L’image traditionnelle de l’homme préhistorique, souvent dépeint comme un être hirsute et affamé, errant dans un désert glacé et se nourrissant exclusivement de viande crue, est aujourd’hui largement battue en brèche par les découvertes archéologiques. Loin d’être des clochards carnivores de la nuit des temps, nos ancêtres, et en particulier les Néandertaliens et les premiers Homo sapiens, étaient des êtres dotés de capacités intellectuelles et morphologiques très proches des nôtres, capables d’exploiter avec une grande finesse les ressources variées de leur environnement.

Les infrastructures de vie : Au-delà des cavernes
Contrairement aux idées reçues, Néandertal ne vivait pas au fond de cavernes mais à l’entrée des grottes, des abris sous-roche et possédait le savoir-faire nécessaire à la construction d’abris temporaires, utilisés lors de ses déplacements saisonniers pour suivre le gibier, récolter des végétaux ou s’approvisionner en silex. Le site au lieu-dit « La Folie », situé au nord de Poitiers, est un exceptionnel témoignage d’un campement de base dans un abri coupevent circulaire. Les exemples de structures en plein air sont rares car les matériaux utilisés (bois, végétaux, peaux…) pour construire huttes, tentes ou cabanes, ne se conservent pas.
Le campement de « La Folie » a été partiellement reconstitué dans l'exposition à l’échelle réelle (10 m de diamètre). Le sol est carroyé comme sur un site de fouilles, avec indication des différentes aires d’occupation : poste de taille, aire de travail des peaux, foyer et litière. Deux vitrines au sol présentent les objets lithiques précisément trouvés à ces endroits, ainsi que le système de fixation au sol des poteaux de bois tenant la palissade. Une fresque murale représente le site en élévation et les silhouettes de ses occupants dans leurs différentes activités.
Un quotidien rythmé par la subsistance
Pour leur survie les Néandertaliens exploitaient toutes les ressources : la faune, la flore et les minéraux. Ils pratiquaient la cueillette, la collecte, la pêche, la chasse et parfois le charognage. L’efficacité des comportements de subsistance suppose une bonne connaissance des matières premières disponibles et une bonne trousse à outils pour les utiliser, brutes ou transformées. Objets lithiques, projections et illustrations retracent le quotidien de Néandertal. Un diorama de l’abri sous-roche « Romani » en Espagne et la maquette d’une cabane construite en os de mammouths, située à Molodova en Ukraine, évoquent ses autres structures d’habitat.
H3 La vie au Paléolithique
L’art de l’outillage lithique
Racloirs, bifaces, éclats, pointes et lames en pierre ; lissoirs et retouchoirs en os… voilà ce que l’on retrouve sur les sites néandertaliens. En majorité il s’agit d’outils usagés qui ont été jetés. Sous vitrine, 11 outils, issus du site de « La Folie », composent la besace idéale de Néandertal. Il y transportait ce dont il avait besoin au quotidien : une réserve de matière première, quelques éclats frais bien coupants ; 2, 3 racloirs pour couper la viande ou tailler le bois, des lissoirs pour travailler les peaux et des retouchoirs pour redonner du tranchant. Ces outils témoignent de la maîtrise de la taille des roches dures par percussion et de la faculté de Néandertal à façonner les instruments adaptés à ses différentes activités.
Stratégies de chasse et exploitation du gibier
Sous tous les climats et à toutes les latitudes les Néandertaliens ont chassé le bison, le cheval, le renne, le bouquetin, le chamois et plus à l’Est le mammouth, l’antilope saïga… Ils chassaient également les carnivores, le renne, le loup et l’ours pour la fourrure et ils ne négligeaient pas le petit gibier (lièvres, oiseaux…). S’il existe de nombreuses traces d’activité de chasse et de boucherie sur les carcasses, il est vraisemblable que Néandertal a pratiqué également le charognage sur des animaux difficiles à tuer (mammouths, rhinocéros) et consommé des animaux marins échoués sur les plages (phoques, dauphins).
Un montage d’images à partir d’extraits de docu-fictions restitue des scènes de chasse et de dépeçage du bison et des scènes de pêche. Pour chasser il faut des armes : épieux en bois, bolas, couteaux, lances à pointe en pierre. Avec cet armement rudimentaire il était nécessaire d’avoir des stratégies pour s’approcher du gibier, de connaître ses habitudes, les lieux propices à sa capture et son anatomie. L’analyse des traces laissées sur les outils attestent d’une chaîne opératoire pour une bonne utilisation du gibier, dont on récupère la viande, la graisse, la peau et les os mais aussi les ligaments et les nerfs pour faire des liens.
L’alimentation : Une omnivorie confirmée
Depuis l’origine, malgré les idées reçues, tous les humains sont des omnivores. C’est ce que montre bien l’aspect des dents : des incisives et des canines pour couper et dilacérer la viande, des molaires pour broyer les végétaux. L’étude microscopique des stries dentaires le confirme : ces stries sont verticales chez les carnivores, horizontales chez les herbivores ; chez les hommes anciens, elles sont obliques. L’analyse chimique des os s’intéresse au rapport du strontium et du calcium Sr/Ca : il place les humains entre les carnivores et les herbivores.

Gros mangeurs de viande, les Néandertaliens se nourrissent de la chair et de la graisse des grands herbivores : le cheval, le bison, le renne en majorité. Les techniques d’analyse du collagène osseux et des microparticules du tartre dentaire permettent aujourd’hui de restituer avec plus de finesse le menu des Néandertaliens. Durant les temps préhistoriques et selon les lieux, le climat a beaucoup varié, allant de climats chauds à des climats tempérés, voire très froids. Les sources alimentaires varient selon le climat et, schématiquement, quand la température s’abaisse, la nourriture d’origine animale augmente, tandis que la consommation de produits végétaux diminue.
La place essentielle de la cueillette
Si les activités de chasse de ces sociétés anciennes sont assez bien connues, celles de la pêche un peu moins. En revanche leurs pratiques de collectes sont restées pendant longtemps quasi inconnues. Heureusement, depuis quelques années les études se multiplient et viennent éclairer ces activités pourtant essentielles à la vie des sociétés préhistoriques. Aussi, sommes-nous maintenant capables de mieux suivre la cueillette de végétaux sauvages et leurs usages par les Hommes préhistoriques et ce même pendant une très longue durée : dès le paléolithique moyen, l’époque de l’Homme de Neandertal, jusqu’au Mésolithique.
Ces découvertes témoignent de l’emploi de plantes qu’on ne pensait pas être alors utilisées. On pense tout d’abord au miel, qui régale nombre d’animaux, de la fourmi à l’ours. Une peinture rupestre du Levant espagnol, antérieure au Néolithique, représente des collecteurs de miel entourés d’abeilles. Les baies fournissent quelques grammes de sucres rapides, mais elles jouent encore, à la saison, un rôle important dans les pays du nord. En fait, en dehors d’elles et de quelques maigres racines, la source essentielle de glucides était sans doute les fruits du chêne et du châtaignier.
L’évolution vers le Néolithique
Vers -10 000, avec l’avènement du Néolithique, l’homme passe progressivement d’un mode de vie nomade de chasseur-cueilleur à un mode de vie sédentaire basé sur l’agriculture et l’élevage. L’agriculture permet la culture de céréales comme le blé et l’orge, ainsi que de légumineuses comme les pois et les lentilles. Les hommes commencent également à domestiquer des animaux comme les chèvres, les moutons, les bovins et les porcs. Cette domestication fournit non seulement de la viande, mais aussi du lait. Les techniques de transformation des aliments se développent : les céréales sont broyées pour produire de la farine, qui servira à fabriquer des galettes. La poterie, qui apparaît à cette époque, permet de stocker et cuire les aliments plus efficacement.
Méthodologies de recherche moderne
Les matières organiques consommées par les populations préhistoriques ne sont pas arrivées jusqu'à nous. Elles ne se conservent pas sur un temps long. C'est donc avec des preuves indirectes que l'on arrive à reconstituer les modes alimentaires des populations anciennes, en croisant plusieurs disciplines scientifiques. En archéologie, l'étude des outils de chasse et de préparation des aliments permet de comprendre comment les hommes préhistoriques se nourrissaient. La tracéologie permet de reconstituer les gestes techniques. L'archéozoologie, avec l'étude des déchets fossiles des animaux consommés informe sur les différents gibiers chassés, les pratiques culinaires et les techniques de boucherie.
Grâce à la paléopathologie, l’examen des os humains révèle les carences et les maladies liées au régime alimentaire. Sur les dents, du tartre a pu se fossiliser. Son ADN renseigne sur les aliments consommés (animaux ou végétaux). Avec la géochimie isotopique, on peut grâce à de nouvelles techniques d'analyses déterminer si un individu consommait davantage de plantes ou de viande. Avec l'archéobotanique, un ensemble de disciplines s’intéressent aux vestiges d’origine végétale : le carpologue étudie les graines fossilisées, l'anthracologue les bois carbonisés. L’analyse des résidus organiques sur des poteries ou des outils indique également la présence de certains aliments.

Perspectives sur l’alimentation et santé
En reconstituant, d’après les observations des fouilles et les calculs, l’alimentation des hommes préhistoriques, on se rend compte que leur consommation en acides gras devait être très proche de celle que recommandent les experts nutritionnistes. Sous nos climats, les besoins en sel sont d’environ un gramme par jour et nous en consommons, par gourmandise, environ dix fois plus. Le calcium, essentiel, était apporté par une alimentation riche et variée. Il n’y a pas de caries dentaires au Paléolithique, sauf sur un crâne très exceptionnel de Rhodésie. En revanche on observe de nombreuses parodontopathies, liées à des défauts d’hygiène.
Aujourd'hui, le "régime paléo", basé sur l’alimentation supposée des chasseurs-cueilleurs du Paléolithique, préconise la consommation de viandes maigres, poissons, fruits, légumes, noix et graines, tout en excluant produits laitiers, céréales, légumineuses et aliments transformés. Malgré son succès, ce régime est l’objet de plusieurs controverses. D'abord, ses fondements historiques sont critiqués : les populations paléolithiques avaient des régimes très variés selon les régions, et les aliments d'aujourd’hui ne ressemblent guère à ceux d’il y a 10 000 ans. Prétendre imiter un modèle alimentaire ancestral unique est donc scientifiquement discutable.
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