L’Excellence de la Cueillette et de la Viticulture Bio à Cognac : Entre Tradition et Écologie

La région de Cognac, mondialement célèbre pour son eau-de-vie prestigieuse, connaît une transformation profonde. Au-delà du prestige des chais, une dynamique nouvelle s'installe, portée par des producteurs engagés et des initiatives citoyennes visant à réconcilier l'agriculture, le terroir et la biodiversité. Cette mutation, qui privilégie la cueillette bio et la viticulture durable, redéfinit notre rapport à la terre.

Vignobles ensoleillés de la région de Cognac

La Viticulture Biologique : Le Sacerdoce du Domaine Pasquet

La viticulture du Cognac Pasquet incarne l'excellence avec des cépages soigneusement cultivés dans le terroir de Grande Champagne. Le vignoble du Domaine Pasquet se trouve sur des terres argilo-calcaires issues du Santonien (Crétacé Supérieur, -84M d’années). Aujourd’hui notre vignoble de 15 ha s’étend sur 3 communes contiguës : Eraville et Bonneuil pour 9 ha en Grande Champagne et 6 ha à Birac en Petite Champagne. Cette diversité des sols nous permet d’obtenir des Eaux de Vie aux caractéristiques diverses apportant une grande richesse à nos Cognacs.

Le vignoble de l’Appellation Cognac est constitué à 98% en Ugni Blanc, cépage d’origine italienne (Trebbiano), massivement implanté au lendemain de la première Guerre Mondiale au détriment des Folles Blanches et Colombards, cépages originels et historiques. Au tout début des années 2000, nous avons eu à cœur de diversifier notre encépagement en réintroduisant des plants de Folle Blanche et de Montils. Nos vignes sont cultivées en Agriculture Biologique contrôlée, sans intrant chimique de synthèse (cela fera 30 ans en 2025). Initialement Jean-Luc pratiqua la Biodynamie durant quelques années et cela a suffi à relancer la vie microbienne du sol.

C’est un véritable sacerdoce, en Charente, que de pratiquer cette Agriculture Biologique. Les principales difficultés sont la lutte contre les maladies cryptogamiques (mildiou, oïdium, black rot etc…) et la gestion mécanique de l’herbe entre les ceps de vigne. Notre climat océanique favorise malheureusement l’ensemble de ces problèmes. La bonne santé de la vigne dépend d’une large globalité de facteurs concernant principalement la vie microbienne du sol, la faculté d’autodéfense naturelle de la plante, son environnement vivant (les insectes auxiliaires) et la judicieuse intervention humaine.

La gestion de la fertilité des sols est primordiale. Les semis d’engrais vert à l’automne permettent de capter l’azote atmosphérique et de le transformer en azote assimilable par la plante. C’est le rôle des légumineuses telle la féverole, véritable petit bij quelques de technologie naturelle. La protection phytosanitaire est un domaine délicat et évolutif. Le mildiou est combattu en prévention par des sulfatages au cuivre (bouillie bordelaise) dont les doses/ha sont minimisées, des tisanes de prêle, d’osier et d’orties accompagnent efficacement cette lutte. L’oïdium est activement contenu par des traitements au soufre naturel.

LES METIERS DE LA VITICULTURE EN CHARENTE

Les Acteurs du Maraîchage et du Bio en Charente

La culture biologique ne se limite pas à la vigne. De nombreux producteurs locaux structurent aujourd'hui une offre alimentaire saine et de proximité. L'ESAT des Vauzelles, situé à Châteaubernard, est un exemple marquant de cette synergie. L'établissement et service d'aide par le travail (ESAT) des Vauzelles accompagne 84 personnes en situation de handicap et a développé, depuis une dizaine d'années, une activité de maraîchage biologique. De magnifiques légumes sont produits à moins de 2 kms du magasin ! Tous nos produits sont certifiés Bio, et bénéficient de la marque officielle de l'agriculture biologique "AB" ; ils sont issus de fermes 100% bio. Toute sa production est commercialisée en direct dans un rayon de 80 km, via un réseau de connaissances et un bon bouche à oreille. Ses projets : accéder à l’autonomie sur la ferme et augmenter sa production pour monter à 300 volailles/mois et diversifier sa production.

Dans une autre dynamique, La Ferme du Riveau à Hiesse témoigne de la pérennité du modèle bio. Ferme en bio depuis 1993, petite ferme familiale, aujourd’hui en collectif de 3 agriculteurs, faisant vivre 2 familles, travaillant avec le rythme des saisons et proposant des produits issus de la ferme en polyculture élevages, fruits et légumes. Ils sont jeunes, ils sont beaux et ils sont bios ! Nous sommes fiers de fournir les Chefs les plus exigeants et les amateurs de noix partout en France. Notre priorité est la qualité des produits et du service apporté à nos clients. Certifiés Agriculture Biologique depuis mai 2023, notre pratique culturale est respectueuse de la nature. Enfin, des structures comme Légumes Garden à Les Touches de Périgny illustrent cette volonté de promouvoir la vente directe de légumes bio, offrant un beau jardin pour de délicieux légumes.

Le Cognac Bio : Une Histoire de Passionnés

Le cognac est un des alcools les plus réputés au monde. Fruit de la distillation de raisins charentais, il offre une palette gustative exceptionnelle. Pour les amoureux de cet élixir soucieux du respect de la nature, il existe une appellation bio alimentée par quelques passionnés écolos. Issu des vignes poussant sur les collines verdoyantes de Charente Maritime, le cognac en tant qu’eau de vie a été inventé au Moyen-âge afin de résister aux conditions et au temps de transport de l’époque.

Recevoir une bouteille de cognac est un très beau cadeau, d’autant plus beau quand il s’agit d’un cognac ayant vieilli pendant plusieurs années. Ce qui fait la spécificité du cognac, ce sont les couches de calcaire sur lesquelles poussent la vigne et un temps idéal pour les raisins, oscillant entre pluie et soleil. Quelques irréductibles vignerons écolos ont lancé la culture du cognac bio dès les années 70 ! Cette idée a depuis germé dans l’esprit d’autres artisans du vin amoureux de la nature, à tel point qu’aujourd’hui plus de 600 hectares de vignes sont destinés exclusivement à la culture biologique ! Cet engouement a même inspiré une dérogation Bio délivrée par le Ministère de l’Agriculture.

Carte des zones de production biologique dans le Cognac

Vergers Partagés et Biodiversité : Un Projet de Territoire

La démarche environnementale s'étend désormais aux espaces publics avec la création de vergers partagés. « Cela permettra de faire du lien social, de pratiquer une activité physique et de manger des fruits, car c’est bon pour la santé », lance Pascale Belle, vice-présidente chargée du développement durable à l’agglomération. Ce verger, 100 % biologique et ouvert à tous, s’inscrit dans le cadre du Plan alimentaire territorial (PAT) de Grand Cognac.

L’opportunité pour écoles, associations, particuliers de se sensibiliser aux enjeux de la biodiversité et à l’importance d’une alimentation saine est au cœur de ce dispositif. « Lorsque l’on viendra cueillir des fruits, on apprendra à respecter la saisonnalité. Eh non, il n’y a pas de pêche en décembre ! », plaisante l’élue. Une fauche différenciée sera mise en place pour permettre l’accès aux arbres fruitiers. Véritable réservoir en termes de biodiversité, ce verger tout en longueur permettra aussi de créer un corridor écologique entre deux zones artificialisées en entrée de ville.

C’est avec l’aide de l’association Mémoire Fruitière des Charentes, association qui œuvre pour la sauvegarde et la promotion des variétés fruitières de la Charente et de la Charente-Maritime, que le choix des arbres fruitiers a été effectué. Un projet participatif qui implique la communauté dès le plus jeune âge. Les pruniers, amandiers, cerisiers et autres amélanchiers et noisetiers viennent soit de ladite association, soit des Pépinières charentaises, entreprise située à Montembœuf. Que des essences faibles consommatrices d’eau, une fois le système racinaire bien développé.

La vocation éducative de ces arbres fruitiers n’attendra pas aussi longtemps, elle a même commencé dès ce mercredi 29 novembre. Des enfants de 6 à 7 ans du centre de loisirs de Châteaubernard ont appris à confectionner des greffes d’arbres fruitiers dans la matinée avec Mémoire Fruitière, avant de les planter l’après-midi avec le service voirie de Grand Cognac, bottes au pied et pelles à la main. « On participe à ce projet depuis le mois d’octobre, précise Camille Auriel, animatrice du centre de loisirs. Les enfants ont fabriqué des nichoirs à oiseaux, ça leur permet de découvrir de nouvelles choses. »

Ce projet fait l’objet d’une candidature au fonds vert pour obtenir une subvention dans le cadre de l’accompagnement de la stratégie nationale biodiversité 2030. Neuf linéaires de 50 mètres de haies, zones refuges permettant de diversifier les strates de végétation - arbres, arbustes, jachères -, entoureront le verger. « Beaucoup de pollinisateurs pourront s’y épanouir : des abeilles sauvages, des papillons, des microguêpes… », note Aude Mathiot, chargée de mission biodiversité à Grand Cognac. Avant d’ajouter : « Les oiseaux aussi y trouveront leur bonheur. Les mésanges par exemple mangeront les chenilles, nombreuses car nous n’utiliserons pas de produits phytosanitaires. »

Schéma d'un verger urbain et biodiversité

Les Fondements de l'Écosystème Agricole Charentais

Pour comprendre l'ampleur de cette transition, il est essentiel d'analyser les mécanismes naturels à l'œuvre dans ces exploitations. La santé globale d'un domaine agricole repose sur une approche holistique. Contrairement à l'agriculture conventionnelle qui traite les symptômes, l'agriculture biologique cherche à prévenir les déséquilibres en renforçant les défenses naturelles de l'écosystème.

L'importance de la vie microbienne du sol est le pilier central. Un sol vivant est un sol capable de filtrer l'eau, de stocker le carbone et de nourrir les plantes de manière équilibrée. En abandonnant les intrants chimiques, des domaines comme celui des Pasquet ont redécouvert la richesse des interactions entre les racines, les champignons mycorhiziens et les bactéries bénéfiques. Ces réseaux invisibles permettent une absorption optimale des nutriments, rendant la vigne moins dépendante des engrais minéraux.

La gestion de l'herbe est un autre défi technique majeur. Dans un climat océanique comme celui de la Charente, la pression des maladies cryptogamiques est forte. La gestion mécanique de l'herbe entre les ceps ne sert pas seulement à limiter la concurrence pour l'eau ; elle favorise une structure de sol aérée et vivante. Couplée à l'utilisation d'engrais verts, cette pratique permet de maintenir le taux de matière organique, essentiel pour la fertilité à long terme.

La protection phytosanitaire, bien que délicate, démontre une réelle prouesse technologique naturelle. L'utilisation de bouillie bordelaise (cuivre) à doses minimales, combinée à des préparations à base de plantes (prêle, osier, orties), crée une barrière préventive contre le mildiou. Ces tisanes agissent en renforçant les parois cellulaires des feuilles, rendant la plante moins sensible aux attaques des champignons. Cette approche nécessite une observation constante et une intervention humaine très fine, à l'opposé de la standardisation industrielle.

Diversité Botanique et Patrimoine Fruitière

La réintroduction de cépages oubliés, comme la Folle Blanche et le Montils, s'inscrit dans une démarche de résilience. La monoculture, poussée à l'extrême au lendemain des guerres mondiales avec l'Ugni Blanc, a fragilisé la diversité génétique des vignobles. En diversifiant les variétés, les vignerons ne cherchent pas seulement à enrichir la palette aromatique de leurs Cognacs ; ils cherchent également à créer des vignobles capables de mieux s'adapter aux variations climatiques.

Cette quête de diversité se retrouve également dans le choix des essences plantées dans les nouveaux vergers urbains. L'association Mémoire Fruitière des Charentes joue un rôle de conservatoire vivant. En sélectionnant des variétés locales, adaptées au climat et aux sols de la région, ces acteurs garantissent une pérennité écologique. L'amandier, le prunier ou le noisetier ne sont pas seulement des sources de nourriture ; ce sont des habitats pour une faune auxiliaire diversifiée.

L'intégration de ces arbres dans le paysage urbain et périurbain, via le Plan alimentaire territorial, transforme la perception de la ville. Les zones artificialisées, souvent stériles, deviennent des corridors de biodiversité. Les haies, composées de multiples strates végétales, servent de refuges aux pollinisateurs et aux oiseaux insectivores. Ces derniers, comme les mésanges, sont des alliés précieux pour les agriculteurs, car ils régulent naturellement les populations de chenilles et d'autres nuisibles sans recours aux produits phytosanitaires.

La Dimension Sociale de l'Agriculture Bio

Le projet des vergers partagés met en lumière une dimension souvent oubliée de l'agriculture : le lien social. En rendant la production accessible, en organisant des activités pédagogiques pour les enfants, les collectivités locales recréent un pont entre le consommateur et le producteur. Apprendre à greffer, à planter et à observer la nature, c'est se réapproprier les cycles de la vie.

Les structures comme l'ESAT des Vauzelles ajoutent une dimension humaine et inclusive à cette démarche. En permettant à 84 personnes en situation de handicap de participer activement à la production maraîchère, le bio devient un levier d'insertion et de valorisation. Le succès de la vente directe en circuit court, basé sur le bouche à oreille et la confiance, prouve que les consommateurs sont en demande de transparence et de proximité.

La réussite de ces initiatives repose sur une volonté commune de préserver un terroir tout en le faisant évoluer. Qu'il s'agisse de la production de Cognac, de légumes, de fruits ou de noix, les producteurs charentais démontrent qu'il est possible de concilier rentabilité et respect de l'environnement. La transition vers l'agriculture biologique n'est pas seulement une réponse aux enjeux climatiques ; c'est un choix de vie, un engagement envers les générations futures et une célébration de la richesse de la terre charentaise.

Vers une Souveraineté Alimentaire Locale

La multiplication des initiatives locales, comme la Ferme du Riveau ou les jardins de Légumes Garden, dessine les contours d'une souveraineté alimentaire régionale. L'objectif est de réduire la dépendance aux approvisionnements lointains en favorisant une polyculture élevage à taille humaine. Cette diversification est la clé de la résilience face aux aléas économiques et climatiques.

La gestion de la fertilité, le recours aux engrais verts et la protection phytosanitaire douce ne sont pas des pratiques archaïques, mais des techniques de pointe basées sur une compréhension profonde de la biologie. Le succès de ces méthodes prouve que l'innovation peut être au service de la nature plutôt que contre elle. L'utilisation de légumineuses, ces "petits bijoux de technologie naturelle", pour fixer l'azote est une illustration parfaite de cette ingéniosité.

Le chemin parcouru depuis les années 70, date des premières expérimentations bio dans le vignoble cognaçais, est impressionnant. D'une pratique marginale, le bio est devenu une référence qui inspire les politiques publiques et attire une nouvelle génération d'agriculteurs. L'avenir de la région de Cognac semble irrémédiablement lié à cette capacité à innover dans la tradition, en plaçant la biodiversité au centre de toutes les décisions.

La collaboration entre les agriculteurs, les associations de sauvegarde du patrimoine végétal et les collectivités locales crée un maillage territorial puissant. Ce réseau permet de diffuser les bonnes pratiques, de partager les ressources et de sensibiliser le public. L'engagement des chefs cuisiniers, friands de produits de qualité, renforce cette dynamique en valorisant le travail des producteurs locaux.

En fin de compte, la cueillette et la culture bio à Cognac ne sont pas des activités isolées. Elles font partie d'un mouvement global qui réinvente notre manière d'habiter le territoire. De la vigne aux vergers, en passant par les potagers maraîchers, c'est toute une culture qui se transforme pour offrir non seulement des produits d'exception, mais aussi un cadre de vie sain et durable. Chaque geste, de la plantation d'une haie à la greffe d'un prunier, contribue à la résilience de cet écosystème riche et fragile.

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