L'arrivée des beaux jours apporte avec elle le parfum du gazon fraîchement tondu, des fleurs qui explosent de couleurs, et, parfois, le dilemme des montagnes de branches accumulées au fond du jardin. Qui, en France, n'a jamais vécu ce moment ? Après un élagage, vous aurez à votre disposition des déchets verts, donc recyclables. À vous d’en faire bon usage ! Si la tentation est grande de tout embarquer en déchetterie, ces branches encombrantes cachent peut-être le secret d'un jardin vibrant, structuré et vivant.

Les enjeux du traitement des déchets verts
Chaque année, ce sont plusieurs millions de tonnes de déchets verts qui quittent les jardins durant la belle saison. En 2023, en France, près de 6,5 millions de tonnes de déchets verts ont été produits par les ménages selon l'ADEME. Une part importante finit encore dans les mauvaises poubelles ou brûlée à l’air libre, malgré les interdictions. Brûler ses déchets verts dans son jardin est interdit par la loi, car cela libère des particules fines et contribue à la pollution de l’air. Des amendes allant jusqu’à 450 € peuvent être infligées. Il est donc crucial de comprendre comment valoriser ces matériaux organiques, souvent considérés à tort comme inutiles voire indésirables.
Le broyage : réduire le volume et créer du paillis
Que faire des déchets de taille au jardin ? Un broyeur permet de diviser par dix le volume des déchets ! S’il facilite considérablement le travail, il réclame tout de même une certaine dose de patience, car un appareil compatible avec le budget d’un jardinier amateur n’est pas capable d’avaler rapidement une grande quantité de déchets. Un broyeur avalera en outre les feuilles mortes coriaces, les déchets de taille de haies, les fanes de légumes, etc.
Ainsi hachés menus, ils peuvent servir immédiatement de paillis, notamment au pied des arbustes. Nettement plus esthétiques que des tontes de gazon, ils sont également plus durables. Le broyage est une solution que j’ai adoptée, c’est ce que je fais aussi pour les ronces : le fait de broyer les ronces me permet de récupérer du BRF !
Bien CHOISIR, UTILISER et ENTRETENIR un BROYEUR de VÉGÉTAUX
Le BRF (Bois Raméal Fragmenté) : une technique de fertilisation naturelle
Le BRF désigne à la fois un matériau et une technique, éprouvée au Canada et arrivée en Europe il y a 10 ans environ. Le BRF est obtenu en broyant des branches ou des broussailles, en tout cas des petits bois de moins de 7 cm de diamètre, essentiellement des feuillus (pas plus d’un sixième de conifères) et idéalement des espèces aussi différentes que possible.
Ce broyat s’épand sur la surface d’un terrain à cultiver ou déjà en culture. Une couche de 1 à 3 cm d’épaisseur est indispensable. Cela favorise le développement des champignons et des nombreux micro-organismes déjà présents dans la terre, qui vont se charger de transformer ce bois en humus nourricier. L’automne est l’époque idéale pour utiliser le BRF car les champignons trouvent alors les conditions d’humidité qui leur conviennent.
Intégration au compost : les limites du bois
La première chose à comprendre est que le bois se décompose extrêmement lentement. Contrairement aux épluchures de légumes qui disparaissent en quelques semaines, les branches peuvent prendre plusieurs années avant de se transformer en compost. Un autre problème majeur concerne le déséquilibre nutritif que le bois provoque. Le compostage efficace repose sur un équilibre entre matières riches en carbone (matières brunes) et matières riches en azote (matières vertes). Le bois contient énormément de carbone mais très peu d’azote.
Certains bois contiennent des substances naturelles qui inhibent activement la décomposition. C’est particulièrement vrai pour les conifères comme le cèdre, le pin ou le cyprès, qui renferment des huiles essentielles et des composés chimiques agissant comme antifongiques et insecticides naturels. J’ai aussi remarqué que l’ajout de bois, surtout de conifères, avait tendance à acidifier mon compost. Pour les jardiniers qui souhaitent absolument incorporer du bois dans leur compost, je recommande de n’utiliser que du bois de feuillus, en très petites quantités, et uniquement après l’avoir réduit en copeaux très fins.
La haie sèche : architecture vivante et biodiversité
Avant l'avènement de la tondeuse et du container, nos campagnes avaient leurs secrets. Parmi eux : la création de haies sèches, aussi nommées fascines. Remise au goût du jour, la haie sèche allie esthétique, fonction écologique et ingéniosité. Fini le gaspillage : chaque branche coupée devient un élément d'architecture vivante.

Pour réussir une haie sèche, plantez d'abord les piquets tous les 1 à 1,50 m, par deux lignes parallèles à l'écartement voulu. Ajustez le niveau, tordez les pièces les plus souples pour boucher les trous, et n'hésitez pas à glisser des feuilles mortes, brindilles et petits bois au centre. En érigeant une haie sèche, on ouvre une auberge cinq étoiles pour la petite faune. Les perce-oreilles chasseront pucerons et chenilles, les coccinelles s'y installeront pour l'hiver. Loin d’être statique, la structure se transforme peu à peu en humus.
Techniques de compostage en tas
Le compost en tas est la façon la plus rapide pour effectuer de grosses quantités de compost, que l’on peut utiliser au potager pour nourrir nos plantes. Si le tas est trop petit, il ne s’effectuera pas réellement de montée en chaleur et le compostage risque de prendre plus de temps. Le compostage en tas est à favoriser dans les grands jardins. On considère qu’il est vraiment intéressant lorsque le terrain fait plus de 1000m2.
Pour de très grosses quantités, le jardinier peut aussi transformer son tas en andin. Il s’agit d’un tas fait sur la longueur, un peu sous la forme d’un Toblerone, qui sera ainsi plus facile à retourner qu’un énorme tas de 3 m de haut. Il faut trouver un coin à mi-ombre, où le tas est aussi protégé des vents dominants. Les déchets de cuisine, les tontes de gazon, les mauvaises herbes ou les déjections animales sont des apports riches en azote. Il faut donc rajouter de la matière organique sèche en même temps (feuilles mortes, paille, foin, sciure, broyat) pour maintenir l'équilibre.
Gestion des vers et entretien du processus
S’il est grand temps de mettre au profit votre engrais de débris organiques fermentés, vous vous demandez sans doute comment séparer les vers du compost. La manière la plus naturelle de séparer les vers du compost est de les inviter à table. Si vous utilisez un simple bac de compostage, commencez à jeter les résidus dans un seul coin du bac pendant quelques semaines. Astuce : pour séparer les vers du compost aisément, mettez les matières organiques dans un filet et enterrez-le dans le tas de compost. Choisissez un endroit à l’extérieur bien éclairé, étalez-y une bâche et videz-y le contenu de votre composteur. Répétez ces étapes jusqu’à ce qu’il ne vous reste qu’un tas de vers.
Si vous vous rendez compte que votre tas ne chauffe pas, il peut y avoir plusieurs raisons : le tas est trop petit, il manque d’humidité, d’azote ou d’aération. Retournez le tas, et arrosez-le si nécessaire. Si le tas commence à avoir une odeur déplaisante, c’est généralement dû à un excès d’humidité, cumulé à un surplus d’azote. Retournez le compost en y ajoutant de la matière sèche et votre problème devrait se réguler rapidement.
Réutilisation créative des bois de gros diamètre
Impossibles à broyer avec un appareil domestique, les grosses branches alimenteront un appareil de chauffage à bois, une fois débarrassées de leurs ramifications. Le meilleur rendement est obtenu avec des feuillus à bois dur (charme, chêne, arbres fruitiers). Selon les bois que vous élaguez, pensez à conserver les tiges bien droites ou souples des essences réputées depuis longtemps pour leurs qualités mécaniques ou décoratives. Les gaulettes et rameaux de châtaignier, de noisetier ou de saule se conservent également assez longtemps pour fabriquer des rames, des arches, des supports de plantes grimpantes, des treillis ou encore des plessis.

Jeter les branches de son jardin ne devrait plus être un casse-tête. Ce geste individuel s’inscrit dans une réflexion plus large sur les déchets verts, qui représentent un volume conséquent, mais aussi une ressource précieuse pour structurer votre extérieur, protéger vos cultures et stimuler la biodiversité locale.