Le Lierre : Du Jardin Patrimonial aux Secrets de la Nature Comtoise

Le monde végétal est peuplé de compagnons silencieux dont l'importance dépasse souvent nos premières impressions. Parmi eux, le lierre occupe une place singulière, à la fois pilier de la biodiversité et témoin de l'histoire humaine. Que ce soit sous la forme horticole soignée du lierre 'Bellecour' dans nos jardins ou en tant que sauvageon indomptable dans les forêts de Franche-Comté, cette plante mérite une attention particulière.

Illustration d'un lierre grimpant sur un vieux mur de pierre avec une flore environnante

Les facettes du lierre : entre ornement et écologie

Le lierre 'Bellecour' est une forme rampante du lierre des Canaries. Ses grandes feuilles vert clair luisant au printemps prennent une teinte plus foncée en été. Ce lierre stérile est un excellent couvre-sol, résistant à la sécheresse, acceptant aussi bien le soleil (excepté les expositions brûlantes) que l'ombre des arbres. Pour une couverture rapide, il est conseillé d'en planter 1 pied par mètre carré. Son feuillage est persistant, sa hauteur à maturité atteint 50 cm et ses fleurs jaunes, bien que non parfumées, soulignent son appartenance à la famille des Arbustes. Il s'adapte à une grande variété de sols, qu'ils soient argileux, argilo-limoneux, caillouteux ou calcaires, confirmant sa grande tolérance.

À l'autre bout du spectre, Hedera helix (Lierre grimpant ou Herre en poitevin-saintongeais) appartient au clan Araliaceae. Hedera vient du latin hedea, la « corde » ; helix est la « spirale ». Hedera helix évoque le lasso tournoyant des jeunes rameaux à la recherche d'un support à cramponner. Pour certains, c'est une liane arbustive, pour d'autres, une liane arborescente. La durée de vie d'un seul pied peut dépasser le siècle ! Ses tiges ligneuses peuvent épaissir jusqu'à 20 cm de diamètre.

Les hommes ont longtemps porté un regard accusateur sur le Sauvageon. Jadis, on pensait le Lierre capable d'étouffer un arbre, jusqu'à ce que mort s'en suive. Si ses solides crampons s'agrippent aux arbres, ce n'est pas pour en sucer la moelle, mais simplement pour s'ériger vers la lumière. En recouvrant l'arbre, le Lierre grimpant assure à celui-ci une protection thermique. Mais surtout, son feuillage persistant abrite une faune riche et variée en toute saison. La biodiversité qu'il protège est profitable à tous : à commencer par les oiseaux qui y trouvent un garde-manger toujours rempli et qui assurent de par la même la régulation des populations parasitaires néfastes aux arbres. Non seulement le Lierre grimpant ne nuit pas aux forêts qu'il envahit, mais celui-ci pallie à la rudesse du milieu à la saison froide.

Adaptabilité biologique et cycle de vie

Le sauvageon choisit de fleurir après tout le monde, vers la fin de l'automne. Ses fleurs pourvoient les dernières réserves de nourriture aux insectes pollinisateurs avant d'entrer dans le dur de l'hiver. Parmi les nombreux butineurs qui comptent sur les fleurs tardives du Lierre grimpant, la Collète du lierre (Colletes hederae), une abeille solitaire qui porte le nom de sa plante favorite, en récolte le pollen pour garnir les loges souterraines qui accueilleront ses larves.

Le Lierre grimpant est une inépuisable source de divertissement pour celui qui cherche des formes inattendues. On considère deux grands types de feuilles : les feuilles juvéniles, palmées (3 ou 5 lobes), et les feuilles des rameaux florifères, ovales et aiguës. Les feuilles palmées optimisent la captation de lumière en zone ombragée. Les fruits charnus (des drupes), d'abord verts, murissent en hiver et deviennent noirs ; les oiseaux, en attendant le retour du printemps, s'en régalent. Chez Hedera helix, les fruits et les feuilles sont toxiques. Ce n'est pas une des Sauvage les plus virulentes de la forêt ; ses feuilles ont même été utilisées autrefois en tant que remède purgatif.

En agriculture biodynamique, le lierre est une ressource précieuse. Ses feuilles contiennent des saponines, substances aux propriétés tensioactives qui agissent à la fois comme insectifuge naturel et comme nettoyant du feuillage. Pour réaliser une préparation, il suffit de faire tremper les feuilles une nuit dans l’eau froide, puis porter le mélange à ébullition pendant 30 minutes, en veillant à la formation de mousse due aux saponines.

Le Lierre de A à Z (presque)

Immersion dans le patrimoine et la nature de Franche-Comté

Le lierre n'est pas seulement un sujet d'étude botanique, il est aussi un compagnon des chemins historiques. Autour de Besançon et de Courcuire, les randonnées mêlent nature et patrimoine. Entre sentiers forestiers et vieilles murailles envahies de lierre, une randonnée en immersion entre nature et patrimoine révèle les secrets de la Citadelle de Vauban, chef-d’œuvre surplombant la Boucle du Doubs.

Le Fort Woirol, construit à la fin du XIXe, avec son poste optique et ses batteries pour aéronefs, côtoie les vestiges imposants du château féodal. Cette région, riche d'un passé militaire, offre aussi des paysages naturels préservés comme la reculée sauvageonne de Nacra ou les étangs des Prés Neufs et de La Vaivre. À Courcuire, la présence humaine remonte au Néolithique. Les visiteurs peuvent explorer une église du XVIIe siècle, le château du XIXe siècle, ainsi que des fontaines et lavoirs historiques, tels que ceux d'Etuz, construits en 1845-1846, véritables chefs-d'œuvre néo-antiques.

Les collines bisontines, comme Chaudanne et le Rosemont, témoignent d'une activité agricole passée. Jusqu'au XIXe siècle, ces espaces étaient aménagés en terrasses avec des murs de pierres sèches pour la vigne et le pâturage. Les cabordes, ces abris de vignerons en pierre sans mortier, subsistent encore comme des reliques d'une époque où les portes de la ville se fermaient chaque soir. Aujourd'hui, ces lieux offrent des panoramas spectaculaires sur les Vosges, les Monts du Jura et, par temps clair, sur les Alpes, de l’Oberland Bernois au Mont Blanc.

Carte topographique simplifiée de la région de Besançon montrant les collines et la vallée du Doubs

Activités et découvertes dans le paysage comtois

La région autour de Courcuire est une terre d'accueil pour les amateurs de plein air. Le cyclisme y est roi : du vélo de randonnée au gravel, les itinéraires ne manquent pas, comme la boucle du barrage de Marnay ou les sentiers vers le refuge sur le chemin de Saint-Jacques. Pour ceux qui préfèrent flâner, les étangs de Noironte offrent un havre de paix idéal pour des pauses pique-nique. À proximité, les Jardins Aquatiques d'Acorus à Autoreille permettent de découvrir une facette plus intime de la flore et de la faune locale.

La Vallée de l'Ognon, désignée comme Zone Naturelle d'Intérêt Écologique, Floristique et Faunistique, constitue un corridor naturel essentiel. Les visiteurs apprécient autant le caractère médiéval du centre historique de Marnay que la sérénité des aires de pique-nique des Monts de Gy, où des équipements dédiés permettent de profiter pleinement de la nature. Que ce soit au printemps ou à l'automne, ces paysages offrent une palette de couleurs et de lumières changeantes, faisant de chaque balade une découverte renouvelée.

L'histoire de la chaux à Chalezeule, remontant au XIIe siècle, illustre également comment l'activité humaine a façonné le paysage. Le nom même du village, dérivé de "Calisola", rappelle cette dépendance à la pierre et au feu. Aujourd'hui, après avoir exploré les fours à chaux, les promeneurs peuvent s'enfoncer dans les sentiers silencieux, accompagnés par l'odeur des buis renaissants, pour une visite à la Grotte du Renard, située à quelques pas seulement de l'effervescence urbaine.

La symbiose entre le bâti et le végétal

Dans nos villes, le lierre joue un rôle climatique majeur. Sa protection thermique fonctionne sur les façades, protégeant les murs de l'érosion des intempéries et régulant les écarts de températures. Il verdit les vastes surfaces minérales qui agissent souvent comme des réservoirs de chaleur en été. Cependant, il convient de le surveiller près des toitures, car le sauvageon est capable de soulever les tuiles.

Cette capacité de résilience se retrouve dans la gestion des espaces naturels. La biodiversité protégée par le lierre est un atout pour l'équilibre des écosystèmes forestiers et urbains. Les oiseaux, en régulant les populations de parasites, participent activement à la santé des arbres. Il existe une véritable interdépendance entre les structures anciennes, telles que les remparts de la Citadelle ou les murs de soutènement des cabordes, et la végétation qui les colonise. Le lierre, en s'insinuant dans les anfractuosités des pierres, crée un lien entre le minéral et le vivant.

En observant les zones humides préservées autour du Creux sous Roche, qui draine l'eau des Bisontins jusqu'à la source d'Arcier, on comprend mieux la fragilité et la richesse de ces milieux. Les chants de grenouilles et les paysages champêtres offrent une diversité qui séduit les familles autant que les randonneurs solitaires. Chaque sentier, chaque belvédère, chaque vestige romantique est une invitation à ralentir le pas et à contempler l'harmonie entre une nature sauvage et une histoire humaine millénaire.

Photo macro d'une abeille butinant des fleurs de lierre en fin d'automne

La valorisation de ces espaces, qu'il s'agisse de restaurer des cabordes ou de protéger des zones écologiques, témoigne d'une volonté de maintenir un lien vivant avec le passé tout en préparant l'avenir. Le lierre, avec sa ténacité et son humilité, demeure l'emblème parfait de cette alliance silencieuse entre les pierres qui bravent les siècles et la vie qui, inlassablement, reprend ses droits.

Vers une compréhension holistique du milieu naturel

L'étude du lierre, qu'il soit horticole comme le 'Bellecour' ou sauvage comme Hedera helix, nous enseigne la valeur de la patience. Alors que nous cherchons souvent des solutions immédiates pour l'aménagement de nos jardins ou la gestion de nos paysages, cette plante nous rappelle l'importance de s'inscrire dans le temps long. La biodiversité qu'elle soutient est une assurance contre les déséquilibres environnementaux.

En examinant les différentes strates de ce sujet, du détail des feuilles palmées à la grandeur des panoramas sur le Mont Blanc, nous percevons une unité fondamentale. Le lierre est un connecteur. Il relie les strates d'une forêt, les étages d'une façade, et même les époques d'un territoire. Son rôle dans l'agriculture biodynamique souligne également que les solutions les plus efficaces sont souvent celles que la nature a développées sur des millénaires.

Les sites historiques de la région de Besançon et de la Haute-Saône, marqués par les conflits militaires, la production de chaux ou la culture viticole, sont désormais des espaces de détente et de découverte. La réappropriation de ces lieux par le public, sensibilisé à la beauté naturelle, est une étape clé pour la préservation de notre patrimoine commun. La promenade nature, accessible et variée, devient un moyen privilégié de comprendre notre environnement.

La diversité des paysages, des étangs de Noironte aux falaises dominant le Doubs, offre une mosaïque d'habitats. Cette richesse est le fruit d'une interaction constante entre les forces naturelles et les interventions humaines. En adoptant un regard attentif, nous pouvons découvrir, au détour d'un sentier ou sur une vieille muraille, la présence discrète mais essentielle de ce compagnon vert qui, saison après saison, continue de tisser sa toile de vie à travers nos paysages.

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