L'art du paillage : cultiver la résilience au potager par le végétal et l'organique

Le paillage est une pratique fondamentale au potager, souvent associée à l'utilisation de matériaux inertes ou organiques tels que les feuilles mortes, les tontes de gazon ou l'ardoise pilée. Cependant, une approche plus dynamique et intégrée existe : le paillage vivant. Au potager, vous pouvez choisir de recouvrir toute la surface en cultivant des plantes couvre-sol ou des plantes basses côtoyant les légumes plus hauts. Cette technique, en opposition au paillage inerte, transforme le sol en un organisme actif et protégé.

Schéma illustrant le concept de paillage vivant : association de cultures couvre-sol et de légumes potagers

Comprendre le paillage vivant : une protection dynamique

Le paillis vivant, c’est quoi ? Il s’agit de plantes couvre-sol cultivées avec l’intention de créer une protection naturelle. La vesce, plante rustique et généreuse, est une valeur sûre pour enrichir naturellement le sol entre deux cultures. La densité des innombrables feuilles des plantes couvre-sol forme une protection efficace contre le soleil tandis que les multiples racines favorisent le drainage de la terre.

Les bénéfices du paillis vivant sont nombreux. Le paillage naturel est une couche de protection du sol permettant de limiter l’évaporation de l’eau en été, d’amoindrir les variations thermiques, d’améliorer la structure de la terre, d’empêcher les mauvaises herbes de pousser. Au-delà de ces fonctions, les racines favorisent la circulation de l’air dans la terre et améliorent le drainage, permettant une meilleure infiltration de l’eau. En se décomposant, les racines des plantes cultivées comme paillis vivant apportent à la terre une matière organique précieuse. Le trèfle blanc (Trifolium repens), excellente plante pour paillis vivant, a la capacité de fixer l’azote contenu dans l’air et de le rendre assimilable par les autres plantes en se décomposant dans le sol. De plus, le paillis vivant attire les insectes pollinisateurs.

Espèces de plantes pour une couverture vivante

Il existe de nombreuses plantes à cultiver entre les rangs de légumes pour constituer un paillis vivant :

  • Le trèfle blanc (Trifolium repens) : l’espèce la plus commune de trèfle. Il forme un tapis vert dense qui fait penser au gazon. L’idéal est de le semer en association avec la phacélie (Phacelia).
  • La phacélie (Phacelia) : elle se propage rapidement au sol, limitant ainsi la croissance des herbes indésirables. Très facile à germer, elle protège la surface du sol tout en attirant les insectes utiles au jardin.
  • Le laiteron maraîcher (Sonchus oleraceus) : il a l’avantage d’être aussi comestible.
  • La vesce : une légumineuse particulièrement intéressante en engrais vert.

Vous pouvez aussi associer les cultures de différentes hauteurs : la mâche peut être le paillis vivant de l’ail et les betteraves peuvent être le paillis vivant des choux.

Mise en place et entretien du système vivant

Au potager, la phacélie doit être semée au printemps, de mars à mai. Avant de semer les plantes qui formeront un paillis vivant, vous devez désherber, griffer et ameublir le sol. Semez à la volée les graines, en fonction du calendrier de chaque variété : le trèfle peut être semé au printemps ou en fin d’été, voire au début de l’automne ; la vesce de printemps est à semer de mars à mai, et la vesce d’hiver (Vicia villosa), d’août à octobre. Enfin, arrosez en pluie fine et renouvelez souvent l’arrosage pour maintenir l’humidité en début de culture.

L’entretien est crucial : la tonte du paillis vivant est nécessaire pour maintenir une hauteur raisonnable. L’idée est de contenir le développement des plantes afin qu’elles ne viennent pas concurrencer les légumes de votre potager ! Supprimez les fleurs du laiteron du maraîcher avant qu’elles ne montent en graines pour éviter d’être envahi. Vous pouvez laisser en place une partie des résidus de la tonte, pour nourrir la terre.

Tuto Prévention #13 : Le broyage-paillage

Le paillage comme pilier de la permaculture

Si tu veux un jardin riche et productif, tu dois être capable de recréer ce cycle naturel de régénération au sein même de ton jardin. Le paillage est essentiel. J'aimerais également te rappeler le principe de permaculture n°5 : "Utiliser et valoriser les ressources et les services renouvelables". En permaculture, un principe dit qu'un élément doit remplir plusieurs fonctions et qu'une fonction doit être remplie par plusieurs éléments. Bonne nouvelle, le paillage est un excellent couteau suisse pour ton jardin.

Appliquer un paillage dans son jardin ou son potager, c'est avant tout appliquer une couverture par-dessus son sol. Une couverture qui le protège du froid et du gel en fin de saison. De plus, cette couverture agit comme un isolant efficace en été pour maintenir ton sol frais et humide. L'érosion est un processus naturel par lequel les matériaux de la surface terrestre, comme le sol, les roches, et les sédiments, sont dégradés et transportés d'un endroit à un autre par l'eau, le vent, la glace, etc. Pour schématiser, le paillage réduit l’impact des gouttes de pluie qui, sans lui, frappent directement le sol et le désagrègent. Il freine également les flux d'eau en surface, évitant d'emporter le sol à son passage.

La dynamique de l'humidité et de la photosynthèse

L'eau, c'est le nerf de la guerre. Le paillage joue un rôle essentiel ici, car il préserve l'humidité en diminuant l'évaporation de l'eau. Tout ça, pour préserver le jardinier permaculteur de moult corvées d'arrosages. Un autre truc concernant l'humidité de ton jardin : plus il fait chaud et venteux, plus ton jardin sèche vite. Effectivement, la chaleur accélère le réchauffement de l'air, du sol et de l'eau qu'il contient. Cet assèchement débute en surface et a pour conséquence d'accélérer l'assèchement en profondeur et de diminuer la capacité de la plante à faire de la photosynthèse, car plus l'air est sec, plus la photosynthèse est ralentie.

Quand le vent souffle, pour conserver l'eau, elle ferme ses stomates. Ce qui a pour conséquence qu'elle ne peut plus absorber le dioxyde de carbone de l'air pour faire sa photosynthèse. Bref, plante serré et paille généreusement ton jardin pour diminuer l'arrosage et le désherbage. Travailler moins, gagner plus.

Fertilisation et vie du sol : le rôle biologique

Quoi qu'on en dise, le paillage joue un rôle essentiel dans la fertilisation des sols. C'est lui qui nourrit la vie du sol, et le produit de tout ça : c'est une terre fertile. Fertile, car c'est grâce au travail des micro-organismes du sol que les nutriments deviennent assimilables par les plantes. Ce sont les micro-organismes qui font le travail de transfert de réserve nutritive vers les plantes. Le sol est un organisme vivant à part entière.

Pour germer, une graine a besoin d'un certain taux d'humidité, d'une certaine température et d'une certaine intensité lumineuse. C'est la raison pour laquelle que quand tu appliques une bonne couverture de sol, elle se retrouve privée de lumière, et donc, ne germe pas. C'est ainsi que, en tant que jardinier paresseux, on en arrive à pailler le plus possible.

Classification des paillages organiques

Avant de parler des paillages organiques, petits rappels sur la différence entre un paillage azoté et un paillage carboné. Un paillage carboné est riche en carbone : il se compose de matières sèches et dures comme la paille, les copeaux de bois, les feuilles mortes ou le carton. Un paillage azoté, lui, est riche en azote : il vient de matières vertes et fraîches comme les tontes de gazon, les résidus de légumes ou les feuilles jeunes.

J'en profite du coup pour te faire un rappel sur ce qu'est la faim d'azote. En gros, c’est ce qui se passe quand tu utilises uniquement un paillage riche en carbone, comme la paille ou les copeaux de bois. Étant riches en carbone, ces matières ont tendance à affamer les micro-organismes du sol, plutôt friands en azote. Ce qui a pour conséquence d'épuiser le stock d'azote de ton sol.

Analyse des ressources organiques courantes

Le gazon

La tonte de pelouse est une ressource (presque) gratuite. L'inconvénient, c'est qu'on n'en trouve pas toute l'année. Mais tu peux compléter cette carence hivernale par des feuilles mortes ! Un autre inconvénient, c'est que ça se dégrade assez vite. Ne compte pas sur le gazon pour apporter de la structure et de l'azote durable pour ton sol. Enfin, si tu tonds ton gazon lorsqu'il est arrivé en graines, sache que pailler ton potager avec, va inévitablement déposer ces graines sur ton sol. Dans d'autres cas, c'est un avantage : le paillage de gazon réchauffe ton sol et prépare à accueillir les premières germinations de laitue, de carottes ou de radis.

Les feuilles mortes

Comme le gazon, les feuilles mortes sont quasi gratuites. L'avantage, c'est que tu en trouveras dans les périodes où le gazon se fait rare. Si ton but c'est d'appliquer un paillage qui vient protéger et nourrir ton sol sur le long terme, dans ce cas préfères les feuilles à décomposition lente comme le platane, le chêne ou le châtaignier. Autres "vrais inconvénients" qui ont failli m'échapper : c'est que les feuilles ont tendance à s'envoler au moindre coup de vent.

Le foin

Le foin, c’est de l’herbe coupée et séchée qui sert principalement à nourrir les animaux. C'est mon paillage préféré. Il est facile à manipuler, facile à trouver et il conserve bien l’humidité. Un paillage efficace à court terme : Il protège le sol du dessèchement, limite la croissance des mauvaises herbes et conserve l’humidité, surtout en été. Attention : le foin peut rapidement se transformer en un nid à limaces. Le foin reste un bon paillage pour passer l'hiver, mais n'oublie pas qu'il se dégrade rapidement.

La paille

La paille est ce qu’il reste des tiges des céréales (blé, orge, avoine…) après la récolte des grains. Le fait que la paille soit constituée de tiges creuses en fait un super isolant (idéal pour passer l'hiver). Si la paille que tu récupères provient de cultures conventionnelles, elle peut contenir des résidus de fongicides ou d’herbicides. Mieux vaut choisir de la paille issue de cultures biologiques ou bien se renseigner sur son origine avant de l’utiliser au jardin.

Le Bois Raméal Fragmenté (BRF)

Le BRF, c’est un paillage naturel fait de petits morceaux de jeunes branches fraîchement broyées. L'avantage du BRF, c'est que tu n'as pas besoin de mettre trop épais. L'inconvénient, c'est qu'il est long à se dégrader et qu'il peut, lui aussi, provoquer une faim d'azote. Le BRF est une bénédiction si tu as un sol pauvre, léger et sableux. Contrairement au foin ou aux feuilles mortes qui se décomposent rapidement sans vraiment structurer le sol, le BRF agit comme une éponge : il retient l’humidité, limite l’érosion et améliore la capacité du sol à stocker les nutriments.

On ne fait pas un bon BRF au hasard. On utilise de jeunes rameaux de l'année, et uniquement avec des branches d'arbres feuillus (noisetier, châtaignier, tilleul, chêne, etc…). Enfin, le "vrai" Bois Raméal Fragmenté doit être composé de résineux que de 20 à 25% maximum.

Compost, lombricompost et fumiers

Oui, on peut considérer le compost, le lombricompost et les fumiers comme des paillages. L'avantage de ce paillage, c'est qu'il enrichit ton sol en nutriments, ce qui en fait un excellent paillis pour ton potager et tes arbres fruitiers. Si tu cultives des pommes de terre, tu peux aussi faire une sorte de culture en lasagnes en alternant des couches de gazon frais et de compost, dans lesquelles tu plantes tes patates. Pour finir, sache que ces paillis très riches ont tendance à vite sécher au soleil et à former une croûte qui peut empêcher l'eau de pluie de pénétrer correctement dans le sol. Pour remédier à ça, tu peux ajouter un paillage carboné par-dessus comme la paille ou du foin.

La gestion globale du sol au potager

Le paillage au potager est une pratique très répandue, notamment avec l’essor de la permaculture qui prône un sol sous couverture permanente de végétaux. Seulement nous verrons que le paillage au potager n’est pas non plus miraculeux. Il faudra savoir le rôle des différentes matières apportées, leurs impacts sur les mécanismes de fertilité et l’importance aussi du sol de départ. Trop souvent mis de côté, un sol de cailloux et de brique d’argile n’aura pas du tout la même capacité à bonifier un paillage qu’un sol de belle terre noire, bien meuble.

Dans une approche biologique du potager, tout passe par la vie du sol. C’est elle qui décompose, minéralise, rend accessible les minéraux pour nos cultures. C’est elle qui crée de l’humus, qui travaille mieux que quelconque engin mécanique. Vers de terre, cloportes, collemboles, carabes, lithobies… peut-être que ces noms vous parlent peu, mais ils sont bel et bien les acteurs d’un sol vivant.

Protection contre les intempéries et le vent

Une épaisse couche d’au moins dix centimètres va mettre à l’abri la terre des intempéries, des trop fortes chaleurs. Elle va préserver l’humidité si essentielle au bon fonctionnement de la vie. Sous cet épais paillage, le sol est protégé. Un paillage au potager jouera les mêmes rôles avec une protection des rayons du soleil et une évaporation drastiquement réduite. Pratique en périodes de canicule, voire de sécheresse au potager.

L’effet du vent sera considérablement atténué. Concernant la pluie, c’est le phénomène de battance qui est évité. En tombant, pour ne pas dire, en se fracassant sur le sol, les fortes pluies cassent et fragmentent les agrégats qui ont mis tant de temps à se former. Pour les températures, là aussi le paillage jouera un rôle de régulateur. Seul inconvénient, le sol mettra parfois plus de temps à se réchauffer au printemps. C’est pourquoi d’ailleurs bien des jardiniers dépaillent leur sol à cette période pour laisser le sol exposé au soleil.

Comparaison visuelle : sol protégé par un paillis versus sol nu exposé aux intempéries

Adaptation aux conditions locales et sol argileux

En région méditerranéenne, les étés sont un véritable enfer quand on jardine avec une approche biologique. Il faut maintenir le sol humide alors que la pluie est rare, le soleil trop violent, le vent trop présent. Le paillage est une solution essentielle complétée avec de l’ombrage et de l’arrosage. Au printemps, pour semer plus facilement, réchauffer le sol, éviter les ravageurs, les parcelles sont dépaillées lorsqu’elles sont mises en culture.

Le seul paillage ne suffit pas à améliorer mon sol terriblement argileux. Ce sol, c’est ce que l’on appelle une terre de vigne. De la caillasse, du béton l’été tellement l’argile se rétracte. Combien de remorques de paillages j’ai vu défiler sans jamais voir une amélioration notable. Alors j’aide parfois mon sol à incorporer des composts. J’utilise le croc, la grelinette, le râteau en voulant depuis toujours me passer d’engins à pétrole.

Diversité et équilibre des apports

La diversité est toujours plus intéressante. Plus un paillage est carboné, solide, dur, ligneux avec une texture qu’on ressent à pleine main, plus il mettra du temps à se décomposer et plus il améliorera la structure et la texture votre sol. Sa forte constitution en carbone va lui donner la capacité d’apporter de la matière organique stable, de l’humus, réservoir de richesse pour nos cultures. La paille, le foin, pour exemple, sont grandement plébiscités dans les techniques de maraîchage sur sol vivant.

À contrario, ces paillages seront peu utiles pour nourrir nos cultures à court terme. Ils sont trop complexes pour être assimilables rapidement. Ces paillages sont particulièrement appréciés par les petits fruits comme les fraisiers ou les framboisiers qui aiment les sols forestiers, riches en champignons. À l’inverse, les paillages les plus humides auront une plus faible proportion de carbone, des molécules moins complexes. On pense à la tonte, aux restes de cultures, aux restes de repas. Ces paillages sont très éphémères, libèreront rapidement de la richesse pour nos cultures, mais n’auront qu’un rôle très peu améliorant à long terme pour le sol.

Nuances et gestion des ravageurs

Il serait démagogique de parler de paillage sans parler des inconvénients qu’il peut générer. Pailler son sol, c’est abriter la biodiversité, la démultiplier, mais c’est aussi attirer une biodiversité que l’on ne souhaiterait pas vraiment dans nos potagers. Les rongeurs, campagnols, rats taupiers et plus encore les limaces viendront s’installer dans votre hôtel quatre étoiles. Alors, soyez prévoyants, semez et plantez en surplus pour nourrir autant les ravageurs que votre famille.

L’être humain a la formidable capacité de raisonner autrement que par un simple mode binaire. Vous pouvez mettre une nuance de tous les instants dans votre approche du paillage au potager. Par exemple, dépailler des parcelles pour des itinéraires de cultures qui partiront du semis en pleine terre. Vous pourrez aussi nuancer en dépaillant selon la saisonnalité, au printemps et à l’automne quand l’humidité est fort présente, autant que les ravageurs. Et au contraire, mettre tout le monde sous abri en plein été.

La phénoculture et l'abondance

Très couramment utilisée, la paille offre un paillage durable sur au moins toute une saison au potager. Son rapport carbone/azote est très élevé et de nombreuses études montrent qu’elle consomme quatre grammes d’azote au m² pour que les organismes du sol la décomposer. C’est autant que de nombreuses cultures. Néanmoins, à plus long terme, c’est l’effet inverse et de l’azote qui se rend disponible dans le sol une fois la paille décomposée.

Avec un rapport carbone/azote équilibré, le foin semble l’apport parfait comme paillage. D’ailleurs il est à l’origine d’une méthode de jardinage appelée la phénoculture, créée par Didier Helmestetter. Cette technique consiste à simplement pailler son sol d’une épaisse couche de foin et ne rien faire d’autre ! Pas de compost, pas d’engrais, pas de travail du sol. On nuancera tout de même l’efficacité de cette méthode à la nécessité d’un sol de départ actif biologiquement, humide, et prendre garde aussi à la présence de ravageurs. Enfin, la tonte de gazon est une ressource gratuite sitôt que l’on a du terrain herbeux. Elle est un excellent paillage « fertilisant ». Vous pouvez déposer jusqu’à un bac de tonte au mètre carré, pour nourrir vos cultures et protéger votre sol. En couche trop épaisse, elle a tendance à faire une croûte.

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