La gestion des adventices est au cœur des préoccupations agricoles contemporaines, marquée par une transition réglementaire majeure visant à réduire drastiquement l'usage du glyphosate. La France, dans le cadre de son plan de sortie, a placé cette problématique au centre des réflexions techniques et économiques. Cette mutation impose aux exploitants une réorganisation profonde de leurs itinéraires culturaux, où le coût par hectare devient une variable critique.

Les dynamiques actuelles du désherbage chimique
Jusqu’à présent, le désherbage chimique du rang repose souvent sur une stratégie associant des produits de post-levée à action systémique (glyphosate) et des produits de pré-levée. Cela permet de contrôler une grande partie de la flore en peu d’interventions avec un coût maîtrisé. Les stratégies de désherbage chimique actuelles sont basées sur une application généralisée en fin d’hiver, au moment de la reprise de végétation. Cette application est systématiquement réalisée avec du glyphosate. 75 % des usages glyphosate sont positionnés sur les mois de mars, avril et mai. Lors de cette application, si un herbicide de pré-émergence est associé, une seconde application n’est réalisée qu’en cas de présence de vivaces (chiendent, liseron) ou de manque de persistance du produit de prélevée.
Avec la nouvelle préconisation de l’Anses, le viticulteur va se retrouver dans l’impossibilité de réaliser 2 applications de glyphosate par an. En France, le glyphosate est utilisé (à 98 %) en intercultures, pour lutter contre les adventices et pour détruire les couverts. L’enquête sur les pratiques révèle qu’environ 19 % des 17 342 parcelles ont reçu du glyphosate, la plupart du temps une seule fois dans l’année. La dose moyenne appliquée par parcelle recevant du glyphosate est de 824 g/ha, soit 2,3 l/ha pour une spécialité commerciale dont la concentration en glyphosate est de 360g/l.
Optimisation technique et efficacité de l'application
Le glyphosate étant un herbicide foliaire systémique, les conditions au moment de l’application et durant les jours suivants ont une grande influence sur son efficacité. L'hygrométrie doit être supérieure à 70 %, idéalement 90 %, et la température comprise entre 15 et 25°C. Il est crucial d'éviter les applications sur sols froids ou en période de stress hydrique.
Les expérimentations ont montré que l'efficacité du glyphosate est améliorée avec une baisse des volumes de bouillie. Plus concentré, il pénètre mieux dans la plante. Avec des eaux dites « dures », il perd en efficacité, car la présence d'ions calcium, ferreux ou magnésium inactive les molécules. L'utilisation d'adjuvants spécifiques, comme le sulfate d’ammonium, permet de neutraliser ces ions. À titre indicatif, 100 g de sulfate d’ammonium neutralise 100 ppm de calcium dans 100 l d’eau. Il convient d’utiliser des adjuvants formulés à base de sulfate d’ammonium à la dose usuelle de 1 L/ha.
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Itinéraires alternatifs et travail du sol
Si l’on souhaite garder son application de glyphosate annuelle pour détruire les vivaces en juillet, il est nécessaire de gérer la flore par un travail du sol en amont, l’hiver précédent et au printemps. La première étape consiste à réaliser un cavaillon à l’automne (octobre-novembre) et de procéder à un décavaillonnage léger en sortie d’hiver (février-mars) pour éviter de toucher les racines. On procèdera ensuite à un ou plusieurs passages de lames bineuses au printemps (mai-juin) qui vont fragmenter la terre pour dissocier les mottes et les racines des adventices.
En cas de retrait du glyphosate, des stratégies faisant appel uniquement à des désherbants foliaires seraient difficiles à tenir, en particulier pour la destruction du couvert végétal en sortie d’hiver. On peut alors envisager des stratégies mixtes ou un basculement complet vers l’arrêt des herbicides. Les techniques mixtes se définissent comme un travail mécanique et l’application d’herbicide de prélevée sur un sol sans mauvaises herbes en sortie d’hiver.
Analyse des surcoûts économiques
Le passage à des alternatives au glyphosate engendre inévitablement des surcoûts. Les chercheurs de l’Inrae ont évalué que dans tous les cas de figure de recours au labour, il y a un surcoût. Ce dernier croît en fonction de l’utilisation initiale de glyphosate : il est de moins de 10 €/ha pour les surfaces en labour occasionnel, à près de 80 €/ha pour les surfaces en semis direct.
Dans le secteur des fruits et légumes, le constat est similaire. Le CTIFL a calculé que le coût du désherbage mécanique était 2 à 3 fois plus important que le coût d’un désherbage chimique. Les calculs font état d’un coût de 530 euros/ha en désherbage mécanique contre 178 euros/ha en désherbage chimique.

La gestion de la résistance et la lutte intégrée
L'enquête internationale continue de suivre les nouveaux biotypes résistants au glyphosate, poussant les agriculteurs à passer du glyphosate seul à des combinaisons diverses qui incluent les auxines, les inhibiteurs de PPO/HPPD et les résidus. En céréales, le coût moyen de désherbage a plus que doublé en quinze ans, dépassant souvent les 100 euros de l’hectare. Pour les situations moins problématiques, des mélanges performants coûtant entre 60 et 80 euros l'hectare, comme Sunfire + Codix en prélevée, sont préconisés.
Pour les cultures de légumes sans herbicides, le travail manuel et mécanique doit être augmenté considérablement. Au cours de la période de végétation, la fréquence du travail du sol entre les rangs a dû être augmentée au moins deux fois. En outre, sans herbicides, le désherbage manuel nécessite au moins le double de temps par rapport à l’utilisation d’agents chimiques de désherbage.
Vers une agriculture de précision
La maîtrise des coûts de désherbage sera facilitée par la capacité à définir des seuils d'intervention. Une intervention précoce, alors que l’herbe pourrait être encore tolérée, engendrera le risque d’ajouter une intervention supplémentaire sur l’année, qui aurait pu être évitée. L’efficacité du désherbage dépend également de la technicité de l’opérateur et de l’adéquation du matériel employé.
La modernisation des pratiques inclut désormais l'adoption de la modulation de largeur d'impulsion, le contrôle par sections et la pulvérisation ciblée par UAV (drones) pour réduire les chevauchements et la dérive. Ces technologies permettent de maintenir le contrôle tout en réduisant les quantités appliquées, un changement renforcé par les attentes de tenue des registres et les mesures d'atténuation des impacts environnementaux. La transition vers des systèmes sans glyphosate impose une réflexion globale sur la rotation des cultures et l'organisation du temps de travail, où chaque passage mécanique doit être justifié par un besoin agronomique réel.
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