Mondialisation : Acteurs, Flux et Géographie des Interconnexions Mondiales

La mondialisation est un phénomène profond et continu qui redéfinit sans cesse les interactions humaines et territoriales à l'échelle planétaire. Il s'agit d'un processus historique, pluriséculaire, de mise en relation des sociétés du monde entier, ou plutôt du Monde, avec une majuscule, devenu un lieu commun à toute l'humanité. L'accélération sans précédent des flux, de la production et des échanges, que connaît actuellement l'humanité n'est que la phase la plus récente de la mondialisation. Ce phénomène complexe et multidimensionnel se manifeste à travers divers processus relevant de plusieurs grands domaines interconnectés, qu'ils soient socio-économiques, culturels, ou technologiques. La mondialisation n'est ni automatique, ni mécanique, mais le fruit de rapports de forces et de jeux de puissance entre États, entre diverses entités publiques ou privées. Elle est une construction systémique, à la fois géohistorique, géoéconomique, géopolitique, sociale et culturelle, qui ne saurait abolir ni l’histoire, ni le temps, ni la mémoire des faits d’un côté, ni l’espace, ni les distances, ni les territoires, ni les sociétés et cultures de l’autre.

I. La Mondialisation : Un Phénomène Multidimensionnel et Historique

A. Définition et Caractéristiques Fondamentales

Le terme « mondialisation » s'est imposé à partir des années 1980, même s'il a été employé en France pour la première fois dès 1904. Il se distingue de la « globalisation », anglicisme qui, en français, désigne plutôt la mondialisation financière. Cette notion nous renvoie aujourd'hui plus que jamais à une réalité multiple, oscillant entre uniformisation et diversité. Elle est un processus continu d'intensification et de fluidification des échanges, porté par l'essor des transports et des mobilités (populations, entreprises, etc.) et accéléré depuis les années 1970 par les systèmes contemporains de communication et de circulation de l'information. Cette intensification des échanges met en réseau, de manière inégale, l'ensemble des sociétés et des territoires de la planète. La mondialisation tend à accentuer les phénomènes de diffusion et d'homogénéisation à travers l'espace mondial. Pour Laurent Carroué, la mondialisation « n’est pas réductible à la seule échelle mondiale. Le couple mondial/local (ou glocal) est un leurre car chaque échelle spatiale joue son rôle (mondiale, continentale, nationale, régionale et locale). » Christian Grataloup, s'inscrivant dans une tradition remontant au moins à Fernand Braudel, a bien montré l'inscription de la mondialisation dans le temps long, celui de la géohistoire, en discernant des grandes phases de la mondialisation.

Des territoires inégalement intégrés à la mondialisation (Géographie Tle)

B. Les Moteurs de l'Intensification des Échanges

Les échanges internationaux sont très anciens et la mondialisation est le résultat d'un processus historique. Les grandes découvertes (XVIe siècle) et l'industrialisation au XIXe siècle sont les étapes qui précèdent la mondialisation actuelle qui se renforce depuis les années 1990. Cependant, le processus de mondialisation n'est pas seulement historique, il résulte aussi de choix politiques, notamment par la généralisation du libre-échange à l'échelle mondiale. Des accords sont passés, éliminant les entraves et favorisant les échanges à l'échelle totale. Les États du Nord, et d'autres acteurs majeurs de la mondialisation, ont contribué à son développement par des mesures comme les diverses défiscalisations et en investissant massivement.Enfin, le facteur technologique est très important. Les transports sont très performants et de moins en moins chers, notamment avec la révolution du conteneur. Cette explosion des flux est permise par des améliorations techniques significatives, y compris la baisse des coûts de transports. L'abaissement du coût de transport est aussi sensible dans le domaine aérien. De plus, les nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC), comme internet, sont des facteurs déterminants de la mondialisation, créant des « autoroutes de l'information » qui ont permis la croissance des flux d'informatiques.

Chronologie des grandes phases de la mondialisation

II. Les Acteurs Clés de la Mondialisation et Leurs Stratégies

La mondialisation est soutenue par des acteurs variés, dont les motivations et les actions façonnent son développement et sa géographie. Nous verrons dans un premier temps quelles sont les motivations des principaux acteurs de la mondialisation.

A. Les Firmes Transnationales (FTN) : Moteurs de l'Économie Mondiale

Les firmes transnationales (FTN) sont des acteurs majeurs de la mondialisation, importantes et leur puissance imposante est indéniable. Elles sont les moteurs de l'économie mondiale. On en dénombre plus de 80 000, et ces 104 000 FTN (en 2011) gèrent 900 000 filiales dans le monde et emploient plus de 80 millions de salariés. Elles sont à l'origine des 2/3 des échanges mondiaux et de 1/3 de la production. Elles représentent un 1/4 du PIB mondial et les 2/3 des échanges mondiaux. Ces grandes entreprises s'appuient sur des filiales à l'étranger pour produire.Les FTN développent leurs stratégies de production et de commercialisation dans le cadre de la nouvelle division internationale du travail (NDIT), c'est-à-dire qu'elles profitent des avantages comparatifs des différentes régions du monde (production dans les pays à faible coût de main-d'œuvre, conception dans les pays à main-d'œuvre très qualifiée, etc.). Elles choisissent les lieux les plus attractifs où se trouve la main-d’œuvre la moins chère. Les stratégies des FTN visent à exploiter les avantages comparatifs des différents pays. L'objectif est la maximisation des profits.L'exemple de l'iPhone, commercialisé depuis 2007, illustre parfaitement le rôle des FTN. Produit phare de la firme transnationale Apple, il induit différents flux que ce soit des échanges d’informations, de capitaux ou encore de marchandises. L'iPhone, avec plus de 700 millions de ventes, est devenu un des biens de consommation des années 2000-2010 à l’échelle mondiale. Ainsi, il est un produit mondialisé puisque de sa conception à sa vente, il met en relations différentes parties du monde par des flux de différentes natures. L’exemple de l’iPhone montre que la mondialisation est le résultat de stratégies de nombreux acteurs.Apple est une FTN emblématique, issue des pays du Nord, avec des chiffres d’affaires très importants et des investissements directs à l'étranger (IDE) massifs. La stratégie d’Apple est un exemple de la stratégie de toutes les FTN : exploiter les avantages comparatifs des différents pays. Les FTN reproduisent en partie la division Nord/Sud, propre en particulier aux pays de la Triade. Les sièges sociaux, les activités de Recherche et Développement (R&D) ainsi que de marketing sont localisées dans les pays développés, tandis que les matières premières sont souvent extraites des pays en développement et des pays les moins avancés (PMA). Par exemple, l'implantation d'Apple suit globalement ce modèle, avec le siège en Californie (Silicon Valley) et en Caroline du Sud, la division marketing à New-York, tandis que les matières premières proviennent d'Afrique centrale, de Mongolie et de Chine. Les usines de montages sont dans la Chine et le Brésil émergents.

Structure d'une FTN et localisation de ses activités

B. Les États : Régulateurs et Facilitateurs

Les États, bien que parfois considérés comme moins des acteurs majeurs de la mondialisation face à la puissance des FTN, conservent un pouvoir réel et jouent un double rôle essentiel. D'une part, ils créent un contexte favorable aux FTN et au grand marché mondial, agissant comme des facilitateurs. Ils favorisent l’installation des entreprises par diverses mesures, telles que les défiscalisations, et contribuent au développement d'axes de transports. Le développement des technopôles en est un exemple, comme le siège social d’Apple à Cupertino, dans la Silicon Valley, résultat d'une politique de soutien à l'innovation. De même, les Zones Économiques Spéciales (ZES) en Chine, où sont installées les usines de Foxconn, montrent comment les États attirent les investissements et la production.D'autre part, les États jouent également le rôle de régulateurs de la mondialisation, essayant d'encadrer ses dynamiques et d'atténuer ses dérives. Les États, les institutions internationales (OMC, ONU, etc.) accompagnent le processus de mondialisation. La souveraineté politique des États serait également remise en cause par la mondialisation, mais il est important de noter que les dirigeants des États acceptent ce processus, cherchant à en tirer parti tout en le maîtrisant.

C. Les Institutions et Organisations Internationales

Au-delà des États, diverses organisations structurent et accompagnent la mondialisation. Les organisations internationales agissent toutes en faveur de la mondialisation. Elles s'efforcent d'ignorer les frontières pour faciliter un développement économique mondial intégré. Parmi elles, des institutions comme l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC), les Nations Unies (ONU), le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque mondiale jouent un rôle fondamental. Elles publient des rapports annuels et travaillent à coordonner les politiques économiques.À l'échelle régionale, des associations régionales de coopération économique comme l'Union Européenne, l'ALENA, le MERCOSUR ou l'ASEAN, contribuent également à la mondialisation. Ces regroupements d'États se réunissent pour coordonner leur politique économique et éliminer les douanes, créant ainsi de vastes marchés intégrés. Cependant, certains critiquent un « déficit démocratique » des organisations internationales (FMI, OMC, etc.), estimant qu'elles manquent de légitimité représentative.

D. Les Acteurs de la Société Civile et Informels

La mondialisation n'est pas uniquement le fait des États et des grandes entreprises ; de très nombreux endroits du monde sont le théâtre de l'action d'autres acteurs. Les organisations non gouvernementales (ONG) agissent et mènent des campagnes à l'échelle mondiale, ayant un fonctionnement en réseau avec des antennes un peu partout dans le monde. Elles influencent les débats de la mondialisation sur des sujets divers comme l'environnement ou les droits humains. Les firmes transnationales et certaines organisations non gouvernementales (ONG) jouent un rôle majeur dans la mondialisation.Les individus peuvent aussi être acteurs de la mondialisation, par leurs déplacements (migrants, touristes) ou par la diffusion d'informations, voire de valeurs. Enfin, des acteurs plus informels, voire illégaux, exploitent également les réseaux mondialisés. Les mafias s'appuient également sur des réseaux transnationaux. Elles organisent un commerce mondial parallèle et illégal, c'est-à-dire un trafic mondialisé, qui génère des flux considérables et des conséquences graves, impactant profondément l'économie et la société.

Les différents acteurs de la mondialisation

III. La Dynamique des Flux Mondiaux : Une Intensification et Diversification Constantes

La mondialisation se caractérise par une intensification et une diversification des flux de toute nature, qui connectent les territoires et les acteurs spatiaux. Un flux est le mot utilisé en géographie pour désigner un mouvement, un déplacement, et en géographie, on symbolise un flux par une flèche.

A. Les Flux Économiques : Marchandises, Capitaux et Services

L'un des traits les plus marquants de la mondialisation est l'augmentation constante des échanges commerciaux. Les échanges commerciaux ne cessent d'augmenter. La valeur des exportations mondiales de marchandises est passée de 2030 milliards de dollars en 1980 à 18 260 milliards de dollars en 2011. On constate une augmentation des échanges de biens matériels (produits manufacturés, produits agricoles, combustibles et produits miniers) avec une part de plus en plus importante des produits manufacturés. Les flux matériels dominent, représentant le 1/4 du PIB mondial.Parallèlement, les flux financiers sont en très forte croissance. L'échange des biens immatériels (IDE, services, informations, etc.) est aussi en augmentation. Ils représentent 20% du commerce international. Cette croissance se manifeste par des investissements directs à l'étranger (IDE) massifs ou encore de remises de fonds. Ils sont polarisés par les pays les plus développés et de plus en plus par les pays émergents. L'exemple le plus frappant est celui des flux boursiers. La capitalisation boursière a été multipliée par 5 depuis les années 1990.Les flux de services marchands à l'international représentent 1/5 du commerce mondial. L'exemple de l'iPhone montre que la mondialisation repose sur des flux croissants et variés. Le produit phare d'Apple induit différents flux que ce soit des échanges d’informations, de capitaux ou encore de marchandises, illustrant la diversité et l'interconnexion des flux économiques.

B. Les Flux Immatériels et Humains

Outre les flux économiques traditionnels, la mondialisation est également caractérisée par une explosion des flux immatériels et humains. Les flux d'informations augmentent avec le développement des NTIC, créant des "autoroutes de l'information" et facilitant une circulation rapide et massive de données, d'idées, voire de valeurs.Les flux humains augmentent également, la mobilité des hommes s'accélère. Le plus gros contingent est constitué des touristes internationaux, dont le nombre est passé de près d'1,2 milliard en 2014 contre à peine 25 millions en 2050 (il semble y avoir un chiffre incorrect ici, le texte devait vouloir dire "contre quelques millions dans les années passées"). Le nombre de touristes internationaux est de 1,2 milliard de personnes en 2015. Cependant, ces flux sont polarisés : 15 pays accueillent 2/3 des flux de touristes. Les touristes partent des pays riches et vont majoritairement dans les pays riches. Néanmoins, dans le cas des mobilités humaines, les pays émergents ont une participation accrue. La Chine est désormais le premier émetteur de touristes dans le monde.Le nombre de migrants internationaux est de 250 millions en 2015, dont 65 millions de réfugiés. Les migrants partent des pays pauvres pour aller dans les pays riches, générant des flux importants de personnes. L'argent transféré par les migrants (les remises) vers leur pays de départ est aussi un exemple intéressant de flux financiers liés aux mouvements humains. Ces remises constituent un apport significatif pour certains pays ; en Haïti, en Égypte ou au Tadjikistan, elles constituent 20 % des revenus totaux des pays, surpassant parfois l'aide internationale accordée aux pays les moins développés.

Types de flux dans la mondialisation (matériels, immatériels, humains)

C. Les Innovations Technologiques comme Catalyseurs des Flux

L'explosion et la diversification des flux sont intrinsèquement liées aux améliorations techniques constantes. Les facteurs de leur développement proviennent directement d'améliorations techniques majeures, notamment la réduction des coûts de transports. La révolution du conteneur a transformé le transport maritime, permettant un abaissement considérable du coût de transport pour les marchandises. En mai 2013, l'armateur CMA-CGM a lancé son porte-conteneurs A (il s'agit d'un exemple spécifique et non d'une règle générale, mais le texte le mentionne). L'abaissement du coût de transport est aussi sensible dans le domaine aérien, facilitant les déplacements des personnes et des marchandises à grande valeur ajoutée.L'autre grande amélioration technique est celle des NTIC qui ont créé des « autoroutes de l'information ». Ces technologies, comme internet, les réseaux numériques, et les satellites, ont permis la croissance exponentielle des flux informatiques et la circulation d'informations à l'échelle mondiale. Très peu de pays maîtrisent la technique pour couler ces câbles ou lancer des satellites, ce qui souligne une certaine hiérarchie dans la maîtrise technologique.Ces flux tissent des réseaux qui hiérarchisent l'espace mondial, permettant de connecter des lieux entre eux ainsi que les acteurs spatiaux qui y sont présents. Les réseaux physiques, qu'il s'agisse de routes, de rails, de bateaux ou d'airs, connectent des hubs portuaires ou aéroportuaires, qui sont des plateformes multimodales concentrant plusieurs moyens de transport. Ainsi, un aéroport où se rejoignent routes, train, métro, etc. agit comme un point nodal essentiel. Les réseaux numériques connectent les pays du monde entier, permettant une communication et un échange de données sans précédent.

IV. La Géographie de la Mondialisation : Espaces Connectés et Territoires Inégaux

La mondialisation n’est pas réductible à la seule échelle mondiale. Elle crée une recomposition des territoires, modifiant l'organisation spatiale à différentes échelles et générant des inégalités profondes dans l'intégration des espaces.

A. Des Pôles et Interfaces Dynamiques

Il existe plusieurs territoires qui constituent des pôles de la mondialisation, des zones où se concentrent les activités et les pouvoirs de décision. Les trois grands pôles de l'économie (Amérique du Nord, Europe de l'Ouest et Asie de l'Est) sont les principaux acteurs de la mondialisation. Ces régions, en particulier les pays de la Triade, sont le siège des activités de Recherche et Développement (R&D) et de marketing des FTN, comme le siège d'Apple en Californie (Silicon Valley) et en Caroline du Sud, et la division marketing à New-York.L'archipel métropolitain regroupe l'ensemble des métropoles mondiales. Ce sont des villes qui exercent des fonctions de commandement au niveau mondial dans les domaines des services, de la finance, de l'éducation et de la recherche, de la politique et de l'innovation culturelle.Les interfaces sont aussi des zones dynamiques. Les façades maritimes, les zones frontalières, les aéroports, et les hubs aéroportuaires - ces plateformes multimodales qui concentrent plusieurs moyens de transport - sont des points d'entrée et de sortie essentiels pour les flux mondiaux. Un aéroport où se rejoignent routes, train, métro, etc., illustre parfaitement cette concentration. Le développement des technopôles, comme la Silicon Valley, où se situe le siège social d’Apple à Cupertino, est un exemple de ces espaces innovants et attractifs.

Carte des principaux pôles et flux de la mondialisation

B. Une Intégration Territoriale Inégale

La mondialisation met en réseau, de manière inégale, l'ensemble des sociétés et des territoires de la planète. L'exemple de l'iPhone met en évidence l'inégale intégration des territoires dans la mondialisation à différentes échelles. L’itinéraire de l’iPhone révèle une limite Nord/Sud à l’échelle mondiale : le Nord conçoit et le Sud assemble. Les ventes d’Apple révèlent une fracture Nord/Sud, bien que cette limite soit à nuancer car les ventes dans les pays du Sud augmentent, notamment dans les puissances émergentes grâce à leur développement. Les pays émergents s'affirment de plus en plus comme des acteurs de la mondialisation, même s'ils sont encore souvent des lieux d'assemblage ou d'extraction.À l'échelle nationale, la mondialisation révèle une opposition ville/campagne. Apple développe ses Apple Store et ses publicités en ville, ciblant les marchés de consommateurs avec un fort pouvoir d'achat et un développement économique avancé. Les campagnes sont délaissées, même dans les pays du Nord, une limite encore plus visible dans les pays du Sud où parfois le réseau téléphonique est peu couvert.Certaines régions sont plus en retrait, voire marginales, dans les échanges mondiaux. C'est le cas de l'Afrique, de l'Asie centrale, et de l'Amérique latine pour certaines zones. Le cas des 48 pays les moins avancés (PMA) est significatif de cette exclusion. De même, à l'intérieur d'un même pays, il existe de nombreuses inégalités. Les zones rurales, les zones enclavées mais aussi certains quartiers des villes (bidonvilles dans les pays en développement, "ghettos" aux États-Unis ou certaines zones urbaines en Europe) sont marginalisés.Pour qu'un territoire attire les entreprises et s'intègre à la mondialisation, il doit bénéficier d'avantages cumulés et interdépendants. Un haut niveau de développement offre aux entreprises des débouchés commerciaux. L'accessibilité, permise par des infrastructures de transport efficaces et une bonne connexion au réseau internet, sont des atouts indispensables. Un territoire doit aussi bénéficier d'avantages comparatifs (main-d’œuvre peu chère ou qualifiée, etc.) et d'une stabilité politique. Ces facteurs créent une dynamique positive qui permet l'accumulation de richesses et renforce l'attractivité d'un territoire. À l'inverse, les infrastructures de transport insuffisamment développées, l'instabilité politique et la corruption, l'extrême pauvreté sont des facteurs qui repoussent les investissements. Cette dynamique négative renforce ainsi l'exclusion des principaux échanges mondiaux et renforce ainsi le sous-développement. Cependant, certains territoires peuvent sortir de cette logique d'exclusion en accueillant des délocalisations (Vietnam), des touristes, en exploitant des ressources rares, en luttant contre la corruption et en diminuant l'instabilité politique. Pour que ces progrès soient viables sur le long terme, les richesses produites doivent être équitablement partagées.

Carte de l'inégale intégration des territoires

C. Le Rôle Crucial des Espaces Maritimes et la Littoralisation

Les espaces maritimes jouent un rôle majeur dans la mondialisation, puisqu'ils sont les principales voies de circulation des marchandises à l'échelle planétaire. 90% des marchandises sont transportées sur les routes maritimes. La polarisation du commerce entre quelques régions a pour conséquence une concentration des flux sur quelques routes maritimes principales. Le long de ces itinéraires privilégiés, des détroits et des canaux constituent des points de passage obligés. Ces points de passage sont des points sensibles car le risque d'accident y est nombreux (collisions) et aussi car ils sont l'enjeu de rivalités. La piraterie constitue aussi un risque dans des zones comme le détroit de Malacca ou de Bab-el-Mandeb.Le rôle joué par les espaces maritimes dans l'économie mondiale et le développement des activités touristiques et des loisirs conduit à renforcer la littoralisation, processus de concentration des hommes et des activités sur les littoraux. La convention de Montego Bay définit les eaux territoriales et les États côtiers disposent d'une zone économique exclusive (ZEE) de 200 milles marins à partir de la côte. Dans cette zone, ils ont le monopole de l'exploitation des ressources. Cependant, la proximité de certains États ne permet pas une application universelle de cette convention. De nombreux États revendiquent une extension de leur ZEE, surtout lorsque celle-ci possède des ressources naturelles, comme les minerais polymétalliques ou le vent marin, ou même des hydrocarbures. La production mondiale de pêche de capture est de 93 millions de tonnes en 2014, soulignant l'importance de ces ressources marines. Les revendications pour l'élargissement des ZEE conduisent à des tensions entre des États, comme en mer de Chine ou en Arctique, zones riches en hydrocarbures. On observe ainsi une militarisation croissante des mers et des océans.Un autre problème conséquent est le problème de la durabilité. Les espaces maritimes sont soumis à de nombreuses pollutions (marées noires, pollution chimique) et sont souvent surexploités. On estime que 80% des stocks de poissons sont pleinement exploités ou surexploités, mettant en péril la pérennité de ces ressources essentielles.

Carte des routes maritimes et points de passage stratégiques

V. Défis, Débats et Résistances Face à la Mondialisation

La mondialisation, en dépit de ses avantages en termes de développement et d'intensification des échanges, suscite de vifs débats et des critiques quant à ses conséquences et ses dérives.

A. Critiques et Impacts Négatifs

La mondialisation creuse les inégalités entre territoires intégrés et territoires marginalisés depuis le début des années 2000 à l'échelle mondiale. Les critiques à l'égard de la mondialisation sont portées par de nombreux acteurs. La mondialisation est également tenue pour responsable de dégâts environnementaux : les circulations permanentes de flux matériels accroissent la pollution. La croissance économique qu'elle implique souvent favorise un productivisme qui met en danger la durabilité des ressources naturelles.Sur le plan social et culturel, la mondialisation est accusée de provoquer une homogénéisation des cultures et une perte de la diversité des langues. La souveraineté politique des États serait également remise en cause par la mondialisation, notamment par l'influence des organisations internationales et des FTN.Des conséquences graves peuvent survenir si les acteurs économiques ne sont pas régulés. Les critiques soulignent par exemple les écarts de richesses criants et la priorité accordée au sauvetage financier des banques plutôt qu'au financement de programmes d'éducation, de santé ou de logement. Le libéralisme économique, qui prône une libéralisation "possible", est souvent pointé du doigt comme étant le moteur de ces dérives.

Graphique sur l'évolution des inégalités mondiales

B. Les Mouvements Altermondialistes et Souverainistes

Face à ces enjeux, des mouvements de résistance et d'alternative ont émergé. Les altermondialistes, qui restent divisés, proposent des alternatives tels que le développement durable, la croissance zéro, le commerce équitable, et souhaitent une mondialisation plus égalitaire et plus écologique. Ils sont partisans d'une altermondialisation, cherchant à proposer des alternatives aux formes contemporaines de la mondialisation jugée trop uniquement fondée sur la dérégulation et sur la libéralisation des marchés et responsable, par là même, de dégradations sociales et environnementales.Les Forums sociaux mondiaux (FSM) sont les grandes réunions annuelles mondiales des altermondialistes. Ce sont des "contre-sommets" organisés en réaction au Forum économique mondial (FEM) de Davos, en Suisse, jugé trop libéral, antidémocratique et élitiste. Le mouvement des Indignés en 2011, par exemple, a dénoncé les écarts de richesses et la priorité accordée au sauvetage financier des banques. Ce mouvement, dont les participants se sont nommés les 99%, a pris la forme d'occupations symboliques d'espaces publics (Puerta del Sol à Madrid, Ramblas à Barcelone, Central Park et Wall Street à New York, etc.), réussissant à interpeller l'opinion publique par des actions frappantes.Les souverainistes s'opposent à la perte de souveraineté politique des États et contestent les pouvoirs supranationaux des organisations internationales et des associations de coopération régionale. Ils défendent la spécificité de leur culture et mode de vie face à une uniformisation potentielle. Il est essentiel de reconnaître que même les individus qui s'opposent aux dérives du capitalisme peuvent inconsciemment contribuer à la mondialisation.Ces débats de la mondialisation sont cruciaux pour l'avenir, car la mondialisation pose aujourd'hui des défis de développement à l'échelle mondiale. Cela suppose des capacités de gouvernance mondiale et d'actions internationales : coopération et arrangements (institutionnels ou plus informels), accommodement entre des intérêts différents, régulations.

Manifestation altermondialiste

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