Le vignoble des Côtes d’Auvergne, ancré dans un terroir volcanique unique et complexe, traverse une phase de mutation profonde. La cartographie de près de 500 hectares au cœur du vignoble des Côtes d’Auvergne, lancée en 2023 par le syndicat, vient de se terminer. Les résultats finaux seront connus cet automne. Ce travail colossal, mené en collaboration avec l’Institut Français du Vin (IFV), vise à apporter une réponse scientifique aux enjeux de pérennité des exploitations. Alors que le changement climatique modifie les règles du jeu, la question de la densité de plantation et de l'adaptation des pratiques devient centrale pour les viticulteurs du Puy-de-Dôme.

Les fondements historiques et géographiques du vignoble
La culture de la vigne dans le département du Puy-de-Dôme remonte au moins au Vème siècle, comme en témoignent les écrits de Sidoine APOLLINAIRE, alors évêque de Clermont. En abolissant les entraves à la circulation des vins, la Révolution permet à un très grand nombre de paysans d’accéder à la propriété et de cultiver la vigne. Ainsi, de 1789 à 1804, le nombre de petites propriétés est multiplié par quatre, et de 1789 à 1850 la surface plantée dans le département du Puy-de-Dôme passe de 21 000 hectares (51 890 acres) à 34 000 hectares (84 015 acres). Le cépage gamay N s’impose dans l’encépagement en respectant les usages de taille. Le docteur J. GUYOT note en effet que «Les vignes sont cultivées avec une intelligence».
Cet essor est induit par le débouché qu’offrent, vers le Nord, les ports de l’Allier. Après avoir descendu la Loire jusqu’à Orléans, il était possible d’atteindre la Seine (et Paris) par voie terrestre. Dès 1890, le phylloxéra progresse rapidement et détruit d’importantes surfaces du vignoble auvergnat, lequel ne se reconstitue que partiellement après 1900 sous l’impulsion de quelques producteurs volontaires. Un laboratoire œnologique est créé en 1902 puis un syndicat de défense des vins de «Châteauguay» est fondé en 1929, syndicat qui s’élargit en 1932, à l’ensemble des vins d’Auvergne.
Les producteurs unissent alors leurs efforts et créent dès 1935 une cave coopérative, à Aubière, puis une seconde en 1950, la Cave des Coteaux d’Auvergne, connue, en 2010, sous le nom de «Cave Saint-Verny». Une évolution vers la qualité s’engage alors et permet rapidement de distinguer 5 secteurs: «Boudes», «Chanturgue», «Châteaugay», «Corent» et «Madargue», qui constituent les noyaux dynamiques de cette région. Ils conduiront à la reconnaissance de l’appellation d’origine vin délimité de qualité supérieure Côtes d’Auvergne en mai 1951.
La zone géographique s’étend dans le département du Puy-de-Dôme, sur environ 80 kilomètres du nord au sud, et 15 kilomètres d’est en ouest. Elle est principalement localisée sur les rebords du bassin de la Limagne et sur les flancs des édifices volcaniques qui la ponctuent entre la chaîne des Monts du Livradois, à l’est, et la chaîne du Sancy, à l’ouest. L’activité volcanique, à l’origine de la chaîne des Puys avec comme point culminant le Puy de Dôme, a modelé le paysage de la zone géographique et est à l’origine de sa diversité.
La complexité des sols volcaniques et la cartographie moderne
Au total 380 ha appartenant à des vignerons et 180 ha à des communes et autres propriétaires ont été cartographiés par l’IFV. Toutes les parcelles analysées ont été caractérisées à la fois d’un point de vue géologique et pédoclimatique. Plus de 1 200 sondages ont été nécessaires, sans compter les analyses en laboratoire pour déterminer le pH, la teneur en éléments chimiques. À ces milliers de résultats s’ajoutent ceux de 14 fosses, creusées dans différentes zones du vignoble pour déterminer plus finement la nature des sols.
Le terroir volcanique de la zone a donné du fil à retordre aux pédologues. « Le vignoble des Côtes d’Auvergne est dans une zone où il y a eu des inversions de reliefs. Les coulées de lave ont résisté à l’érosion, alors que la terre qui les entourait a disparu. De ce fait, nous avons un mélange des sols très important qui complexifie notre travail d’analyse » explique Véronique Genevois, pédologue à l’IFV. Au terme de ses travaux, elle a identifié 5 formations géologiques (formation du socle, alluvions colluvions, volcaniques, pépérites et dépôts sédimentaires) qui se divisent en 18 groupes terroirs (des sols avec une roche mère identique) et pas moins de 100 unités de terroir (sols différents dans leur composition chimique).

La renommée et la particularité des dénominations géographiques complémentaires illustrent bien cette diversité. Le site de «Madargue» correspond ainsi, sur la commune de Riom, à une butte viticole marneuse de couleur blanche. Le vignoble de la dénomination géographique «Chanturgue», emblématique des «Côtes d’Auvergne», et dont le nom, d’origine celtique, est issu des mots «cantalo» signifiant «brillant» et «clarus» signifiant «bien visible», occupe les fortes pentes d’un plateau basaltique. Les parcelles de vigne au sein de la dénomination géographique «Châteaugay» occupent les flancs d’une ancienne coulée basaltique fragmentée en plusieurs petits plateaux. Le nom de la dénomination géographique «Corent» tire sa notoriété d’un «puy» apparu lors des dernières éruptions et présentant des sols de couleur sombre riches en colluvions volcaniques.
Adaptation au changement climatique : repenser la densité
Verra-t-on encore à l’avenir des vignes sur les coteaux sud ? Rien n’est moins sûr. Les sécheresses et canicules s’enchaînent et mettent à mal des plantations qui autrefois cherchaient pourtant à se réchauffer. En 2023, le Syndicat des Côtes d’Auvergne lançait avec l’Institut Français du Vin (IFV) un vaste chantier de cartographie pour connaître très précisément la nature véritable des sols.
Deux enjeux reposent derrière ces travaux qui rendent leurs premiers résultats : permettre aux vignerons et viticulteurs de s’adapter au changement climatique et doubler la surface de l’appellation (350 ha aujourd’hui) en favorisant la création de 35 nouvelles exploitations viticoles. « Le but n’est pas de monter à 4 500 ha mais de faire vivre nos vignerons » souligne Gilles Vidal, président du syndicat. Cette cartographie sera un argument de poids dans les négociations avec l’INAO pour modifier la zone d’appellation et notamment justifier l’évolution de certains critères de plantations, imposés par le cahier des charges.
« Planter des vignes plein sud n’est plus valable aujourd’hui. On l’observe chaque année. La cartographie, avec des données de réserves utiles en eau notamment, en apporte la preuve scientifique », précise Gilles Vidal. Sur certains secteurs du vignoble, on arrive plus à faire de vin. On doit s’adapter urgemment au risque de perdre des producteurs.
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Paramètres techniques et densité de plantation réglementaire
Dans le cahier des charges de l’AOC Côtes d’Auvergne, il est précisé que les vignes présentent une densité minimale à la plantation de 4 400 pieds par hectare. Ce chiffre n’est pas le fruit du hasard ; il impose une structure de vignoble qui garantit une certaine compétition racinaire, favorisant la qualité des raisins.
La densité de plantation influence directement la santé et le rendement de votre vignoble. Une répartition homogène assure une meilleure exposition, une ventilation optimale et un développement équilibré des plants de vigne. Estimer correctement le nombre de plants dès votre projet de plantation vous aide à anticiper vos besoins en matériel végétal, en main-d’œuvre et organisation sur le terrain.
Dans la pratique, la surface réelle plantable diffère toujours légèrement de la surface cadastrale, notamment à cause des tournières, zones d’accès ou reliefs. Les tournières représentent les zones non plantables dues aux allées de manœuvre, accès, zones techniques, marges de sécurité. Ces surfaces doivent être déduites pour obtenir une estimation réaliste.
En ce qui concerne les distances de plantation et la population, on a encore une fois beaucoup de modèles différents, en fonction des variétés productrices, de la structure du sol, de la matière organique, du type de vignoble et des techniques de culture. Pour une population de 3 000 à 4 000 pieds à l’hectare, de nombreux producteurs préfèrent installer leurs vignes sur des distances de 2 à 2,5 m entre les rangées, et de 1,25 à 1,35 m entre les plants. D’autres producteurs préfèrent une distance de 2,5 m entre les rangées et 1,15 m entre les plants. Le deuxième modèle n’est pas conseillé pour toutes les variétés. La raison en est qu’en gardant des distances aussi étroites entre les plantes dans une rangée, les racines des deux plantes voisines peuvent se mélanger.
Mise en œuvre pratique et outils de précision
La date de plantation dépend du cépage, des conditions climatiques et des préférences du viticulteur. Idéalement, on pourrait planter les plantes greffées pendant toute la période hivernale. Les cultivateurs préfèrent généralement les plantules à racines d’un an. Certains producteurs préfèrent planter des porte-greffes en enlevant les boutures et en les greffant eux-mêmes sur des variétés de porte-greffes.
Après toutes les étapes de préparation décrites dans les chapitres précédents, on peut procéder au repiquage. Les producteurs étiquettent les points exacts sur le sol où ils vont planter les jeunes plants. Au siècle précédent, ils utilisaient des cordes et des piquets pour être sûrs de planter les vignes de façon linéaire. De nos jours, la technologie assiste les agriculteurs, car ils utilisent des lasers de haute précision. Ils creusent ensuite des trous de 30 à 50 cm et plantent les jeunes plants.
La plantation peut se faire à la main ou à l’aide de planteuses laser. L’avantage des planteuses laser, contrairement à la plantation manuelle, est que celles-ci sont capables de planter rapidement, avec une très grande précision et à la bonne distance. Lorsqu’il s’agit de greffes à racines, il est important de les planter à une profondeur telle que le point de connexion se trouve à environ 4-5 cm au-dessus de la surface du sol. Si on couvre le point de connexion, le greffon va très probablement développer des racines. Ces racines commenceront à croître rapidement et dépasseront celles du porte-greffe. Ce serait là un gros problème. Cependant, dans les pays où le risque de gel est élevé, certains viticulteurs avaient l’habitude de couvrir toute la plante de terre après le repiquage, afin de la protéger.

La maîtrise du nombre de plants à commander est cruciale pour la réussite de votre projet viticole. Un calcul précis permet d’éviter les surcoûts liés à l’achat de plants en trop ou les retards dus à un manque de plants. Chaque pied de vigne compte, que ce soit pour des parcelles de grande ou petite taille. Certains viticulteurs utilisent des filets anti-grêle spéciaux pour protéger leurs investissements, une pratique qui peut également influencer la gestion de la densité pour permettre le passage des engins de pose.
Évolution de la réglementation et gestion de l'espace
L’étiquetage des vins bénéficiant de l’appellation d’origine contrôlée peut préciser le nom d’une unité géographique plus petite, sous réserve qu’il s’agisse d’un lieu-dit cadastré et que celui-ci figure sur la déclaration de récolte. Cette précision administrative souligne l’importance de la traçabilité parcellaire, qui va de pair avec la cartographie pédoclimatique en cours.
La production familiale est restée particulièrement forte en Auvergne. Ainsi, la superficie de 330 hectares était exploitée, en 2008, par 150 producteurs environ, répartis entre une cinquantaine de caves particulières et une centaine d’apporteurs à la cave coopérative. Cette structure, bien que riche en diversité humaine, demande une attention particulière à la rationalisation des surfaces pour assurer la viabilité économique des petites exploitations.
L’enjeu pour les années à venir sera donc de concilier la tradition viticole, matérialisée par le respect des usages de taille et des densités de plantation, avec les impératifs modernes de gestion de l’eau et de résistance thermique. La cartographie, en offrant une vision fine des réserves utiles en eau, permettra aux viticulteurs de choisir les zones les plus résilientes pour les futures plantations, modifiant ainsi potentiellement la carte des zones plantables telle qu’elle a été historiquement définie.
En somme, le vignoble des Côtes d’Auvergne se trouve à la croisée des chemins. Entre la richesse géologique de ses sols volcaniques et la nécessité urgente d’adapter ses pratiques culturales, le syndicat et les producteurs jouent une carte décisive pour l’avenir de leur appellation. La précision de la cartographie, couplée à une gestion rigoureuse de la densité de plantation, constitue le socle sur lequel se reconstruira la viticulture auvergnate de demain, plus adaptée, plus résiliente et toujours profondément ancrée dans son terroir volcanique unique.