Le Championnat du Monde de Tonte de Moutons, une compétition prestigieuse qui existe depuis 1977, a posé ses valises en France pour la toute première fois, au Dorat, en Nouvelle-Aquitaine. Cet événement d'envergure internationale met en lumière des compétences ancestrales et une véritable dextérité dans l'art de la tonte. Il rassemble des compétiteurs du monde entier, qui s'affrontent dans diverses disciplines requérant rapidité et qualité de tonte, des critères fondamentaux pour lesquels les participants sont jugés.

Les Disciplines phares du Championnat
Le Mondial de Tonte de Moutons se décline en trois disciplines principales, chacune exigeant une maîtrise unique et une compréhension approfondie de l'animal et de la laine.
La Tonte à la Machine / Machine Shearing
La tonte à la machine est une discipline où la contrainte de la machine oblige le tondeur à manipuler la brebis dans différentes positions pour faire le tour de la toison. Cette manipulation est un art en soi, car la main droite est occupée par la machine, et la main gauche doit préparer la peau pour le passage de la tondeuse. Ainsi, il ne reste que les genoux et les pieds du tondeur pour tourner la brebis dans les différentes positions. Cette coordination est essentielle pour une tonte efficace et sans blessure pour l'animal.
Un aspect primordial de la tonte est la rapidité. Une tonte effectuée rapidement diminue le temps de stress de l’animal, un facteur clé pour son bien-être. Les tondeurs concèdent 3 points de pénalité tout au long du round de tonte, soit 1 point toutes les 20 secondes supplémentaires. Au-delà de la vitesse, la qualité de la tonte est scrupuleusement évaluée. Les juges de podium, effectuant une rotation devant chaque compétiteur, pénalisent les recoupes (second cuts), ces zones où la laine est coupée deux fois. Ils évaluent la quantité de laine coupée deux fois et appliquent une ou plusieurs marques de pénalité. Par exemple, un tondeur concède 12 marques pour 8 brebis tondues, ce qui correspond à une moyenne de 1,5 point entier par brebis.
À l’arrière du podium, d'autres juges évaluent la finition sur les brebis. Ils scrutent les coupures, les griffures du peigne et s’assurent que le tondeur n’a pas laissé de mèches et de laine qui auraient dû être tondues. Pour ses 8 brebis, un tondeur peut, par exemple, concéder 56 marques de pénalité, soit 7 points entiers en moyenne par brebis. Un "Joli travail !" est de rigueur pour un participant qui devrait se qualifier pour l’étape suivante avec une telle performance.
Comment bien tondre sa pelouse ? - Truffaut
La Tonte aux Forces (Ciseaux) / Blade Shearing
La tonte aux forces, réalisée avec des ciseaux, représente une autre facette de cette compétition. La principale différence physique avec la tonte à la machine réside dans le travail des muscles de l’avant-bras qui tient le ciseau, beaucoup plus sollicités. Cette discipline requiert une force et une endurance considérables, ainsi qu'une précision manuelle accrue pour obtenir une toison uniforme et sans défaut. L'habileté à manipuler les ciseaux tout en maintenant la brebis est une compétence qui se développe avec des années de pratique.
Le Tri et le Ramassage de Laine / Woolhandling
Le concours de tri de laine est une discipline tout aussi exigeante que la tonte elle-même, comportant deux aires de jugement distinctes. Sur le podium, le travail des compétiteurs trieurs est jugé pendant la compétition. Chaque compétiteur dispose de deux tondeurs dédiés, qui sont définis dans le pool de tondeurs français, puis un tirage au sort a lieu pour affecter un tondeur à un trieur. Ces tondeurs tondent, en décalé, un nombre de brebis différent selon les phases qualificatives.
Sur le podium, lors de la tonte, le compétiteur doit séparer différentes parties de la toison de la brebis : le ventre, l’écusson (l’entre pattes arrières) et les chaussettes, la casquette, les laines courtes (mèches courtes), les défauts de couleur (laines noires), et la laine longue (la majeure partie de la toison). Il doit ensuite les placer méticuleusement dans différentes caisses, une tâche qui exige une grande attention aux détails et une connaissance approfondie des différentes qualités de laine.
Pour les toisons pleine laine, le compétiteur concède des points de pénalité (lors du lancer de la toison sur la table de tri) pour les parties de laine tombées à côté de la table et pour les parties qui se superposent sur la table. Pour la laine d’agneau, le compétiteur doit « aérer » la toison, une technique cruciale pour valoriser la qualité de la laine. Un zéro indique une toison bien aérée, tandis qu'une toison mal aérée peut entraîner 35 points de pénalité. Le facteur temps joue également un rôle essentiel dans le tri de la laine, ajoutant une dimension de pression à cette tâche déjà complexe.
La Performance Française au Mondial
Le Championnat du Monde de Tonte de Moutons au Dorat a été le théâtre de belles performances pour la France. Lucie Grancher, une jeune femme de 25 ans originaire des Alpes-de-Haute-Provence, a brillamment porté les couleurs de la France le jeudi 4 juillet 2019. Elle est arrivée première de la finale de "tonte machine all nations" en catégorie junior avec un score impressionnant de 43.400. Sa victoire a été d'autant plus marquante que quatre Français se sont classés dans les six premiers de cette catégorie, témoignant du niveau d'excellence de la tonte française.

Lucie Grancher n'est pas une novice dans le monde de la tonte compétitive. Elle a déjà participé à quatre "Tournoi des 6 nations" depuis 2015 et s'était rendue au championnat du monde en Nouvelle-Zélande en 2017. En 2018, elle avait également décroché la 4e place en catégorie sénior au Gisborne show de Nouvelle-Zélande, démontrant une constance et une progression remarquables dans sa carrière de tondeuse.
Ces résultats soulignent le dynamisme et la qualité de la formation des tondeurs en France, un pays avec une forte tradition d'élevage ovin.
L'Élevage Ovin en France : Un Secteur Dynamique
Le succès de la France au Championnat du Monde de Tonte de Moutons est un reflet de l'importance de l'élevage ovin dans le pays. De nombreux éleveurs français contribuent à la vitalité de cette filière.
En Aveyron, Amandine Gastal, installée en Gaec, est éleveuse de brebis lacaunes et de beaucerons. Les brebis lacaunes sont notamment réputées pour leur lait, utilisé dans la fabrication du Roquefort. En Dordogne, les associés du Gaec de Vialette produisent des agneaux toute l’année grâce au désaisonnement lumineux, une technique qui permet de réguler les cycles de reproduction des brebis. En Loire-Atlantique, le Gaec Frémon produit des agneaux spécifiquement pour approvisionner en direct des bouchers nantais, privilégiant ainsi les circuits courts et la qualité des produits locaux.
Nicolas Mary, jeune installé en plein air intégral, mise sur la rusticité de la brebis Hampshire pour une conduite économe. Cette approche souligne une tendance vers des pratiques d'élevage plus durables et respectueuses de l'environnement. Ces exemples illustrent la diversité des systèmes d'élevage ovin en France, adaptés aux spécificités régionales et aux débouchés commerciaux.

Impact Économique et Évolutions du Secteur
L'élevage ovin, au-delà de sa dimension traditionnelle et culturelle, est un secteur économique important. La production de laine, bien que moins valorisée qu'autrefois face à la concurrence des fibres synthétiques, reste un aspect non négligeable. Le tri précis et la qualité de la toison sont essentiels pour maximiser la valeur de la laine.
Par ailleurs, les échanges internationaux jouent un rôle croissant dans l'économie agricole. Un nouvel accord de libre-échange, conclu entre l’Union européenne et l’Australie le 24 mars, pourrait avoir des implications pour le secteur ovin européen, notamment en ce qui concerne l'importation de viande et de laine. Ces accords visent à faciliter les échanges commerciaux mais peuvent également introduire de nouvelles dynamiques concurrentielles pour les producteurs locaux.
Le Championnat du Monde de Tonte de Moutons n'est pas seulement une vitrine de l'excellence technique ; il contribue également à promouvoir les métiers de l'élevage ovin et à sensibiliser le grand public à l'importance de cette filière. Il permet de valoriser le travail des éleveurs et des tondeurs, et d'assurer la pérennité de ces savoir-faire essentiels.