La Cueillette au Royaume-Uni : Entre Tradition Rurale, Innovations Agricoles et Défis Post-Brexit

L’automne, moment propice à la récolte, invite à explorer les paysages ruraux du Royaume-Uni pour la cueillette de fruits et légumes de saison. Cette pratique, profondément ancrée dans la culture locale, offre une immersion dans la vie agricole britannique, laquelle est marquée par une riche diversité, des défis structurels et des évolutions récentes. L'expérience de la cueillette, appréciée par les familles, les gourmands et les curieux, révèle un pan essentiel de l'économie et du patrimoine agricole du pays. Alors que les lecteurs du Guardian ont sélectionné les meilleures fermes fruitières, ce secteur est également au cœur de mutations importantes, influencées par des dynamiques économiques, sociales et politiques complexes.

Scène de cueillette de fruits d'automne dans une ferme britannique

L'Expérience Authentique de la Cueillette "Pick Your Own" à Travers le Royaume-Uni

La tradition de la cueillette en libre-service, ou "Pick Your Own" (PYO), est une activité familiale populaire au Royaume-Uni, particulièrement appréciée durant les saisons de récolte. Elle permet non seulement de profiter de produits ultra-frais mais aussi de passer un moment agréable en pleine nature. Les fermes proposant cette activité sont nombreuses et variées, offrant un large éventail de fruits et légumes à récolter.

Sur les rives de la rivière Lyd, la ferme que l’on connaît localement sous le nom de Lifton's Strawberry Fields s’étend sur plus de 81 hectares. Ce domaine propose une grande variété de fruits rouges, parmi lesquels des cerises et des fraises, dans un décor rempli d’épouvantails et de bottes de foins. Vous y trouverez également de belles pommes et poires à emporter. Idéal pour les sorties familiales, le domaine met à disposition des tables de pique-nique couvertes de pâtés et de viennoiseries, enrichissant ainsi l'expérience de la cueillette par une touche de convivialité.

Non loin de St Albans, une petite exploitation fruitière familiale est reconnue pour la gamme de baies et de fruits rouges qu’elle produit. Malgré sa taille modeste, elle se distingue par ses quelques trois types de fraises, incluant les variétés Sonata et Jive, quatre types de mûres, dont la Karaka de grande taille, ainsi que des framboises, des groseilles à maquereau, des cassis et des groseilles rouges. Cette diversité garantit une récolte abondante et savoureuse pour les visiteurs.

La région de Titchfield, réputée pour ses petits marchés et ports depuis l’époque victorienne, est devenue aujourd’hui une véritable plaque tournante du commerce de fraises. Chez Steve Harris, des générations d’enfants se succèdent pour cueillir ces baies fruitées, disponibles à partir de 2,50 £ par petit panier. L’endroit est également réputé pour être rempli de beaux tournesols et de citrouilles à l’automne, offrant un cadre pittoresque pour les photos de saison.

À seulement quelques kilomètres au sud-ouest de la ville de Peterborough, Hill Farm se dresse, ainsi nommée de par la colline abrupte qu’il faut monter pour l'atteindre. Le sommet de cette dernière offre une vue imprenable sur les paysages et les plaines environnants. Dans sa boutique, la petite ferme propose des fruits et légumes fraîchement cueillis, ainsi que d’autres produits faits maison, comme de la crème et des morceaux de génoise. Le tout est à déguster accompagné d’une petite tasse de thé, au cœur de la propriété, pendant que les enfants s’amusent dans l’aire de jeux et lancent la balle au chien de berger de la ferme. Sur les étales, vous pourrez retrouver plusieurs variétés de fraises, des fruits à incorporer dans vos puddings, ainsi que du maïs.

Variétés de fraises mûres prêtes à être cueillies

Plus à l'est, chez Craigie, les visiteurs trouvent outre de merveilleux fruits rouges, de délicieux légumes de saison. Leurs citrouilles, cueillies en octobre, sont chaque année aussi belles et savoureuses, attirant de nombreux amateurs pour la préparation d'Halloween. À quelques pas du centre d’Oxford, se trouve une charmante et insoupçonnée ferme d’auto-cueillette. En plus de cueillir vos propres fruits, cette petite ferme urbaine propose à la vente des paniers déjà cueillis et d’alléchants gâteaux préparés par ses soins, combinant commodité et saveurs artisanales.

Une ferme londonienne, gérée par la même famille depuis 1938, offre un immense espace de cueillette s’étendant sur près de 20 hectares. Elle propose des fruits, mais également de nombreux légumes comme des haricots, des betteraves, des courges et du maïs. Le domaine dispose d’un grand parking et d’un magasin vendant des glaces et autres rafraîchissements, rendant la visite agréable et pratique pour les citadins.

Fruits et Légumes : Cueillir ses pommes soit-même

Ouverte de mai à octobre, la ferme fruitière de Woore dispose de tout ce qu’il faut pour se régaler : fraises, pommes, baies, citrouilles, etc. Armés de leurs petits paniers, les enfants adoreront y faire leur cueillette. Dans le Sussex de l’Ouest, la Roundstone Farm promet de l'air frais, des fruits et du plaisir en famille. L’été, ses prunes font le bonheur des gourmands, et à l’automne, ce sont ses citrouilles qui ravissent leurs papilles. Ici, tout est cultivé dans le respect de l’environnement, une démarche de plus en plus valorisée par les consommateurs. Enfin, située dans le Kent, Saffery Farm propose de venir cueillir ses propres citrouilles pour Halloween. Dans un décor merveilleux et pittoresque, les apprentis peuvent également cueillir des baies fraîches, clôturant cette sélection des meilleures expériences de cueillette.

Le Paysage Agricole Britannique : Structure, Productions et Évolution

L'agriculture britannique, tout en offrant des expériences de cueillette idylliques, est un secteur économique complexe et vital. En 2010, l’agriculture occupe 1% de la population active et contribue pour 1,7% au PNB du pays. Plus récemment, le secteur agricole britannique emploie 1,4% de la main d’œuvre du pays et représente 0,7% du PIB. Le Royaume-Uni compte approximativement 300 000 fermes en activité, avec un nombre total d’exploitations agricoles s’élevant à 212 000. La superficie moyenne de ces exploitations est de 57 hectares, ce qui est plus vaste que la moyenne européenne de près de 20 hectares. Ceci s’explique notamment par le fait que la superficie moyenne des exploitations écossaises est supérieure à 100 hectares.

Utilisation des Terres et Cultures Dominantes

L’agriculture et l’élevage britannique utilisent au total environ 17,5 millions d’hectares, dont 6,2 millions sont cultivés. La surface agricole utile (SAU) du Royaume-Uni occupe 17,1 millions d'hectares, soit 71% de la surface totale du pays. La moitié de cette superficie cultivée est allouée à la culture céréalière, qui elle-même est cultivée pour moitié par du blé. Les principales cultures du Royaume-Uni sont le blé, l’avoine et l’orge, les pommes de terre, les légumineuses comme les haricots ou les pois, et les cultures fourragères telles que les choux, les vesces, le colza, le chou frisé et le foin pour l’alimentation animale. Il existe également une importante production horticole et maraîchère. Les productions végétales représentent 38% en valeur pour les céréales (en particulier le blé et l’orge), suivies par la betterave à sucre, les légumes (13%), les fleurs (12,6%), le colza (7%) et les pommes de terre (7%).

Géographiquement, l’Angleterre est le pays couvrant la plus grande part du territoire britannique, représentant 52% de la SAU totale, suivie par l’Écosse (33%), le Pays de Galles (9%) et l’Irlande du Nord (6%). Compte tenu des contraintes climatiques et topographiques, l’espace agricole britannique est majoritairement orienté vers les productions animales, principalement le lait et les viandes bovine et ovine.

Élevage et Viticulture

Le cheptel britannique se compose d’environ 32 millions d’ovins, 10 millions de bovins, 9,6 millions de volailles et 4,7 millions de porcs. Cependant, le cheptel britannique a subi d’importantes épidémies, notamment la fièvre aphteuse en 1967, en 2001 et en 2007, avec la même année un foyer de fièvre catarrhale. Les grandes crises sanitaires (encéphalite spongiforme bovine et fièvre aphteuse) des deux décennies passées ont fortement pesé sur le cheptel, qui a progressivement diminué. Le cheptel bovin viande continue de diminuer, frappé par une épidémie de tuberculose dont le coût depuis 10 ans est estimé à plus de 500 millions d'euros (278 000 abattages entre 2008 et 2015). En revanche, le cheptel laitier augmente, avec notamment un fort taux de renouvellement de jeunes génisses. La production laitière a progressé de 2,7% en 2015 et de 10,4% sur les dix dernières années.

Le Royaume-Uni compte environ 400 exploitations viticoles, dont la majeure partie se trouve dans le sud de l’Angleterre. Ces exploitations produisent essentiellement des blancs, mais aussi quelques rouges et rosés pétillants, sur une surface totale de 1100 hectares. Vingt cépages principaux sont cultivés pour un total de 1,3 million de bouteilles produites par an.

Mécanisation et Agriculture Biologique

Le secteur agricole britannique est hautement mécanisé et concentré. Les exploitations de plus de 100 hectares représentent une exploitation sur cinq et exploitent près des trois quarts de la SAU du pays. Pour la septième année consécutive, la surface en agriculture biologique a diminué en 2015 au Royaume-Uni, atteignant 521 000 hectares, soit 3% de la surface agricole du pays et une baisse de 30% par rapport à 2008. La production biologique britannique compte 3 400 producteurs et se classe au 6e rang au sein de l’Union européenne, et au 1er rang pour le secteur ovin. Cette tendance à la baisse est principalement due à une faible prise en compte de l’agriculture biologique dans les programmes de développement ruraux, surtout en Angleterre où l’aide au maintien n’a été intégrée qu’en 2016. À l’inverse, le marché des produits biologiques est en croissance de près de 5% dans le pays, qui consomme près de 10% des produits biologiques européens, en premier lieu des produits laitiers et des fruits et légumes frais.

Avec un peu plus de 3,1 millions d'hectares, soit 13% de son territoire, le Royaume-Uni est l’un des pays les moins boisés de l’Union européenne. Sa production de bois ne permet de couvrir qu’un cinquième de ses besoins. Plus de 70% des surfaces forestières sont privées. Les surfaces forestières appartenant au domaine public, plus productives, sont gérées par quatre organismes publics, dont la « Forestry Commission » créée il y a près d’un siècle, alors que la surface boisée était à son plus bas niveau (5% du territoire).

Défis et Politiques Agricoles : Entre Tradition Libérale et Réalités Post-Brexit

Le Royaume-Uni, en tant que 5e pays producteur agricole de l’Union européenne (en 2014), derrière la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne, est confronté à des défis structurels importants et à une évolution de sa politique agricole. Le pays est très dépendant des importations et présente une balance commerciale agroalimentaire fortement déficitaire. Son taux d’autosuffisance alimentaire est de 62%.

L'Impact de la PAC et la Position Libérale Britannique

Le ministère britannique de l’agriculture, de l’environnement et de la ruralité (le DEFRA) a dû faire face, depuis 2010, à d’importantes réductions budgétaires, lesquelles se poursuivent pour la période 2016-2020 dans le cadre de l’examen des dépenses (Spending Review). Cette réduction trouve notamment son origine dans l’approche libérale du Royaume-Uni, traditionnellement opposé au soutien à l’agriculture. Cette attitude se retrouve également dans le positionnement britannique vis-à-vis de la politique agricole commune (PAC). La PAC fut l’un des arguments des opposants à l’entrée du Royaume-Uni dans l’Union européenne en 1973 et n’a jamais cessé d’être remise en question. Par ailleurs, la structure particulièrement inégalitaire de la propriété foncière au Royaume-Uni aboutit à ce que la PAC profite, plus largement qu’ailleurs, à de très grands et influents propriétaires, expliquant l’hostilité du Royaume-Uni à tout mécanisme de plafonnement des aides.

Le montant des financements alloués au Royaume-Uni dans le cadre de la PAC s’élève à 27,6 milliards d'euros pour la période 2014-2020, dont 25 milliards d'euros dans le cadre du 1er pilier, faisant du Royaume-Uni le 5e bénéficiaire de la PAC. Dans la continuité de la période précédente, la convergence des soutiens directs se poursuit au niveau régional. Pour le Royaume-Uni, ces aides doivent permettre de soutenir une industrie agricole plus compétitive, plus productive, inscrite dans une logique de marché et tirant profit de l’export, dans une perspective de démantèlement progressif des soutiens directs. Avant tout, le Royaume-Uni a fait le choix de renforcer significativement le 2nd pilier de la PAC, en transférant plus de 10% des fonds en moyenne du 1er vers le 2nd pilier (9,5% pour l'Écosse, 12% pour l'Angleterre, 15% pour le Pays de Galles et pas de transfert pour l'Irlande du Nord qui fait figure d’exception). Le pays assume sa position très libérale en s'opposant à tout type d'intervention sur les marchés, même en cas de crise sévère comme celle que traverse le secteur laitier en 2015-2016. Le Royaume-Uni souhaite une évolution de la PAC vers plus de simplification, notamment administrative, et plus de flexibilité.

Stratégie Post-Brexit et Commerce International

Le Royaume-Uni entend reconquérir son propre marché et dépasser le stéréotype du « fish and chips ». L'année 2016 a été l’année de la « British Food », l’occasion de renforcer, en lien étroit avec tous les acteurs de la filière agroalimentaire britannique, l’étiquetage du label « Red Tractor » et les campagnes de communication « Buy British ». Par ailleurs, le Royaume-Uni souhaite renforcer la lutte contre l’obésité, véritable enjeu de santé publique dans le pays.

Le Royaume-Uni est le 5e importateur et le 10e exportateur mondial de produits agricoles et agroalimentaires. Les exportations sont en légère augmentation et s’élèvent en 2015 à 26,7 milliards d'euros, soit 3,5% des exportations britanniques totales (biens et services). Les premiers secteurs d’exportation sont les boissons alcoolisées (8,5 milliards d'euros) dont le whisky représente plus de 60% de la valeur, les céréales et produits dérivés (2,5 milliards d'euros), les viandes (2,2 milliards d'euros), le poisson (2 milliards d'euros) et les produits laitiers et les œufs (1,9 milliard d'euros). Les importations, qui connaissent une augmentation importante (+10%), s’élèvent à 58,3 milliards d'euros. Le Royaume-Uni est un partenaire commercial essentiel dans le secteur agricole et agroalimentaire au profit de la France, représentant 9,4% des exportations françaises de produits agricoles et agroalimentaires et 5,2% des importations. Le solde des échanges est largement excédentaire au profit de la France (3 milliards d'euros en 2015), qui est le 3e fournisseur du Royaume-Uni. Le vin reste le produit français le plus exporté outre-Manche. En 2015, le secteur des boissons a ainsi représenté 31,5% des exportations de la France vers le Royaume-Uni pour une valeur de 1,76 milliard d'euros, suivi des produits laitiers (11,4%) et des préparations à base de céréales (9,4%).

Dans le cadre de la stratégie britannique de conquête de parts de marchés à l’exportation, une unité conjointe a été créée début 2016 entre le DEFRA et l’agence gouvernementale britannique qui aide et conseille les entreprises étrangères pour s’implanter au Royaume-Uni (UK Trade and Investment - UKTI). Le Royaume-Uni est membre de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) depuis le 1er janvier 1995 et des organisations normatives reconnues par l’accord SPS de l’OMC (accord sur les mesures sanitaires et phytosanitaires) : le Codex Alimentarius, la Convention Internationale pour la Protection des Végétaux et l’Organisation Mondiale de la Santé Animale (OIE). Le Royaume-Uni a par ailleurs rejoint l'initiative « 4 pour 1000 : les sols pour la sécurité alimentaire et le climat » lancée par la France lors de la COP21 en décembre 2015.

Schéma des principaux partenaires commerciaux agroalimentaires du Royaume-Uni

Le Royaume-Uni a intégré l’Union européenne le 1er janvier 1973. Après une longue campagne, le Royaume-Uni a décidé, par référendum du 23 juin 2016, de quitter l'UE avec 51,9% des voix pour et un fort taux de participation de 72,2%. Ce résultat illustre un pays très fragmenté géographiquement, entre une Irlande du Nord, une Écosse et la capitale londonienne favorables à un futur dans l'Union européenne, et un Pays de Galles et une Angleterre qui ont pesé pour une sortie de l'Union européenne. D'ici à la signature de l'accord entérinant le retrait du Royaume-Uni de l'Union européenne, le pays est resté membre et a continué de bénéficier des politiques communautaires, notamment la PAC. Le dialogue est plus aisé quant aux orientations de la politique de coopération avec les pays en développement, les dirigeants britanniques considérant le développement international comme une cause morale et politique.

La Main-d'œuvre Agricole : Une Crise Aiguisée par le Brexit et l'Alternative du Woofing

L'un des défis les plus pressants pour l'agriculture britannique, et pour le secteur de la cueillette en particulier, est la disponibilité de la main-d'œuvre. C'est la terreur des exploitants britanniques : des fruits bien mûrs, mais trop peu de monde pour en récolter les profits. Cette situation nourrit les inquiétudes d'Anthony Snell depuis trois ans. "Cela pourrait devenir très grave si nous ne trouvons pas la main d'œuvre nécessaire", s'inquiète ce producteur de fraises. "Pourtant, nos salaires ont augmenté de 19% en deux ans." "Ce pourrait être une catastrophe pour les fermiers et pour toute l'économie du Royaume-Uni", s'alarme-t-il. Il manque actuellement 10 000 à 15 000 ouvriers agricoles pour la saison en Angleterre.

L'Impact Direct du Brexit sur le Recrutement

Avant le Brexit, le Royaume-Uni se reposait sur des travailleurs agricoles en provenance d’Europe de l’Est pour cueillir ses fraises, ses framboises et ses pommes. "Mais après la sortie de l’Union européenne, en 2020, ils n’ont plus eu le droit de venir", explique Adis Sehic, de l’ONG Work Rights Centre. Le gouvernement a alors créé un visa de saisonnier qui donne le droit de travailler au Royaume-Uni durant six mois. Chaque année, il peut en délivrer 45 000. Pour remplacer les ouvriers agricoles européens chassés par le Brexit, le Royaume-Uni recrute désormais en Indonésie, au Népal et en Asie centrale.

Cependant, à l’arrivée, ces travailleurs, qui se sont souvent endettés pour faire le voyage, découvrent des conditions de travail et des salaires indignes. Les immigrés vivent entassés à trois ou quatre par chambre, se partageant une minuscule salle de bains insalubre. Cet ancien hôtel, sis dans le quartier populaire de Stratford, dans l’est de Londres, n’abrite que des Indonésiens vivant illégalement dans le pays. Une fois par semaine, ils versent 100 livres (120 euros) au propriétaire, en argent comptant. Agung, 21 ans, est l’un des résidents. "J’avais besoin d’argent pour financer des études d’agronomie, alors j’ai tenté le coup", raconte le jeune homme en frissonnant dans sa doudoune trop fine.

Malgré l'augmentation des salaires pour attirer la main-d'œuvre, le taux de chômage au Royaume-Uni est passé sous la barre des 4% cette année, son taux le plus bas depuis 45 ans. Avant le Brexit, il y avait quatre candidats pour un emploi, une situation qui s'explique notamment par le fait que les conditions de travail sur le continent se sont nettement améliorées. Selon Stephanie Maurel, de l'agence d'intérim Concordia, l'Allemagne et les Pays-Bas ont aspiré la main-d'œuvre des pays de l'Est qui avait l'habitude de traverser la Manche pour la saison des récoltes. "Là-bas, le gouvernement soutient beaucoup le travail agricole, avec des exonérations fiscales par exemple", explique la britannique. Dans certaines fermes d'Angleterre, les exploitants se sont mis à débaucher les employés. Autre facteur structurel : la rémunération des employés est dépendante de la livre sterling. Claudiu Netoiu, contremaître agricole dans l'exploitation de fraises d'Anthony Snell, témoigne que depuis trois ans, planifier les équipes est devenu un casse-tête : "Nous avons des gens qui, au dernier moment, décident de ne pas venir."

Le Woofing : Une Alternative Solidaire et Éducative

Face à ces difficultés, d'autres formes de collaboration agricole émergent, comme le woofing. Pour découvrir une nouvelle culture et s'initier au travail de la ferme, rien de tel que de partir faire du woofing à l'étranger. Le woofing est une tendance de voyage alternatif en vogue depuis quelques années. Le principe est de partir vivre quelques semaines, voire quelques mois, dans une ferme qui vous accordera le gîte et le couvert. En échange, vous devrez travailler et effectuer diverses missions à la demande de votre hôte. C'est une solution de voyage très économique : vous n'avez qu'à payer votre billet d'avion ou de train. Pour le reste, tous vos besoins élémentaires sont assurés par votre hôte.

Les woofers travaillent généralement environ 3 à 6 heures par jour pendant la semaine et ont leurs week-ends libres, ce qui leur laisse le temps de visiter la région. Le woofing est une expérience formidable qui permet de se sentir utile, de faire de belles rencontres et d'apprendre le travail de la ferme. Soins aux animaux, entretien des récoltes, cueillette, cuisine, bricolage… Les tâches peuvent être très variées. Les adeptes du woofing soulignent l'enrichissement personnel qu'ils retirent de cette pratique.

Jeunes gens faisant du woofing dans une ferme biologique

L'Angleterre est un pays qui se prête particulièrement bien au woofing. Tout d'abord, c'est dans cette nation qu'est né le concept en 1971, tiré des initiales W.O.O.F. (World Wide Opportunities on Organic Farms). Le woofing a tout de suite rencontré beaucoup de succès et s'est développé dans d'autres pays. Les campagnes anglaises regorgent de fermes et d'exploitations agricoles où faire du woofing. On peut citer le Kent et l'est du Sussex, une région bucolique et plutôt ensoleillée. Le sud-ouest de l'Angleterre (Dorset, Cornouailles, Devon et Somerset) illustre la campagne anglaise "typique", avec de charmants villages aux maisons aux toits de chaume alternant avec des prairies où paissent les moutons. On aime aussi le Yorkshire, région qui a inspiré Emily Brontë pour l'écriture de son célèbre roman Les Hauts de Hurlevent.

Si l'Angleterre attire beaucoup les adeptes de woofing, c'est aussi bien sûr pour la langue. De nombreuses personnes cherchent à améliorer leur anglais, que ce soit pour leur culture personnelle ou pour des raisons professionnelles. Plutôt que de suivre des cours d'anglais ou de faire un séjour linguistique classique, le woofing est une très bonne alternative. Les participants peuvent apprendre ou améliorer leur anglais en conditions réelles. Tout le lexique lié à l'agriculture et à la vie de la ferme n'aura plus de secret pour eux après leur séjour.

Pour faire du woofing en Angleterre, il est impératif de se procurer la liste des fermes et exploitations agricoles participantes. Pour cela, il faut s'inscrire sur le site officiel de WOOF UK. Cet organisme gère la mise en relation entre les hôtes et les demandeurs. Il est nécessaire de passer par lui pour trouver une ferme où faire du woofing en Angleterre, mais aussi en Écosse, au Pays de Galles et en Irlande du Nord. Pour ce qui est de l'Irlande en général, il est préférable de passer directement par le réseau WOOF irlandais. Pour accéder aux coordonnées des fermes, une somme de 20 £ est demandée pour une personne seule ou 30 £ pour deux personnes, ce qui donne droit à consulter l'annuaire WOOF UK pendant une année entière. Une fois inscrit, il ne reste plus qu'à sélectionner la ferme idéale parmi plus de 500 hôtes potentiels. Pour faciliter la tâche, il est conseillé de filtrer les résultats avec des critères précis : période et durée du séjour, région d'Angleterre souhaitée, proximité d'une ville, type de travail préféré (terre, animaux, vie de la maison), ou encore le désir de faire du woofing en compagnie d'autres personnes, d'être intégré au sein d'une famille ou d'une communauté. Cette approche permet de faire un choix éclairé et intelligent pour une expérience enrichissante.

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