Le Houx et le Lierre : Trésors Verts des Histoires et des Jardins

Chaque année, presque sans y penser, de nombreuses personnes intègrent certaines espèces végétales à leurs fêtes, en particulier à Noël. Si l’arbre de Noël est l’un des symboles les plus évidents, lié historiquement en Angleterre à Prince Albert et dont l’utilisation dans les foyers britanniques remonte au moins à 1761 lorsque Charlotte, épouse de George III, planta un arbre à la cour royale, trois autres plantes sont intimement associées à cette période : le houx, le lierre et le gui. Dans tous les cas, leur écologie est intimement liée à leurs usages culturels, révélant une richesse insoupçonnée de significations et d'applications à travers les âges. Cet article, enrichi par les observations de Pierre Glaves, Enterprise Fellow à l’Université de Northumbria, Newcastle, explore en profondeur ces végétaux emblématiques.

Le Houx : Entre Couronne Épineuse et Protection Hivernale

Le houx, à l'instar du lierre et du gui, est un vert d’hiver. L’apport de végétation verte dans la maison est étroitement lié à la renaissance, à la fois du printemps et du Christ. C’est le houx qui porte le plus la couronne, ses feuilles épineuses et ses baies rouges étant liées à la couronne d’épines de Jésus. Cependant, un tel lien n’explique pas pourquoi le houx est davantage lié à Noël qu’à Pâques, suggérant des racines symboliques plus profondes et antérieures aux traditions chrétiennes établies.

Houx avec des baies rouges

Historiquement, le houx était un élément important dans les parcs à cerfs et les anciens domaines de chasse. Son nom survit encore dans les noms de lieux modernes tels que Hollins, Holm Hodder, Hollyoaks et Hollywood, témoignant de son importance passée. Il était particulièrement crucial comme nourriture d’hiver : dans la New Forest, dans le sud de l’Angleterre, le houx est encore coupé comme brout pour les poneys, soulignant son rôle écologique en tant que source de subsistance pendant les mois froids.

La canopée dense et épineuse du houx le rendait également utile comme protection. Il était parfois planté à côté de jeunes arbres d’espèces d’arbres précieux pour offrir une certaine protection contre les animaux au pâturage. Il n’est pas rare de voir du houx pousser à côté de chênes et d’autres arbres, soit à cause d’une plantation délibérée, soit à la suite de graines déposées par des oiseaux perchés sur les branches ci-dessus. Au-delà de ces fonctions pratiques, le houx a également été pensé pour protéger la maison, agissant comme un papier mouche pour les fées et piégeant ainsi tous les mauvais esprits qui tentent d’entrer. Cette croyance met en lumière son rôle dans le folklore et les superstitions.

Le houx et le lierre sont souvent liés ensemble à Noël, une association qui remonte beaucoup plus loin, à l’idée du houx (mâle) et du lierre (femelle) brûlés ensemble lors de la fête païenne de Beltane. Cette connexion souligne la dimension ancienne et parfois préchrétienne de leur symbolisme. Le houx est un des rares rescapés de la flore tertiaire (Crétacé) de l’Europe du Nord, à l’époque où les hivers étaient chauds et humides et les étés très secs, ce qui explique sa capacité à rester vert durant les périodes froides.

Le Lierre : Une Liane Polyvalente, Symbole d'Éternité et de Résilience

Le lierre (Nom latin : Hedera helix), souvent appelé lierre grimpant, lierre rampant, bourreau des arbres, joli bois, lierre des poètes, herbe à cors, ou herbe à cautères, est une plante ligneuse à feuilles persistantes originaire d’une vaste zone allant des îles de l’Atlantique, de l’Europe occidentale, centrale et méridionale, au Nord-Ouest de l’Afrique et s’étendant jusqu’à l’Asie centrale et du Sud-Est et au Japon. Il appartient à la famille des Araliacées, une famille de 1400 plantes exotiques réparties en 56 genres, dont le lierre est la seule existante en Europe. Cet enracinement dans une famille majoritairement tropicale fait de lui une touche d'exotisme dans nos paysages tempérés.

Le lierre, ses avantages...

Biologie et Cycle de Vie du Lierre

Le lierre se distingue par sa capacité à s'adapter à une variété de conditions. Il est une espèce de demi-ombre ou de lumière de grande amplitude écologique, poussant pratiquement partout, que ce soit à l’ombre ou au soleil. Il ne supporte pas les grands froids extrêmes mais est présent dans tout le pays et en Europe moyenne jusqu’au Moyen-Orient. Pour une croissance optimale, il est recommandé de choisir un emplacement avec un sol bien drainé, car un drainage adéquat est crucial pour prévenir l'excès d'humidité autour des racines. Cette plante prospère dans différents types de sols, tant qu'ils sont bien drainés, ce qui est essentiel pour assurer un environnement de croissance optimal. Il présente un besoin moyen en eau, nécessitant un sol qui reste humide mais non saturé, surtout lorsqu'il est jeune afin de favoriser un bon développement de ses racines. Une fois établie, elle tolère assez bien les périodes de sécheresse grâce à son feuillage persistant qui réduit son besoin en eau. Néanmoins, en période de sécheresse prolongée ou en cas de plantation en pot, il est conseillé de maintenir le substrat légèrement humide, sans toutefois laisser l'eau stagner pour éviter de compromettre la santé de la plante. Un arrosage hebdomadaire durant les mois d'été peut s’avérer nécessaire, particulièrement dans les emplacements ensoleillés.

C'est une liane, c’est-à-dire une plante grimpante à tige ligneuse qui utilise un autre support (un arbre, un mur ou un poteau) pour grimper vers la lumière. Sur des surfaces appropriées (arbres et parois rocheuses), il peut grimper jusqu’à au moins 25 à 30 mètres au-dessus du niveau du sol de base, et même atteindre 50 mètres. S'élever n'est cependant pas un besoin vital pour lui, il peut vivre au ras du sol en formant de vastes tapis. La plante peut vivre jusqu’à un grand âge, ses tiges devenant de plus en plus boisées et atteignant souvent une taille considérable. Les troncs de lierre peuvent atteindre les trente centimètres de diamètre là où la plante a pu croître pendant de nombreuses années sans être dérangée sur les roches et les ruines. Lors de nos sorties découvertes et écotouristiques que nous organisons en Gironde, nous avons pu constater la présence de forts belles et vieilles tiges ayant un diamètre de la grosseur d’un poing (il ne devient jamais plus gros dans notre région : 7-8 cm de diamètre), y compris en milieu urbain (parc du Cypressat, à Floirac, ou parc du château, à Mérignac, par exemple).

Le lierre est une plante hétérophylle, ce qui n’a absolument rien à voir avec ses préférences sexuelles. Il présente deux types de feuilles distincts. Les feuilles des rameaux stériles (sans fleurs), qu’ils soient rampants ou grimpants, sont ordinairement divisées en 3 à 5 lobes et sont palmées, à 5 lobes pour les tiges au sol et à l’ombre. Ces formes à 3 ou 5 lobes auraient pour but d’augmenter la surface foliaire et donc de capter plus de lumière dans les zones à l’ombre. Ces feuilles juvéniles sont coriaces, brillantes, vert foncé et ont une durée de vie d’au moins 3 (à 6) ans, tombant plutôt à la fin du printemps.

Pour fleurir et puis fructifier, le lierre a besoin de suffisamment de lumière. S’il atteint celle-ci, les rameaux, dits de lumière, porteront des feuilles différentes : elles n’auront pas de lobes, et seront ovales ou losangiques, en forme de cœur sur les tiges fertiles exposées au plein soleil, habituellement tout en haut dans la couronne des arbres ou sur le sommet des parois rocheuses. Chose curieuse : ces rameaux fertiles ont un nombre double de chromosomes par rapport à ceux couchés et infertiles. On pourrait dire qu’il ne réalise sa puberté qu’avec la lumière ! Cette curiosité ne s’arrête pas là : si vous bouturez des rameaux à fleurs, ils se développent en petits arbustes qui ne produisent PAS de rameaux grimpants. Ces arbustes permettent d’obtenir des formes arborescentes du lierre ! Le lierre commence à produire de nouveaux rameaux en avril, mais une seconde pousse débute à la fin de l’été et dure tout l’automne.

Les fleurs sont petites et de couleur jaune-vert. Elles sont nombreuses, groupées en ombelles de 3 à 5 cm de diamètre. Leur allure en ombelle rappelle que les Araliacées sont proches des Apiacées (ex-ombellifères). Petites, jaune verdâtre, à cinq pétales, elles sont très riches en nectar, qui s’étale sur le disque central, ce qui réjouit les mouches, les frelons et les abeilles lorsque la température n’est pas trop basse. Le nectar très abondant en fait une fleur indispensable en fin de saison. Les fleurs sont accessibles à de nombreux insectes, abeilles en particulier et papillons. C’est pour cette raison que les apiculteurs n’extraient et ne vendent que très rarement le miel de lierre. Le lierre a même une courtisane qui ne vrombit rien que pour lui : la collète du lierre dont le destin est lié à celui du lierre puisqu’elle ne doit nourrir sa progéniture qu’avec le pollen des fleurs de lierre.

Puisque la floraison n’a lieu qu’en automne, la fructification ne commence qu’en hiver. Les fruits sont des baies violettes de 8 à 10 mm de diamètre dénommées perles de lierre ou raisins de lierre. Le fruit (7 mm), cerclé vers le sommet par les vestiges du calice et contenant 3 à 5 graines, reste vert durant tout l’hiver sous les climats froids, mais dans notre région du Sud-ouest, il mûrit durant tout l’hiver. Arrivés à maturité (à la fin de l’hiver et au début du printemps), ils acquerront une belle couleur bleu-noir. Ces fruits sont très appréciés des oiseaux, mais ils sont violemment purgatifs et vomitifs pour l’être humain.

Le Lierre et la Biodiversité : Un Écosystème à Lui Seul

Le lierre est une importante espèce de plante comestible à feuilles persistantes dans les forêts britanniques. Pour bien des animaux, c’est à la fois la table, le couvert et un vrai palais climatisé. Les oiseaux qui apprécient ces fruits sont : la Fauvette à tête noire, les merles, les mésanges, le Rouge-gorge, les grives, les moineaux. Au contraire, le Pigeon ramier consomme énormément de fruits du Lierre. Son gésier très musclé pourvu de cailloux concasse les graines. Celles-ci ne pourront plus germer. Les oiseaux qui ne digèrent pas les graines vont les semer un peu partout. Cette nourriture hivernale permet à quelques fauvettes à tête noire de rester chez nous à la mauvaise saison, et au merle qui niche trop précocement de nourrir sa nichée (du fait de l’insuffisance de nourriture carnée quand la température est trop froide).

Les larges feuilles persistantes offrent un abri aux oiseaux à la saison froide et beaucoup préfèrent construire leur nid dans le lierre plutôt que d’autres buissons. Remarquez que c’est dans le fouillis de cette plante que l’on trouve le plus de nids (merle, troglodyte) dans le jardin de la biodiversité de Mérignac (voir la photographie centrale ci-dessus). De petits mammifères, comme les musaraignes, loirs ou lérots, occupent souvent les chambres du rez-de-chaussée. Les insectes sont présents en nombre à tous les étages et en toutes saisons. Le tout pour eux est d’éviter de servir de plat du jour aux oiseaux. Pour cela le Citron en se posant referme simplement ses ailes ; ses couleurs chaudes disparaissent et il ressemble dès lors à une vieille feuille de lierre ! Le lierre, champion de la biodiversité, représente, à lui seul, tout un écosystème !

Lierre sur un mur, offrant un abri à la faune

Les feuilles sont une nourriture de choix pour les larves de certaines espèces de lépidoptères (papillons) comme les méticuleuses (Phlogophora meticulosa), le collier soufré (Noctua janthe), l’ennomos dentelée (Odontopera bidentata), les brillantes (Euplexia lucipara), la vieillie (Idaea seriata - qui ne se nourrit que de lierre), la phalène du sureau (Ourapteryx sambucaria) et la boarmie rhomboïdale (Peribatodes rhomboidaria). Les racines du lierre sont parasitées par l’orobanche du lierre (chaque orobanche est spécialisé dans le parasitisme d’une espèce de plante). La première année, une nodosité grossit sur la racine. La deuxième année, des hampes raides et sombres émergent de terre : elles portent des fleurs mauves qui produisent une multitude de graines, puis l’orobanche meurt.

Le Lierre et son "Hôte" : Une Relation Souvent Mal Comprise

Le lierre était jadis considéré comme un ennemi par les jardiniers ou les forestiers. Cependant, il n’en est rien. Lorsque le lierre grimpe à un tuteur afin de trouver la lumière, il produit le long de ses rameaux des petites ventouses qui lui permettent de s’agripper à son support. Ce sont des poils modifiés qui n’ont aucune fonction absorbante et ne parasitent donc pas leur hôte. Les racines aériennes n’ont qu’un rôle mécanique de fixation : elles sont toujours dépourvues de suçoirs (donc jamais de pompage de sève). Toutefois, ces crampons peuvent émettre des racines si le support est humide. Il préfère s’agripper aux écorces rugueuses (chênes, pins) qui sont favorables à l’accrochage par des crampons courts et serrés. L’arbre (ou le mur) sert simplement de tuteur au lierre.

Des études scientifiques ont montré que loin d’étouffer les arbres, leur présence augmenterait la croissance de ces derniers ! C’est assez logique en fin de compte : le lierre grimpant pour trouver la lumière, il va pousser l’arbre à grandir plus vite pour conserver son propre accès aux photons lumineux. Son feuillage va alors priver la liane d’une partie de l’ensoleillement et va donc limiter sa photosynthèse et par conséquent sa croissance. Cet équilibre ne sera rompu que si l’arbre est affaibli (par l’âge ou la maladie) : son feuillage sera alors moins dense, et la photosynthèse du lierre en sera par conséquent améliorée. Il croîtra donc plus vite, et pourra dans ce cas submerger l’arbre. En Europe, on considère qu’ils ne blessent pas de façon significative, bien qu’ils puissent entrer en compétition avec eux pour les nutriments et l’eau du sol dans une faible mesure ; les arbres supportant une forte croissance de lierre sont plus susceptibles d’être renversés par le vent. Les problèmes sont plus importants en Amérique du Nord, car il arrive que les arbres soient à tel point submergés par le lierre qu’ils en meurent ; il est possible que ce soit parce que le lierre a été introduit en Amérique du Nord où aucun parasite naturel ou maladie ne contrôle sa vigueur comme dans ses régions d’origine. Loin d’être néfaste pour son support, le lierre joue le rôle de climatiseur naturel. De plus, dans la lutte concurrente pour la lumière, il participe à l’élagage naturel des branches basses de l’arbre. L’ONF, désormais, ne le coupe plus systématiquement depuis plus de trente ans, reconnaissant ses nombreux avantages. Alors, ne coupez pas les lierres en forêt !

Ceci vaut également pour les murs qu’il recouvre, qu’ils soient jeunes ou en ruines. Ses crampons ne sont pas nocifs sauf si le crépi est en mauvais état ou humide. Dans ce cas, il pourrait en effet planter de vraies racines dans les interstices entre les pierres. Quand le lierre prend progressivement un grand développement vertical, le poids d’un vieux lierre et les racines aériennes (qui agrandissent les fentes des murs en mauvais état) peuvent faire écrouler les ruines de château-fort, mais auparavant il est l’allié des conservateurs de monuments historiques en protégeant les murs en bon état contre la pluie et le gel (isolant thermique). Un mur solidement maçonné est impénétrable aux racines d’escalade du lierre et n’en sera pas dégradé, car il est aussi protégé des intempéries par le lierre qui empêche la pluie d’atteindre le mortier. On l’estime principalement pour sa capacité ornementale de couvrir les murs inesthétiques et on dit qu’il est la seule plante qui ne rend pas les murs humides. Il agit comme un rideau et les feuilles, par leur chute, forment une sorte d’armure qui retient et absorbe la pluie et l’humidité. En outre, il met ceux-ci à l’abri des pluies, souvent acides et donc agressives en raison de la pollution. De plus, le lierre semblerait absorber les polluants de l’air. Ajoutons qu’en laissant le lierre recouvrir nos murs, nous minimiserions ainsi la pollution autour de nous.

Symbolisme et Histoire du Lierre

Demeurant toujours vert, il n’est pas étonnant que le lierre soit devenu le symbole de l’éternité et de la longévité, pouvant vivre jusqu'à 400 ans. Éternité et gloire vont souvent ensemble : dans la Grèce antique, les poètes grecs et les athlètes les plus méritants étaient ceints d’une couronne de lierre. C’est la plante préférée de Dionysos ; elle figurait donc à ses fêtes (dionysies) car elle avait la réputation de guérir de l’ivresse. Le lierre imite en quelque sorte une vigne stérile avec ses tiges grimpantes, ses grappes de fruits noirs et ses feuilles découpées. Les Romains trouvaient que le lierre imite en quelque sorte une vigne stérile avec ses tiges grimpantes et ses grappes de fruits noirs. À Rome, le lierre avait la réputation de guérir les maux de tête dus à l’ivresse. Les anciens auteurs nous racontent que les effets de l’intoxication par le vin sont éliminés si on met à bouillir doucement une poignée de feuilles de lierre froissées dans le vin que l’on boit ensuite. Les prêtres grecs présentaient une couronne de lierre aux nouveaux mariés ; de tous temps, le lierre était considéré comme un symbole de la fidélité.

Couronne de lierre symbolisant la fidélité et la gloire

L’autre attribut du lierre, image de l’attachement en amour ou amitié, est tout aussi facile à comprendre quand on le voit grimper en entourant un arbre. Cela se traduit par l’expression populaire : « Je m’attache ou je meurs ! ». La même idée se retrouve en Chine où les maris malheureux en ménage utilisent le lierre pour retenir leur épouse au logis. Son nom latin « hedera » signifie « lierre » et vient de « hedere », « s’attacher ». Hedera vient du latin "heda" = corde, attache. En Anglais, le lierre s’appelle aussi Bindwood (bois à lier) et Lovestone (pierre d’amour - pour sa façon de grimper et de pousser sur les pierres).

Dans l’Égypte ancienne, la plante est dédiée à Osiris, dieu de la végétation et gardien du royaume des morts ; son trident porte des feuilles de lierre. Le lierre faisait partie des treize arbres sacrés dans la mythologie celte. Le mois du lierre correspondait grosso modo à notre mois d’octobre, associé à l’ogham gort, à la lettre G, et à la période allant du 30 Septembre au 27 Octobre. En tant que symbole sacré des celtes païens, le lierre fut abattu et combattu par les apôtres chrétiens. La coutume de décorer les maisons et les églises avec du Lierre à Noël a été interdite par l’un des premiers Conciles de l’Église, du fait de son lien avec le Paganisme, mais la coutume dure toujours. En Irlande, il était si utile qu’on risquait d’être condamné à mort si on coupait un pied de lierre sans raison. Jusqu’au XIXe siècle, il était d’usage de jeter du lierre sur les cercueils des jeunes filles mortes vierges. Une feuille de Lierre est l’emblème des Gordon.

Durant la Préhistoire, il était indispensable de se déplacer avec une planchette en lierre, ou la tablette à feu en lierre. Il brûle bien, même vert. Nos ancêtres l’employaient donc pour allumer un feu par friction. Après avoir creusé un trou conique dans la planchette, ils faisaient tourner rapidement un bâton de pin. Son bois est blanc, tendre, léger : il est facile à travailler avec ses fibres courtes et son grain fin. Jadis, on les creusait pour en faire des gobelets et on les imperméabilisait avec de la cire (ou kyssybion). Quand son bois atteint une taille suffisante, il peut être employé par les tourneurs du Sud de l’Europe, mais comme il est très mou, il est rarement utilisé en Angleterre, sauf pour aiguiser les couteaux des tailleurs de cuir. Il est très poreux, et les anciens pensaient qu’il avait la propriété de séparer le vin de l’eau par filtration, une erreur provenant du fait que le bois absorbe la couleur du liquide dans son passage par les pores. Sur le continent, il a parfois été utilisé en fines tranches comme filtre.

Autrefois, le dessin d’un buisson de lierre était dessiné sur les portes de tavernes anglaises pour indiquer l’excellence des spiritueux qu’on y vendait : d’où le dicton « Good wine needs no bush » (traduction littérale : le bon vin n’a pas besoin de buisson ; dicton français correspondant : « à bon vin point d’enseigne »). Pendant le Moyen Âge, le lierre se substitue souvent au gui qui annonçait un cabaret sur les enseignes.

Propriétés et Usages Modernes du Lierre

Les usages internes des plantes de lierre sont de plus en plus abandonnés, mais des études médicales ont été faites et des applications externes continuent d'être utilisées. La richesse en saponines et polyphénols en font un bon candidat pour des effets anticancéreux, anti-inflammatoires, antiparasitaires, antimicrobiens, antifongiques, antiviraux. L’Institut National de la Santé des États-Unis (United States National Institute of Health) et les organismes apparentés ont même participé à une étude sur les utilisations médicinales du lierre (dans ce cas comme anti-inflammatoire). Il pourrait avoir des effets bénéfiques dans le traitement du cancer : les plantes « invasives » contiennent souvent des composants de valeur pour aider à soigner les maladies. Le lierre est apparenté au Ginseng selon la base de données en ligne Botanical Dermatology Database : ARIALACEAE (Ginseng ou Aralia ou famille du Lierre). Cette famille d’environ 700 espèces et de 55 genres consiste principalement en arbres et en buissons, mais aussi quelques lianes. La plupart des espèces habitent dans les régions tropicales, particulièrement en Indomalaisie et en Amérique tropicale. D’autres sont natives des régions tempérées, et certaines ont été largement répandues par l’horticulture et comme plantes d’intérieur. Une caractéristique de la famille est la présence de passages résineux qui produisent une odeur aromatique lorsqu’ils sont écrasés. Il est probable que la plus connue des espèces en zones tempérées soit Hedera helix L., le lierre. L’utilisation rituelle du lierre, archétype du feuillage persistant, sa popularité en tant que revêtement décoratif pour les murs et les clôtures de même que comme plante d’intérieur lui confèrent un contact inhabituellement étroit avec l’homme. La racine de Panax ginseng C. Meyer est le ginseng coréen ou oriental du commerce. Il est aussi appelé Ren Shen ou Radix Panacis Ginseng. Les préparations à base de la racine sont largement utilisées comme remède de phytothérapie pour leurs propriétés réputées toniques et adaptogènes.

J’ai immédiatement trouvé des informations sur l’efficacité du lierre sur l’asthme, la bronchite, les rhumes, les maladies pulmonaires chroniques, les maux de gorge et même pour se débarrasser des vergetures. Le lierre terrestre peut être utilisé en solution pour nettoyer les yeux, en tisane pour la relaxation nerveuse, le traitement des ulcères et bien d’autres choses encore. Les feuilles et les baies sont réputées être cathartiques, diaphorétiques et stimulantes. Une décoction de la plante est utilisée pour traiter les problèmes de peau. Côté beauté et esthétique, le lierre retarde les incommodités de la vieillesse. Il a des vertus amincissantes : en usage externe (décoction), il résorbe la cellulite. Il régénère les contours des yeux, les peaux fatiguées, sèches et abîmées. En traitement externe, ses indications millénaires (résolutif, cicatrisant, détersif) ont été scientifiquement vérifiées, notamment pour le traitement les cellulalgies (névralgies, névrite, douleurs rhumatismales et de la cellulite), des brûlures, des plaies rebelles et des ulcères. Pour cela, on utilise des cataplasmes de feuilles fraîches et hachées soit dans l’eau tiède (une bonne poignée par litre), soit les frictions avec l’alcoolature de feuilles broyées et macérées pendant une semaine. Le lierre est un démaquillant doux pour les peaux mixtes, grasses et acnéiques. Aux premiers siècles de notre ère, Quintus Serennus Sammonnicus conseillait, aux femmes qui souhaitaient avoir une poitrine bien proportionnée, d’entourer leurs seins d’une guirlande de lierre. Dans les régions les plus méridionales, l’incision des vieux pieds donne une gomme-résine noirâtre ou rougeâtre : la gomme hédérine/hédérée qui calmerait les douleurs des dents, tout en étant parasiticide et dépilatoire.

Jadis, en Gironde, pour lutter contre la coqueluche et la toux, on servait le vin chaud dans une grosse tige évidée de lierre.

Toxicité et Précautions

Attention cependant : les fruits du lierre sont toxiques pour les mammifères, et en particulier pour les êtres humains. Il faut s’en rappeler si vous avez des enfants et du lierre dans votre jardin (ou sur vos murs). Plus le lierre pousse à des latitudes basses (contrées chaudes du sud), plus il est toxique. Les feuilles et les fruits contiennent de l’hédéragénine, un saponioside qui, s’il est ingéré, peut causer des difficultés respiratoires et le coma. La sève peut entraîner des dermatites avec des ampoules et de l’inflammation. Cela est apparemment dû à la présence de composés de polyacétylène. Ces informations sont fournies à titre d’avertissement général en matière de sécurité. Nous recommandons de placer la plante hors de portée des enfants et des animaux et de porter des gants lors du rempotage ou de la taille. En cas d’exposition, veuillez contacter un médecin ou un vétérinaire si nécessaire.

Avertissement sur la toxicité du lierre

Il est important de ne pas confondre le lierre grimpant (Hedera helix) aux tiges ligneuses avec le lierre terrestre (Glechoma hederacea) aux tiges herbacées, qui a également ses propres utilisations médicinales (nettoyage des yeux, relaxation nerveuse, traitement des ulcères). Il est également crucial de ne pas le confondre avec le Sumac grimpant (Rhus radicans), très répandu aux États-Unis, dont l’huile est responsable d’irritations de la peau, inflammations et cloques. Le Sumac se présente sous des formes extrêmement variées : il peut être une liane, un couvre-sol ou pousser en hauteur. Les vieilles lianes deviennent très poilues. L’ancien adage « Leaves of three, leave it be » signifiant, feuilles par trois, n’y touchez pas » se réfère à ses trois folioles vertes brillantes ou ternes de 5 à 10 cm de long.

Cultivars et Entretien : Le cas de Hedera helix 'Woerner'

Le Hedera helix 'Woerner', plus communément connu sous le nom de lierre grimpant, est un cultivar remarquable qui offre une verdure luxuriante toute l'année. Cette variété s'adapte à une variété de conditions de lumière, se développant aussi bien au soleil qu'à l'ombre ou à l'ombre partielle. Cette flexibilité en fait une espèce idéale pour les espaces moins ensoleillés où d'autres plantes pourraient ne pas prospérer. Pour une croissance optimale, vous pouvez choisir un emplacement avec une lumière filtrée ou une luminosité variable tout au long de la journée. Le Hedera helix 'Woerner' se distingue par sa capacité à s’adapter à une variété de sols, bien qu’il préfère ceux qui sont bien drainés. Cette variété est particulièrement appréciée pour son feuillage dense et persistant qui offre une teinte vert foncé toute l’année, apportant une touche de verdure même durant les mois les plus gris. Sa croissance vigoureuse en fait un excellent choix pour les espaces nécessitant une couverture rapide, que ce soit en hauteur ou en tant que couvre-sol.

Lors de la plantation en marmite, assurez-vous que le contenant est suffisamment grand pour accueillir la croissance de la plante, qui peut atteindre jusqu’à 5 mètres en hauteur. Arrosez modérément après la mise en terre et maintenez un arrosage régulier pour favoriser un bon enracinement et une croissance vigoureuse. Pour maintenir une croissance vigoureuse et un feuillage dense, il est recommandé de fertiliser cette espèce deux fois par an. Un premier apport doit se faire au début du printemps pour stimuler la croissance après l’hiver, et un second en automne pour préparer la plante à la saison froide. Un engrais équilibré, adapté aux plantes grimpantes et à feuillage persistant est idéal, en veillant à respecter les doses prescrites pour ne pas endommager le système racinaire. Il est préférable d’appliquer l’engrais autour de la base de la plante, en l’intégrant légèrement dans le sol, afin que les nutriments soient facilement accessibles aux racines. Une alimentation adéquate favorisera une couverture uniforme et robuste, idéale pour les utilisations comme couverture de sol ou sur des structures verticales.

La taille de cette espèce rampante est essentielle pour maintenir sa forme et encourager une croissance saine. Effectuez une taille légère à tout moment de l’année pour façonner la plante ou contrôler son expansion. Une taille plus sévère devrait être réalisée à la fin de l’hiver ou au début du printemps, évitant ainsi de perturber la floraison et la fructification. Cela contribue également à prévenir l’envahissement par cette plante vigoureuse et à maintenir les structures sur lesquelles elle s’accroche en bon état. Une taille annuelle à l’automne est aussi conseillée pour que ses rameaux n’envahissent pas les branches d’un arbre.

Le Hedera helix 'Woerner' est une variété de lierre grimpant exceptionnelle, offrant une verdure luxuriante toute l'année. Parfait pour orner vos murs et clôtures, il crée un écrin de verdure dense et élégant, ajoutant une touche de nature et de fraîcheur à votre espace extérieur. Sa couleur de floraison est verte et sa floraison a lieu de septembre à décembre. Il est très rustique : il est rare que ses feuilles soient endommagées par le gel et elles ne souffrent guère plus de la fumée ou de l’air vicié des villes industrielles. C’est un bon couvre-sol pour lutter contre les adventices en terrain sec et ombragé, alléger son poids sur les maçonneries et rajeunir le feuillage. C’est aussi un bon cache-misère décoratif (arbre mort, grillage) et éventuellement un brise-vent.

Les Espèces de Lierre : Une Diversité Mondiale

Le genre Hedera comprend environ dix espèces de plantes ligneuses à feuilles persistantes grimpantes ou rampantes. Les espèces sont toutes largement allopatriques et étroitement apparentées ; elles ont parfois été considérées comme des variétés ou sous-espèces de H. helix, la première espèce décrite. Plusieurs espèces supplémentaires ont été décrites dans les régions méridionales de l’ancienne URSS, mais les botanistes ne les classifient pas comme des espèces distinctes. Parmi les espèces reconnues, on trouve :

  • Hedera algeriensis - lierre algérien. Nord-Ouest de l’Afrique.
  • Hedera azorica - lierre des Açores. Açores.
  • Hedera canriensis - lierre des Canaries. Îles Canaries.
  • Hedera colchica - lierre du Caucase ou lierre de Perse. Du Nord de la Turquie à l’Iran.
  • Hedera helix - lierre commun ou lierre anglais. Europe de l’Ouest et du centre, sauf sur les côtes atlantiques.
  • Hedera hibernica - lierre de l’Atlantique. Zones côtières atlantiques d’Europe de l’Écosse et de l’Irlande au Portugal.
  • Hedera maderensis - lierre de Madère. Madère.
  • Hedera nepalensis - lierre de l’Himalaya. Himalaya, Chine, Taïwan.
  • Hedera pastuchowii - lierre de Pastuchov. Asie centrale (états méridionaux de l’ancienne URSS).
  • Hedera rhombea - lierre japonais.

La présence des lierres dans les jardins est très populaire dans leur aire d’origine, que ce soit pour attirer la vie sauvage ou pour leur feuillage persistant ; de nombreux cultivars ont été sélectionnés pour leurs feuilles panachées et/ou pour la forme inhabituelle de leurs feuilles. Ils sont particulièrement intéressants pour couvrir des murs inesthétiques. Les lierres se sont toutefois révélés être des plantes très invasives dans les régions d’Amérique du Nord où les hivers sont doux, et leur culture y est à présent souvent déconseillée.

Différentes variétés de feuilles de lierre

Le Gui : Entre Fertilité, Magie et Romantisme

Le gui européen (Viscum album) est un parasite partiel ; il tire une partie de sa nutrition de l’arbre hôte mais produit également sa propre énergie grâce à la photosynthèse. Il est inhabituel d’être une espèce parasite qui a été délibérément propagée par l’homme car on pensait qu’elle encourageait la fructification dans les vergers. Pline croyait que les graines de gui devaient être mangées par les oiseaux pour germer, en effet le nom gui signifie bouse sur un bâton.

Le gui est le plus souvent associé à l’amour, la romance, la parade nuptiale et le baiser à la fête de Noël. Ses premières associations sont plutôt plus sexuelles et quand vous regardez sa forme distinctive, il est assez facile de comprendre pourquoi. Le gui a des paires de tiges courtes et ligneuses qui se détachent à angle droit avec au moins deux baies blanchâtres en forme de boule à la jonction des tiges. Les baies lorsqu’elles sont écrasées sécrètent un liquide blanc collant. Comme pour le gui, il est lié à la fois à Noël et à la romance. Il peut former des excroissances denses dans la canopée qui peuvent nuire à l’hôte.

La plupart des gens associent le gui aux vergers, mais il peut pousser sur une plus large gamme d’espèces d’arbres à condition qu’elles aient une écorce assez molle. Le pommier est l’espèce hôte la plus courante, mais on le trouve également sur les tilleuls, l’aubépine et le peuplier. La Société botanique de Grande-Bretagne et d’Irlande (BSBI) de 1970 et 1990 indique que le déclin du nombre de vergers et les changements de gestion ont eu un impact sur l’abondance du gui. Des études plus récentes indiquent une extension possible de l’aire de répartition dans l’est de l’Angleterre, mais il y a un besoin de plus de travail d’enquête.

Gui avec des baies blanches

Le gui pousse dans la canopée des arbres, sans racines ni lien avec la terre et il reste vert en hiver lorsque le reste de l’arbre est mort. Avec une telle vitalité surnaturelle, il est facile de comprendre pourquoi le gui a été associé à des propriétés magiques. C’est l’un des rares exemples préchrétiens de magie végétale à survivre.

Gui : Toxicité et Bienfaits Potentiels

Beaucoup pensent que le gui et les poinsettias sont toxiques. Les variétés d’Europe du Sud contiennent des toxines, mais les variétés britanniques sont moins toxiques et il n’y a pas eu d’incident récent d’empoisonnement connu. Il est étrange qu’une plante perçue comme toxique porte le nom d’une confiserie. Les Celtes croyaient que le gui était une plante guérisseuse, et il a maintenant été découvert qu’il contient des composés anti-tumoraux.

Ainsi, lorsque vous déposez vos couronnes de houx et de lierre et que vous prenez un baiser sous le gui, rappelez-vous que vous participez à des traditions historiques et moins historiques et célébrez l’histoire naturelle qui fait partie de Noël. Ces plantes, bien plus que de simples décorations, sont des liens vivants avec notre passé culturel et un témoignage de la richesse de la biodiversité qui nous entoure.

tags: #deller #houx #lierre