La cueillette du muguet à Martillac : entre tradition, défis climatiques et avenir incertain

Champ de muguet en fleurs à Martillac

Martillac, petite commune de la Gironde (33), est depuis longtemps reconnue non seulement pour ses vins prestigieux de l'appellation Pessac-Léognan, mais également pour sa production florale, et plus particulièrement celle du muguet. Cette fleur délicate, symbole d'amour et de bonheur, annonce l'arrivée du printemps et est indissociable des célébrations du 1er mai. Autour de Bordeaux, dans les terres sableuses des Graves, le muguet de Martillac a su se tailler une réputation, cultivé avec passion par des horticulteurs locaux, malgré les défis croissants auxquels la filière doit faire face.

Une tradition ancrée dans les terres de Martillac

L'histoire du muguet à Martillac remonte aux années 1950, lorsque la famille Duprat a importé ce savoir-faire dans la commune, découvrant que les Parisiens raffolaient du brin à clochettes. Progressivement, d'autres agriculteurs, comme les Miailhe, Gomez, Dubern, Guillot et Mourisset, ont suivi le mouvement, faisant de Martillac un acteur incontournable de la production française de muguet, juste derrière Nantes. Le secteur de La Brède, et notamment Martillac, concentre aujourd'hui encore près d'une dizaine d'horticulteurs spécialisés.

Prenons l'exemple de Pierre Guillot, ancien cuisinier pour la Ville de Bordeaux, qui cultive ses brins au pied de sa maison à Martillac. Comme lui, six autres horticulteurs se partagent le marché du muguet sur la commune depuis cette époque. "À Martillac, les terres sont sableuses, on est dans les Graves," explique-t-il, soulignant la particularité du terroir.

L'entreprise Dubern Jacques, par exemple, est un producteur grossiste de muguet de griffe et de muguet coupé. Les griffes à forcer sont des plans qui ont une fleur et qui sont destinées au forçage de la floraison. À Martillac, Jacques Dubern, à 76 ans, continue de produire du muguet sur son exploitation familiale, créée en 1958. Entouré par sa femme, ses deux fils et sa belle-fille, il a succédé à son père, témoignant d'une véritable saga familiale. Le muguet a encore toute sa place au beau milieu de l’appellation viticole Pessac-Léognan.

Producteur de muguet travaillant dans une serre à Martillac

De Rungis à la vente locale : l'évolution d'un marché

Avant d'avoir la cote en Gironde, les horticulteurs martillacais devaient se déplacer loin pour vendre leurs brins. Jacques Dubern se souvient d'une époque où il effectuait des déplacements jusqu’à Paris pour vendre ses quelques brins fleuris : "Pendant des années, on se rendait au marché des fleurs à Rungis. Puis, ce n’était plus rentable. La concurrence hollandaise est arrivée sur le marché des fleurs alors on a développé nos ventes ici," explique-t-il. Cette adaptation a permis aux producteurs locaux de se concentrer sur les marchés régionaux.

Aujourd'hui, la production est à la fois traditionnelle, locale et artisanale, visant une meilleure satisfaction de la clientèle. Le muguet de Martillac est destiné aux cavistes, aux restaurants, aux particuliers et à l'exportation. Les 200 000 à 300 000 brins sont généralement cueillis les 27 et 28 mai pour être vendus aux grossistes et aux fleuristes, dont certains viennent du Pays Basque, à la veille de la vente au grand public.

Les défis de la production : entre aléas climatiques et enjeux économiques

Le muguet se travaille pendant 365 jours. La plantation, le désherbage, l’arrosage occupent la majeure partie de l'année. Cependant, la récolte est un "petit créneau" de la production, mais ô combien crucial. Les producteurs doivent faire face à des enjeux de plus en plus complexes, notamment les aléas climatiques et la rentabilité de la filière.

La météo, une épée de Damoclès

La floraison du muguet est particulièrement sensible aux variations climatiques. "On a eu un temps frais début avril puis du beau temps idéal pour la floraison," témoigne un producteur, soulignant l'importance d'une météo clémente. Toutefois, il n’y a "plus d’année normale," selon Mélanie Mourisset, qui épaule son père dans la ferme Mourisset, spécialisée dans le muguet depuis les années 1970.

Le réchauffement climatique rend la gestion de la floraison de plus en plus délicate. Par exemple, en 2017, le mois de mars a été particulièrement chaud, le plus chaud en France depuis 1900 selon Météo France, entraînant une floraison précoce. Les producteurs de Martillac ont dû ruser pour conserver le muguet au frais et éviter qu'il ne soit fané le jour J. "C’est plus facile de le forcer que de le retarder," confie Jacques Dubern. L’année précédente, il a subi la précocité de ses fleurs, avec une cueillette terminée dès le 18 avril et un premier ramassage le 13, occasionnant "beaucoup de pertes." "Quand c’est comme ça, le muguet n’arrive pas à tenir jusqu’au 1er mai. Et ce, même si on le conserve au froid. Il n’est pas éternel."

Pour pallier ces incertitudes, certains producteurs ont investi dans des techniques de pointe. La famille Dubern, par exemple, pratique la conduite de la floraison sous grand tunnel, ce qui leur permet de mieux contrôler l'environnement et de minimiser l'impact des aléas météorologiques.

Une filière en déclin malgré la passion

Malgré la passion qui anime ces horticulteurs, la filière du muguet à Martillac est en déclin. "Des années 60 à 90, cette culture était rentable. Aujourd’hui, cela diminue. Les charges augmentent et le prix des produits n’a pas augmenté. La marge est très étroite," déplore Jacques Dubern. "Si on ne réussit pas la culture, si on ne réussit pas la vente et que certains ne règlent pas la note, on ne tient pas."

De nombreux producteurs ont été contraints de se reconvertir ou de cesser leur activité. Les Miailhe, par exemple, se sont reconvertis dans la viticulture. Chez les Mourisset, après des décennies de production, Mélanie a annoncé que l'exploitation vendrait sa dernière récolte en 2022. "Nous travaillons toute l’année pour un seul jour de vente. C’est très risqué," explique-t-elle. Les mauvaises nouvelles s’enchaînent : le confinement de 2020 a privé les producteurs de leurs principaux clients, les fleuristes, et la météo de 2021 a entraîné un fleurissement trop précoce. "Le moral est touché," reconnaît Mélanie Mourisset.

Heureusement, quelques exploitations résistent encore. Chez les Gomez, par exemple, la relève est assurée avec Julie, 29 ans, qui cultive à la fois le muguet et le chrysanthème et garde le moral. "La récolte 2021 est bonne."

Diviser et planter du muguet

La main-d'œuvre, un enjeu crucial pour la cueillette

La cueillette du muguet est une course contre la montre. Toutes les fleurs doivent être récoltées en deux ou trois jours. Pour répondre à la demande le jour J, Julien Mialhe, producteur de muguet à Martillac, peut embaucher jusqu'à 200 cueilleurs. Cependant, trouver cette main-d'œuvre n'est pas toujours facile. "Quand les vacances scolaires tombent bien avec la cueillette du muguet, nous avons une main d'œuvre étudiante qui vient travailler chez nous. Cela permet d'avoir des forces vives," explique-t-il. Le calendrier universitaire et les vacances peuvent donc avoir un impact significatif sur la disponibilité de cette main-d'œuvre saisonnière.

La société Castaing : un acteur polyvalent en Gironde

Dans le département de la Gironde, la société Castaing, située au 157 route de la Morelle à Cadaujac, à proximité de Bordeaux, est un exemple de diversification agricole. Depuis 1995, cette entreprise professionnelle travaille sur une terre d'une centaine d'hectares, avec trois activités différentes : la viticulture, l'élevage de vaches à viande et la production florale.

En tant que viticulteur, la société Castaing propose du vin rouge appellation Pessac-Léognan du Château Jaulien, destiné aux cavistes, aux restaurants, aux particuliers et à l'exportation. Pour la partie élevage, la société Castaing propose le négoce de vaches à viande pour des professionnels.

Concernant l'exploitation de muguet, l'entreprise offre une production à la fois traditionnelle, locale et artisanale, cherchant à garantir une meilleure satisfaction de la clientèle. Pour plus de renseignements concernant la production de muguet, il est possible de contacter la société Castaing en Gironde. Cette diversification permet à des entreprises comme Castaing de mieux gérer les risques et les aléas propres à chaque activité, tout en contribuant à la vitalité économique de la région.

Carte de la région de Martillac et Cadaujac en Gironde

Les enjeux légaux et la symbolique du muguet

Outre les défis de production, la filière du muguet a également été confrontée à des enjeux légaux. En avril 2020, la préfète de la Gironde a annoncé l'interdiction de vendre du muguet dans la rue le 1er mai, ajoutant aux difficultés des producteurs déjà impactés par la fermeture des fleuristes due au confinement. Cette situation a fait craindre aux producteurs girondins une "année noire."

Malgré ces difficultés, le muguet conserve une forte symbolique. On trouve généralement le muguet sauvage à l’ombre des forêts et jardins humides. La symbolique du muguet a plusieurs origines, mais il est communément admis que le muguet signifie "retour du bonheur." C'est cette dimension symbolique, associée à la tradition du 1er mai, qui continue de porter la demande pour cette fleur délicate et éphémère, malgré les défis croissants auxquels font face ses producteurs.

Le muguet de Bordeaux, souvent cultivé avec passion par des personnels qui sont véritablement "passionnés par le muguet," continue ainsi d'annoncer l’arrivée du printemps, symbolisant un espoir de renouveau malgré un avenir parfois incertain pour les acteurs de cette filière traditionnelle.

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