Guide de la cueillette sauvage dans les Hautes-Alpes : immersion au cœur des montagnes

L'univers des plantes aromatiques et médicinales (PAM) est un monde rempli de couleurs, de saveurs, d’enchantements et de joie. Tout simplement, parce que je suis un p'tit bout de femme qui évolue au milieu des PAM. Quand on ouvre un pot de crème, quand on se masse avec une huile de massage, quand on déguste une tisane produite par P'tits bouts d'PAM, on partage, pendant un temps, le monde fabuleux d'une paysanne herboriste. Chaque produit que vous essayerez n'aurait pas de sens sans les plantes qui les composent… Alors allons voir d'où elles viennent.

paysage de montagne ensoleillé avec des fleurs sauvages dans les Hautes-Alpes

La richesse floristique des paysages alpins

Je suis entourée de paysages fabuleux. Les différentes altitudes me permettent de cueillir un large choix de plantes à moins de 15km de ma ferme. La montagne n'est pas seulement un décor, c'est un laboratoire vivant où chaque étage altitudinal offre ses trésors. Je cueille une trentaine de plantes : je navigue entre les fleurs de coucous (Primula officinalis) à l'odeur de miel, en passant par l'aubépine (Crataegus sp.) loin d'être docile et qui me laisse de belles égratignures sur les mains, en allant vers la sarriette (Satureja montana) qui aime se délasser au soleil.

Quand on y marche, on est entouré d'odeurs de menthe, de mélisse, de camomille, d'agastache… Cette diversité aromatique est le résultat d'une adaptation millénaire à des conditions climatiques parfois rudes. La cueillette demande une connaissance intime de ces cycles, une patience infinie et un respect profond pour la plante qui se donne à nous.

Cadre réglementaire et protection des milieux

Il est primordial de comprendre que la montagne est un espace fragile. D'une façon générale, la cueillette des végétaux et le prélèvement de fossiles et minéraux sont interdits dans le cœur du parc national des Écrins. Cette mesure est essentielle pour préserver la biodiversité unique de cet espace protégé. Les fruits sauvages constituent une ressource alimentaire non négligeable pour la faune sauvage. Ils sont également les moyens pour les plantes de se disperser tout naturellement.

panneau d'information du Parc National des Écrins indiquant les règles de cueillette

Dans les espaces ne disposant pas de réglementation particulière, la cueillette des myrtilles, airelles des marais et airelles rouges est organisée (sous réserve du droit des propriétaires du sol) de façon différente selon les départements. Dans les Hautes-Alpes, elle est autorisée hormis à des fins d'utilisation industrielle. En Isère, elle est limitée à 1 kg par jour et par personne. Ces nuances réglementaires visent à garantir une gestion durable de la ressource.

La gestion des champignons et des espèces emblématiques

La forêt et les alpages recèlent des trésors fongiques qui demandent, eux aussi, une approche responsable. Dans le cœur du parc national des Écrins, la cueillette des champignons comestibles, non cultivés, pour les besoins familiaux, est autorisée à condition de ne pas ramasser la totalité des spécimens présents et de ne pas porter atteinte à leur capacité de reproduction (destruction des réseaux souterrains).

Parmi les plantes les plus convoitées, les génépis occupent une place de choix dans le patrimoine montagnard. Dans les vallées alpines, on trouve quatre espèces de génépis : le génépi laineux encore appelé mâle ou bourru (Artemisia eriantha), le génépi blanc ou femelle (Artemisia umbelliformis ou A. mutellina), le génépi vrai ou noir (Artemisia spicata ou A. La cueillette "du" génépi est très précisément réglementée. Cette protection est nécessaire pour éviter la surexploitation d'une plante rare et fragile, symbole des sommets.

Patrimoine géologique : fossiles et minéraux

La montagne ne se limite pas à sa flore. Les fossiles et minéraux constituent un patrimoine géologique propre à chaque site et chaque territoire. À ce titre, dans le cœur du parc national des Écrins, ce patrimoine est strictement protégé et les atteintes, prélèvements et collectes sont interdits. Il ne s'agit pas seulement de protéger un caillou, mais de préserver l'intégrité d'un site pour les générations futures et pour la recherche scientifique.

géologue observant une strate rocheuse en montagne

Les prélèvements des minéraux et cristaux nécessitent souvent la mise en place de moyens d'extraction conséquents et occasionnent des impacts importants : fouilles, creusements de trous et cavités… En aire optimale d'adhésion, dans les départements des Hautes-Alpes et de l'Isère et en dehors de sites à protection particulière (réserve naturelle, arrêté de biotope, etc.), les prélèvements de minéraux sont encadrés par des arrêtés municipaux spécifiques à chaque commune. Il est donc indispensable de se renseigner auprès des mairies avant toute activité de prospection.

Éthique et pratique de la cueillette responsable

La cueillette est un art qui mêle observation, technique et éthique. Pour celui ou celle qui souhaite s'aventurer sur les sentiers, la règle d'or demeure le respect. Ne jamais prélever une plante si elle est présente en petite quantité sur le site. Toujours s'assurer de l'identification certaine avant toute manipulation. La paysanne herboriste ne se contente pas de récolter ; elle observe la santé de la population végétale, le passage des insectes pollinisateurs et l'équilibre général du biotope.

La cueillette sauvage est une invitation à ralentir. En apprenant à reconnaître les plantes, on apprend aussi à lire le paysage, à comprendre les besoins en eau, en lumière et en terre de chaque espèce. C'est une démarche qui va bien au-delà de la simple récolte : c'est une reconnexion à la terre, une manière de comprendre que chaque pot de crème ou tisane est le résultat d'un écosystème complexe qu'il nous appartient de protéger. En suivant ces principes, chaque promeneur devient un acteur de la préservation de ce monde fabuleux.

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