La vie d'une bibliothèque ne se résume pas à l'accumulation statique d'ouvrages sur des étagères. Au contraire, elle nécessite une respiration constante, un mouvement perpétuel qui permet aux collections de rester pertinentes, accessibles et vivantes. À Besançon, cette pratique, connue sous le terme technique de « désherbage », est une opération indispensable afin de donner un nouveau souffle aux médiathèques et bibliothèques municipales. Loin d'être un simple retrait arbitraire, il s'agit d'une gestion rigoureuse, comparable au travail minutieux des jardiniers, assurant la santé intellectuelle et physique des fonds documentaires.

Le concept de désherbage : une nécessité opérationnelle
Dans le langage des bibliothécaires, le désherbage est une mission fondamentale. Les gardiens de ces collections - ils sont plus de 80 répartis sur l’ensemble des sites de la ville - trient au quotidien l’ensemble des ouvrages qui sont proposés en prêt aux lecteurs. « Cela fait partie de nos attributions », affirme Emilie Nouet, l’une des bibliothécaires chargée de ce grand ménage. Cette tâche exige une expertise fine, car elle implique de décider, pour chaque exemplaire, s'il doit rester en rayon, être retiré, ou trouver une nouvelle vie ailleurs.
Le premier objectif est structurel : « Nous devons faire de la place dans nos rayons pour de nouveaux documents. » Une bibliothèque qui ne se renouvelle pas est une bibliothèque qui s'essouffle, perdant son attrait pour le public qui recherche de l'actualité, des nouveautés et des contenus mis à jour.
Le cycle de vie des ouvrages : du recyclage à la seconde vie
Une fois qu'un livre est identifié comme devant quitter les rayons, il suit un processus de tri rigoureux. Les ouvrages sont répartis en deux catégories : les usagés et les moins sollicités ou plus de première actualité.
La première catégorie concerne les bouquins trop anciens qui ne sont plus présentables, déchirés, froissés ou qui tombent en lambeaux. Pour ces exemplaires, le constat est sans appel : ils sont envoyés au recyclage. Idem pour tous les manuels frappés d’obsolescence intellectuelle, comprenez des arrêts sur image à une époque donnée. L’Europe des douze par exemple, qui n’est plus d’actualité, ou d’anciens atlas lus qui portent les traces du temps, rejoignent ce circuit. Ils seront transformés en pâte à papier pour redevenir de nouveaux ouvrages.
La seconde catégorie, plus heureuse, est celle des livres qui ont droit à une deuxième vie. Ces ouvrages sont vendus lors d’opérations spécifiques, comme celle qui se tient au Centre Nelson-Mandela de Planoise, pour des sommes modiques. « Ils sont en bon état, certains ne sortent pas suffisamment de nos rayons, d’autres doivent être sortis du circuit pour laisser la place aux nouveautés. Cela concerne aussi bien les livres pour adultes, enfants, les manuels divers et variés (de bricolage, jardinage…). »

La vente comme opportunité de renouvellement
La vente de livres, telle qu'elle se poursuit ce dimanche de 9 h à 13 h au Centre Nelson-Mandela de Besançon, est le point d'orgue de ce processus. Avec des prix fixés en moyenne à 2 € l’exemplaire ou le lot de romans, ces événements permettent de dynamiser le fonds tout en offrant aux citoyens une opportunité d'enrichir leurs bibliothèques personnelles à moindre coût.
Parfois, certaines collections sont mises en vente pour la beauté de l’objet. Ce samedi, c’était le cas d’une série d’études « Que Sais-je ? » datant de juste après la Seconde Guerre mondiale. Ces ventes attirent un public varié, des lecteurs passionnés aux simples curieux, mais aussi les bouquinistes, brocanteurs et autres revendeurs, à l’affût de pépites.
À la recherche des perles rares
Peut-on tomber sur des perles ? À coup sûr, en particulier sur de beaux livres d’art, de civilisation, de géographie, d’histoire. Mais aussi des romans, des biographies, des aventures de science-fiction, des polars et des collections complètes de bandes dessinées, ou de livres pour enfants.
Il est toutefois crucial de préciser la philosophie derrière ces opérations : « Les bibliothèques publiques n’ont pas vocation à conserver. Les fonds anciens, ayant une valeur patrimoniale, les livres précieux sont gardés au sein de la bibliothèque d’étude et de conservation », explique Émilie Nouet. Le désherbage ne touche donc pas au patrimoine historique de la ville, mais bien aux collections courantes destinées à la lecture publique.
Dans les coulisses : d'une bibliothèque départementale (épisode 01/04)
L'infrastructure documentaire de Besançon
Pour bien comprendre l'ampleur de cette gestion, il faut considérer le volume total traité par le réseau. Le réseau des bibliothèques publiques de Besançon dispose d’un fond de 200 000 ouvrages. Tous ces livres sont répartis sur les sept sites de la ville et les bibliobus qui tournent dans les quartiers.
Ce maillage territorial permet une accessibilité optimale. Pour en avoir l’accès, il suffit de s’inscrire dans l’une des structures. Le système est particulièrement incitatif : les prêts sont gratuits et il est possible d’emprunter vingt « documents » par mois, c’est-à-dire romans, livres, CD, albums, etc. À ce jour, Besançon compte 15 000 abonnés qui profitent de cette richesse culturelle, laquelle est maintenue en état de grâce grâce à cette politique de désherbage permanente, garantissant que chaque visiteur trouve sur les étagères des contenus pertinents et en bon état.
La gestion des collections est un équilibre délicat entre conservation et renouvellement. Par cette approche méthodique, la ville de Besançon assure que ses bibliothèques restent des espaces vivants, capables de s'adapter aux évolutions du temps, tout en offrant une seconde chance aux ouvrages qui n'ont plus leur place dans le circuit du prêt public.
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