# La Cueillette de Pommes Rémunérée en Bretagne : Entre Tradition, Anti-Gaspillage et Développement Local

La Bretagne, terre de caractère et de richesses naturelles, possède une tradition fruitière ancrée, où la pomme occupe une place de choix, notamment pour la production de cidre et la consommation de fruits de table. Cependant, un constat s'impose depuis plusieurs années : beaucoup de fruits sont non récoltés dans les jardins et vergers privés ou sur l’espace public. Ce manque de temps, de présence ou de conditions physiques conduit à un gaspillage regrettable d'une ressource précieuse. Face à cette réalité, diverses initiatives voient le jour en Bretagne, offrant des opportunités de cueillette de pommes rémunérée, que ce soit par l'achat direct de fruits fraîchement cueillis par les consommateurs eux-mêmes ou par la valorisation économique des récoltes par des associations engagées. Ces démarches participent activement à la promotion des circuits courts, à la lutte contre le gaspillage alimentaire et à la préservation d'un patrimoine fruitier local essentiel.

La Cueillette Directe en Verger : Une Expérience Rémunératrice et Ludique au Cœur de la Bretagne

Il n’y a pas de plus grand plaisir que de manger les fruits et légumes que l’on a soi-même cueillis. Cette phrase prend tout son sens dans les nombreux vergers de Bretagne qui ouvrent leurs portes au public pour des sessions de cueillette directe. Au-delà de l'aspect ludique, cette pratique représente une forme de cueillette "rémunérée" pour le consommateur qui, en échange de son temps et de son effort, accède à des produits frais, souvent moins chers que dans le commerce traditionnel, tout en soutenant l'agriculture locale. C'est également un excellent moyen de transmettre le goût des bonnes choses aux enfants, transformant la cueillette en un jeu d'enfants et un engagement pour soutenir les agriculteurs locaux.

Un exemple emblématique de cette approche est celui des Vergers du Cosquer, situés au sein du pays bigouden, à Combrit, entre Quimper et Pont-l'Abbé. S'étendant sur 14 hectares à quelques pas de la rivière de l'Odet, Les Vergers du Cosquer proposent, de septembre à novembre, la cueillette directe d'une quinzaine de variétés de pommes issues de l'agriculture raisonnée. Cette méthode de production garantit des fruits savoureux et respectueux de l'environnement. Depuis le 1er septembre jusqu'à la fin du mois d'octobre, ce site offre à la cueillette directe pas moins de 14 variétés de pommes de saison, conçues pour être mangées immédiatement ou conservées quelques semaines ou quelques mois selon la variété. Parmi les variétés disponibles, on retrouve la Pink Golden, la Reinette du Canada, la Royal Gala, la Belchard, la Melrose, la Jubilée (ferme et acidulée), la Primgold (pommes d’été) et l'Elstar, dont la conservation peut aller jusqu’à la Toussaint ou Noël. Pour d'autres variétés comme la Breabern, la Fuji et la Belchard, réputées pour leurs très longues conservations, il faut généralement attendre entre le 10 et le 15 octobre.

Les Vergers du Cosquer mettent à disposition des services pratiques pour faciliter l'expérience des cueilleurs : des brouettes et des échelles sont disponibles pour cueillir les fruits en toute sécurité et les transporter aisément. Des conseils sur la sélection de pommes sont également offerts, en fonction des goûts et de l'utilisation envisagée (à croquer, pour la pâtisserie, pour le jus, etc.). Le tarif est simple et attractif : 1€80 le kilo de pommes ou de poires. Il est recommandé de prévoir ses propres sacs cabas ou cartons, qui seront pesés à l’arrivée pour la tare. Le site est ouvert tous les jours de la semaine, de 14h30 à 18h, jusqu'à fin octobre, et les chiens y sont admis. Pour la tranquillité de tous et la sécurité des lieux, le site est placé sous vidéo-surveillance. Kidiklik, une référence pour les activités familiales, a fait le plein de pommes et poires aux Vergers du Cosquer, soulignant qu'il s'agit d'une activité saine et ludique à partager avec les enfants, qui ne se lassent pas de cueillir leurs fruits et de les transporter avec la brouette.

Plan des Vergers du Cosquer avec les différentes variétés de pommes
Au-delà des pommes, la libre cueillette s'étend à d'autres trésors de la nature bretonne. Des maraîchers proposent des légumes de saison, des fraises au printemps, des fruits rouges en été ou encore des kiwis à l’automne. Pour les amateurs de kiwis, par exemple, la récolte a lieu en novembre, avec une vente directement à l’entrée du verger les week-ends à partir de 14h jusqu’à épuisement de la production. C'est le cas notamment du verger de Kerjegu, d’une superficie de 2 hectares, qui a été planté en janvier 1987 et janvier 1988 de pieds de kiwi de variété Hayward. Il est important de noter qu'en hiver, le choix est nécessairement plus limité. Des initiatives comme Flower Poher, à côté d’Huelgoat, permettent même de couper soi-même ses fleurs dans les champs, avec des variétés comme l'œillet du poète, les alliums et les iris.

Ces structures locales, souvent familiales, sont animées par des passionnés, à l'image de Claire & Régis, dont le souhait de devenir paysans bio remontait à leurs études agricoles, ou de Victorien, qui a créé Le Pré de la Rivière fin 2015 avec l'idée de proposer des produits locaux issus de sa ferme, constituant une ferme familiale avec deux activités agricoles complémentaires. Samuel Debroise, paysan maraîcher en exploitation individuelle sur la commune de Fercé, et Yann Métayer, qui a lancé son projet en juin 2019 avec l'aide de son père, Marc, pour cultiver des légumes de saison en agriculture biologique, sont autant d'exemples de ces producteurs engagés. Ils proposent un choix riche en fruits et légumes bio, ainsi qu'une diversité grâce aux produits complémentaires de producteurs amis, que l'on peut également retrouver sur les marchés de Landerneau, Brest ou Quimper.

Les Initiatives Associatives Contre le Gaspillage : Valorisation des Fruits Non Récoltés et Solidarité

Face au constat alarmant que "beaucoup de fruits étaient non récoltés dans les jardins et vergers privés ou sur l’espace public", des associations jouent un rôle crucial en Bretagne. Elles transforment ce gaspillage potentiel en une ressource valorisée, créant ainsi une forme de rémunération indirecte pour la communauté et un soutien aux activités solidaires. Leur action repose sur la mobilisation de bénévoles et la mise en place de partenariats astucieux.

Le principe est simple et efficace : l’association propose aux bénévoles et au public des structures partenaires de se joindre à elle pour des cueillettes de fruits et des glanages de légumes. En 2017, le constat était clair : ces fruits non cueillis pouvaient trouver de nombreux débouchés. Si vous êtes un particulier et que vous avez des fruits que vous ne cueillez pas ou peu, ces associations vous offrent une solution. Un contrat est établi, visant à préciser la répartition des fruits entre le propriétaire et l’association, généralement selon une formule 20-80%. Par la suite, une petite équipe de bénévoles intervient chez vous pour récolter les fruits, qu'il s'agisse de pommes, de poires, de cerises, de pêches, de prunes, de mirabelles, et bien d'autres. La récolte est ensuite répartie entre le propriétaire, l’association, les cueilleurs et les structures d’aide alimentaire, assurant ainsi un partage équitable et solidaire de la ressource.

La valorisation ne s'arrête pas là. Les associations organisent souvent des ateliers de cuisine au sein de leurs locaux pour transformer ces fruits excédentaires. Selon les goûts et les besoins, les bénévoles réalisent des gâteaux, des compotes, des confitures, contribuant ainsi à la diversification des produits et à l'apprentissage de savoir-faire. Une part significative des récoltes de pommes est également valorisée en jus. Ces jus sont souvent destinés à la vente pour soutenir les activités des associations, à l'image des Marteaux du Jardin, transformant ainsi le gaspillage en un levier financier pour leurs actions.

Infographie montrant le circuit des fruits cueillis par les associations (du verger à la distribution)
Ces initiatives ne se limitent pas aux vergers privés. Elles s'étendent aux agriculteurs. Si vous êtes agriculteur.trice et que vous seriez prêt.e.s à laisser accéder à vos champs après récolte, les associations sont preneuses. Que ce soit des pommes de terre, des oignons, des choux-fleurs ou des carottes, tout excédent peut être glané et valorisé. Pour les personnes désireuses de s'impliquer, il suffit de contacter l'association. Seule l’adhésion à l’association pour des questions d’assurance est requise, garantissant un cadre sécurisé pour les bénévoles. Ce travail désintéressé fait chaud au cœur en ces temps où la solidarité est primordiale.

"Tous au verger !" à Vitré : Un Modèle d'Engagement Communautaire Contre le Gaspillage

L'association "Tous au verger !", née en juin 2019 dans la commune de Vitré, en Ille-et-Vilaine, incarne parfaitement cet esprit d'engagement communautaire et de lutte contre le gaspillage. Son constat initial est celui-là même qui motive de nombreuses initiatives : les fruits des arbres situés sur le domaine public sont rarement récoltés, c’est le cas aussi de certains vergers privés. Souvent gaspillée, cette ressource peut pourtant trouver de nombreux débouchés. C’est ce constat qui est à l’origine de la création de l'association, qui souhaite faire prendre conscience aux citoyens de la possibilité de se réapproprier les arbres fruitiers.

En Bretagne, dans la commune de Vitré et ses environs, les bénévoles de l’association récoltent les fruits pour les transformer et les offrir à des organismes de solidarité. Les porte-paroles de "Tous au Verger !", Olivier Allain et Benoît Brault, à l’origine de l’association, encouragent ainsi tous les propriétaires d’arbres fruitiers qui ne ramassent pas l’intégralité de leurs récoltes pour une raison ou une autre, à se manifester auprès de l’association. Ils déclarent à Ouest France : « On se chargera de la collecte et de la redistribution auprès de divers partenaires ». L'espace public, avec ses pommiers, cerisiers, pruniers ou encore figuiers, peut parfois regorger de ressources insoupçonnées. Ces arbres longent les routes de France et d’ailleurs, mais leurs fruits finissent souvent par pourrir sur les trottoirs. Peu d’entre nous osent les cueillir, alors qu’ils sont pourtant loin d’être défendus. La loi est en effet claire : la cueillette des fruits sur le domaine public, comme le ramassage de ceux qui sont tombés sur la voie publique depuis un domaine privé, est tout à fait autorisée.

Ces fruits, rarement traités aux pesticides et bien adaptés aux conditions environnementales locales, présentent des propriétés nutritives intéressantes doublées d’une empreinte écologique bien meilleure que la plupart des variétés vendues dans les supermarchés. Les laisser pourrir sur le bord de la route relève donc d’un gaspillage regrettable qui se compterait en milliers de tonnes en France.

Les actions concrètes de "Tous au verger !" illustrent l'impact positif de leur démarche. Dans un premier temps, l’association s’est concentrée sur les vergers plantés dans les environs, qui appartiennent à la collectivité. C’est ainsi que les bénévoles ont effectué une première cueillette de pommes anti-gaspillage de plus de 500 kg, qui ont ensuite été pressées pour en faire du jus. En septembre 2020, une dizaine de bénévoles de "Tous au verger !" ont ramassé à eux-seuls pas moins de 1,3 tonne de pommes sur un terrain privé, transformées en près de 1000 litres de jus de pomme. La production a été offerte à une épicerie solidaire ainsi qu’à d’autres organismes. Plus récemment, début décembre, l’association a été contactée par le directeur d’un golf pour récolter les nombreux kakis qui poussent sur le domaine. Transformés en confiture, les fruits ont été offerts à différents organismes comme les Restos du Cœur et la Banque Alimentaire. Ces exemples concrets témoignent de l'efficacité et de la générosité de cette initiative.

Photo de bénévoles de
Parallèlement à la collecte des fruits et à la distribution, l’association "Tous au verger !" souhaite préserver ce patrimoine végétal local par divers moyens. Elle réalise un inventaire et une cartographie des vergers et des différentes variétés présentes dans l’espace public. "Tous au Verger !" espère ainsi contribuer à la sauvegarde de ces variétés locales, telles que la Jaune de Vitré ou la Pomme Amour, qui sont autant de marqueurs de la biodiversité fruitière bretonne. Les 30 adhérents que compte l’association aujourd’hui organisent également des activités conviviales faisant des vergers des lieux d’échange. Ces événements pourraient permettre de préserver et de partager des savoir-faire liés aux arbres fruitiers, comme la taille, le greffage et la transformation, renforçant ainsi le lien social et la transmission intergénérationnelle des connaissances.

Des actions de lutte contre le gaspillage sont par ailleurs prévues, tout comme des campagnes de sensibilisation aux enjeux de l’environnement et de l’accès pour tous à une alimentation saine. Un partenariat avec la ville de Vitré a été conclu, qui consiste pour l’association à gérer les 3 vergers communaux et à favoriser la plantation de fruitiers sur le territoire, au cœur des lotissements et des cités. Cette idée n’est pas sans rappeler les Guérilla Greffeurs, un mouvement né en Californie qui aspire à augmenter la production de fruits en milieu urbain. Ces activistes, toujours plus nombreux aux États-Unis mais également en Europe, greffent secrètement des branches fruitières sur des arbres de ville qui ne produisent pas de fruits, contribuant à la "verdissement" comestible des villes. Pour sa part, "Tous au verger !" souhaite se développer au-delà de sa commune d’origine. Au-delà du partenariat avec les autorités municipales, d’autres collaborations sont envisagées, notamment avec des établissements d’insertion qui pourraient participer aux cueillettes, offrant ainsi des opportunités d'emploi et de réinsertion par le travail.

Le Patrimoine Fruitier Breton : Inventaire, Promotion et Fédération des Acteurs

La vitalité des initiatives de cueillette de pommes rémunérée en Bretagne s'inscrit dans un cadre régional plus large, marqué par un engagement fort envers la conservation du patrimoine fruitier et le soutien à l'agriculture locale. Le territoire breton est très marqué par la production fruitière, comme en témoignent la cidrerie à Pleudihen-sur-Rance et l’association des Mordus de la Pomme à Quévert, qui prouvent encore aujourd’hui la place qu’occupent les fruits, et notamment la pomme, dans la culture et l’économie locale.

Au cœur de cette dynamique se trouve le Pôle Fruitier de Bretagne. Un coordinateur assure désormais l’animation et le développement de ce Pôle, en venant en appui aux acteurs pomologiques locaux et en les fédérant autour d’initiatives régionales. Ce rôle de coordination est essentiel pour harmoniser les efforts et maximiser l'impact des différentes actions menées sur le territoire. Un exemple d’un projet multipartenarial coordonné par le Pôle Fruitier de Bretagne montre l'efficacité de cette approche collaborative. Le Conseil Départemental d’Ille-et-Vilaine, sollicité par les partenaires déjà impliqués dans le projet, a rapidement rejoint le projet du Pôle Fruitier de Bretagne, soulignant l'importance politique et institutionnelle accordée à ces initiatives.

L’association "Les Mordus de la Pomme", créée en 1987 et basée à Quévert (Côtes d’Armor), œuvre depuis sa création à la connaissance et à l’inventaire des variétés fruitières sur une zone comprise entre Saint-Brieuc, Saint-Malo et Rennes. Cette mission d'inventaire est fondamentale pour la sauvegarde de la biodiversité fruitière locale. L’association effectue un suivi depuis de nombreuses années sur un grand nombre de vergers de conservation, contribuant ainsi à la pérennité de variétés parfois rares ou anciennes. Ce travail est souvent mené en partenariat avec des entités comme le Pôle Fruitier de Bretagne, permettant de réaliser un inventaire des variétés de fruits pour leur conservation et leur promotion. Les acteurs régionaux accompagnent également au développement de nouveaux vergers, assurant le renouvellement et l'expansion du patrimoine fruitier.

Les collectivités territoriales jouent aussi un rôle majeur. Depuis 2017, Dinan Agglomération regroupe aujourd’hui 64 communes et près de 96 000 habitants, et son territoire est intrinsèquement lié à la production fruitière. En 2011, les élus régionaux se sont également engagés à mettre en œuvre une nouvelle politique d’accompagnement de l’agriculture bretonne, dénommée « Pour une nouvelle alliance agricole », témoignant d'une volonté politique forte de soutenir ce secteur. L’association COEUR Emeraude porte aujourd’hui le projet de Parc Naturel Régional Rance Côte d’Emeraude. Le territoire d’étude du Parc Naturel Régional regroupe, à ce jour, 66 communes comprises dans le triangle Plouasne au sud jusqu’à la Pointe du Grouin (Cancale) et le Cap Fréhel au nord, intégrant ainsi la dimension fruitière dans une perspective de développement durable et de valorisation du patrimoine naturel.

Ces initiatives et partenariats, qu'ils soient associatifs, institutionnels ou commerciaux, convergent vers un objectif commun : faire de la pomme, et plus largement des fruits bretons, une ressource pleinement valorisée. La cueillette rémunérée, sous ses différentes formes, n'est pas seulement une activité économique ou solidaire ; elle est aussi un moyen de reconnexion avec la nature, de transmission des savoir-faire et de préservation d'un héritage culturel et écologique précieux pour la Bretagne.

Carte de la Bretagne mettant en évidence les zones de production fruitière et les acteurs clés

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