L’Agriculture belge en mutation : Défis techniques et transmission du savoir chez Decoster et au-delà

Le secteur agricole en Belgique traverse une période de transformation profonde, marquée par des enjeux environnementaux, réglementaires et techniques qui redéfinissent les pratiques quotidiennes des exploitants. De la gestion pointue des stocks de pommes de terre à la transmission pédagogique auprès des nouvelles générations, les agriculteurs belges déploient des trésors d’ingéniosité pour maintenir la viabilité de leurs fermes tout en répondant aux exigences de durabilité.

Vue aérienne d'une exploitation agricole diversifiée en Belgique

La gestion des stocks de pommes de terre : Le défi de l’après-CIPC

L’un des enjeux majeurs pour la filière belge, particulièrement dans le secteur des grandes cultures, concerne la conservation des pommes de terre. La fin de l’utilisation du CIPC, un antigerminatif historique, a contraint les producteurs à repenser totalement leurs méthodes de stockage. Cette transition nécessite une expertise technique pointue, souvent partagée lors de rencontres professionnelles organisées directement sur le terrain.

Ces « coins de hangars », espaces de partage et de formation, permettent aux agriculteurs de confronter leurs pratiques. Ces sessions débutent systématiquement à 13h30, offrant un cadre propice aux échanges techniques. Lors de ces rencontres, les thématiques abordées sont cruciales : la fin du CIPC et les nouveaux antigerminatifs, le nettoyage rigoureux des bâtiments contaminés par les résidus, ainsi que les nouvelles législations en vigueur. L’objectif est de maîtriser les « nouvelles » matières actives et les techniques innovantes pour contrôler la germination, notamment via la thermonébulisation.

Le passage en revue des saisons passées, comme le retour sur la saison 2019, sert de base pour anticiper les perspectives de l’année suivante. Ces échanges ont lieu dans des exploitations stratégiques, telles que chez David Ardenois, Rue du Cornet 9 à 7220 Templeuve, ou chez Ulrick Smeysters, Rue des Meuniers 17 à 4470 Donmartin (St Georges/Meuse). D’autres rendez-vous sont programmés, notamment chez Stéphane Vandecandelaere, Rue de la polissoire 1 à 5032 Bossière (Gembloux), et chez Frédéric Hondekijn à Arc-Wattripont (Frasnes-lez-Anvaing). Ces lieux deviennent le théâtre d’une montée en compétence collective nécessaire pour maintenir la compétitivité du secteur malgré l’évolution constante des normes.

stockage pommes de terres en hangar ventilées

L’exploitation Decoster-Paris : Un modèle d’intégration agricole

Au cœur de cette dynamique, l’exploitation portée par Marie-Ghislaine Decoster-Paris et son époux Marc illustre parfaitement la polyvalence de l’agriculture belge moderne. L’activité s’articule autour d’un équilibre entre grandes cultures et élevage laitier, une combinaison qui permet une gestion circulaire des ressources.

Les cultures fourragères jouent ici un rôle central. Elles sont indispensables pour nourrir les animaux avec des aliments de qualité, garantissant ainsi la santé du cheptel et la valeur nutritionnelle du lait produit. Parallèlement, l’exploitation intègre des surfaces à vocation environnementale, soulignant l’engagement des agriculteurs dans la préservation de la biodiversité et la gestion durable des terres. Pour les clients souhaitant acquérir des produits de la ferme, l’organisation est structurée : pour les grandes quantités ou les commandes spéciales, il est impératif de téléphoner au préalable au 0475 afin de garantir une logistique fluide.

La transmission du savoir : L’accueil et l’éducation

Au-delà de la production, la ferme de Marie-Ghislaine Decoster-Paris se veut un lieu de transmission. L’accueil est une activité structurée : il s’agit de permettre la découverte d’une exploitation agricole et d’un élevage laitier. Cette démarche pédagogique inclut une présentation complète de l’organisation et du fonctionnement de la ferme, permettant aux visiteurs de comprendre la complexité du travail quotidien.

La formation des futurs professionnels est un pilier de cet engagement. Chaque année, l’exploitation accueille un ou plusieurs étudiants provenant d’écoles agricoles belges ou étrangères, incluant des profils venant de France, du Mexique ou de Roumanie. Ces stagiaires effectuent leur immersion dans le cadre de leurs études, bénéficiant d’une expérience de terrain concrète. La structure d’accueil est rigoureuse, avec des exigences précises, notamment une taille de groupe minimale pour les visites, garantissant ainsi une expérience de qualité et une attention portée à chaque visiteur ou étudiant.

Étudiants en stage observant le fonctionnement d'une ferme laitière

Vers une agriculture résiliente et connectée

La résilience des exploitations belges comme celle de la famille Decoster repose sur cette capacité à combiner tradition et innovation. La gestion des intrants, la conformité réglementaire et l'ouverture sur le monde extérieur via l'accueil de stagiaires internationaux créent un écosystème robuste. Si les défis techniques, comme le contrôle de la germination sans CIPC, illustrent les contraintes, la capacité de la profession à se réunir lors des « coins de hangars » démontre la vitalité d’un secteur qui refuse l’isolement.

L’intégration des cultures fourragères et des zones environnementales au sein des grandes cultures confirme que la rentabilité économique et le respect de l’écosystème ne sont pas antinomiques. Au contraire, cette diversité permet de stabiliser l’exploitation face aux aléas climatiques et économiques. Le modèle de la ferme Decoster, axé sur la transparence, la vente directe organisée et la formation académique, sert de référence pour comprendre comment l’agriculture belge s’inscrit dans le XXIe siècle : une agriculture qui produit, qui protège ses terres et qui, surtout, transmet son savoir-faire à travers les frontières.

Les mécanismes techniques de la conservation moderne

L’adoption de nouveaux antigerminatifs représente une transition technologique majeure. La thermonébulisation, mentionnée lors des rencontres techniques chez les agriculteurs, est devenue une technique de pointe. Elle permet de diffuser les produits de conservation de manière homogène dans les hangars, minimisant ainsi les pertes après récolte tout en respectant les nouvelles législations sur les résidus. La propreté des infrastructures, évoquée comme point clé de ces réunions, est le premier rempart contre les contaminations croisées, une nécessité absolue dans une agriculture qui se veut irréprochable sur le plan sanitaire.

La logistique, illustrée par la gestion des commandes à l’exploitation Decoster-Paris, souligne également l’importance de la proximité. En invitant les citoyens à découvrir le fonctionnement de l’exploitation, les agriculteurs recréent un lien de confiance. Ce lien est le socle de la pérennité des fermes familiales en Belgique. En ouvrant leurs portes, ils ne vendent pas seulement un produit, ils partagent les valeurs de leur métier, rendant la complexité du secteur agricole accessible, du 5ème degré scolaire jusqu’au niveau professionnel, où les enjeux de rentabilité et de durabilité se croisent quotidiennement.

Schéma explicatif de la chaîne de valeur d'une exploitation laitière et céréalière

La dynamique est donc claire : l’agriculture belge ne se contente pas de produire ; elle s’adapte, elle se forme et elle communique. Les rencontres programmées en février, qu’elles se tiennent à Templeuve, Donmartin, Bossière ou Arc-Wattripont, ne sont pas de simples réunions techniques. Elles sont la preuve que l’intelligence collective est l’outil le plus précieux pour faire face aux mutations imposées par la fin des matières actives traditionnelles, tout en continuant à nourrir la population et à former les agriculteurs de demain.

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