L'héritage de "Granny D." : La rébellion de l'aube et la marche pour la démocratie

L'expression « de bon matin, jeune grimpe, granny » évoque une image de détermination, de jeunesse d'esprit et de la sagesse des aînés, des qualités incarnées de manière poignante par des figures comme Doris Haddock, plus connue sous le nom de "Granny D.". Elle symbolise l'idée que, quel que soit l'âge, l'engagement civique et la volonté de faire entendre sa voix peuvent déplacer des montagnes, même face à des obstacles considérables. L'histoire de Doris Haddock, tout comme l'activisme de Larry Lessig et de sa « New Hampshire Rebellion », met en lumière la persévérance nécessaire pour contester les systèmes établis et tenter de redonner le pouvoir aux citoyens.

Portrait de Doris Haddock,

Le combat de Larry Lessig : contre l'argent en politique

Depuis de nombreuses années, Larry Lessig s'est érigé en vigie contre l'influence corrosive de l'argent en politique américaine. Pour lui, aucune réforme d’ampleur sur le climat, la finance, les armes ou l’éducation n’est envisageable tant que les modalités de financement des campagnes électorales ne sont pas réécrites. Le professeur vedette, autrefois « l’Elvis Presley du droit de l’Internet », a épuisé toutes les voies traditionnelles, des cours aux conférences en passant par les livres. Son message est clair : l'argent donne l'accès, l'accès fait l'influence, et l'influence dicte la décision, peu importe les idées, les promesses, ou l'identité des donateurs - que ce soient les banques, les géants pharmaceutiques ou les milliardaires.

Larry Lessig a documenté sans relâche ces dynamiques pernicieuses, révélant qu'au nom du nécessaire renouveau démocratique, les invisibles et implacables lobbies gangrènent la démocratie. Il souligne qu'un congressiste passe en moyenne 30 à 70% de son temps à lever des fonds pour son parti, faisant de cette activité son quotidien et son obsession. Le peuple, l’intérêt général, et le débat n'héritent que d’un strapontin. Il n’hésite pas à affirmer que « Personne, aucun sens moral, ne peut résister aux montants en présence. C’est comme si vous ouvriez la porte d’un avion en altitude, tout être humain explose. » Pour Lessig, le gouvernement se fourvoie dans une guerre contre tous les terrorismes, alors que l’ennemi est à l’intérieur, une situation digne d'un épisode de "House of Cards".

Larry Lessig est un orateur esthète qui subjugue. Ses présentations hyperléchées sont minutées au chronomètre, chaque mot est pesé et posé. D’un naturel discret et réservé, volontiers réfugié dans une attitude taciturne, dès qu’il prend un micro, sa poitrine s’ouvre, sa voix et ses yeux se durcissent. Il remplit les salles sans chercher à séduire. Il a conseillé les républicains, les démocrates, et a même fait campagne pour Barack Obama, avec lequel il a enseigné à Chicago, avant de dénoncer sa trahison. Plusieurs fois, il a cru trouver son champion, mais aucun n’a tenu, tous l’ont déçu. Larry Lessig a cherché sa place, allant jusqu'à envisager de devenir congressiste pour réformer le système de l’intérieur. Il a lancé pléthore d’initiatives, accumulant médailles, discours et distinctions. Pourtant, son talent, son réseau et ses analyses n’ont rien changé.

La naissance d'une rébellion : La marche du New Hampshire

Face à l'inertie du système, Larry Lessig a choisi une voie moins conventionnelle : la marche. C'est à Dixville Notch, un hameau fantôme du New Hampshire, que se joue depuis 1960 la première scène de l’élection présidentielle américaine. Tous les quatre ans, peu après minuit, les caméras de CNN et Fox News envahissent la salle de bal pour relayer le premier résultat des élections primaires, quelques âmes désignant les candidats républicain et démocrate.

C'est sous une pluie glacée, le 11 janvier 2013, que Lawrence Lessig, alors âgé de 52 ans, s'apprête à quitter les sentiers battus d’un parcours sans faute qui aurait pu le mener jusqu’au poste de juge à la Cour suprême. Ses yeux bleu délavé cerclés de lunettes fines, son large front, ses mains délicates d’intellectuel émergent difficilement d’un large poncho vert. Il sourit tristement à la vingtaine de personnes ayant répondu à l’appel posté huit semaines plus tôt sur son blog. Sa troupe improvisée est venue des quatre coins du pays : avocats à la retraite, développeurs informatiques, militants du logiciel libre ou de la réforme de la Constitution, anciens Marines, un pompier et son père, un couple de psychothérapeutes, des chômeurs, des cyberpunks. Ils se sont rencontrés la veille dans le hall de la gare routière du Boston Express. Entre un distributeur Coca-Cola et un palmier en plastique, ils se sont salués brièvement, se dévisageant en silence, hésitant à rentrer chez eux. Peu de mots ont circulé, mais chacun a apporté bagage et bonnes raisons de se mettre en route, et aucun n’a rebroussé chemin. Ils ont entre 27 et 78 ans et viennent d’horizons différents. Nul ne se ressemble, ne sait à quoi s’attendre.

La New Hampshire Rebellion en marche

Grave, un peu voûté, Lessig salue chacun. Il connaît l’histoire américaine comme personne et Washington comme sa poche, maîtrisant les codes. Mais pour faire tomber les masques, il lui faut d’abord tomber ses costumes de conférencier brillant, d’avocat redouté, de messie de l’Internet libre. La pluie redouble et teint tout de gris. La lumière du matin ne prend pas. Japhet, 1,90 mètre de bienveillance et de bon sens, tend des gilets orange fluo et donne les premières consignes : marcher en file indienne, se méfier du chasse-neige, de la pluie qui gèle les os, ne laisser personne à la traîne, veiller les uns sur les autres. Dès les premières minutes, Japhet s’impose comme le boy-scout de l’opération, solide et chaleureux. Au centre du parking, il déploie une bannière à la gloire de la New Hampshire Rebellion derrière laquelle les marcheurs se regroupent.

En silence, Larry Lessig quitte le parking transformé en patinoire par le gel. C'est le début de la vie en crampons, au contact, sans les livres ni les estrades qui protègent. Sous son poncho vert, ses jambes se perdent dans son jean sombre. Son polo noir barré du nom « Aaron Swartz » lui brûle la peau. Ce 11 janvier 2013 est aussi un jour de deuil. Sans coup de semonce ni cri de ralliement, les yeux bloqués sur le bitume gelé, le professeur de Harvard traverse la route et laisse échapper un : « Now I am scared! » Le souvenir de son altercation avec un client aviné du motel la veille lui glace les sangs : « Vous allez sur nos routes sans protection ? Vous allez tous mourir ! » Éternel insatisfait, le pessimisme est sa marque de fabrique, mais la peur ? Redoute-t-il l’accident, l’aventure ou la métamorphose ? Aura-t-il la force de porter les autres marcheurs, lui qui n’est pas sûr de tenir sur ses jambes ? Aura-t-il la force de leur parler, lui qui ce matin n’arrive à prononcer mot ? Qui est-il au fond : élite ou rebelle ? Parvenu de l’autre côté de la route, il se retourne : personne ne l’a suivi. Il s’agace. Vont-ils le ralentir ou les a-t-il déjà oubliés ? Il leur fait un signe de la tête. Les marcheurs le rejoignent pour la première étape, un petit quinze kilomètres face à un mur de pluie. C’est un arrachement. Étrange mise en route. La New Hampshire Rebellion démarre comme un cortège funèbre, la famille devant.

L'ombre d'Aaron Swartz et la lumière de "Granny D."

Le polo de Larry Lessig arbore le nom d'Aaron Swartz, un hommage vibrant à son ami et collaborateur décédé. Quand il a rencontré Aaron Swartz, l’adolescent de 14 ans venait de créer le flux RSS et de dévorer le livre de Lessig, "Code and Other Laws of Cyberspace", la bible de la communauté du Web. Pour Aaron Swartz, Larry était l’un des rares adultes à comprendre la signification politique de l’Internet. Malgré leurs vingt-six années d’écart, Larry et Aaron ne se sont plus quittés, trouvant chacun dans le génie de l’autre une consolation au sentiment de ne jamais être compris. Ensemble, ils ont créé Creative Commons, la plate-forme de licences libres qui a brisé en 1999 les codes de la propriété intellectuelle et rendu possible l’Internet libre.

C'est Aaron qui, sur un banc à Berlin en 2007, a convaincu Larry Lessig de se consacrer à la corruption endémique à Washington, ayant perçu avant tout le monde son effet létal et systémique. Il a été de tous les projets de son aîné, de toutes ses batailles. Larry Lessig a vu son ami muer, s’étoffer, devenir millionnaire, militer pour la défense d’un Internet libre. Il l’aimait comme un fils, l’écoutait comme un maître, le couvait comme un joyau. Il l’a aidé contre la dépression, la solitude, et le terrible procès qui l’a opposé au gouvernement nord-américain après qu’il a piraté les serveurs du Massachusetts Institute of Technology (MIT). « Aaron était dangereux, non parce qu’il volait des cartes bleues, bloquait des sites gouvernementaux ou subtilisait des informations confidentielles. » Ruiné par deux années de procédure, miné par un verdict qui semblait inévitable, Aaron Swartz s’est pendu à 26 ans, foudroyant la communauté du web. Tim Berner Lee, l’inventeur d’Internet, a tweeté : « Aaron est mort. Vagabonds du monde, nous venons de perdre un aîné avisé. Hackers de la bonne cause, nous avons perdu l’un des nôtres. Parents, nous avons perdu un enfant. Pleurons. » Et Larry Lessig, l’adulte qui avait été son ami et confident, qui l’avait connu enfant pour le voir devenir homme, n’a rien vu venir.

Aaron Swartz, figure emblématique du Web libre

À l’approche de la date anniversaire de la mort d’Aaron, Lessig pensait marcher seul quelque part, dans le froid, contre les éléments, pour faire face au deuil, ne pas être distrait, retrouver un peu de son ami, arrêter le temps. Pour ne pas renoncer, il en a parlé autour de lui. Il aurait pu solliciter ses « amis » dans la Silicon Valley ou à Washington, faire parler le carnet d’adresses. Mais c'est Japhet qui a bondi : l’occasion est trop belle, il faut transformer ce deuil en acte politique, marcher pour quelque chose. « Du sang, de la sueur et des larmes » : l’Amérique s’est construite à coups de mythes, de conquêtes et de sacrifices, s’emporte le jeune homme. Elle s’est nourrie de héros impossibles comme Lessig et de discours comme les siens.

En quelques minutes, ils posent les bases de ce projet fou : parcourir à pied trois cents kilomètres de cet État par lequel tout commence et donc tout arrive, dans le froid et la tempête. Pour réveiller l’âme des rebelles qui y sommeille, il faut aussi convoquer les mythes. Larry et Japhet pensent immédiatement à Doris Haddock, alias « Granny D. », figure emblématique du New Hampshire et de ses velléités d’indépendance.

Doris Haddock : l'unicorne de la démocratie

Doris Haddock, ou « Granny D. », est une icône de la persévérance civique. Le 1er janvier 1999, elle s’élance de Los Angeles, seule et à pied, à l'âge de 89 ans. Forte tête, nourrie et logée par les habitants, il faudra qu’elle fasse un malaise dans la Vallée de la Mort pour que les médias s’intéressent à elle et ne la lâchent plus. À l’arrivée à Washington, après avoir affronté la soif, le froid, la neige, elle est accueillie par 2 200 personnes. Arrière-grand-mère seize fois, elle se présente au Congrès en 2004, à 94 ans. À sa mort, à 100 ans, l’ancien président Jimmy Carter déclare : « Le problème avec Granny D. … »

Larry et Japhet tiennent leur fil conducteur : la New Hampshire Rebellion démarrera le jour de la mort d’Aaron Swartz, enfant de l’Internet, suicidé d’être si mal compris, pour aboutir le jour de la naissance de Granny D., symbole d’une Amérique insoumise et increvable. Pour « gérer » l’opération, ils appellent Jeff, un trentenaire au physique droit sorti de Top Gun, qui connaît le New Hampshire, sa topographie géographique et politique comme personne. Ensemble, ils tracent le parcours, dégotant gîtes, motels ou volontaires pour l’hébergement des marcheurs. Pour écrire l’histoire, il faut la maîtriser, la faire connaître aussi. À une semaine du départ, Szelena, une jeune et longue Américano-Hongroise, rejoint l’équipe. Larry Lessig l’a embauchée à sa sortie d’Harvard pour l’aider dans ses recherches et projets. Japhet, Jeff, Szelena ont connu et travaillé avec Aaron Swartz. Pour affronter l’inconnu, Larry Lessig s’entoure de sang neuf, d’enthousiasme, de bienveillance. Ses compagnons de route endossent le rôle, font leur sa cause. Larry Lessig veut marcher, faire la preuve. Contre la corruption et pour Aaron.

Cheminement de la New Hampshire Rebellion

L'image de Doris Haddock, une arrière-grand-mère marchant des milliers de kilomètres pour la réforme du financement des campagnes électorales, résonne avec la persévérance et la singularité de la licorne, un animal mythique décrit dans de nombreux textes anciens.

La licorne : un symbole ancien de force et de pureté

Le concept de l'unicorne, animal à corne unique, a traversé les âges et les cultures, revêtant des significations diverses mais souvent liées à la puissance, la pureté et l'indomptabilité. Les récits anciens décrivent cet animal avec une corne s'élevant du milieu du front, lui conférant une force irrésistible et une nature souvent insaisissable.

Aristote, dans "Les parties des animaux", mentionne des animaux à corne unique, comme l'oryx et l'âne indien, notant que l'oryx a le pied fourchu tandis que l'âne est solipède. Il précise que les animaux à corne unique la portent au milieu de la tête. Cette distinction morphologique souligne déjà une forme de singularité.

Ctésias de Cnide, médecin grec du IVe siècle avant J.-C., décrit le "kartazon" ou "âne indien" comme une bête sauvage des montagnes reculées de l'Inde, de la taille d'un cheval adulte, avec une crinière de cheval et un pelage roux. Ce kartazon a des pattes sans articulations, comme celles de l’éléphant, et une queue de cochon. Entre ses sourcils pousse une corne qui n’est pas lisse, mais est naturellement en spirale, et de couleur noire, et elle est extrêmement acérée. Sa voix est très discordante et puissante. Bien que placide et doux avec les autres animaux, il est querelleur avec ses congénères, les mâles se battant instinctivement à coups de cornes, et les femelles poursuivant leur hostilité jusqu’à la mort de leur rivale. La force de sa corne est invincible. Le mâle aime les pâturages isolés, mais pendant la saison des amours, il devient doux envers la femelle et ils broutent côte à côte. Une fois la saison passée et la femelle porteuse d'un petit, le kartazon redevient sauvage et solitaire.

Pline l’Ancien, dans son "Histoire naturelle", reprend ces descriptions en mentionnant des bœufs unicornes et tricornes, et décrit plus en détail le "monoceros" comme un monstre au mugissement horrible, avec un corps équin, des pieds d’éléphant, une queue de porc, et une tête de cerf. Sa corne, protendue du milieu de son front, est d’un éclat magnifique, d’une grandeur de quatre pieds, et si aiguë qu’elle peut transpercer tout ce qu’elle attaque. Il ajoute que cette bête ne peut pas être prise vivante. Pline mentionne également d'autres créatures mythiques d'Éthiopie, comme les chevaux ailés armés de cornes appelés pégases, et des bœufs à une ou trois cornes. Il décrit aussi l'animal nommé "éale", de la grandeur de l'hippopotame, avec des cornes mobiles qu'il emploie alternativement dans les combats. Les Indiens Orséens, quant à eux, chassent l'unicorne, semblable au cheval par le corps, au cerf par la tête, à l'éléphant par les pieds, au sanglier par la queue, avec un mugissement grave et une seule corne noire s'élevant de deux coudées au milieu du front.

Représentation artistique de la licorne dans un manuscrit médiéval

Le "Physiologus grec", un texte chrétien du IIIe siècle, confère à la licorne une signification allégorique. Il décrit l’unicorne comme un petit animal, qui ressemble au chevreau, et qui est tout à fait paisible et doux, portant une corne unique au milieu du front. Les chasseurs ne peuvent l’approcher à cause de sa force. Pour le capturer, ils envoient une vierge immaculée ; l’animal vient se lover dans son giron, elle l’allaite et l’emporte au palais du roi. L’unicorne s’applique au Sauveur, car « dans la maison de David notre père a fait se dresser une corne de salut. » Les puissances angéliques n’ont pas pu le maîtriser et il s’est installé dans le ventre de Marie, celle qui est véritablement toujours vierge, « et le verbe s’est fait chair, et il s’est installé parmi nous. »

Ce symbolisme de la licorne en tant que représentation du Christ, de sa pureté et de sa force indomptable, se retrouve également dans les "Cyranides", un recueil de textes magiques et médicaux du IVe siècle. Il y est dit que la licorne est plus chaude que froide, mais que sa force est encore plus grande que sa chaleur. Elle se nourrit de bonne herbe, fuit les humains et les autres animaux, même ceux de son espèce, rendant sa capture impossible. Elle craint beaucoup l’homme et s’éloigne de lui. Un philosophe, qui étudiait les natures des animaux, fut grandement étonné de ne pouvoir l'attraper. Un jour, il sortit avec des hommes, des femmes et des jeunes filles. Les jeunes filles se séparèrent des hommes et jouaient parmi les fleurs. Une licorne, les ayant vues, s'approcha peu à peu en sauts resserrés, et s'assit sur ses pattes postérieures, les examinant scrupuleusement. Le philosophe comprit alors que la licorne pouvait être attrapée par les jeunes filles, et il s'approcha par derrière, l'attrapant avec leur aide. La licorne, après avoir observé longuement une jeune fille, était surprise de son apparence sans barbe, semblable à un homme, et d'autant plus étonnée en voyant d'autres jeunes filles dans le même cas, ce qui la rendit vulnérable. Ces filles, grâce auxquelles elle fut attrapée, devaient être nobles et non paysannes, ni tout à fait adultes, ni toutes jeunes, mais modérément adolescentes, choisies pour leur séduction et leur douceur. La licorne ne vient qu'une fois par an dans cette terre qui a le goût du paradis, où elle cherche les meilleures herbes, les déterre avec sa patte et les mange, en tirant beaucoup de forces, d'où sa fuite des autres animaux. L’ongle de licorne est également décrit comme un antidote puissant contre le poison, capable de faire effervescer ou fumer les mets ou boissons empoisonnés.

Le Psalmiste dit : « Ma corne sera portée dans les hauteurs comme celle de l’unicorne. » Dans un autre passage, il est mentionné : « Délivre mon âme de l’épée et mon humilité des cornes des licornes », où le prophète blâme l’ingratitude du peuple. Mais il est aussi dit : « Ma corne sera élevée comme celle de la licorne. » L'Écriture prend la licorne tantôt en bonne, tantôt en mauvaise part, pour louer et pour blâmer. Quand elle ne considère que l’humeur vindicative de cet animal, elle le prend pour symbole de choses et d’actions méchantes et perverses ; et quand elle considère sa corne élevée et sa passion pour la liberté, elle le prend pour symbole de choses bonnes et grandes, la corne désignant la gloire ou la puissance : « Il élèvera la corne de son peuple ; et sa corne sera élevée en gloire », et « Le Seigneur est mon protecteur et la corne de mon salut. »

Ces descriptions de la licorne, à la fois farouche et pure, puissante et insaisissable, mais aussi vulnérable à la pureté, trouvent un écho dans les récits de personnes comme "Granny D." et Larry Lessig. Ils incarnent une forme d'indomptabilité et une quête de pureté dans un système politique corrompu, des figures singulières qui, par leur détermination, cherchent à élever la voix du peuple.

L'engagement civique et les défis des activistes

Le cheminement de Larry Lessig, de l'universitaire respecté au candidat à la présidentielle américaine, illustre la difficulté de placer ses idées au milieu de la table lorsque les networks et le parti barrent l'accès aux grands débats télévisés. Cette castagne sans nom, décrite par la personne qui a documenté son travail, met en lumière les barrières structurelles auxquelles sont confrontés ceux qui tentent de réformer le système.

Le film, initialement de 26 minutes pour Arte et ensuite allongé à 52 minutes et diffusé fin octobre 2015, a profité de cette expérience pour ouvrir sur ceux qui, en France ou ailleurs, tentent aussi de redonner une voix aux citoyens. Ce documentaire est également le premier d’une série de films créée dans le cadre d’un partenariat entre ARTE et les conférences TED à NYC, appelée TEDStories. L'engagement de Lessig, qui a lâché son magistère pour descendre sur le bitume et aller au contact, représente une énième expérimentation d’un homme qui, depuis 8 ans, fait tout ce qu’il peut pour alerter sur l’influence de l’argent en politique. Ce sont 18 mois d'un cheminement intense qu'il a parcouru.

L'histoire de Doris Haddock, une arrière-grand-mère marchant des milliers de kilomètres, ou la "New Hampshire Rebellion" de Lessig, sont des exemples modernes de cette quête de renouveau démocratique. Ces initiatives, qu'elles soient individuelles ou collectives, rappellent que la démocratie est un processus vivant qui demande un engagement constant et, parfois, une rébellion pacifique pour s'assurer que la voix de tous les citoyens soit entendue. La signification de "de bon matin, jeune grimpe, granny" se cristallise alors dans ces actes de bravoure civique, où l'âge n'est qu'un chiffre et où la volonté de monter les échelons du changement reste inébranlable, à l'image d'une licorne insoumise et pure, guidée par une corne qui pointe vers un idéal de justice et de liberté.

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