La nature ne laisse jamais un sol nu. Elle s’empresse de le couvrir avec de la végétation pour le protéger. Cette protection est essentielle pour préserver la biodiversité du sol. Si le sol dessèche, se colmate ou se détrempe, la biodiversité du sol s’en trouvera modifiée ou perturbée. Couvrir le sol de son jardin est incontestablement la meilleure approche pour la vie du sol et pour garantir la santé et la productivité du potager. Que l'on jardine sous serre ou en plein air, le paillage est une astuce qui permet d'économiser du temps et de l'énergie.

Paillage et Mulching : Des Termes Souvent Confondus mais Distincts
Il est utile de distinguer le paillage du mulching, même si les définitions peuvent varier selon les jardiniers. Le paillage consiste à amener des matières végétales au pied d'une culture spécifique. Il s'agit d'une action ciblée pour une culture donnée. Le mulching, en revanche, vise à couvrir le sol de manière permanente par des apports répétés de matières organiques diverses, normalement issues de l'environnement. C'est donc plutôt de mulching, ou de paillage permanent, dont il est question ici lorsqu'on aborde la couverture continue du sol.
Les Avantages Multiples d'une Couverture Permanente du Sol
Les intérêts d'une couverture permanente du sol sont nombreux et variés, impactant positivement l'environnement du potager à plusieurs niveaux.
Protection contre l'Érosion et les Intempéries
Le sol gagne à être constamment couvert pour ne pas être emporté par le vent ou les eaux de ruissellement. En sol nu, la terre est facilement emportée en cas de pluies diluviennes, tandis que si elle est couverte, cela ne bouge pas (ou très peu). La couverture protège le sol des rayons du soleil et/ou de la chaleur, mais aussi du froid et du vent qui contribuent à dessécher et à éroder le sol. Le paillage aide également l'eau à percoler dans le sol, sans le marteler, évitant ainsi que le sol ne se tasse et se transforme en une dalle de béton après un gros orage.

Économie d'Eau et Régulation Thermique
Avec un paillage, il est possible de diviser les arrosages par deux ou par trois, permettant ainsi d'économiser l'eau. Le fait de pailler le potager permet de limiter la fréquence d'arrosage. De plus, lorsque l'on arrose, ou lorsqu'il pleut, l'eau ne va pas ruisseler sur la terre nue ; elle sera donc d'autant plus absorbée par la plante et ses racines, évitant au passage de faire ruisseler les nutriments plus loin. Dans une serre, où la température est plus élevée, le paillage est d'autant plus bienvenu pour maintenir l'humidité. La couverture va protéger le sol des rayons du soleil et/ou de la chaleur, et la température y est moins élevée, limitant ainsi l'évaporation de l'eau.
Favoriser la Vie du Sol et son Enrichissement
La mise en place d'un paillage de jardin organique va engendrer une décomposition de celui-ci directement au pied des plantes, fruits et légumes. Cette décomposition va apporter de nombreux éléments nutritifs dans le sol et donc l'enrichir en matières organiques. Vers de terre et autres micro-organismes vivants sont à l'abri des intempéries et il n'y a plus de travail mécanique (très perturbateur). Ces matières organiques en décomposition vont attirer de nombreuses petites bêtes comme les précieux vers de terre, qui se chargeront de les transformer en humus, tout en aérant le sol sur leur passage. C'est un peu le principe du compost, sauf qu'au lieu d'accumuler les déchets dans un bac, on composte directement sur place.
Limitation du Développement des Adventices
La couverture du sol est une solution efficace contre les mauvaises herbes. Plus la couche est épaisse et opaque, moins la luminosité atteindra la terre. Par conséquent, les herbes indésirables mourront si elles étaient déjà présentes et ne germeront pas du tout s'il y avait des graines. Le désherbage est donc beaucoup moins nécessaire, même si la corvée n'est pas totalement éliminée. De plus, les herbes qui réussiront à traverser le paillis seront plus faciles à enlever car la terre est plus souple et moins sèche. C'est une bonne solution pour limiter les efforts sans avoir recours aux désherbants chimiques nocifs pour l'écosystème.
Protection Directe des Cultures
Le paillage protège certains légumes du contact direct avec le sol, ce qui peut engendrer des maladies. Par exemple, il permet d'éviter que les légumes ne soient au contact de la terre et ne pourrissent, comme c'est le cas pour les fraises ou les courges.
Inconvénients et Précautions à Prendre
Malgré ses nombreux avantages, la couverture permanente du sol présente quelques inconvénients et nécessite des précautions.
Besoins Importants en Matières Organiques
Dans le cas d'un mulching ou de buttes vivantes, les besoins en matières organiques sont importants. Cela implique une gestion constante des apports pour maintenir l'épaisseur de la couverture et assurer son efficacité.
Refuge pour les Ravageurs
Les ravageurs tels que les limaces ou des petits rongeurs aiment trouver refuge dans un paillage. Cela peut parfois occasionner des dégâts réellement conséquents, et certains jardiniers abandonnent cette pratique pour cette raison. Il est donc important de surveiller son potager et d'adapter le paillage en fonction de la présence de ces indésirables.
Difficultés de Semis Direct
Il n'est pas forcément aisé de semer en direct dans une couverture, en particulier pour des graines fines comme celles des carottes. Cela reste néanmoins possible en écartant le paillage le temps du semis et de la levée. Une fois le plant bien développé, la couverture peut être remise en place. Certains procèdent autrement : ils écartent le paillage, épandent directement les graines sur le sol puis recouvrent de terreau (ou de compost parfaitement mûr). Cependant, cette technique est intéressante uniquement si l'on dispose de suffisamment de terreau fait maison, le coût étant trop important si l'on doit l'acheter.
Bien préparer son sol potager à l'automne
Les Différents Types de Couvertures pour le Potager
Il existe différentes façons de couvrir le sol, plus ou moins adaptées à un type de sol ou un climat donné, et avec des objectifs variés.
Paillages Organiques : Le Choix Naturel et Nourricier
Les paillages organiques sont faits de matières végétales ou animales, destinées à se décomposer plus ou moins rapidement et ainsi à nourrir les micro-organismes de la terre par les éléments nutritifs qu'elles apportent. C'est là leur principal atout.
Paillis de Courte Durée de Vie (Riches en Azote)
Ces paillis sont composés de feuilles tendres (tilleul, noisetier, robinier, charme, prunus, etc.), de tontes de gazon, de brindilles vertes ou encore de fougères. Riches en azote, ils se dégradent en quelques semaines et produisent un humus actif et nutritif. Utilisez-les partout, mais surtout sur les cultures à cycle court, au potager ou pour les plantes annuelles, afin de nourrir le sol.
- Tontes de gazon : Gratuites et facilement trouvables, elles sont riches en azote. Il faut éviter de les étaler en couche trop épaisse, ou alors les faire sécher avant, car elles forment une masse dense qui peut vite pourrir. L'inconvénient est qu'elles peuvent contenir des graines de mauvaises herbes. Les tontes, ainsi que les brindilles vertes, doivent être légèrement séchées avant d'être épandues.
- Feuilles tendres : Comme celles de tilleul, noisetier, robinier, charme, prunus, elles se décomposent rapidement et enrichissent le sol.
- Fougères : Elles apportent des éléments nutritifs en se décomposant.
Paillis de Longue Durée de Vie (Riches en Carbone)
Ces paillis sont composés de feuilles coriaces (platane, lierre, érables, laurier-sauce…), de copeaux de bois, d'écorces, de tailles d'arbre et de haies, de coques de noix et noisettes. Riches en lignine, ils peuvent mettre un an ou plus à se dégrader. Ils ne sont pas très nourriciers, mais structurent durablement le sol et sont stables. Utilisez-les plutôt pour les plantes pérennes : arbres, arbustes, massifs de vivaces, pour structurer le sol.
- Paille : Matière organique provenant de la récolte des céréales (blé, maïs, avoine), elle est riche en potassium. Elle protège bien du froid et de la chaleur, se trouve facilement et permet d'abriter de nombreux auxiliaires du jardin. Elle constitue un amendement intéressant et est une bonne option pour le paillage du potager. La paille doit être déversée en couche épaisse (minimum 10 cm) et être non traitée pour éviter la présence de pesticides. Il est à noter que la paille peut attirer les rongeurs.
- Foin : Il s'agit d'herbe sèche. Si l'on laisse sécher les tontes en fine couche assez longtemps, on obtiendra du foin. Il contient beaucoup plus d'azote que la paille et se décompose donc bien plus vite. L'inconvénient du foin est qu'il peut contenir beaucoup de graines susceptibles de germer.
- Bois Raméal Fragmenté (BRF) : Constitué de jeunes bois issus de la taille des arbres ou arbustes, broyés et étalés aussitôt en automne ou après un stockage en andains de quelques semaines sur 5 à 8 cm d'épaisseur. Ce paillage se décompose très lentement et a l'avantage de bien tenir au sol. Il favorise la formation de micro-organismes souterrains et améliore la structure du sol.
- Feuilles mortes : Disponibles à la pelle en automne, les feuilles mortes constituent un apport nutritif très intéressant pour le sol du potager. Au-delà de leur fonction nourricière, elles forment un premier paillage qui protégera la terre des froids à venir.
- Écorces et copeaux de bois : Ils favorisent la formation de micro-organismes souterrains et sont également très esthétiques.
- Compost grossier : Un compost en voie de décomposition peut être étalé en couche épaisse pour former une couverture nourricière.
- Carton d'emballage : À étaler à l'automne ou en fin d'hiver. Il est important de choisir un carton dépourvu d'inscriptions et de scotch pour éviter que les encres et les plastiques ne polluent le sol. Le carton attire les vers de terre qui le digèrent.
- Autres paillages : Orties, consoude, fanes et épluchures de légumes et de fruits, écorces de fèves de cacao, paillis de lin, algues.

Mélanger et Alterner les Paillis
Il peut être utile de mélanger et/ou alterner ces différents paillis pour équilibrer les apports et éviter des excès nuisibles. Par exemple :
- L'accumulation de bois, qui se dégrade lentement et est peu nourrissant.
- L'acidification des sols due à l'épandage régulier de résidus de conifères.
- La dégradation trop rapide de résidus riches en eau et fins (tontes de gazon).
- L'entretien ou la propagation de maladies, dus à l'utilisation sur place (ou sur des plantes de la même espèce) de débris de végétaux malades.
Paillages Non Organiques : Durabilité et Protection
Les paillis non organiques sont faits d'une matière inerte. Ils sont en général assez efficaces en ce qui concerne la protection du sol et pour limiter les herbes indésirables, mais comme ils ne sont pas vivants, ils ne se décomposent pas et n'enrichissent pas du tout la terre.
Paillis Minéraux
Ces paillis restent naturels et sont durables dans le temps. On peut utiliser des cailloux, des galets, du sable, des morceaux de tuiles, de la pouzzolane, du gravier. Ils ont l'avantage de bien protéger les plantes de la chaleur et sont donc tout à fait indiqués dans les régions les plus ensoleillées. Certains sont particulièrement esthétiques et donc parfaits pour apporter une touche déco au jardin.
Paillis Synthétiques
Fabriqués de manière industrielle, généralement en plastique, ces paillis incluent les bâches en plastique grises, noires ou vertes, ainsi que les feutres géotextiles. Ces films de paillage sont très efficaces pour protéger et garder l'humidité ou empêcher les mauvaises herbes d'envahir jardin et potager. Ils ont par ailleurs une durée de vie assez longue qui évite un entretien trop contraignant. Cependant, leur composition à base de sous-produits de l'industrie pétrochimique en fait une option peu recommandable pour qui se préoccupe de la pollution de l'environnement ou du sol de son potager.
La bâche plastique en polyéthylène (P.E.) noire, étanche, présente des avantages : elle est bon marché, se déploie facilement et empêche les graines de germer et étouffe les plantes. Cependant, elle asphyxie le sol en empêchant l'air et l'eau de pluie de circuler, affectant la vie microbienne et des vers de terre, et entraînant un tassement du sol. Il faut donc éviter d'étendre une bâche étanche durant de longs mois sur une terre destinée à être cultivée. C'est cependant une option intéressante sur une courte durée pour étouffer les adventices, aménager une allée ou réchauffer rapidement le sol tôt au printemps.
La bâche en plastique tissée en polypropylène est respirante et s'emploie en général pour pailler les massifs. Elle est plus chère, efficace, résiste 10 ans mais finit par laisser échapper de multiples particules de plastique si on ne la retire pas à temps, contrairement aux toiles en fibres naturelles (jute, coco, chanvre).
Engrais Verts : Une Couverture Vivante et Multifonctionnelle
Les engrais verts, outre le fait qu'ils permettent de couvrir le sol de façon très vivante, présentent de nombreux intérêts. Ils décompactent et aèrent les sols lourds, favorisent la vie du sol et l'enrichissent en matières organiques (à condition de les laisser en place), concurrencent les adventices et permettent donc de semer ou de planter dans un sol "propre". Si l'on utilise des légumineuses, ils captent l'azote atmosphérique.
On fera se succéder cultures d'engrais verts (moutarde, seigle, phacélie…) et cultures légumières, assurant ainsi une couverture permanente du sol. Ils peuvent être semés à l'automne après avoir nettoyé le terrain des restes de légumes et ôté le plus gros du paillis estival, ou bien au printemps après un léger apport de compost en sol sableux. Il est important de tenir compte des dates de semis et du sol pour le choix de l'essence.
Le principal inconvénient des engrais verts réside dans l'occupation du sol pendant leurs cultures, ce qui peut poser problème dans de petits jardins. De plus, pour se développer, les engrais verts vont puiser dans les réserves du sol. Il est donc déconseillé de les utiliser dans les sols pauvres (notamment les terres sableuses).
Végétation Spontanée : La Solution la Plus Naturelle
Laisser la végétation spontanée se développer au pied des plantes cultivées est une pratique souvent oubliée, mais pourtant la plus naturelle et donc bien souvent la plus adaptée. Certes, avec des plants encore peu développés, ou s'il s'agit de légumes racines, la concurrence de cette végétation peut poser problème. Mais lorsqu'un légume à fort développement, ou à plus forte raison un arbre ou arbuste, sera bien développé, laisser les adventices pousser à son pied est une solution tout à fait appropriée et très bénéfique pour la vie du sol. La végétation spontanée peut être fauchée lorsqu'elle prend trop d'ampleur, et le produit de cette fauche servira à mulcher les cultures.
Buttes Vivantes Permanentes : Cultiver sur des Structures Enrichies
La constitution de buttes vivantes est une technique de plus en plus adoptée par les jardiniers. Si cette façon de procéder permet par exemple de cultiver sur un sol inculte ou présentant trop de désavantages, il ne faut pas perdre de vue le travail considérable de mise en place et un besoin très important en matières organiques. Tout comme avec un mulching, il est essentiel d'apporter régulièrement de nouvelles matières par-dessus la butte pour assurer une couverture permanente du support de culture.
Cultures Resserrées : Une Couverture par la Densité
On peut aussi envisager de couvrir le sol de façon plus ou moins permanente en resserrant les cultures sur une planche. Cela peut être avec un même légume, par exemple en semant des carottes sur des lignes espacées de 10-15 cm au lieu des 25 - 30 cm habituellement recommandés. Ou bien en associant des légumes se développant différemment, par exemple un légume racine, un légume feuille et un légume fruit, ainsi que des aromates ou des fleurs, en écartant moins les lignes de cultures que la normale. Cette façon de faire est très intéressante non seulement par la couverture du sol qu'elle va rapidement permettre, mais aussi par une meilleure productivité sur une petite surface. Toutefois, les travaux de désherbage, parfois nécessaires en début de culture, sont alors fastidieux, car de petits écartements permettent difficilement l'utilisation d'un sarcloir, d'une binette ou même d'une serfouette.
Paillage Synthétique Biodégradable : Une Alternative Moderne
On trouve aujourd'hui dans le commerce spécialisé des toiles de paillage biodégradables et compostables. Cela peut être une solution de facilité pour ne pas laisser les sols à nu. Ces toiles sont souvent conçues en fibres de coco, de jute ou d'autres matières végétales, offrant un bon compromis entre le synthétique et l'organique. Cependant, cela représente un coût plutôt conséquent et présente peu d'intérêt pour enrichir le sol directement.
Conseils Pratiques pour la Mise en Place d'une Couverture
Pour maximiser les bénéfices du paillage et éviter les erreurs, il est important de suivre quelques astuces.
Préparation du Sol
- Désherbez avant de pailler : Les vivaces indésirables (chiendent, pissenlit, liseron, etc.) doivent être éliminées (racines et rhizomes compris), car le paillis n'empêchera pas leur pousse.
- Apport de compost : Faites, si possible, un léger apport de compost avant le paillage.
- Ameublir et décompacter le sol : Le paillis doit être étendu sur un sol ameubli et décompacté.
Application du Paillis
- Séchage des paillis riches en eau : Faites de préférence légèrement sécher les paillis riches en eau (gazon, herbe, etc.) avant de les épandre.
- Épaisseur de la couche : Étendez des couches de paillis de 3 à 5 cm environ (davantage pour les feuilles mortes) aux pieds des plantes.
- Ne pas enfouir le paillis : Le paillis doit rester en surface.
- Ne pas recouvrir le collet des plantes : Laissez un espace autour du collet pour éviter le pourrissement.
- Arrosage après paillage : Arrosez une fois le paillage mis en place.
- Maintenir l'épaisseur : Rajoutez du paillis pour conserver l'épaisseur initiale.
Moments Clés pour Pailler
- Début de l'automne : Démarrez le mulching (ou paillage permanent) de préférence au début de l'automne, lorsque le sol est encore chaud tout en ayant bénéficié de pluies (l'eau est indispensable au développement des différentes formes de vie). On complétera ensuite, au fil des saisons, cette couverture par des apports réguliers de matières végétales variées (azotées et carbonées). Dès lors, le sol ne sera plus jamais à nu.
- Ne pas pailler par vent fort : Le paillage risque de s'envoler.
- Ne pas pailler quand le sol est gelé : Le paillis freine le réchauffement. Il est conseillé d'écarter le paillage organique au printemps pour accélérer le réchauffement du sol.
