Désherbage des Prairies en Agriculture Biologique : Stratégies et Innovations pour une Performance Durable

Prairie verdoyante avec des vaches en pâturage

Introduction : L'Herbe, Pilier de l'Élevage Biologique et Enjeu du Désherbage

Dans une recherche de performance technique et économique des systèmes bovins lait, l’herbe constitue un mode d’alimentation promis à un bel avenir. En effet, l’herbe pâturée coûte trois fois moins cher à produire que l’herbe récoltée (à la tonne de MS). Ce printemps particulièrement, l’herbe des pâturages est beaucoup plus riche que l’an dernier. Tout l’enjeu d’une gestion rigoureuse du pâturage réside dans le maintien d’une pression de pâturage suffisante au plus fort de la pousse de l’herbe, pour éviter la dégénérescence des plantes. Selon l’évolution de la composition du fourrage au cours de la saison, charge à l’éleveur d’être réactif à l’auge pour adapter les UFL et le taux de protéines : “En été, l’herbe est moins disponible et sa composition évolue moins vite. L’agriculture biologique, par son engagement à éviter les herbicides chimiques, fait face à un défi majeur : la gestion des adventices. Cependant, cette contrainte stimule l'innovation et le développement de solutions alternatives, respectueuses de l'environnement et de la santé humaine. Le désherbage contribue à limiter la perte de fourrage : en régulant la prolifération des adventices, la concurrence est réduite. Si certaines plantes présentes dans vos prairies contribuent à la typicité de vos productions, d’autres limitent la qualité alimentaire de vos fourrages. Outre la concurrence, le désherbage permet également de limiter les risques de toxicité. La maîtrise des adventices les plus toxiques protège les animaux, car même à faible quantité, elles peuvent conduire à un refus, au pâturage comme à l’auge. En cas d’ingestion, elles provoquent des troubles digestifs pouvant mener à la mort de l’animal. Mais il n’y a pas que les animaux ! Le désherbage de vos parcelles peut être imposé au niveau local afin de lutter contre des adventices envahissantes comme le chardon, ou dangereuses comme l’ambroisie, la berce du Caucase ou la datura.

Bien que bénéfiques, les mauvaises herbes peuvent cependant modifier l'environnement de la culture d'une manière négative. Dans des cultures envahies d’adventices, la circulation de l'air et de la lumière est réduite entre les rangs de semis. Alors, dans cet environnement plus sombre et plus humide, les maladies trouvent des conditions idéales pour se propager et infecter les plantes.

Comprendre l'Enjeu des Adventices en Agriculture Biologique

L’un des majeurs principes de l’agriculture biologique vise à prévenir les problèmes plutôt qu’à les guérir. Ce principe vaut également pour la gestion des adventices. La phase la plus sensible d'une culture à la concurrence des mauvaises herbes a surtout lieu lors de la période de germination et de croissance précoce de la culture. La concurrence avec les mauvaises herbes, à ce stade précoce de développement, peut impacter les récoltes à venir et peut rendre les cultures fragiles faces aux infections de parasites et de maladies. Si la concurrence avec les adventices apparaît plus tard dans le développement des cultures, alors les effets seront probablement moins désastreux. Cependant, il est conseillé de rester vigilant lors de la maturation des plantes, car certaines mauvaises herbes peuvent tout de même causer de fortes diminutions de rendements lors des récoltes.

Dans la situation du désherbage d’entretien, il est judicieux de pratiquer un diagnostic de la prairie afin de comprendre pourquoi elle s’est dégradée. L'Agrostis stolonifère, par exemple, est une mauvaise herbe qui sécrète par ses stolons des substances anti-germinatives qui empêchent les plantes situées à proximité, de se développer.

Stratégies Préventives : Réduire la Pression des Mauvaises Herbes

Plusieurs mesures préventives peuvent être appliquées simultanément. L'efficacité des différentes méthodes dépend surtout des espèces de mauvaises herbes et des conditions environnementales.

Choix des Cultures et Variétés

Les cultures de grande taille et les variétés à feuilles larges permettent de mieux concurrencer les mauvaises herbes que les variétés de petite taille à feuilles étroites. Certaines variétés inhibent et font disparaître les mauvaises herbes tandis que d'autres les tolèrent. Par exemple, le striga (Striga sp.) est une mauvaise herbe qui pose de nombreux problèmes en Afrique. Associer la culture principale avec une culture très compétitive avec les mauvaises herbes peut être un moyen très efficace de lutter contre l’envahissement des adventices.

Rotation des Cultures et Couverture du Sol

La rotation des cultures est la mesure la plus efficace pour réguler la quantité de graines et de racines de mauvaises herbes sur une parcelle. La rotation des cultures consiste à alterner les cultures sur une même parcelle pour perturber le cycle de vie des mauvaises herbes. La rotation des cultures présente plusieurs avantages : elle améliore la fertilité du sol, lutte contre les ravageurs et les maladies, et réduit la dépendance aux herbicides. Un exemple d’application est la rotation entre le blé, la luzerne et la betterave sucrière. Cette rotation permet de contrôler les mauvaises herbes spécifiques à chaque culture et de diversifier les apports nutritifs du sol.

Schéma illustrant la rotation des cultures sur plusieurs années

La couverture végétale entre en concurrence avec les mauvaises herbes pour l’accès à la lumière, les nutriments et l'eau et aide donc à diminuer le développement des adventices. Les cultures de couverture habituellement utilisées sont des légumineuses, ce qui améliore également la fertilité des sols. Le paillage consiste à couvrir le sol avec une couche de matière organique pour limiter la croissance des mauvaises herbes. Le paillis crée une barrière physique qui empêche les mauvaises herbes de germer et de se développer. Différents types de paillis peuvent être utilisés, tels que la paille, les feuilles mortes, le compost, les écorces de bois et les tontes de gazon. Souvent, les mauvaises herbes ne sont pas en mesure de passer à travers la couche de paillis et ne peuvent pas se développer à défaut de lumière. Un exemple d’application est la production de fraises bio, où le paillage avec de la paille est utilisé pour limiter la croissance des mauvaises herbes, favoriser la maturation des fruits et améliorer la qualité des fruits.

Techniques de Semis et Densité

Il est important de semer en prenant en compte les conditions optimales de croissance des cultures, afin de favoriser leur développement et leur capacité à rivaliser avec les mauvaises herbes. Une gestion adaptée de la succession des cultures, de la date des semis et surtout de l’espacement entre les rangs ou les pieds de culture, sont des mesures qui permettent de limiter considérablement le développement des adventices. La densité de semis influence la compétition entre les cultures et les mauvaises herbes. Des recommandations spécifiques existent pour chaque culture. La densité de semis optimale varie en fonction du type de culture, de la variété, des conditions climatiques et du type de sol. Un exemple d’application est la production de maïs bio, où une densité de semis élevée est utilisée pour favoriser une couverture dense du sol et limiter la germination des mauvaises herbes. Il est possible d’implanter dans un premier temps les graminées en pure à l’automne, et de sur semer les légumineuses au printemps suivant.

Préparation du Sol et Hygiène

Les méthodes de préparation du sol peuvent influencer la pression des mauvaises herbes (en densité et en diversité d’espèces) sur les cultures. Par exemple, le travail minimum du sol peut augmenter la pression des mauvaises herbes. En effet, les adventices ont tendance à profiter de l’intervalle entre la récolte et le nouveau semis pour germer. Préparer le sol juste avant de semer peut effectivement diminuer le développement de ces mauvaises herbes opportunistes. Déchaumer ou faire ressortir à la surface les racines des résidus de culture, permettent également de lutter contre les mauvères herbes persistantes. La culture sans labour, ou agriculture de conservation, est une technique qui minimise le travail du sol et préserve la structure du sol. En réduisant le travail du sol, la culture sans labour permet de limiter la germination des mauvaises herbes en les empêchant d’accéder à la lumière et à l’humidité du sol. La culture sans labour nécessite des techniques de semis et de plantation spécifiques. Il est important de choisir les outils et les techniques adaptés à cette pratique, et de prendre en compte les conditions spécifiques du sol et du climat. Un exemple d’application est la production de céréales bio, où la culture sans labour est souvent utilisée pour minimiser le travail du sol et réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Il est conseillé d’éviter d’introduire des graines de mauvaises herbes sur des parcelles propres (exemptes d’adventices), en prenant soin de nettoyer les outils agricoles ainsi que les pieds, les crins et le poil des animaux de trait. Il est recommandé aux agriculteurs d’établir un plan de la distribution des mauvaises herbes sur leurs parcelles et selon les périodes de l’année (quelles espèces d’adventices ? à quel endroit ? à quel moment ?).

5 min pour comprendre l'AGRICULTURE BIOLOGIQUE, le DÉSHERBAGE, JACHÈRE....)

Méthodes Biologiques et Agroécologiques

Les solutions chimiques disponibles en présence de légumineuses sont très peu nombreuses en agriculture biologique, ce qui pousse au développement de méthodes alternatives.

Agents Biologiques Contre le Striga

Des essais scientifiques dans de nombreuses cultures céréalières ont montré que le champignon Fusarium oxysporum (identifié au Burkina Faso, au Mali et au Niger), transmis par le sol, est très efficace contre la mauvaise herbe des sorcières, ou striga (Striga hermonthica et S. asiatica). D’autres espèces de Fusarium (F. nygamai, F. oxysporum et F. solani), trouvées au Soudan et au Ghana, sont également très efficaces. Ce champignon, ayant des propriétés herbicides contre le striga, est sur le point d'être inventorié dans les différents pays d’Afrique, afin de pouvoir être potentiellement utilisé par tous les agriculteurs à l’avenir.

Certaines bactéries peuvent infecter les racines des espèces de striga, et ainsi bloquer la germination des graines, voire détruire la semence. Ces bactéries des racines (appelées rhizobactéries) sont des agents de lutte biologique prometteurs pour l’avenir, dans la mesure où elles peuvent être produites facilement et à moindre coût. Elles peuvent ainsi servir d’inoculant, c'est-à-dire être ajoutées aux semences des cultures principales afin de lutter contre le striga dès la période de semis. Par exemple, les bactéries Pseudomonas fluorescens putida permettent d’inhiber la germination des graines de Striga hermonthica. Les bioherbicides sont des produits à base de substances naturelles d’origine végétale ou microbienne. L’efficacité et la sécurité des bioherbicides varient en fonction du type de bioherbicide et de l’espèce de mauvaise herbe. Il est important de choisir le bioherbicide adapté à la culture et de respecter les précautions d’utilisation. Un exemple d’application est l’utilisation d’extraits de plantes comme l’ail et la moutarde pour contrôler les mauvaises herbes dans les cultures maraîchères.

Rôle de la Microflore du Sol

La microflore du sol joue un rôle important dans le contrôle des mauvaises herbes. Les micro-organismes du sol entrent en compétition avec les mauvaises herbes pour les nutriments et l’eau, ce qui limite leur croissance. La stimulation de la microflore du sol peut se faire par l’utilisation de compost, d’engrais organiques et de pratiques agricoles respectueuses du sol. Le compost apporte des nutriments au sol et favorise la croissance des micro-organismes. Un exemple d’application est la pratique de la culture sans labour, qui permet de préserver la structure du sol et de favoriser la biodiversité du sol, y compris la microflore. Les pratiques de rotation des cultures et d’apport de compost contribuent également à stimuler la microflore du sol et à améliorer la résistance aux mauvaises herbes.

Techniques de Désherbage Curatives

En suivant les pratiques préventives de gestion des mauvaises herbes, leur densité au sein des cultures peut être considérablement réduite. Cependant, au tout début du développement des cultures (phase particulièrement critique), les mesures de prévention ne sont parfois pas suffisantes pour lutter contre l’envahissement des adventices.

Désherbage Manuel

Les techniques mécaniques visent à éliminer physiquement les mauvaises herbes du champ. Le sarclage manuel permet une intervention précise et adaptée à la culture. Les agriculteurs peuvent choisir les mauvaises herbes à éliminer et éviter de détériorer les cultures. Le sarclage manuel exige une main-d’œuvre importante, mais il offre un contrôle minutieux et permet d’éviter l’utilisation de produits chimiques. Ceci est très important. Cela représente une grande quantité de travail, mais si le désherbage est assez efficace et méticuleux, moins de travail sera ensuite nécessaire sur la parcelle, les cultures pourront bien se développer et les rendements seront meilleurs.

Désherbage Mécanique

La bination est une technique qui consiste à ameublir le sol autour des plants pour limiter la croissance des mauvaises herbes. La bination est particulièrement efficace pour les cultures en rang et les cultures sarclées. Elle peut être réalisée plusieurs fois par saison, en fonction du développement des cultures et de l’apparition des mauvaises herbes. Un exemple d’application est la production de pommes de terre bio, où la bination est utilisée pour contrôler les mauvaises herbes entre les rangs et permettre aux plants de se développer correctement.

Le désherbage mécanique utilise des outils motorisés pour éliminer les mauvaises herbes. Il existe plusieurs types de désherbeurs, chacun adapté à un type de culture et de mauvaises herbes. Le désherbage mécanique est une alternative aux herbicides chimiques, mais il est important de choisir le désherbeur adapté à la culture et à la taille des mauvaises herbes. Un exemple d’application est la production de céréales bio, où les désherbeurs mécaniques sont utilisés pour éliminer les mauvaises herbes entre les rangs. Grâce à un outil tracté par des animaux de trait ou par un engin à moteur (par exemple un tracteur, un motoculteur, etc.), on peut augmenter considérablement l'efficacité du travail. Cela dépend beaucoup des conditions de l’exploitation. Par exemple, si les cultures sont inondées ou en pente trop inclinée, il sera impossible de travailler avec un tracteur, qui risque de s’embourber dans les sols ou de se retourner en flanc de colline.

Les rouleaux de désherbage sont utilisés pour enfouir les jeunes pousses de mauvaises herbes et les empêcher de pousser. L’efficacité des rouleaux de désherbage dépend du stade de développement des mauvaises herbes et du type de sol. Ils sont particulièrement efficaces pour les jeunes pousses de mauvaises herbes et les sols meubles. Un exemple d’application est la production de légumes bio, où les rouleaux de désherbage sont utilisés pour contrôler les mauvaises herbes après le semis ou la plantation.

Désherbage Thermique

Le désherbage thermique utilise la chaleur pour brûler les mauvaises herbes. Différents types d’appareils sont utilisés, tels que les brûleurs à flamme, les générateurs de vapeur d’eau et les appareils à infrarouges. L’efficacité du désherbage thermique varie en fonction de l’espèce de mauvaise herbe et des conditions météorologiques. Un exemple d’application est le désherbage thermique des allées et des chemins d’accès dans les jardins et les vergers bio. Cette technique permet de contrôler les mauvaises herbes sans utiliser d’herbicides et sans perturber les cultures environnantes. Cette technique peut éventuellement être une autre option de désherbage. Après la récolte, les adventices sont brièvement chauffées à des températures supérieures à 100°C, ce qui provoque la coagulation des protéines des feuilles et un éclatement de la paroi des cellules végétales. En conséquence, les mauvaises herbes se dessèchent et meurent, si elles ne possèdent pas de racines profondes.

Image d'un désherbeur thermique en action dans un champ

Broutage par les Animaux

Le broutage consiste à utiliser des animaux pour brouter les mauvaises herbes. Cette technique est particulièrement efficace pour contrôler les mauvaises herbes dans les prairies, les pâturages et les zones à végétation dense. Le broutage offre une alternative écologique et durable aux techniques de tonte mécanique. Les animaux peuvent brouter les mauvaises herbes de manière sélective, favorisant ainsi la biodiversité et la richesse des écosystèmes. Un exemple d’application est l’utilisation de moutons pour brouter les mauvaises herbes dans les prairies bio. Les moutons sont capables de consommer une grande variété de mauvaises herbes, et leur broutage contribue à maintenir une végétation variée et à limiter la dominance des mauvaises herbes. Dans les cultures pérennes de café, de mangue, d’avocat ou de cacao, il est commun de faire pâturer des moutons et/ou des chèvres afin de réduire la croissance des adventices rampantes. Il est cependant vivement recommandé de protéger les troncs des arbres, car les chèvres enlèvent et mangent parfois leur écorce. Dans le cas des bovins, les pousses des petits arbustes feuillus (considérés comme des mauvaises herbes) ne seront pas mangées par le bétail qui préfère les graminées.

Moutons broutant dans un champ sous des arbres

Enjeux Économiques et Environnementaux

Herbe, biodiversité, carbone, la prairie est au carrefour d’enjeux économiques et environnementaux pour l’exploitation d’élevage, mais aussi pour la France. La gestion des mauvaises herbes est un défi majeur pour les agriculteurs, et l’agriculture biologique, en raison de son engagement à éviter les herbicides chimiques, doit trouver des solutions alternatives. Les techniques naturelles permettent de contrôler les mauvaises herbes tout en préservant l’environnement et la santé humaine. De plus, ces pratiques contribuent à la biodiversité et à la préservation des écosystèmes agricoles. L’agriculture biologique offre une large palette de techniques naturelles pour la gestion des mauvaises herbes. En combinant plusieurs approches, les agriculteurs bio peuvent contrôler efficacement les mauvaises herbes tout en préservant la santé de leurs cultures et de l’environnement.

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