L’Or Vert de Boukhelifa : Défis et Traditions de la Cueillette des Olives

La cueillette des olives est à peine relative cette année. Cette situation est due aux épisodes de feux de forêt et la sècheresse qui ont affecté la wilaya et le pays ces dernières années. Une cause directe selon les oléiculteurs, les agriculteurs et oléifacteurs, même si l’olivier est connu pour être un arbre rustique qui fructifie souvent un an sur deux. À Boukhelifa, comme dans l’ensemble de la région de Béjaïa, cette activité dépasse le cadre de la simple production pour toucher à l’identité même du territoire.

Paysage des oliveraies de la commune de Boukhelifa sous un ciel d'automne

Les enjeux de la production oléicole actuelle

« L’objectif fixé par la Direction des services agricoles de la wilaya est d’atteindre une production de 13 millions de litres cette année et peut-être 15 millions de litres si le rendement des quantités d’olives qui seront récoltées durant la prochaine période sera bon », a déclaré, hier, Khaled Laïd, responsable à la Direction des services agricoles de la wilaya de Béjaïa, sur Radio Soummam. La campagne de collecte des olives qui a débuté la fin du mois de novembre dernier dans les communes Est de la wilaya et la mi-décembre dans certaines contrées de la haute vallée de la Soummam, s’est accélérée ces derniers jours à la faveur de l’amélioration du climat.

Plus de 65 % de la superficie d’oliviers en rapport ont été récoltés. Selon le même responsable, «sur une superficie de 51 000 ha d’oliviers que compte la wilaya, la cueillette des olives a été procédée sur une surface de 30 000 ha, soit une cueillette de 310 000 quintaux, dont 225 000 quintaux ont déjà été triturés». Les 225 000 quintaux d’olives triturés ont donné lieu à une production de 3,6 millions de litres d’huile. Le rendement observé cette année est moyen comparativement aux années précédentes. Il était de plus de 20 litres par quintal et parfois de 22 jusqu’à 25 litres même. «Cette année, il est de litres par quintal», selon M. H.

Graphique illustrant le rendement de trituration des olives par hectare

L’ancrage culturel de la récolte en Kabylie

Chaque automne, en Kabylie, une tradition séculaire reprend vie : la cueillette des olives. Cette activité, profondément ancrée dans la culture locale, ne se limite pas à une simple récolte agricole. Dès les premières lueurs de l’aube, le village s’éveille dans une effervescence palpable. Les femmes s’affairent dans les cuisines, préparant couscous, petit lait, crêpes et beignets, soigneusement emballés pour nourrir la tribu au cours d’une journée intense. Les enfants, excités, se préparent à accompagner leurs parents dans les champs.

Le soleil à peine levé, un cortège bigarré s’élance sur les sentiers sinueux. Des paniers chargés de provisions, des draps pour recueillir les olives, et des bâtons pour secouer les branches rythment leur avancée. Une fois sur place, chacun trouve sa place dans cette danse bien orchestrée. Les plus habiles grimpent dans les oliviers, armés de bâtons pour faire tomber les fruits, pendant que d’autres ramassent les olives à même le sol ou dans des filets étendus sous les arbres.

La mécanique sociale du travail champêtre

Conversations et chansons s’entremêlent. L’effort physique se transforme en un véritable moment de convivialité. Quand midi sonne, c’est l’heure de la pause. Sur l’herbe fraîche, un véritable festin s’étale. Couscous parfumé, galettes dorées et lait caillé, le tout partagé dans la bonne humeur. Mais déjà, il faut reprendre le travail. Les tas d’olives grossissent, les filets se remplissent, et la satisfaction se lit sur les visages.

Vers 17 heures, les villageois rassemblent leurs affaires et transportent les sacs remplis d’olives jusqu’à l’huilerie. Là, un autre spectacle se joue. Avant de rentrer, un rituel incontournable s’impose : goûter l’huile nouvelle. Autour d’une assiette, chacun trempe un morceau de galette dans ce précieux nectar, savourant le goût authentique de la récolte. L’huile d’olive, réputée pour ses mille vertus, est ensuite stockée avec soin dans des jarres.

Illustration d'une famille récoltant des olives dans les vergers traditionnels

De la tradition à la technique : optimiser la filière

La transition entre la méthode traditionnelle et les exigences de rendement moderne constitue le défi majeur pour les agriculteurs de Boukhelifa. Si la main-d’œuvre familiale reste le moteur de la récolte, la gestion des aléas climatiques impose une réflexion sur l'entretien des vergers. La rusticité de l'olivier, bien qu'éprouvée, ne suffit plus face à la fréquence accrue des épisodes de sécheresse. L'accompagnement technique par les services agricoles vise à stabiliser le rendement par quintal, en veillant notamment à la qualité de la trituration, étape cruciale pour transformer le fruit en huile de haute qualité.

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La pérennité de cette filière repose sur un équilibre fragile. D'une part, le maintien des structures familiales qui assurent la récolte, et d'autre part, l'investissement dans des pratiques arboricoles capables de résister aux changements environnementaux. La commune de Boukhelifa, par sa situation géographique, demeure un pivot central de cette économie locale, où chaque goutte d'huile produite raconte l'histoire d'une terre et de ceux qui, malgré les difficultés, perpétuent le geste ancestral de la cueillette.

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