Culture des pleurotes sur BRF et substrats lignocellulosiques : Guide complet

La culture des champignons sur bois, qu'il s'agisse de bûches ou de BRF (Bois Raméal Fragmenté), constitue une méthode accessible pour valoriser vos coupes de bois tout en produisant des champignons de grande qualité sur le long terme. Cette pratique, qui s'inscrit dans une logique de permaculture et d'économie circulaire, permet de transformer des déchets organiques en ressources nutritives.

Schéma illustrant le cycle de vie du mycélium dans une bûche de bois en milieu forestier

Les fondements de la culture sur bois et bûches

La culture sur bûches est une méthode robuste. Il s'agit d'une culture qui nécessite une certaine patience car les premiers champignons mettront 12 à 18 mois à apparaître. Cependant, une bonne bûche peut produire des champignons chaque année pendant 5 ans. Après avoir inoculé les bûches, le travail principal consiste essentiellement à maintenir une humidité constante sur le bois.

Chaque variété de champignon est unique : certaines fructifient à la fin de l'été comme le Pleurotus pulmonarius, et d'autres attendent l'hiver comme les pleurotes classiques. Globalement, toutes les variétés que nous vendons sur notre site pousseront sur la plupart des feuillus, mais certaines combinaisons donneront de meilleurs résultats et d'autres devront être évitées. Il est généralement préférable d'éviter les conifères, car ils contiennent des substances qui inhibent la croissance du mycélium (antifongiques).

Sélection et préparation du bois

Favorisez la coupe du bois durant la période de dormance, c'est-à-dire l'automne-hiver, avant la montée de la sève. Il existe deux périodes vraiment optimales : à l'automne quand les feuilles commencent à changer de couleur et à la fin de l'hiver, juste avant la montée de la sève dans les arbres et l'éclosion des bourgeons. Nous recommandons d'utiliser du bois frais, coupé dans les 2 à 3 mois maximum avant l'inoculation. Le temps optimal est une inoculation dans les 2 à 3 semaines suivant la coupe.

Plus vous attendez, plus le risque est grand que d'autres champignons se soient déjà installés et ne laissent pas de place à celui que vous allez inoculer dans la bûche. Nous recommandons un diamètre allant de 10 à 25 cm. Les diamètres plus importants mettront plus de temps à être colonisés et donc plus de temps à produire, mais ils produiront également sur plus d'années. Ils résistent aussi mieux aux sécheresses que les petits diamètres.

Techniques d'inoculation : chevilles et sciure

Pour la culture sur bûches à petite échelle, le mycélium sur chevilles (dowel spawn) est le mieux adapté. Le seul équipement nécessaire est une perceuse, un foret de 8 ou 9 mm, un marteau et éventuellement une brosse. Pour une production à plus grande échelle (100-200 bûches), il devient plus intéressant de travailler avec du blanc sur sciure. L'avantage de ce type de blanc est son coût moindre, mais aussi une colonisation légèrement plus rapide des bûches qu'avec les chevilles.

Protocole d'inoculation standard :

  1. Utilisez un foret à bois de 8 ou 9 mm pour l'inoculation avec des chevilles ou de 12 mm pour l'inoculation avec du mycélium sur sciure.
  2. Percez des trous de 3 à 4 cm de profondeur tout autour de la bûche.
  3. Insérez les chevilles dans les trous, en utilisant un marteau si nécessaire. Les chevilles ne doivent pas dépasser des trous.
  4. Recouvrez avec de la cire. La cire sert à protéger le mycélium du dessèchement, ainsi que des insectes et des maladies.

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La technique du totem pour gros diamètres

La technique du totem est particulièrement adaptée aux sections de gros diamètre (> 20 cm). Le bois est coupé en sections de 20 à 30 cm de long, empilées en sandwich avec une couche de mycélium entre chaque section. Le shiitake, par exemple, se nourrit principalement de l'aubier. Pour des diamètres de 30 cm et plus, nous recommandons plutôt la technique du totem : empiler des sections de 20-30 cm de haut, avec une couche de 1 cm de mycélium sur sciure entre chaque section.

Gestion de l'humidité et incubation

La période cruciale se situe dans les 4 à 8 semaines suivant l'inoculation, car il est nécessaire de maintenir une humidité suffisante pour que le mycélium s'établisse profondément. Dans les premières semaines suivant l'inoculation, il est recommandé de protéger vos bûches contre les fortes gelées : emplacement intérieur, à l'abri d'un mur, couvert avec des feuilles mortes ou de la paille, des couvertures, des bâches, etc.

Couvrir les bûches aidera également à limiter le dessèchement dû au vent et au soleil en offrant un environnement optimal pour le bon développement du mycélium. Placez vos bûches dans une zone ombragée à l'abri du vent. Évitez le contact direct avec le sol, qui pourrait apporter de petits insectes et des contaminations par des champignons du sol.

Le rôle du BRF et des substrats alternatifs

Le BRF (Bois Raméal Fragmenté) est un excellent substrat pour étendre la culture. Le compagnonnage des plantes et des légumes sur buttes peut aussi s'accompagner de culture de champignons comestibles et médicinaux. Une exposition ombragée, de l'humidité et des copeaux de bois : vous avez tous les ingrédients pour cultiver des champignons maison.

Le rôle des champignons est de créer un réseau mycélien dans le sol pour permettre aux organismes, et à eux-mêmes, de créer un réseau d'échange de nutriments et d'informations. Les champignons enrichissent le sol, améliorent la structure de la butte grâce à un réseau extra fin et filamenteux, assurent une régénération de la matière permanente, une disponibilité accrue en eau et en micronutriments.

Infographie comparant les différents substrats (paille, sciure, marc de café, BRF)

Nutrition et équilibre des substrats

Les champignons sont des créateurs d'humus. Le BRF, la paille sèche, les copeaux, la sciure, le carton, les feuilles mortes sont autant de matériaux utiles au recyclage de la matière. La majorité des substrats peuvent être utilisés, mais le ratio carbone/azote (C/N) est déterminant. Plus une matière a un C/N bas (donc plus elle contient d'azote), plus le rendement potentiel est élevé et donc plus le risque de développer une contamination est également élevé.

Pour bien composer son substrat de culture, il ne faudrait pas de matière trop fine, comme la sciure, pour pouvoir laisser passer suffisamment d'air. Un substrat trop grossier, comme les copeaux, va demander beaucoup d'énergie au mycélium. Le substrat idéal est donc composé d'un mélange de petites particules, permettant aux mycéliums de se développer vaporeusement, et de grosses particules, qui lui permettront de devenir plus agressif en créant une structure rhizomorphique. Un mélange de 50 % de sciure et de 50 % de copeaux de bois est une bonne base.

Valorisation du marc de café et économie circulaire

La culture domestique de champignons comporte bon nombre d'avantages. Tout d'abord, vous recyclez vos déchets : le marc de café permet de créer un excellent substrat pour la culture de champignons. Pour faire simple, l'économie circulaire est une économie basée sur la transformation du déchet en ressource : on recycle et on limite le gaspillage en donnant une seconde vie aux objets, aux déchets ou plus largement aux produits.

Les pleurotes mangent du bois. Ils peuvent pousser partout où il y en a, si les conditions d'un sous-bois sont recréées. En utilisant du marc de café, en plus de préserver la paille traditionnellement utilisée pour la culture du pleurote, on développe une méthode de culture qui améliore le produit final. Il lui donne goût et texture.

La gestion de la fructification

Pour les pleurotes, la maitake et le reishi, nous recommandons de les enterrer d'un tiers dans le sol afin qu'ils puissent absorber l'eau du sol. Les champignons ont tendance à pousser naturellement après des périodes fraîches et humides. Cela peut être encouragé par le trempage des bûches dans un bassin d'eau froide pendant 12 à 24 heures (évitez l'eau du robinet qui contient du chlore, ou laissez l'eau reposer quelques heures au préalable).

Notez que vous devez laisser au moins 1 mois de repos entre chaque récolte. La période de colonisation du bois (incubation) varie selon les variétés de champignons, les essences de bois, les diamètres de section et la température. Les pleurotes sont une variété plus rapide et plus agressive que la plupart des autres variétés cultivées. Ainsi, les bûches inoculées à la fin de l'hiver peuvent déjà produire des champignons dès le premier automne.

Biodiversité fongique et santé du sol

La biodiversité fongique de la butte s'améliore rapidement. Vous verrez donc d'autres champignons se développer, notamment des champignons bio-composteurs. La majorité sont inoffensifs et aux formes complètement atypiques. Mais il existe aussi des variétés chez les saprophytes comme les mycènes, les coprins, les plutées, les hypholomes et les cortinaires qui sont toxiques, voire mortels.

Cette collaboration est tellement favorable qu'en cas de stress, une plante va opter préférentiellement pour la sauvegarde de ce réseau mycélien plutôt que de favoriser sa propre croissance. Les plantes disposent pour cela de systèmes d'appel et d'alerte, que l'on a identifiés sous les noms de facteur MYC (pour les champignons) et facteur NOD (pour la formation d'excroissance cellulaire avec des bactéries fixatrices d'azote).

Précautions et hygiène culturale

Les additifs n'ont pas de valeur nutritionnelle en tant que telle. Mais ils permettent d'optimiser la culture de champignon pour en améliorer le rendement. L'utilisation de supplémentation augmente naturellement la thermogenèse, le mycélium produit plus de chaleur lorsqu'il consomme cette nourriture. Au-delà de 38°C, il peut être abîmé, et cette température lève la dormance de certaines moisissures, inactives jusque-là. Il est donc préférable d'avoir une bonne hygiène et un flux de travail adapté.

La principale menace reste la sécheresse. Si le substrat de votre butte est sec, il va puiser l'eau dans le champignon et le mycélium. D'où l'importance de choisir une zone ombragée sous un feuillage, au nord, ou près d'une mare, d'un chéneau. Les plantes couvre-sol sont une fois de plus essentielles dans l'équilibre hydrique et dans la régulation condensation/évaporation.

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