Le Lierre et les Chevaux : Démystification d'un Danger Insoupçonné

Le lierre, avec ses feuilles découpées et sa capacité à habiller joliment un vieux mur ou un tronc mort, confère un côté romantique aux jardins. Pourtant, cette plante grimpante si commune est toxique de la tête au pied, un fait souvent méconnu. L'ingestion de seulement 2 ou 3 baies peut suffire à déclencher des symptômes chez un enfant, mais la toxicité du lierre ne se limite pas aux humains, elle représente également un risque pour les animaux herbivores, dont les chevaux.

Lierre grimpant (Hedera helix)

Hedera helix : une plante omniprésente aux multiples facettes

Le lierre commun, scientifiquement connu sous le nom d'Hedera helix, est une herbacée présente sur tout le territoire français. Elle affectionne particulièrement les sous-bois et les endroits laissés à l’abandon. Le lierre peut adopter une forme rampante au sol ou grimper grâce à des crampons, des racines aériennes courtes et munies de ventouses, permettant à ses lianes d'atteindre jusqu'à 30 mètres de long. Ses feuilles sont persistantes, ne tombant pas, et coriaces, luisantes et vert foncé. Elles sont pétiolées et possèdent trois à cinq lobes sur les rameaux stériles, tandis qu'elles sont entières, ovales et acuminées sur les pousses florifères. La floraison du lierre a lieu en automne, de septembre à novembre, produisant de petites ombelles terminales assez denses et de forme globuleuse, composées de cinq pétales jaune-verdâtre mesurant 7 à 9 mm de diamètre. Le fruit est une drupe qui, d'abord verte, devient marron puis noire à maturité, de mars à mai. Chaque baie renferme trois à cinq graines brunâtres de consistance spongieuse.

Contrairement à une idée reçue, le lierre n’est pas une plante parasite ; il se fixe simplement sur des supports pour aller vers la lumière. Ses fruits peuvent être consommés impunément par les oiseaux, mais sont toxiques pour les mammifères, y compris l'homme.

Les principes toxiques du lierre : une menace sous-estimée

La toxicité du lierre est principalement due à un ensemble de molécules appelées saponosides, dont l’hédérine (ou hédéroside) est un composant majeur. Ces saponosides possèdent des propriétés hémolytiques, vasoconstrictrices et antispasmodiques. Les tanins, comme l'acide hédératannique, sont également présents. Il est crucial de noter que ces saponosides ne se limitent pas aux baies ; toute la plante - feuilles, tiges, racines - en contient. De ce fait, on déplore également des intoxications chez les animaux herbivores comme les chevaux, les vaches et les lapins, soit par pâturage direct, soit par le foin contaminé.

En plus des saponosides, le lierre est responsable de dermatite de contact chez l’homme due à la présence de falcarinol et de didéhydrofalcarinol dans ses feuilles et ses tiges.

Symptômes et évolution de l'intoxication au lierre chez les chevaux

Bien que les connaissances sur la toxicité du lierre pour les chevaux soient considérées comme assez minces, il est établi que le lierre (Hedera helix) est toxique pour les équidés, en particulier les baies et les feuilles. On pense que la toxicité est liée à l’huile essentielle contenue dans la plante, ainsi qu’aux saponines hémolytiques. Ces saponines détruisent les globules rouges, entraînant une anémie.

Les premiers signes d’intoxication peuvent inclure une sensation de brûlure dans la bouche et une hypersalivation. En cas d’ingestion plus importante, l’intoxication évolue vers des troubles digestifs, neurologiques et respiratoires. Les signes cliniques observés chez les animaux intoxiqués peuvent varier mais comprennent :

  • Signes généraux : hypothermie, excitation, faiblesse.
  • Signes digestifs : coliques, diarrhée, météorisme, salivation excessive.
  • Signes cardio-vasculaires : bradycardie (ralentissement du rythme cardiaque), hypotension, troubles cardiaques.
  • Signes respiratoires : dyspnée (difficulté respiratoire).
  • Signes nerveux : ataxie (perte de coordination), vertiges, parfois convulsions, puis coma.

Dans les cas graves, l’intoxication peut entraîner la mort. Des cas de mort subite sont rapportés, bien que les cas mortels soient rares. Il n’existe pas d’antidote spécifique, et le traitement est principalement symptomatique, visant à soutenir les fonctions vitales et à tenter d’éliminer les toxines par voie digestive et rénale. Le pronostic est généralement réservé.

Baies de lierre

Confusions et distinctions : lierre grimpant vs lierre terrestre

Il est important de ne pas confondre le lierre grimpant (Hedera helix) avec le lierre terrestre (Glechoma hederacea). Le lierre terrestre est une plante différente qui provoque des problèmes cardiaques et est également très toxique. Le lierre grimpant, quant à lui, est l’objet de discussions et d’expériences diverses. Certaines personnes ont nourri leurs chèvres avec du lierre grimpant sans observer de problèmes immédiats, ce qui peut créer une certaine perplexité. Cependant, les études scientifiques et les données des centres antipoison soulignent la toxicité de l'Hedera helix. L'intoxication peut parfois être à long terme, rendant difficile le rapprochement entre le lierre consommé et un éventuel décès sans autopsie approfondie. Il est donc prudent de se fier aux recherches de vétérinaires et de centres antipoison plutôt qu'à des observations limitées.

Le lierre terrestre, délicieuse plante aromatique

Intoxications végétales chez le cheval : un enjeu majeur

Les coliques, qu’elles soient d’origine digestive ou liées à une intoxication, représentent la première cause de mortalité équine. Les chevaux, en tant qu'herbivores, peuvent être exposés à de nombreuses plantes toxiques présentes dans les pâturages, les haies ou les fourrages contaminés. Certaines plantes contiennent des substances chimiques appelées "principes actifs toxiques" qui peuvent avoir un effet nocif sur l'organisme du cheval, même en très faible quantité. La toxicité désigne la capacité d’une substance, ici issue d’une plante, à provoquer des effets nocifs sur un organisme vivant, en l’occurrence le cheval. Même en petite quantité, la plante peut provoquer des effets graves, voire mortels, comme des atteintes cardiaques, des paralysies ou des convulsions.

Plantes toxiques pour chevaux infographie

Plantes hautement toxiques pouvant entraîner la mort rapide

Certaines plantes sont extrêmement dangereuses et peuvent entraîner la mort en quelques heures, même à faibles doses. Leurs symptômes sont souvent rapides et sévères.

  • L’if (Taxus baccata) : Extrêmement toxique, en particulier ses aiguilles et baies rouges (le noyau). Il contient des taxines provoquant une atteinte cardiaque sévère, des battements irréguliers, un effondrement soudain et le décès en quelques minutes.
  • Le laurier-rose (Nerium oleander) : Toutes ses parties (feuilles, fleurs, tiges) sont extrêmement toxiques. Il contient des hétérosides cardiotoniques (oléandrine) qui augmentent la contractilité cardiaque, pouvant entraîner des arythmies mortelles. Les effets incluent troubles digestifs (coliques, diarrhée), troubles cardiaques (bradycardie puis tachycardie), tremblements, convulsions et mort subite.
  • La digitale (Digitalis purpurea) : Très toxique, elle contient des glucosides cardiotoniques qui affectent le cœur.
  • L’érable sycomore (Acer pseudoplatanus) : Courant en bordure de pâtures, il peut provoquer une myopathie atypique chez les chevaux, souvent mortelle.
  • La grande cigüe (Conium maculatum) : Toutes ses parties contiennent des alcaloïdes cicutoxines qui affectent gravement le système nerveux. L’ingestion peut entraîner des tremblements, convulsions, paralysie et mort rapide.
  • Le colchique d’automne (Colchicum autumnale) : L’une des plantes les plus toxiques. Toutes ses parties, et particulièrement ses bulbes, contiennent de la colchicine, un poison puissant. Il provoque des coliques violentes, troubles respiratoires, paralysie et peut entraîner la mort.

Plantes à toxicité élevée

Ces plantes peuvent causer des problèmes graves et potentiellement mortels.

  • Le séneçon de Jacob (Jacobaea vulgaris) : Reconnaissable à ses fleurs jaunes, cette plante est très toxique. Elle contient des alcaloïdes pyrrolizidiniques responsables de graves atteintes hépatiques. Séchée dans le foin, elle conserve sa toxicité.
  • La morelle noire (Solanum nigrum) : Également appelée nuit noire, elle est hautement toxique. Ses baies immatures et feuilles contiennent de la solanine, substance provoquant salivation excessive, troubles digestifs, faiblesse musculaire et troubles neurologiques.
  • La fougère aigle (Pteridium aquilinum) : Toxique, elle contient des substances comme la ptilohormone et la thiaminase qui détruisent la vitamine B1. Son ingestion prolongée provoque des troubles neurologiques, perte d’appétit, démarche anormale, et paralysie. Même séchée dans le foin, elle reste dangereuse.
  • Le rhododendron (Rhododendron spp.) : Cet arbuste ornemental cache une toxicité redoutable.
  • L’arum tacheté (Arum maculatum) : Contient des oxalates de calcium et d'autres irritants puissants. Toutes les parties sont toxiques et causent irritation buccale, salivation excessive, douleurs digestives et parfois difficultés respiratoires.
  • Le robinier faux-acacia (Robinia pseudoacacia) : L'écorce, les jeunes pousses et les graines contiennent des toxines (robinine). Leur ingestion peut provoquer des coliques, diarrhées, abattement et, dans les cas graves, des troubles cardiaques.
  • Le chêne (Quercus spp.) : Bien que souvent présent, il peut être toxique, notamment au printemps (jeunes feuilles) et en automne (glands).

Plantes à toxicité faible à modérée

Ces plantes peuvent causer des troubles, mais la gravité dépend souvent de la quantité ingérée.

  • Le coquelicot (Papaver rhoeas) : Légèrement toxique, il contient de la rhoeadine, un alcaloïde proche de l'opium, agissant sur le système nerveux central.
  • La renoncule âcre (Ranunculus acris) : Également appelée bouton d’or, cette fleur jaune est commune dans les prairies.
  • Le lilas commun (Syringa vulgaris) : N’est pas considéré comme toxique, mais peut être légèrement irritant par la présence de composés phénoliques.

Autres aliments et substances toxiques ou déconseillés

Outre les plantes, certains aliments courants ne sont pas adaptés au système digestif du cheval.

  • Le pain : Riche en amidons transformés, il favorise une fermentation microbienne anormale dans le gros intestin, risquant de provoquer des coliques gazeuses, un déséquilibre du microbiote, une acidose ou une diarrhée. Le pain sec peut également se dilater avec la salive et provoquer un bouchon œsophagien. S'il est moisi, il présente un risque de mycotoxines.
  • Le chocolat : Toxique pour les chevaux en raison de la théobromine et de la caféine, qui agissent comme stimulants du système nerveux central. Le cheval élimine très lentement cette molécule, amplifiant les effets (agitation, transpiration, troubles digestifs, hyperventilation, troubles cardiaques).
  • Pomme de terre crue et tomates vertes/tiges : Contiennent de la solanine, un glycoalcaloïde qui agit comme un inhibiteur de l’acétylcholinestérase, perturbant la conduction nerveuse. Cela peut causer des troubles gastro-intestinaux, salivation excessive, ralentissement du rythme cardiaque, troubles de la coordination et, dans les cas graves, paralysie et arrêt cardiorespiratoire.
  • Noyaux de cerises, prunes, abricots, pépins de pomme : Renferment du cyanure sous forme de glycosides cyanogénétiques. Si les noyaux sont mâchés ou broyés, le cyanure peut être libéré, bloquant la respiration cellulaire et provoquant une respiration rapide, faiblesse, convulsions. Les noyaux entiers sont moins dangereux.
  • L’avocat : Contient de la persine, un dérivé lipidique cardiotoxique présent dans les feuilles, noyaux et chair.
  • Le chou et le brocoli : Contiennent des composés soufrés et des fibres très fermentescibles (chou) ou riches en glucosinolates et fibres dures (brocoli), peu digestes pour les chevaux, pouvant provoquer des ballonnements et des troubles digestifs.
  • Le navet : Particulièrement cru et en excès, peut perturber la digestion en raison de ses glucosinolates et sucres rapidement fermentés.

Le cheval est un herbivore monogastrique doté d’un système digestif fragile, conçu principalement pour digérer des fibres en continu. Son intestin grêle et son côlon sont très sensibles aux aliments riches en sucres simples, en amidon ou en substances inhabituelles. Il est donc essentiel de donner fruits et légumes avec modération.

Prévention des intoxications : une gestion rigoureuse de l'environnement équin

La prévention est la clé pour protéger les chevaux des plantes toxiques. Une gestion rigoureuse des pâtures est l’un des moyens les plus efficaces.

  • Observation et entretien régulier : Les plantes toxiques s’installent facilement sur des parcelles surpâturées, pauvres en herbe ou mal entretenues. Un sol vivant et bien couvert réduit les risques de prolifération des espèces toxiques.
  • Identification des plantes dangereuses : Apprendre à identifier les plantes toxiques est essentiel. Il faut inspecter les haies, bordures de champs et paddocks. Se former à l’identification botanique des espèces dangereuses (séneçon, digitale, morelle noire, if, laurier rose) et installer un poster éducatif dans l’écurie ou la sellerie peut être très utile.
  • Gestion du foin : Le foin peut contenir des plantes toxiques séchées, difficilement identifiables une fois récoltées. Il est donc important de s'assurer de la qualité du foin.
  • Aménagement des pâturages :
    • Fournir du foin en libre accès pour que les chevaux aient toujours une source de fibres saine.
    • Introduire des jeux ou des brosses à gratter dans les paddocks pour distraire les chevaux et limiter leur envie de grignoter des plantes potentiellement dangereuses.
    • Alterner les parcelles pour éviter le surpâturage, ce qui favorise la croissance de l'herbe et diminue l'installation des espèces toxiques.
  • Éviter les herbicides chimiques : Ne pas utiliser d'herbicides chimiques en présence de chevaux ou sans période de carence sécurisée.
  • Surveillance des zones à risque : Les haies de lauriers ou de thuyas, les bordures de forêt et les chemins de balade peuvent dissimuler des plantes dangereuses.
  • Éducation des poulains : Normalement, les chevaux ne touchent pas les plantes toxiques grâce à l’odeur qui les repousse et à leur apprentissage auprès de leur mère lorsqu’ils sont encore poulains.

En adoptant ces mesures préventives, les propriétaires de chevaux peuvent réduire considérablement les risques d’intoxication et assurer la santé de leurs animaux.

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