L'art ancestral et contemporain de la cueillette sauvage

La pratique de la cueillette sauvage, bien loin d'être une simple activité de subsistance archaïque, s'impose aujourd'hui comme une reconnexion profonde avec le vivant, mêlant savoirs botaniques, éthique environnementale et quête de bien-être. Si les tribus vivant en Valais il y a 10 000 ans forageaient pour se nourrir et se soigner, cette tradition a perduré à travers les âges, façonnant notre rapport au paysage et à la santé. Aujourd'hui, elle se réinvente, portée par des professionnels passionnés et une demande croissante pour des produits naturels certifiés.

une personne cueille avec précaution des plantes sauvages dans une forêt luxuriante

Les racines historiques et culturelles de la cueillette

Avant l’arrivée de l’agriculture il y a environ 2000 ans, l’homme était un grand cueilleur. En Europe, la tradition de la cueillette a perduré en parallèle de l’agriculture jusqu’à très récemment. En Suisse, les tribus vivant en Valais il y a 10 000 ans foraged pour se procurer de la nourriture et des remèdes. Elles ont commencé à cultiver certaines espèces il y a environ 7 500 ans. La cueillette a été pratiquée à travers le monde depuis la nuit des temps comme un moyen de rassembler des aliments de base et des remèdes traditionnels.

C’était monnaie courante parmi les familles en Valais jusqu’au milieu du XXe siècle. Les plantes récoltées ou cueillies étaient utilisées pour leurs propriétés nutritionnelles, médicinales, cosmétiques et ornementales, et même dans l’artisanat et les jeux. Cette tradition reflète des liens forts avec la nature et est abondamment documentée mais peu pratiquée de nos jours, avec seulement les gens de la campagne et de la montagne, les herboristes et les professionnels - au premier rang desquels la coopérative Valplantes - suffisamment compétents pour cueillir et cultiver les bonnes plantes.

De la cueillette artisanale à l'exigence de la certification

Dans le monde professionnel, la notion de « cueillette sauvage » (wild collection) est strictement encadrée pour garantir la qualité et la durabilité des ressources. Seuls le meilleur des ingrédients certifiés biologiques ou de cueillette sauvage sont utilisés pour fabriquer ces produits. Nous mettons l'accent sur l'utilisation de matières premières certifiées BIO et cueillette sauvage. Tous les ingrédients sont issus de l'agriculture biologique contrôlée ou de la cueillette sauvage certifiée biologique.

Une partie des plantes PADMA provient d'une cueillette sauvage contrôlée. Si vous intervenez dans la production végétale ou la cueillette sauvage, vous devrez faire des progrès vers une production plus écologique. Bio Suisse, certification biologique pour les produits agricoles et la cueillette sauvage selon les normes strictes de Bio Suisse pour le marché intérieur suisse, illustre cette rigueur. Par exemple, le complément alimentaire à partir de graines fraîches de cheval de châtaigne de cueillette sauvage pour le développement de Aesculaforce Forte est idéal pour les jambes lourdes et fatiguées. Les huiles contrôlées bio Certisys-Be, sauf pour le copahier et l'oliban, sont également issues de la cueillette sauvage. Il a été averti que le recours à la cueillette sauvage donnait lieu à une surexploitation de ces ressources, et il a été expliqué que le projet vise à étudier les méthodes de propagation.

un schéma montrant les étapes de certification biologique pour les plantes sauvages

Les fondamentaux de la sécurité : botanique et toxicité

La première règle pour tout aspirant cueilleur est la maîtrise de l'identification. En France, on considère qu’il y a environ 300 plantes toxiques, parmi lesquelles 100 sont réellement dangereuses, voire mortelles. C’est assez pour s’assurer de savoir les reconnaître, afin d’éviter les confusions malheureuses. Prendre le muguet pour de l’ail des ours, ou de la grande cigüe pour du cerfeuil des bois pourrait s’avérer fatal.

La meilleure façon de procéder est de se rendre sur le terrain avec des connaisseurs et des livres spécialisés. Commencer seul avec des livres est compliqué et beaucoup de confusions sont possibles. Veillez à ne pas cueillir de plantes rares, dans des zones de végétations spéciales (tourbière…), isolées, en nombre très restreint ou malades. Cueillir délicatement la plante entre l’ongle du pouce et l’index ou avec des ciseaux pour éviter de les déraciner. Lorsque cela est possible, cueillir avant les tontes et débroussaillements, ou lorsqu’une zone va être rasée pour y construire des bâtiments.

Risques sanitaires et bonnes pratiques de récolte

En dehors de la toxicité des plantes en elles-mêmes, il y a principalement trois autres risques sanitaires en lien avec la cueillette : la pollution, les parasites et les bactéries, et les tiques. Les endroits les plus pollués sont les bords de routes, les chemins de fer, les abords des usines, des champs et jardins cultivés et des décharges. Mais ça n’est pas parce que le lieu est pollué, que la plante va contenir le polluant. Idéalement, il est conseillé de cueillir à plus de 50 mètres des voies routières, dans des zones « protégées » par des lisières d’arbres par exemple.

Les parasites et les bactéries ne sont pas visibles à l’œil nu et peuvent être responsables de maladies. L’Echinococcose est transmise par un ver plat appelé « échinocoque ». La forme adulte de ce parasite infecte les renards, les chiens et parfois les chats. Les œufs du parasite se transmettent par les excréments d’animaux et le risque est d’en ingérer. Pour mitiger ce risque, il est conseillé de cueillir à plus de 50 cm du sol lorsque cela est possible, dans des zones où il n’y a pas de déjections d’animaux domestiques ou sauvages. La douve du foie est un autre ver plat parasite ; on évitera donc la cueillette proche de zones de pâturages, surtout s’il y a des ruisseaux à proximité. Une famille de bactéries peut également nous poser quelques soucis : les Leptospira, qui provoquent la leptospirose. Elle se plaît particulièrement dans les milieux humides.

La tique est un acarien qui se plaît aussi bien dans les zones boisées et humides que dans les prairies et les parcs. Pour prévenir le risque d’infection, avant de partir en balade, il est recommandé de se couvrir les bras, le cou et les chevilles. Après chaque balade, inspectez votre corps intégralement. N’essayez pas de la retirer avec les doigts car vous risqueriez de l’écraser et de la faire régurgiter. Le mieux est de commencer par nettoyer sous le robinet avec la pression du jet pendant plusieurs minutes puis de réaliser un trempage dans de l’eau vinaigrée (une part de vinaigre pour neuf parts d‘eau).

L'art de cueillir et sécher les plantes sauvages comestibles

Cadre légal et éthique de la cueillette

La réglementation de la cueillette est un point crucial souvent méconnu. Même si les plantes ne sont pas protégées, vous n’avez pas forcément le droit de les cueillir. Toutes les terres de France ont un propriétaire, qu’il soit public ou privé. Pour des cueillettes d’un volume inférieur à 10 litres, vous risquez une contravention forfaitaire de 135€. Il est essentiel de consulter les cartes des zones protégées et la carte des parcelles de forêts publiques.

En général, les collectivités territoriales acceptent que vous alliez cueillir sur leurs parcelles, tant que vous prélevez des quantités raisonnables et que vous respectez les lieux. Certains propriétaires acceptent très facilement, d’autres refusent catégoriquement et d’autres encore poseront leurs conditions. Chaque personne qui est sensibilisée peut devenir un détenteur de ces valeurs et peut être plus sensible à la protection de notre monde naturel.

Calendrier et techniques de récolte selon les espèces

La réussite d'une récolte dépend de la connaissance du cycle de vie des plantes. Les racines des plantes bisannuelles (ex : la bardane) se cueillent l’automne de la première année et jusqu’au printemps, avant que les parties aériennes ne repoussent. Pour les vivaces, il est préférable de les cueillir en automne, à partir de la 2ème ou 3ème année. Les fleurs se ramassent à peine ouvertes. Les feuilles se récoltent jeunes et tendres pour un usage alimentaire.

calendrier visuel illustrant les périodes de récolte pour différentes familles de plantes

L'expérience de l'apprentissage : vers l'autonomie

L'apprentissage de la cueillette est une aventure humaine autant que botanique. Michaël (Master en biogéosciences) et Marie (fleuriste art-thérapeute) transmettent 18 ans de savoirs sur les plantes sauvages comestibles et leurs usages. Rejoignez-nous aux Pléiades (Vaud) ou en Suisse romande pour des cours pratiques. Le programme inclut des sorties extrêmement enrichissantes, des explications claires et accessibles, et des suggestions d’utilisation simples qui donnent envie de se lancer dans l’aventure.

Les participants découvrent la lactofermentation, la fabrication d'encens à partir de résines et de plantes, ou encore la création de cosmétiques naturels. Cette dimension pratique où l'on repart avec ses préparations est un plus. La pédagogie mise en œuvre permet d’aborder le côté médicinal avec des connaissances de base et l’élan pour se lancer. Apprendre à bien sécher et conserver chaque plante est une étape clé pour garantir la pérennité des bienfaits récoltés.

Éducation et reconnexion au vivant

La transmission des savoirs est fondamentale pour protéger la biodiversité. Nous voulons attirer l'attention sur la beauté qui nous entoure. "Nous ne pouvons protéger que ce que nous connaissons". Une approche simple et ludique de l'apprentissage, adaptée à tous les âges et à toutes les motivations, permet de transformer une simple balade en une véritable école de la vie.

Que ce soit à travers des ateliers de cuisine sauvage, où l'on découvre, cueille et cuisine les saveurs sauvages des Pléiades, ou des formations complètes au fil des saisons, l'objectif reste le même : reconnecter l'humain à son environnement. Cette pratique, bien que peu exercée de nos jours, retrouve ses lettres de noblesse grâce à ceux qui, par leur passion, réapprennent à lire le paysage comme un livre ouvert, riche de trésors pour le corps et l'esprit.

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