Stratégies intégrées pour la gestion des adventices en culture de betteraves fourragères

La réussite de la culture de betteraves se joue dès l’implantation. Le choix de la variété doit s’adapter aux conditions de sol, de climat et à vos objectifs de production, qu’il s’agisse de betteraves sucrières ou fourragères. La betterave aime les sols profonds, bien drainés, riches en nutriments et avec une bonne capacité de rétention d’eau. Cependant, cette culture est très sensible à la concurrence des adventices, depuis le semis jusqu’à la couverture complète du sol. Il faut savoir que la nuisibilité d’une mauvaise herbe ne se limite pas à la concurrence qu’elle peut exercer sur la betterave. Pour garder la maîtrise du désherbage de vos betteraves, une connaissance fine de l’historique du salissement de la parcelle est essentiel : elle permet d’ajuster le programme de lutte au sein de la rotation.

Schéma illustrant la compétition entre les racines de betteraves et les adventices dans un sol profond

Fondements de la lutte contre les adventices

Dans le cas de parcelles indemnes de graminées ou d’ombellifères, des interventions en post-levée, « à vue », peuvent suffire. Bien observer et identifier la flore présente est primordial pour choisir le bon herbicide et ajuster les doses. Le désherbage chimique des betteraves repose sur des programmes associant plusieurs matières actives, permettant d’élargir le spectre d’efficacité et de réduire la phytotoxicité pour la culture. Dans ce souci d’efficacité et de diminution du coût du désherbage, des techniques avec doses réduites de produits sont développées depuis de nombreuses années. Avec la progression constante des graminées résistantes (vulpins et ray-grass) à certains modes d’action herbicides, il est nécessaire de raisonner son désherbage dans la rotation. Les molécules et modes d’action utilisés en herbicides betteraves différent de ceux utilisés en céréales.

Techniques de désherbage chimique : pré-levée et post-levée

Divers herbicides permettent de gérer la flore adventice avant le semis, avant la levée ou après la levée des betteraves. Concernant les herbicides non-sélectifs, les usages du glyphosate ont changé. Les interventions sur parcelle reverdie avant semis ne sont autorisées que dans les situations suivantes : parcelles de sols hydromorphes, qui recouvrent en particulier les sols de texture argileuse, généralement labourés et préparés d’automne, et parcelles conduites sans labour. Les applications conseillées sont de 1 à 1,5 l/ha de glyphosate à 360 g/l sur adventices jeunes, et 2 à 3 l/ha sur des adventices plus développées. Attention : la réglementation interdit de dépasser les applications au-delà de 1080 g/ha/an (équivaut à 3 l de produit à 360 g/l).

Pour les herbicides de pré-levée, l’intervention doit être réalisée avant la levée des adventices. Ces produits sont à utiliser si le risque de ruissellement ou d’érosion n’est pas à craindre et si l’historique de la parcelle est connu, notamment en cas de forte infestation d’ombellifères. Les produits comme Kezuro ou Goltix Silver (métamitrone + quinmérac) ou Okido (quinmérac + diméthénamid-P) sont couramment utilisés. Le traitement de pré-émergence est à réaliser juste après semis (48 heures maximum) : il existe un risque de toxicité sur les betteraves si l’application est plus tardive. Son intérêt est limité en conditions sèches et en cas de semis tardifs.

FMC / BETTERAVE ACTIVE #8 : Désherbage localisé des betteraves avec un pulvérisateur classique

En post-levée, l’intervention est à réaliser après la levée des adventices. Il convient de réaliser le premier passage au plus tard 2 à 3 semaines après le semis ou à 70 % de betteraves levées. Il est crucial de ne pas utiliser SAFARI avant la levée complète des betteraves en terre de craie et de ne pas utiliser MERCANTOR GOLD avant le stade 2 feuilles. À chaque passage, il faut adapter le choix des produits à la flore la plus difficile à maîtriser en choisissant les mélanges référencés par l’ITB : de 2 à 6 herbicides par mélange, en ajoutant de 0,5 l/ha à 1 litre d’huile. Il est nécessaire de renouveler les traitements après 7 à 10 jours, en fonction du climat et des levées d’adventices, car les betteraves n’aiment pas la concurrence.

Optimisation des conditions d’application

Élaborer un programme herbicide en post-levée de la betterave, ce n’est pas uniquement choisir les produits en fonction de la flore d’adventices et de la pression observée. L’hygrométrie doit se situer autour de 60 %, voire 80 %, et il est impératif de pulvériser sur des plantes sèches. Il ne faut jamais traiter à des températures supérieures à 25°C, sous risque de voir une évaporation du produit et des dégâts sur les plants de betteraves. La dose est ajustée dans les programmes en fonction du développement foliaire et des adventices. Il est recommandé d’utiliser 100 à 200 litres d’eau/hectare en fonction du pulvérisateur, des buses utilisées et de la densité des adventices. Le rinçage du pulvérisateur avec un solvant spécial est recommandé avant de traiter les betteraves. L’ajout d’huile renforce l’efficacité des herbicides foliaires, la dose étant à adapter en fonction des conditions climatiques et du stade des adventices. Enfin, utilisez soit des buses à fentes, soit des buses à pastille de calibrage ou des buses à injection d’air pour limiter la dérive en utilisant un volume de bouillie d’au moins 150 l/ha.

Intégration de la lutte mécanique

En souscrivant une mesure agroenvironnementale (MAE), certains producteurs ont pour contrainte une baisse progressive de l’emploi de solutions chimiques, forçant l’itinéraire technique de la culture à être repensé. L’utilisation d’herbicide est délicate ; il n’est pas rare de brûler les feuilles de la culture, il faut donc être vigilant lors de l’épandage du pulvérisateur à ne pas doubler la dose. Pour y remédier, le choix d’une mixité chimie et mécanique dans le programme de lutte contre les adventices s'avère pertinent.

Schéma comparatif : binage mécanique entre les rangs versus désherbage chimique total

Le binage doit être positionné entre 4 et 8 feuilles de la culture, sous peine de perte de pieds ou de coupe de feuilles si elles sont étalées. Lors de démonstrations au champ, plusieurs types de bineuses sont présentés. Certains modèles sont équipés de socs avant précédant des rangées d’étoiles qui « écroûtent, lèvent la mauvaise herbe et la reposent sur le dessus de la terre ». D’autres modèles, composés de grands disques sur les côtés, permettent de maintenir l’outil au sol pendant que les dents écroûtent. L’investissement dans un outil avant peut améliorer le confort de travail, bien qu’une grande concentration soit nécessaire. Le binage permet souvent d’éviter un troisième désherbage chimique, optimisant ainsi les coûts de production.

Gestion des facteurs biotiques et abiotiques

Qu’ils soient ravageurs ou auxiliaires, les insectes sont nombreux à coloniser les parcelles de betteraves et leurs abords. Leur observation est une étape primordiale avant toute intervention phytosanitaire et peut débuter dès le mois d’avril. En l’absence de traitements de semences, le puceron vert vecteur de jaunisse est le ravageur le plus nuisible. Contre le puceron vert, la protection doit se raisonner en tenant compte de l’arrivée des premiers individus et de la dynamique de la population. Elle est basée sur un programme comprenant des i# La Betterave Fourragère : Stratégies Intégrées pour un Désherbage et une Protection Biologiques et Raisonnés

Introduction : L'Importance Stratégique de la Culture de Betterave Fourragère et ses Défis

La betterave, qu'elle soit sucrière ou fourragère, occupe une place fondamentale dans de nombreux systèmes agricoles, offrant des débouchés variés et contribuant à la diversification des cultures. La réussite de la culture de betteraves se joue dès l'implantation, étape cruciale qui détermine en grande partie le potentiel de rendement final. Au-delà du choix initial de la variété, les défis inhérents à cette culture résident dans sa sensibilité prononcée à la concurrence des adventices, ainsi qu'à la pression des ravageurs et des maladies. Une gestion efficace et durable de ces facteurs limitants est indispensable pour assurer la viabilité économique et environnementale de la production.

Historiquement, la betterave à sucre est principalement utilisée pour la production de sucre, mais aussi pour la production d'alcool et d’éthanol. Si les débouchés alimentaires du sucre sont bien connus, d’autres usages sont plus inattendus : en pharmacie, en cosmétique, dans le bâtiment comme agent retardateur de prise du béton, en apiculture et même en substitution du sel l'hiver pour dégeler les routes. De plus, la culture de betteraves constitue également un puissant levier de durabilité, impactant des domaines aussi divers que le stockage du carbone et la création d'emplois. Cependant, aujourd’hui, un betteravier ne doit plus seulement produire des betteraves riches en sucre ou fourragères. L’enjeu climatique en premier lieu, car les phénomènes de sécheresse, d’excès d’eau, de canicule et de gel sont de plus en plus fréquents et s’intensifient, dicte une évolution des pratiques. Sociétal ensuite, car les nouvelles variétés créées nécessiteront de moins en moins de produits phytosanitaires, orientant l'agriculture vers des approches plus respectueuses de l'environnement et de la santé. Cette dynamique encourage l'adoption de stratégies intégrées, combinant le meilleur des méthodes chimiques, mécaniques et agronomiques, pour un désherbage et une protection raisonnés de la betterave fourragère.

I. L'Établissement Optimal de la Culture : Fondement d'une Gestion Intégrée

L'établissement d'une culture de betterave fourragère saine et vigoureuse est la première pierre angulaire d'une stratégie de gestion intégrée réussie. Cette phase précoce influence directement la capacité de la plante à résister à la concurrence des adventices, des ravageurs et des maladies.

A. Le Choix de la Variété et l'Adaptation au Terroir

Le choix de la variété doit s'adapter aux conditions de sol, de climat et aux objectifs spécifiques de production, qu'il s'agisse de betteraves sucrières ou fourragères. Une variété bien adaptée aux caractéristiques locales du sol et du climat sera intrinsèquement plus robuste et moins vulnérable aux stress. La betterave, en général, aime les sols profonds, bien drainés, riches en nutriments et avec une bonne capacité de rétention d'eau. Ces conditions favorisent un enracinement profond et un développement foliaire rapide, permettant à la culture de mieux couvrir le sol et de surpasser les adventices. Une connaissance approfondie des besoins de la culture et des spécificités de la parcelle est donc essentielle pour cette première décision stratégique.

B. La Préparation du Sol et la Densité de Semis

Une préparation du sol soignée est déterminante pour une levée homogène et rapide des betteraves. Une terre fine, exempte de mottes, crée un lit de semence idéal, favorisant un bon contact entre la graine et le sol. Cette condition a permis à plusieurs reprises une bonne levée des cultures. La densité de semis est également un facteur clé. Il est souvent conseillé de semer assez dense pour assurer un objectif de plants par hectare élevé, par exemple 90 000 plants/ha, afin de maximiser le potentiel de rendement. L'espacement entre les rangs, ou interrang, par exemple 75 cm, doit être choisi en fonction des équipements de désherbage mécanique envisagés et de la capacité de la culture à fermer rapidement le rang. Une densité adéquate contribue à une couverture rapide du sol, limitant ainsi la prolifération des adventices et réduisant le besoin en interventions ultérieures. Pour la fertilisation, l'apport de fumier de bovin, par exemple à raison de 40 tonnes, peut enrichir le sol en matière organique et nutriments, favorisant la vigueur des jeunes plants.

II. La Lutte Contre les Adventices : Enjeux et Approches Intégrées

La gestion des adventices est l'un des piliers du succès de la culture de betterave fourragère. La betterave est très sensible à la concurrence des adventices, depuis le semis jusqu'à la couverture du sol. Il faut savoir que la nuisibilité d'une mauvaise herbe ne se limite pas à la concurrence qu'elle peut exercer sur la betterave ; elle peut également servir de réservoir pour des maladies ou des ravageurs, ou encore gêner la récolte.

A. La Concurrence des Mauvaises Herbes : Un Facteur Critique

La betterave n’aime pas la concurrence des adventices. Ces plantes indésirables, en compétition pour l'eau, la lumière et les éléments nutritifs, peuvent fortement impacter le rendement et la qualité de la récolte. Ne pas laisser les adventices se développer est donc un principe fondamental. Pour garder la maîtrise du désherbage de vos betteraves, une connaissance fine de l’historique du salissement de la parcelle est essentielle. Cette connaissance permet d’ajuster le programme de lutte au sein de la rotation culturale, en anticipant les espèces dominantes et leurs cycles de développement. Il est primordial de bien observer et identifier la flore présente pour choisir la méthode de désherbage la plus appropriée, qu'elle soit chimique, mécanique ou une combinaison des deux, et ajuster les doses si des herbicides sont utilisés. Dans le cas de parcelles indemnes de graminées ou d’ombellifères, des interventions en post-levée, « à vue », peuvent parfois suffire, soulignant l'importance de l'observation régulière.

Illustration des différents types d'adventices en culture de betterave

B. Les Stratégies de Désherbage Chimique : Une Approche Raisonnée

Le désherbage chimique des betteraves repose sur des programmes associant plusieurs matières actives, permettant d'élargir le spectre d'efficacité et de réduire la phytotoxicité pour la culture. Dans ce souci d'efficacité et de diminution du coût du désherbage, des techniques avec doses réduites de produits sont développées depuis de nombreuses années. L'approche doit être raisonnée, considérant les conditions spécifiques de la parcelle et le type d'adventices.

1. Herbicides Non-Sélectifs (Pré-Semis)

L'utilisation d'herbicides non-sélectifs avant le semis permet de nettoyer la parcelle des adventices déjà levées. Les usages d'usage du glyphosate ont changé et sont désormais soumis à des réglementations strictes. Les interventions sur parcelle reverdie avant semis ne sont autorisées que dans des situations spécifiques :

  • Parcelles de sols hydromorphes, qui recouvrent en particulier les sols de texture argileuse, généralement labourés et préparés d'automne.
  • Parcelles conduites sans labour.Les applications conseillées sont généralement de 1 à 1,5 l/ha de glyphosate à 360 g/l sur adventices jeunes, et de 2 à 3 l/ha sur des adventices plus développées. Il est impératif de respecter la réglementation qui interdit de dépasser les applications au-delà de 1080 g/ha/an, ce qui équivaut à 3 litres de produit à 360 g/l.

2. Herbicides de Pré-Levée

Les herbicides de pré-levée sont appliqués avant l'émergence des adventices et de la betterave, agissant principalement par absorption racinaire. Cette intervention est à réaliser avant la levée des adventices. Elle est particulièrement utile si le risque de ruissellement ou d’érosion n’est pas à craindre et si l’historique de la parcelle est connu pour une forte infestation d’ombellifères, par exemple. Des produits comme Kezuro et Goltix Silver, contenant métamitrone + quinmérac, ou Okido, à base de quinmérac + diméthénamid-P, sont couramment utilisés. Le traitement de pré-émergence doit être réalisé juste après semis, idéalement dans les 48 heures maximum, car il existe un risque de toxicité sur les betteraves si l’application est plus tardive. Son intérêt est cependant limité en conditions sèches et en cas de semis tardifs, où l'humidité du sol est insuffisante pour l'activation des produits.

3. Herbicides de Post-Levée

Les interventions de post-levée sont réalisées après l'émergence des adventices et des betteraves. Plusieurs règles générales doivent être respectées pour optimiser leur efficacité et minimiser les risques pour la culture. Le premier passage en post-levée doit être réalisé au plus tard 2 à 3 semaines après le semis ou lorsque 70 % des betteraves sont levées. Il est important de noter de ne pas utiliser certains produits comme SAFARI avant la levée complète des betteraves en terre de craie, et de ne pas utiliser MERCANTOR GOLD avant le stade 2 feuilles des betteraves.

À chaque passage, il est crucial d'adapter le choix des produits à la flore la plus difficile à maîtriser, en sélectionnant les mélanges référencés par l’ITB (Institut Technique de la Betterave). Ces mélanges peuvent comporter de 2 à 6 herbicides par passage, combinant différentes matières actives pour élargir le spectre d'action. L'ajout d’huile, de 0,5 l/ha à 1 litre, est souvent recommandé à chaque passage pour renforcer l’efficacité des herbicides foliaires. Les traitements doivent être renouvelés après 7 à 10 jours, en fonction du climat et des nouvelles levées d’adventices, afin de maintenir une pression constante sur les mauvaises herbes et de ne pas les laisser se développer, car les betteraves n’aiment pas la concurrence des adventices.

4. La Gestion de la Résistance et la Rotation des Cultures

Avec la progression constante des graminées résistantes, telles que les vulpins et les ray-grass, à certains modes d'action herbicides, il est nécessaire de raisonner son désherbage dans la rotation. Cette approche vise à alterner les modes d'action pour prévenir l'apparition et la propagation de résistances. Les molécules et modes d'action utilisés en herbicides betteraves diffèrent souvent de ceux utilisés en céréales, ce qui peut être un avantage dans une rotation bien pensée, mais nécessite une bonne connaissance des produits et de leurs spécificités. Intégrer la rotation des cultures permet de diversifier les pressions sur les adventices et de maintenir l'efficacité des solutions disponibles sur le long terme.

FMC / BETTERAVE ACTIVE #8 : Désherbage localisé des betteraves avec un pulvérisateur classique

C. Le Désherbage Mécanique : Une Alternative Biologique Essentielle

Le désherbage mécanique représente une composante essentielle d'une stratégie de désherbage biologique et intégré, permettant de réduire la dépendance aux intrants chimiques. L'itinéraire technique de la culture doit parfois être repensé pour l'intégrer efficacement. Un exemple concret est celui de Daniel Boulbin, producteur de lait sur Pommerit-le-Vicomte (22). En souscrivant une mesure agroenvironnementale (MAE), il a pour contrainte une baisse progressive de l’emploi de solutions chimiques, et le désherbage de la betterave n’échappe pas à la règle. L’éleveur a fait le choix d’une mixité chimie et mécanique dans son programme de lutte contre les adventices.

Le désherbage mécanique, notamment le binage, intervient après les premiers passages herbicides ou en remplacement de ceux-ci. La parcelle de Daniel Boulbin a été semée le 9 mai, à une densité de 97 000 graines/ha, pour un interrang de 75 cm, avec une orge en précédent. Le programme de désherbage chimique, composé de deux applications herbicide, a été réalisé les 20 et 28 mai, en employant un mélange de Goltix et de Betanal Booster, complémenté au deuxième passage par du Safari, pour un coût estimé par l’éleveur autour de 160 €/ha. Cependant, le binage du 18 juin a évité un troisième désherbage chimique, démontrant l'efficacité de cette approche.

Le binage doit être positionné entre 4 et 8 feuilles de la culture, sous peine de perte de pieds ou de coupe de feuilles si elles sont étalées. L'utilisation d'herbicides est délicate, et il n’est pas rare de brûler les feuilles de la culture, il faut être vigilant lors de l’épandage du pulvérisateur à ne pas doubler la dose. Le désherbage mécanique offre une alternative plus sûre à cet égard. Lors d'une démonstration au champ, les organisateurs d'une journée technique ont présenté trois bineuses différentes. La première, équipée de deux socs avant, précède deux rangées de quatre étoiles qui « écroûtent, lèvent la mauvaise herbe et la reposent sur le dessus de la terre. Une étoile a été retirée pour ne pas couper les feuilles de la betterave », explique Sylvain Le Floch. Le second modèle en démonstration est une bineuse de chez Carré, composée de « grands disques sur les côtés pour maintenir l’outil au sol et de dents pour écroûter ».

Daniel Boulbin a pour sa part préféré investir dans un outil avant, « pour le confort de travail ». Il faut toutefois être concentré sur son travail, car la conduite d'une bineuse, surtout avant, demande une certaine dextérité. Si besoin, la bineuse peut également être attelée à l’arrière du tracteur. Même si sa conduite est délicate, la betterave a apporté un plus dans la production laitière de l’élevage, avec « 1 point de matière grasse gagné et ½ à 1 point de taux protéique supplémentaire », soulignant l'intérêt économique de cette culture et des investissements dans des pratiques de désherbage intégrées.

Bineuse agricole en action dans un champ de betteraves

III. La Protection Biologique et Intégrée Contre les Ravageurs et Maladies

Au-delà des adventices, les ravageurs et les maladies représentent des menaces significatives pour la culture de betterave fourragère, nécessitant une approche intégrée pour minimiser leur impact tout en réduisant l'utilisation de produits phytosanitaires.

A. La Surveillance des Ravageurs : Une Démarche Préventive

Qu’ils soient ravageurs ou auxiliaires, les insectes sont nombreux à coloniser les parcelles de betteraves et leurs abords. Leur observation est une étape primordiale avant toute intervention phytosanitaire et peut débuter dès le mois d’avril. Cette surveillance permet d'identifier les espèces présentes, d'estimer leur population et d'évaluer le risque pour la culture. En l’absence de traitements de semences, le puceron vert vecteur de jaunisse est le ravageur le plus nuisible. Contre le puceron vert, la protection doit se raisonner en tenant compte de l'arrivée des premiers individus et de la dynamique de la population.

La stratégie est généralement basée sur un programme comprenant des insecticides à action de choc ou à action systémique. Le premier traitement doit privilégier un insecticide à effet choc pour réduire rapidement les populations. Le monitoring mis en place en 2019 a permis de démontrer que pour l'heure, la double résistance tau-fluvalinate et pirimicarbe n'existe pas, offrant des options de contrôle. D'autres ravageurs, tels que les pégomyies, les noctuelles, les teignes et les altises, sont également assez courantes et nécessitent une vigilance constante. Une identification précoce et une évaluation du seuil de nuisance sont essentielles pour décider d'une intervention.

Cycle de vie du puceron vert sur betterave

B. La Gestion des Maladies Fongiques et Racinaire

Les maladies, en particulier les maladies foliaires, ont un fort impact sur le rendement et la qualité des betteraves. Leur contrôle est donc indispensable. À titre d'exemple, une maladie comme la cercosporiose peut engendrer près de 50% de pertes de rendement, soulignant la gravité des enjeux. Plusieurs règles permettent de choisir la meilleure stratégie pour son programme fongicide, incluant la connaissance de l'historique de la parcelle, les conditions climatiques et le stade de développement de la betterave. Pour finir, il faut privilégier l'utilisation des produits les plus efficaces en tenant compte des associations possibles pour maximiser l'action et limiter les résistances.

1. Maladies Foliaires Communes

Plusieurs maladies fongiques affectent les feuilles de betterave, chacune ayant des conditions de développement spécifiques :

  • La rouille est une maladie favorisée par des températures d’environ 18 degrés et par l’humidité. Souvent, elle fait son apparition courant du mois de juillet. Elle se caractérise par l’apparition de petites pustules rouges sur les deux faces des feuilles de la betterave sucrière, pouvant entraîner un dessèchement prématuré du feuillage et une baisse du rendement.
  • La ramulariose aime les températures assez basses, généralement entre 16 et 17 °C. Les taches grises à brunâtres provoquées par le champignon sont parfois bordées d’un liseré sombre. En cas de fortes attaques, les feuilles peuvent se dessécher complètement, affectant la photosynthèse et la croissance de la racine.
  • L’oïdium se reconnaît à son feutrage blanc, d’aspect poudreux, qui apparaît sur les deux faces de la feuille de betterave. Cette maladie, bien que généralement moins agressive que la cercosporiose ou la rouille, peut également réduire la surface photosynthétique et, par conséquent, le rendement.

2. Maladies Racinaire Nuisibles

En plus des maladies foliaires, les maladies racinaires constituent une menace significative. Les maladies racinaires comme le rhizoctone brun et violet, ou encore le rhizopus, sont également très nuisibles pour la culture de la betterave à un niveau industriel. Elles peuvent causer jusqu’à 40% de perte de rendement, ce qui représente des pertes économiques considérables pour les producteurs. Les planteurs doivent aussi éviter de stocker des betteraves présentant des maladies racinaires, puisqu’elles vont continuer à se dégrader, compromettant la qualité de la récolte et augmentant les pertes post-récolte. Une bonne rotation des cultures, le choix de variétés résistantes et une gestion adéquate de l'humidité du sol sont des stratégies clés pour prévenir ces maladies.

IV. Optimisation des Pratiques d'Application pour une Efficacité Maximale et Réduite en Intrants

L'efficacité des interventions, qu'elles soient pour le désherbage ou la protection phytosanitaire, dépend non seulement du choix des produits et des méthodes, mais aussi de la manière dont ils sont appliqués. Optimiser les pratiques d'application est essentiel pour maximiser l'efficacité tout en réduisant l'impact environnemental et les coûts.

A. Conditions Climatiques et d'Application

Élaborer un programme herbicide en post-levée de la betterave, ou tout autre traitement, ce n’est pas uniquement choisir les produits en fonction de la flore d’adventices et de la pression observée. Les conditions climatiques au moment de l'application jouent un rôle crucial. L'humidité de l'air, ou hygrométrie, ainsi que le vent, sont des facteurs déterminants. Idéalement, l'humidité relative devrait se situer autour de 60 %, voire 80 %, pour favoriser une bonne absorption du produit par les plantes. Il est préférable de pulvériser sur des plantes sèches pour éviter la dilution du produit. La température est également un élément à considérer avec la plus grande attention. Il ne faut jamais traiter à des températures supérieures à 25°C, sous risque de voir une évaporation rapide du produit et des dégâts sur les plants de betteraves (phytotoxicité). Une pulvérisation par temps calme, sans vent excessif, est également essentielle pour limiter la dérive du produit et assurer un dépôt homogène sur la cible.

B. Ajustement des Doses et Choix des Adjuvants

La dose de produit utilisée est ajustée dans les programmes en fonction du développement foliaire de la culture et des adventices présentes. Une dose trop faible pourrait être inefficace, tandis qu'une dose trop forte pourrait entraîner une phytotoxicité ou un gaspillage. Pour la bouillie, il est recommandé d'utiliser 100 à 200 litres d’eau par hectare, en fonction du pulvérisateur, des buses utilisées et de la densité des adventices. Cette quantité d'eau assure une bonne couverture sans provoquer de ruissellement excessif. De plus, le rinçage du pulvérisateur avec un solvant spécial est recommandé avant de traiter les betteraves, afin d'éviter toute contamination par des résidus d'autres produits qui pourraient être toxiques pour la betterave. L’ajout d’huile comme adjuvant renforce l’efficacité des herbicides foliaires en améliorant l'adhésion et la pénétration des substances actives. La dose d’adjuvant est à adapter en fonction des conditions climatiques et du stade des adventices.

C. Sélection et Réglage des Buses

Le choix et le réglage des buses du pulvérisateur sont fondamentaux pour une application précise et respectueuse de l'environnement. Il est conseillé d'utiliser soit des buses à fentes, soit des buses à pastille de calibrage, ou encore des buses à injection d’air pour limiter la dérive des gouttelettes, surtout en présence de vent, et ainsi minimiser l'exposition des zones non ciblées. Cela est d'autant plus important en utilisant un volume de bouillie d’au moins 150 l/ha, ce qui permet de produire des gouttelettes de taille adéquate, moins sujettes à la dérive. Un étalonnage régulier du pulvérisateur et une vérification de l'état des buses sont des pratiques indispensables.

D. Le Principe de Précaution et la Réglementation

En tout temps, le principe de précaution doit prévaloir. Avant toute utilisation de produits phytopharmaceutiques, il est impératif de s'assurer que celle-ci est indispensable. Cette démarche s'inscrit dans une logique de gestion intégrée des cultures, où les interventions chimiques sont l'ultime recours après l'épuisement des autres méthodes agronomiques, biologiques et mécaniques. Pour les professionnels, il est rappelé d'utiliser les produits phytopharmaceutiques avec précaution, en respectant scrupuleusement les doses, les conditions d'application et les délais avant récolte, conformément aux réglementations en vigueur. Ces pratiques garantissent la sécurité de l'opérateur, du consommateur et de l'environnement, contribuant à une production de betterave fourragère durable et responsable.

FMC / BETTERAVE ACTIVE #8 : Désherbage localisé des betteraves avec un pulvérisateur classique

V. La Betterave Fourragère : Un Levier de Durabilité et d'Innovation

La culture de la betterave fourragère, comme celle de la betterave sucrière, s'inscrit pleinement dans les enjeux contemporains de durabilité et d'innovation agricole. Au-delà de sa valeur nutritive pour le bétail, elle représente un puissant levier de développement durable.

La betterave sucrière est principalement utilisée pour la production de sucre, mais aussi pour la production d'alcool et d’éthanol. Cependant, la betterave dans son ensemble offre d'autres usages plus inattendus : en pharmacie, en cosmétique, dans le bâtiment comme agent retardateur de prise du béton, en apiculture et même en substitution du sel l'hiver pour dégeler les routes. Cela démontre la polyvalence de cette plante et son potentiel d'innovation.

La culture de betteraves constitue également un puissant levier de durabilité, impactant des domaines aussi divers que le stockage du carbone dans le sol et la création d'emplois locaux. Aujourd’hui, un betteravier ne doit plus seulement produire des betteraves riches en sucre ou avec un haut potentiel fourrager. L’enjeu climatique en premier lieu, avec des phénomènes de sécheresse, d’excès d’eau, de canicule et de gel de plus en plus fréquents et intenses, contraint à l'adaptation des pratiques et à la recherche de résilience. Sociétal ensuite, car les nouvelles variétés créées nécessiteront de moins en moins de produits phytosanitaires, répondant à une demande croissante de l'opinion publique pour une agriculture plus respectueuse de l'environnement et de la santé.

Cet engagement vers la durabilité est incarné par des initiatives comme celles de Daniel Boulbin, producteur de lait sur Pommerit-le-Vicomte (22). En souscrivant une mesure agroenvironnementale (MAE), il a pour contrainte une baisse progressive de l’emploi de solutions chimiques, ce qui a nécessité de repenser l’itinéraire technique de sa culture. Ce type d'approche intégrée, mêlant innovation variétale, pratiques agronomiques optimisées et recours raisonné aux méthodes chimiques et mécaniques, est la voie à suivre pour une production de betteraves fourragères performante et durable, capable de relever les défis agricoles de demain.

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