assure non seulement la pérennité de ses variétés préférées, mais participe activement au cycle de la vie végétale, tout en optimisant les ressources de son jardin.