Guide complet de la cueillette sauvage et de la découverte naturaliste en Tarentaise et Savoie

La Tarentaise et, plus largement, le département de la Savoie, offrent un terrain d’exploration exceptionnel pour quiconque souhaite renouer avec le monde végétal. Il y a quelques générations à peine, nos ancêtres savaient trouver dans la nature de quoi compléter leur alimentation et soigner les petits maux du quotidien. Aujourd’hui, nous nous nourrissons de produits ultra-transformés et suremballés dont nous ignorons souvent la provenance. Pourtant, les contrées verdoyantes, qui font preuve d’une grande hospitalité, vous accueillent pour des balades où, au détour de quelques sentiers, vous pourrez découvrir les multiples facettes des plantes sauvages présentes sur votre chemin.

paysage de montagne en Tarentaise avec fleurs sauvages

Une approche sensorielle de la nature

Apprendre à identifier les plantes sauvages, c’est avant tout renouer avec ses sens. Comme l’explique l’accompagnateur en montagne Félicien Bros, « on a tendance à n’utiliser que la vue, mais le toucher et l’odorat sont nécessaires pour reconnaître les plantes ». Au cours d’une balade, explorez une approche sensorielle : le toucher, la vue, l’odorat, l’ouïe et bien sûr le goût seront vos outils pour échanger et entrer en contact avec la nature.

Lors de ces sorties, la démarche se veut pédagogique. Le guide demande souvent de repérer des plantes que nous connaissons, puis explique leurs propriétés. À l’image de la route des vins, c’est une véritable « route des tisanes » qui se dessine devant vous. Entre cueillette et recette, vous ferez le plein de bons conseils pour réaliser votre tisane maison. Même si ce breuvage n’est pas votre tasse de thé, il ne fait aucun doute que vous trouverez votre compte dans les intéressantes anecdotes et explications du guide.

Biodiversité et milieux naturels savoyards

Pour être préservés, ces milieux naturels, parfois fragilisés par les usages, doivent être entretenus. Le Département fait partie des nombreux acteurs qui se mobilisent pour y contribuer depuis près de quarante ans. Diversification de l’offre d’activités de pleine nature, soutien aux programmes de gestion des milieux naturels, sensibilisation des Savoyards : l’action départementale consiste à la fois à préserver et à valoriser les espaces naturels.

La flore des milieux montagnards est aussi diversifiée et riche que fragile et menacée. De nombreuses espèces végétales font d’ores et déjà l’objet d’une protection réglementaire, au niveau national telle que l’Androsace des alpes ou le Silène de Suède au niveau régional. D’autres espèces, que l’on dit « ordinaires », sont de plus en plus menacées notamment du fait d’une cueillette excessive, telles que les espèces de Génépi et l’Arnica. Ces espèces ont un intérêt alimentaire ou pharmaceutique. Chaque année, des agents de police de l’environnement signalent la destruction de stations complètes d’espèces végétales, mettant en péril la préservation de ces espèces qui font partie du patrimoine naturel savoyard.

schéma explicatif sur la fragilité des écosystèmes alpins

Réglementation et bonnes pratiques de récolte

Pourquoi une réglementation de la cueillette en Savoie ? Depuis 2021, dans tout le département, un arrêté préfectoral encadre les récoltes de certains végétaux pour permettre leur maintien à long terme dans un bon état de conservation. La récolte des champignons est limitée à 5 litres par jour et par espèce. L'utilisation du peigne pour la récolte des myrtilles n'est pas autorisée avant le 15 août.

Il est crucial de comprendre que l’on ne récolte pas n’importe comment. Nos ateliers mettent un point d’honneur à sensibiliser à l’impact écologique de la cueillette. Apprenez à reconnaître les plantes comestibles et médicinales, ainsi que les espèces à éviter. Nous vous guiderons pour une cueillette sûre et respectueuse des cycles de la nature. Il est essentiel de ne prélever que ce dont vous avez besoin.

Explorer les trésors cachés : tourbières et marais

La Savoie regorge de pépites bien cachées. La tourbière de Hautecour, par exemple, est un patrimoine naturel rare et fragile de plus de 10 000 ans, avec en prime une vue exceptionnelle sur le Mont-Blanc. Cette tourbière acide, la plus grande de tout l’arc alpin, est constituée de milieux naturels d’intérêt écologique majeur. Un trésor de biodiversité qui abrite une faune et une flore exceptionnelles, dont des plantes carnivores, capables de supporter les contraintes de froid, d’humidité et d’acidité.

Le marais de Nécuidet, restauré en 2014, ne fait pas exception à la règle de la richesse écologique. Comme il est alimenté par une nappe phréatique contenant des substances nutritives, sa biodiversité est extraordinaire. On y trouve notamment l’Ophioglosse vulgaire, surnommée « langue de serpent », une petite fougère rare. De même, le marais des Lagneux à Yenne, restauré entre 2016 et 2017, permet aujourd'hui à une faune et une flore diversifiées de s'épanouir dans des roselières et prairies humides.

Hervé Cubizolle - Les tourbières

Sentiers botaniques et diversité paysagère

Sur les hauteurs, le sentier botanique du Châtel, entre forêt de chênes et pelouses sèches, bénéficie d’un ensoleillement exceptionnel. Cette caractéristique lui donne un cachet très méditerranéen, confirmé par les espèces qu’il abrite, comme les chênes pubescents ou l’épipactis à petites feuilles. Le sentier des papillons à Cruet, quant à lui, offre un panorama somptueux sur les massifs environnants tout en permettant d’observer des orchidées friandes de sols secs.

À Aigueblanche, le sentier du Morel longe le torrent du même nom dans une forêt typique de montagne. Derrière ce site naturel, se dessine la main de l’Homme : la forêt a été plantée pour maintenir les sols et les cascades ont été créées pour dompter le torrent. La nature y a repris ses droits, permettant aux fougères issues des temps anciens de s’épanouir dans les rocailles et murs de pierres.

Participer à l’inventaire du patrimoine naturel

En montagne, en plaine, en ville, à la campagne, sur votre terrasse ou dans votre jardin, le Conservatoire d’espaces naturels de Savoie fait appel à vous pour participer à l’inventaire de notre patrimoine naturel. Pour cela, il vous suffit d’observer et de photographier des espèces définies. Cette année, honneur aux mollusques, araignées et punaises !

Partez à la découverte des merveilles sensibles du marais des Chassettes, où, autour d’une installation photographique créée spécialement par le photographe Jean-Charles Bouillot, un week-end de balades et d’ateliers artistiques est proposé. C'est en impliquant les habitants dans cette recherche que nous parviendrons à mieux sensibiliser à la richesse de nos milieux. Que vous soyez attiré par la flore, la faune comme le lynx boréal, ou les mystères de la voûte céleste au plan des Fontainettes, la nature savoyarde est une invitation permanente à l'éveil et au respect.

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