Les semences sont des graines réservées pour semer une culture agricole. Elles peuvent avoir aussi la forme de tubercules, bulbes ou autres organes de reproduction. En agriculture, les semences sont des graines, ou par extension d'autres organes de reproduction (bulbes, tubercules…), choisies pour être semées. Semence vient, au travers du latin, du grec sperma = semence, germe. Ce terme a également donné le terme sperme. Par analogie entre l'homme et l'agriculteur d'une part, la femme et la terre de l'autre, il a pris en agriculture le sens de graine que l'on plante en vue d'une récolte.
L’abondance d’une récolte tient à un élément essentiel : les semences agricoles. Ces dernières, actrices clés de l’agriculture moderne, déterminent en grande partie la qualité et le volume de la production agricole. Les semences agricoles sont le fondement d’une récolte abondante. Elles sont au cœur de la production agricole, permettant la culture de maïs et d’autres plantes. De la qualité des semences dépend la qualité des plants et donc la productivité des champs. Le choix des semences ou plants est donc un facteur déterminant dans l’agriculture moderne.

L'évolution historique et la biodiversité domestique
Les semences sont aussi vieilles que l’agriculture. Les premières utilisations remontent à il y a 10 000 ans. Lors de la récolte, l’agriculteur mettait de côté une partie des grains pour les semer l’année suivante. Ces grains étaient sélectionnés en fonction de critères agronomiques (résistance, enveloppe, grosseur…). Depuis les débuts de l’agriculture (il y a plus de 10 000 ans), les premiers agriculteurs mettaient à part les graines des plants répondant au mieux à certains critères agronomiques (grosseurs, facilité à se débarrasser de l’enveloppe, résistance, …), ou sociaux (beauté, appétence, identité).
Une biodiversité domestique est apparue en fonction des migrations d'agriculteurs au fil des millénaires. Ils ont en effet acclimaté leurs semences aux différentes zones qu’ils ont occupées. La migration des populations agricoles, la colonisation de nouveaux espaces, le morcellement des établissements, a induit une sélection différenciée d’une région à l’autre. Les peuples agriculteurs ont en effet acclimaté les espèces à l’environnement local.
Typologie des semences : de la sélection paysanne à l'innovation biotechnologique
Il existe plusieurs types de semences. Chaque type de semence présente des spécificités, faisant de leur sélection une étape déterminante.
Les semences hybrides
Elles ont été créées par croisement entre espèces aux caractéristiques intéressantes. Par exemple, une orange bien sucrée mais de petite taille va être croisée avec une autre de taille intéressante mais peu goûteuse. Ce croisement va donner une grosse orange sucrée. L’inconvénient de ce type de semences est qu’elles sont non reproductibles. Vous devez donc racheter des semences à chaque fois que vous souhaitez semer. Les hybrides F1, par exemple, sont des semences de haute qualité qui peuvent aider les agriculteurs à relever les défis du changement climatique. Donnent des plantes très vigoureuses, productives et homogènes (rendement, calibre, aspect), mais le matériel génétique se dissocie à la génération suivante : on ne peut pas les ressemer en gardant les mêmes caractéristiques. Aujourd’hui, 95% des semences de maïs inscrites au catalogue sont hybrides, donc stériles.
Les semences OGM
Ces semences ont été modifiées non naturellement, il ne s’agit pas de simples croisements comme pour les semences hybrides. Des scientifiques travaillent sur le gène de la semence pour en améliorer les performances. L’objectif est de créer une variété productive, rentable et résistante. Les semences OGM sont brevetables, elles ne peuvent donc pas être réutilisées après une récolte pour être semées à nouveau l’année suivante. Seuls les végétaux ayant reçu un gène étranger sont marqués comme OGM. Les autres transformations génétiques n’entrent pas dans le champ d’application des directives européennes et ne sont donc pas identifiées. Farmi et le groupe Soufflet ne vendent pas de semences OGM. Grâce à la technologie des OGM, les agriculteurs sont en mesure de produire des semences avec des caractéristiques améliorées. Par exemple, des semences résistantes à certaines maladies ou insectes.
Les semences non hybrides (reproductibles) et paysannes
Les semences paysannes sont des semences reproductibles, produites, sélectionnées et conservées localement par des paysans ou des jardiniers à partir de populations génétiquement variées, qui évoluent avec le climat, le sol et les pratiques de culture. Le recours à des semences fermières, qui sont des semences récoltées et conservées par les agriculteurs eux-mêmes, permet de maintenir une certaine diversité génétique et de renforcer la résilience des cultures. Ces semences viennent de végétaux non génétiquement appauvris. Elles n’assurent pas une homogénéité des récoltes (qualité, taille, forme, poids…), la rentabilité est donc moins assurée qu’avec des semences hybrides. L’intérêt de ces semences est qu’on peut récupérer les graines de la récolte précédente pour les replanter à la suivante. Le cultivateur est donc indépendant face aux semenciers.

Le cadre réglementaire et le catalogue officiel
En France et dans l’Union européenne, leur production et leur commercialisation sont strictement encadrées par le Code rural et la réglementation européenne. Le ministère chargé de l’agriculture tient un registre recensant toutes les variétés et espèces de semences pouvant être commercialisées en France. Seules les variétés inscrites au Catalogue officiel des espèces et variétés, géré par le GEVES, peuvent être commercialisées. Ce catalogue est en évolution permanente. Il y a environ 9 000 variétés et 190 espèces.
Pour les agriculteurs c’est un peu compliqué d’utiliser des semences non hybrides car la majorité n’est pas inscrite au catalogue officiel des espèces et variétés végétales. Elles ne sont donc pas autorisées à la vente et ne peuvent être qu’utilisées dans un cadre personnel. Depuis le décret de 1981 interdisant la commercialisation et la vente des semences non inscrites au catalogue officiel, une partie de la société européenne s’est insurgée de voir la quasi-totalité des semences entre les mains des grands groupes. Votée définitivement le 2 octobre 2018, la loi EGALIM, dans son article 78, autorisait quiconque à vendre des semences anciennes aux particuliers. L’interdiction stricte d’utiliser des semences paysannes est donc à nuancer.
La production semencière en France et dans le monde
La France est le premier producteur européen de semences et le premier exportateur mondial. Suivent les Pays-Bas et les Etats-Unis. 50% de la production de semence est exportée. Il est produit chaque année 1 300 000 tonnes de semences sur 330 000 ha de culture. La valeur mondiale du marché est estimée à 58 milliards de dollars américains pour 47 milliards de dollars commercialisés.
Le secteur s'appuie sur une structure complexe :
- Plus de 70 entreprises de sélection.
- Plus de 225 entreprises de production.
- Plus de 18 000 agriculteurs multiplicateurs.
- Plus de 22 000 distributeurs (coopératives, négoces, agricoles, jardineries, …) qui vendent aux agriculteurs et à près de quinze millions de jardiniers amateurs.
Le premier groupe semencier d'origine française est Vilmorin-Limagrain. Aujourd’hui dans les pays développés, la production des semences est principalement assurée par des semenciers, terme désignant des entreprises spécialisées dans la sélection, la production et la commercialisation de semences sélectionnées. Pour multiplier les semences en vue d’en obtenir une quantité suffisante pour fournir le marché, ces entreprises passent des contrats avec des agriculteurs multiplicateurs.
Processus de semences certifiées
Méthodes de production et techniques modernes
La production repose sur des mécanismes biologiques fondamentaux et des technologies de pointe.
Multiplication sexuée et végétative
La multiplication sexuée est la première voie de multiplication naturelle des plantes. La graine provient de la fécondation du pollen et de l’ovule présent dans la fleur de la plante. La multiplication végétative est une voie de multiplication présente dans la nature chez de nombreux végétaux. C’est notamment le cas des tubercules (pomme de terre), des bulbes (oignons, tulipes) ou des stolons (fraisiers). On exploite la totipotence cellulaire présente chez les végétaux dans le bourgeon apical pour reproduire à l’identique le plant que l’on a sélectionné. Pour les espèces cultivées, on parle de clones.
Semences artificielles et culture in vitro
La culture in vitro est utilisée aujourd’hui pour la production de certaines plantes ornementales, pour la multiplication de certains palmiers, pour les premières générations de plants de pomme de terre. Le projet des semences artificielles est de produire des « semences » directement et artificiellement à partir d’une cellule du végétal à multiplier. On évite ainsi l’étape de la multiplication au champ. On utilise la totipotence cellulaire en cultivant des cellules d’un explant prélevé sur la plante mère.
Facteurs agronomiques et gestion des cultures
Le choix de la variété est primordial. Des variétés adaptées aux conditions environnementales locales et à la nature du sol augmentent les chances d’une récolte abondante. Le stockage des semences joue également un rôle crucial dans la réussite de la récolte. Un stockage approprié préserve la vitalité des semences et assure ainsi une germination optimale.
Par exemple, la date de semis des orges d’hiver est beaucoup moins souple que celle du blé. En effet, il y a peu de différence d’alternativité et surtout de précocité à montaison entre les variétés d’orge d’hiver. La date de semis est un levier agronomique vis-à-vis des insectes aériens (pucerons et cicadelles) et de la mosaïque Y2. Concernant les maladies, certaines variétés sont protégées LATITUDE XL (cible piétin échaudage en orge précédent paille) ou SYSTIVA (cible rhynchosporiose, rouille naine) particulièrement intéressant en orge sur orge et orge de printemps et d’automne.

Les enjeux de la Politique Agricole Commune (PAC)
La principale réglementation traitant des semences est la Politique Agricole Commune (PAC). Pour faire une déclaration PAC, les exploitations agricoles doivent avoir au minimum 5% de leur surface agricole en surfaces d’intérêt écologique (SIE). La sélection des semences est importante pour obtenir les aides PAC. L’agriculteur doit également maintenir des prairies permanentes ainsi qu’avoir au minimum trois cultures différentes en assolement. Les SIE ne doivent pas être traitées avec des produits phytosanitaires.
Défis environnementaux et futurs de la biodiversité
Face à la menace du changement climatique, le choix de semences agricoles résistantes et adaptées aux conditions climatiques locales devient une priorité. Les communautés agricoles sont confrontées à la tâche ardue de sélectionner des graines qui sauront résister aux maladies et s’adapter aux variations climatiques. La biodiversité des semences agricoles est une richesse à préserver. Avec des milliers d’espèces à disposition, les agriculteurs ont la possibilité de cultiver des fruits et légumes mieux adaptés au climat local.
La face cachée de ces graines est moins reluisante : le monopole a engendré la disparition de 75% de la biodiversité cultivée et a conduit l’agriculture dans un cercle vicieux dévastateur. Les agriculteurs ont perdu tout un pan de leur métier et sont à la merci des grands semenciers. Les semences standardisées n’ont pas la capacité de s’adapter aux différents terroirs. L’homogénéisation des graines et donc des cultures induit une utilisation massive d’intrants chimiques et de pesticides. Un champ d’une même variété ne trouvera pas l’aide d’autres variétés qui ont la capacité de lutter efficacement contre l’attaque de certaines maladies.
Le partage des avantages de ce patrimoine génétique est essentiel pour assurer une agriculture durable. La contribution des individus et des communautés à la protection des variétés de semences ne peut être sous-estimée. Des initiatives telles que le fonds fiduciaire pour la protection des espèces variétés sont un exemple de la manière dont le partage des avantages peut profiter à tous les pays membres. Le consommateur peut faire des choix : s’informer, chercher à savoir d’où vient ce qu’il mange et comment cela a été produit. Privilégier un approvisionnement biologique et local encourage l’agriculture paysanne et la transformation artisanale.
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