Stratégies et défis dans la gestion de la renouée du Japon : au-delà de la tonte

La renouée du Japon (Reynoutria japonica) représente l'un des défis botaniques les plus complexes pour les gestionnaires d'espaces verts et les propriétaires fonciers. Originaire d'Asie et considérée comme invasive, cette plante nuit gravement à la biodiversité locale. Sa croissance rapide et dense prive de lumière et de nutriments les autres espèces de végétaux, formant des peuplements monospécifiques quasi impénétrables. Dans une rubrique récente, il est expliqué que la lutte contre la renouée du Japon est une expérience difficile et qu’il faut en conséquence choisir ses combats.

Comprendre la nature de l'envahisseur

Le caractère invasif de la plante tient à son énorme capacité de dispersion, notamment par les tiges qui peuvent être coupées, cassées ou arrachées par une intervention humaine ou une crue. Elle est donc particulièrement envahissante sur les berges des cours d’eau car lorsqu’un massif est installé, il peut « fournir » des morceaux de tiges ou de rhizomes emportés à l’aval par les crues.

Les méthodes de lutte miracles n'existent pas. Comme spécialiste des plantes envahissantes, je suis couramment questionné sur les méthodes miracles en matière de lutte. Pour paraphraser une vieille publicité, si ces méthodes existaient, on le saurait. La plupart des solutions de surface, comme la simple tonte ou le fauchage, ont parfois un effet immédiat en surface, mais elles ne s’attaquent pas de manière efficace au cœur du problème, c’est-à-dire aux rhizomes souterrains qui représentent la majeure partie de la biomasse estivale. La fauche ou le broutement peuvent empêcher un clone de s’agrandir et diminuer sa vigueur, mais ni l’une ni l’autre ne parviennent à l’éradiquer.

Schéma illustrant la profondeur des rhizomes de la renouée du Japon sous la surface du sol

L'excavation mécanique : efficacité radicale et contraintes légales

La seule manière sûre et rapide de se débarrasser d’un clone de renouée du Japon est d’excaver le sol où se trouvent les rhizomes. Une étude suisse très récente montre que dans un loam sableux, donc dans un sol plus ou moins poreux, ces rhizomes sont presque tous concentrés dans les 60 premiers centimètres du sol, et jamais à plus de 80 cm. C’est probablement encore moins profond dans un sol argileux compact. Nicolas Trottier, de Quadra Environnement, me signale toutefois que les rhizomes d’un clone situé près d’une fondation ont tendance à s’infiltrer un peu plus profondément.

Avec une pelle mécanique, c’est un jeu d’enfant, même s’il faut prendre bien soin de nettoyer ensuite la machinerie. Mais attention : vous devrez disposer du sol (beaucoup !) qui, puisqu’il contient les rhizomes d’une plante envahissante, est légalement considéré comme un matériel contaminé. Comme il serait irresponsable et illégal de le déposer en nature, vous devrez trouver un site d’enfouissement autorisé à le recevoir et payer une note salée pour vous en débarrasser, sans compter le coût du transport.

Contrôler la renouée de Japon en rive

L'usage raisonné des solutions chimiques et électrophysiques

L'utilisation d'herbicides est une méthode qui exige une expertise poussée. Le travail est fastidieux et ne peut être effectué que par du personnel qualifié et certifié, et seulement là où le Code de gestion des pesticides et les règlements municipaux le permettent. Pour qu’un herbicide soit vraiment efficace contre la renouée du Japon, il doit être systémique. Il doit donc pénétrer dans les vaisseaux et être véhiculé par la sève jusqu’aux rhizomes.

Le plus connu et légalement autorisé au Canada contre la renouée est le glyphosate. Pulvérisé au bon moment (été, automne) et à quelques reprises, avec le dosage adéquat et par du personnel qualifié et certifié, le glyphosate peut éliminer plus de 90 % de la biomasse. Toutefois, malgré ce résultat impressionnant, on parvient rarement à éradiquer un clone d’importance avec pour seul outil le glyphosate. Il faut ensuite poursuivre la lutte, notamment par arrachage, autrement, tout sera à recommencer quelques années plus tard. Les personnes ne sont pas toujours satisfaites, après usage, de la solution herbicide et plusieurs se questionnent sur le coût environnemental, sans compter celui sur la santé.

En alternative, l'affaiblissement du rhizome par l'électricité est une technologie innovante qui tire son épingle du jeu grâce au mode d’action systémique : les électrodes entrent en contact direct par balayage avec la partie aérienne de la plante. L’électricité haut voltage se répand par principe de conduction dans les parties souterraines de la plante. Le choc électrique endommage les cellules d’alimentation et de reproduction. Si l’action n’est pas létale pour une application, elle affaiblit considérablement le pouvoir invasif (vigueur) de la plante.

Méthodes de contrôle par couverture et arrachage manuel

Le bâchage avec géotextile perméable est une option qui nécessite une préparation du terrain (fauches répétées à l’an 1). On étend sur le clone un géotextile épais (an 2), puis on plante au travers des plançons de saules arbustifs à croissance rapide (an 3). Cette méthode, exigeante, est encore peu éprouvée, même si en France il existe des exemples probants. Elle nécessite beaucoup de soins et un suivi régulier pour éliminer les tiges qui s’infiltrent dans le géotextile ou qui poussent au pourtour. Un géotextile haute qualité est un produit industriel coûteux qui terminera son existence au dépotoir.

L'arrachage manuel, quant à lui, est une stratégie d'usure. Arracher les tiges qui émergent au printemps est peu efficace si l’on se contente d’éliminer la partie aérienne. En revanche, retirer avec une pelle par la même occasion les rhizomes qui se trouvent près de la surface améliore singulièrement l’efficacité. Si l’on poursuit l’opération de manière assidue durant la saison chaude pendant de nombreuses années, on parvient à l’éradication. Si ça fonctionne, il faut être réaliste. À moins de convoquer tous vos voisins à une corvée, la superficie du clone à éliminer ne peut pas dépasser quelques dizaines de mètres carrés. Un clone âgé requiert une bonne dizaine d’années de travail avant que l’on puisse conclure l’exercice, et l’on ne peut jamais baisser la garde.

Illustration comparative entre une zone traitée par arrachage régulier et une zone laissée à l'abandon

Stratégies de gestion à grande échelle

Depuis 2004, date du premier inventaire de renouées asiatiques sur le territoire, le CISALB a construit une stratégie de lutte contre la plante. Lorsque l’enjeu est important, par exemple un massif présent à l’amont d’un cours d’eau jusqu’à présent indemne, une intervention mécanique pour extraire et évacuer le massif avec de très grandes précautions est réalisée. Cette approche hiérarchisée démontre qu'il est indispensable de prioriser les secteurs les plus vulnérables pour éviter une propagation incontrôlée via les voies hydriques.

La membrane rigide est une autre solution technique souvent évoquée, mais c'est un produit industriel coûteux. Pour l’insérer dans le sol, il faut creuser une tranchée étroite avec une petite pelle mécanique, ce qui n’est pas si facile à faire. En somme, la lutte contre la renouée du Japon est une expérience qui risque d’en décourager plusieurs. Votre clone est-il si dérangeant ? Si je suggère régulièrement cette stratégie, je ne connais pas beaucoup de cas où on l’a mise en œuvre. La patience, la détermination et le choix judicieux de la méthode selon le contexte environnemental restent les piliers de toute intervention réussie.

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