L’un des ennemis majeurs du potager, combattu sans cesse par le courageux jardinier, c’est la limace, terrible et gloutonne bête à cornes qui peut faire d’énormes dégâts dans les cultures. Mais ce petit animal, pas si terrifiant d’ailleurs, a-t-il vraiment pour unique rôle celui de venir grignoter les feuilles de toutes les salades et autres légumes des potagers ? Les limaces sont souvent le point le plus problématique lorsque l’on se lance dans un potager en permaculture avec recours au paillage. En effet, le paillage est un lieu de vie parfait pour les limaces ! La question se pose donc de comment s’en débarrasser sans nuire à tout l’écosystème avec des répulsifs nocifs.

La biologie des gastéropodes et leur rôle dans l'écosystème
Sun Tzu, le Maître de guerre chinois nous enseigne que pour vaincre son ennemi il faut tout d’abord le connaître aussi bien que soi. Limaces, loches et escargots sont des gastéropodes (appartenant à l’embranchement des mollusques). Soit le deuxième plus grand groupe animal sur terre après celui des insectes. Gastéropode signifie littéralement « viscères dans le pied ». Les limaces et les escargots sont des animaux nocturnes, et du matin ou du soir. Ils apprécient l'humidité et les températures douces qui les rendent particulièrement actifs. En période froide, chaude ou sèche, ils se cachent dans les recoins frais et ombragés, ou hibernent.
Les limaces sont des animaux utiles au jardin. Leur alimentation permet d’apporter au sol des nutriments assimilables par les végétaux. Leur présence est également très utile au sol car elles l’aèrent, y apportent de l’humidité, elles en lient même les composants (humus, limon et argile) grâce à leur mucus. Les limaces et les escargots sont un élément important de la chaine écologique. Ils permettent de décomposer la lignine et la cellulose, aèrent, hydratent et lient le sol grâce à leur mucus. Ils permettent de propager, par leurs excréments, les bons champignons et bactéries qui ensemencent la vie du sol et permettent le développement des mycorhizes, qui entrent en symbiose avec les racines des plantes pour améliorer leur nutrition, leur résistance et leur croissance.
Pourquoi les mauvaises herbes et le sol favorisent-ils la prolifération ?
La prolifération de limaces dans votre potager est le plus souvent due à l’absence de leurs prédateurs naturels. Un jardin riche en biodiversité voit se faire un équilibre entre les ravageurs et leurs prédateurs au contraire d’un jardin avec peu d’espèces végétales, drastiquement désherbé. De plus, la présence de mauvaises herbes comme le pissenlit ou le séneçon jacobée favorise grandement leur installation. Ainsi, entretenir régulièrement son jardin et surveiller l’état du sol contribue à limiter leur prolifération.
On remarque souvent que les escargots et les limaces arrivent en masse sur un sol qui vient juste d'être travaillé, comme un potager tout neuf ou un sol récemment paillé. En effet, ces gastéropodes abondent quand le sol n'est pas encore structuré et équilibré, qu’il n'a plus de réseaux de mycorhizes et peine à décomposer les matières végétales en matière organique. Enfin, il est important de comprendre ce qui attire particulièrement les limaces. Outre les conditions climatiques, les caractéristiques du sol jouent également un rôle clé. Un terrain humide, argileux ou limoneux est un véritable paradis pour elles.
Stratégies de gestion naturelle : au-delà des idées reçues
Il existe une technique totalement naturelle et très efficace. Tout l’intérêt de ce stratagème est de protéger vos jeunes plants des limaces, sans pour autant les éradiquer, car elles sont extrêmement utiles tout de même. Le ramassage manuel est une méthode éprouvée et très efficace. Le matin ou la nuit, surtout après la pluie, les limaces sont faciles à trouver. Elles peuvent également être débusquées sous les feuilles ou sous les paillis. Alternative : installez dans une zone sombre et humide une planche sur le sol, éventuellement très peu surélevée. Vous pourrez régulièrement aller faire un ramassage.
🐌 Se débarrasser naturellement des escargots et des limaces au jardin 🌿
Utiliser des barrières physiques et répulsifs
Vous pouvez étaler de la cendre de bois ou du marc de café, les gastéropodes n'apprécient pas ces textures qui gênent leur déplacement en utilisant trop du mucus qui leur sert à glisser sur le sol. Ceci doit se faire juste après la pluie, c'est le moment où ils sont les plus actifs. L’application doit par contre être renouvelée après chaque épisode pluvieux. Vous pourrez aussi entourer vos plants avec des fils de cuivre que vous disposerez sur la terre, il est même possible aujourd'hui de trouver des rubans adhésifs de cuivre à placer sur les pots de fleurs.
Créer des zones de distraction et favoriser la prédation
Entraînez les limaces loin de votre potager. Pour ce faire, choisissez dans votre jardin une zone fraîche et ombragée et installez-y un abri, une planche en bois posée au sol comme pour le ramassage, ou des tuiles renversées. Déposez dans cette zone des déchets verts, notamment des épluchures de fruits et légumes, les feuilles flétries de vos salades… Le compostage de surface est également un bon moyen de fournir de la nourriture aux limaces qui va permettre d’éviter qu’elles ne s’attaquent aux cultures. Favoriser la présence de prédateurs est crucial : si vous voyez un hérisson dans votre jardin, protégez-le et offrez-lui des conditions favorables pour son installation. Il adore les limaces et les escargots. Les crapauds et grenouilles sont “limaçovores”, voire “gastérovores”. Offrez-leur une petite mare et une zone plus ou moins en friche dans le jardin à proximité de cette mare.
Techniques de culture pour protéger les plants
Il est important de planter des plants sains et vigoureux. Un plant carencé, qui aura attendu trop longtemps en godet, ou encore planté dans un sol trop froid et ce sera la catastrophe ! Sa vulnérabilité ne trompera pas les limaces : elles s’en régaleront, afin de le détruire et de laisser la place à des plantes en meilleure santé. Planter des plants plus développés est une stratégie qui fonctionne très bien, que nous mettons en place notamment pour les courges. En effet, le semis direct de courges est parfois délicat. On peut alors semer plusieurs graines dans le même trou et venir éclaircir par la suite, ou alors réaliser des plants : une courge déjà développée sera beaucoup moins sensible aux attaques de gastéropodes.

Pour ce dispositif, vous n’aurez besoin que d’un cutter et d’autant de bouteilles d’eau en plastique que de plants que vous devez protéger. Il suffira ensuite de découper le bas de la bouteille et de percer des petits trous dedans afin de laisser l’air circuler. Enfoncez ensuite le bas de la bouteille de plusieurs centimètres dans le sol avec le goulot vers le haut, sans oublier de retirer le bouchon.
Les méthodes à éviter et les limites des pièges
Les pièges à bières sont en effet efficaces pour éliminer quelques-uns de ces ravageurs, mais ils le sont aussi pour les attirer dans votre jardin… C’est le malt qui semble être un fort attractif pour les limaces, donc elles vont venir en masse, par contre, en réalité, peu d’entre elles se noient dans ce liquide. Les plantes situées à proximité du piège vont donc être plus dévorées encore qu'en l’absence du piège. De plus, ce piège va également attirer nombre d’insectes auxiliaires qui eux vont s’y noyer.
L'équilibre : le secret d'un jardin pérenne
Le recyclage de la matière organique morte est important pour le fonctionnement des chaînes alimentaires (chaînes trophiques), afin de maintenir un équilibre. Les limaces, au même titre que les autres organismes décomposeurs et recycleurs, jouent un rôle important lors de cette transformation. Un sol sain est un sol avec peu de limaces et une bonne diversité d’espèces de mollusques, y compris des escargots.
Le compostage de surface est en fait, la reproduction du compostage naturel ! Si les lois récentes imposent aux communes de proposer aux habitants des bacs à biodéchets, rappelons-nous que, dans la nature le compostage par la chaleur n’existe pas ou quasiment pas. La quasi-totalité des matières organiques sont transformées dans les litières et subissent donc un compostage de surface. On ne peut, comme souvent, qu’être dans la mesure : il n’y a pas de bonne solution radicale ou miracle. Les granulés fonctionnent, certes, mais font des dégâts sur la biodiversité. Les solutions naturelles, peuvent aussi fonctionner, mais pas seules ou isolées.

Il est possible de limiter, au moins en partie, la pression exercée par les limaces dans votre potager en permaculture. Enfin, n’oubliez pas que les limaces ont leur place dans votre écosystème. Elles sont des décomposeurs de matière organique, facilitent la dispersion des champignons, etc. Elles rendent de nombreux services, mais il est normal de vouloir faire baisser leur présence au jardin. C’est même essentiel, tout n’est pas toujours rose dans la nature… malheureusement ! La clé est l’équilibre de la biodiversité et la pratique des bons gestes. Persévérez, créez des niches écologiques, et la pression finira par redescendre. Rien de plus passionnant que de cultiver ses propres légumes et végétaux dans son jardin. Il faudra néanmoins parfois rester calme et accepter la « défaite », avoir le courage de ressemer, recommencer. C’est courageux !