Le désherbage thermique représente une méthode innovante et respectueuse de l'environnement pour éliminer les adventices, offrant une alternative concrète aux herbicides chimiques. Cette technique, de plus en plus plébiscitée par les professionnels et les particuliers, repose sur l'utilisation de la chaleur pour provoquer un choc thermique fatal aux plantes indésirables.

Qu'est-ce que le Désherbage Thermique ?
Le désherbage thermique consiste à tuer les plantules de mauvaises herbes à l’aide de la chaleur. Plus simplement, on a le choix entre une flamme nue, des gouttelettes d’eau bouillante, une plaque chauffante, des infrarouges ou de l'air extrêmement chaud pour éliminer les mauvaises herbes. Cette technique récente repose sur une idée simple : on chauffe les plantes, ce qui les abat sans produit chimique et sans effort. Il s'agit en fait de donner un coup de chaud assez puissant à la mauvaise herbe pour qu’elle périsse quelques jours après. L'objectif n'est pas de brûler la plante, mais juste de la chauffer, ne pas insister avec la flamme est primordial. Au contact de la flamme, les tissus végétaux éclatent et dépérissent rapidement. Si l'on brûle la plante, les parties restées intactes cicatrisent et peuvent repartir de plus belle. En se contentant de « donner un coup de chaud » à la plante, ses tissus sont abîmés, ce qui l'affaiblit. S'il s'agit d'une plantule, elle n'aura pas la force de repartir.
Le désherbage thermique agit par choc thermique : la partie aérienne des jeunes adventices est exposée à une température supérieure à 1000°C pendant une durée très courte, ce qui fait éclater leurs cellules. La température reste en surface, donc la vie du sol n’est pas impactée. Ce furtif coup de chaud, qui ne dure que quelques secondes, vient alors détruire les cellules de la plante, sans la brûler à proprement parler.
Principes de Fonctionnement et Types d'Équipements
Le désherbage thermique repose sur une élévation brutale de la température au contact des plantes ciblées. Lorsque la chaleur atteint 80 à 100°C, elle provoque une coagulation des protéines et une rupture des membranes cellulaires de la plante. Cette technique est particulièrement efficace sur les jeunes pousses, qui sont plus sensibles à la chaleur.
On utilise un désherbeur thermique qui fonctionne soit à l’électricité, soit au gaz (butane ou propane). Les différents formats d’outils de désherbage thermique sont adaptés à la diversité des systèmes de production :
- Désherbeurs à gaz à flamme directe : Fonctionnent avec une flamme dirigée vers les mauvaises herbes. Ces appareils sont souvent associés à des cartouches de gaz rechargeables (butane ou propane), reliées à une lance et sont recommandés pour désherber les grandes superficies. Ils émettent une flamme et nécessitent un faible temps d’application sur la plante (1 à 2 secondes suffisent). Les désherbeurs thermiques à flamme directe et à infrarouges sont également disponibles à la vente pour les jardiniers amateurs. Les modèles à gaz offrent un désherbage rapide grâce à une flamme directe qui chauffe l’air jusqu’à 1 000°C, détruisant les mauvaises herbes en quelques secondes.
- Désherbeurs thermiques électriques : Reliés au courant électrique, ils nécessitent donc l’utilisation d’une rallonge. Le désherbeur thermique électrique propulse de l’air à plus de 600 °C et nécessite un temps d’intervention plus long sur la mauvaise herbe (environ 10 secondes).
- Dispositifs de désherbage thermique à infra-rouge : Émettent une chaleur intense sans flamme, réduisant ainsi les risques d’incendie et d’altération des surfaces sensibles.
- Dispositifs à eau et à vapeur d'eau : Utilisent des gouttelettes d'eau bouillante ou de la vapeur pour éliminer les adventices.
- Dispositifs à air chaud : Ces désherbeurs thermiques à air chaud existent en version poussée, automotrices et à monter sur tracteur.
Les outils peuvent être tractés, poussés manuellement ou portés avec un brûleur unique, pour s'adapter aux différentes surfaces et besoins. Pour les grandes surfaces, un modèle tracté ou monté sur un véhicule garantit un gain de temps et une meilleure efficacité, tandis que pour les zones plus réduites, un modèle manuel ou à chariot suffit.
TUTO : être EFFICACE en désherbage thermique
Efficacité et Domaines d'Application
Le désherbage thermique peut être utilisé dans toutes les cultures en pré-semis, en pré-levée, ainsi que sur l’entre-rang (s’il y a des déflecteurs pour protéger la culture!). En post-levée, le désherbage thermique s’utilise dans des cultures et stades spécifiques. Il perdra en efficacité sur des mauvaises herbes bien établies, vivaces ou graminées. Le choc thermique est particulièrement efficace sur les dicotylédones annuelles jusqu’au stade quatre feuilles vraies. Pour être efficace, il faut prendre les adventices au bon stade et ajuster la hauteur du brûleur. Il faut que la flamme bleue atteigne les plantules, ce qui signifie généralement d’être à 15-20 cm au-dessus du sol. Avec ce réglage, un brûleur individuel va toucher les adventices sur un diamètre de 20-25 cm. Plus les adventices seront jeunes, plus la vitesse d’avancement pourra être élevée.
Le désherbage thermique est souvent utilisé pour détruire des faux semis. Il dépasse de loin les autres outils car il supprime les adventices qui ont levé sans remuer le sol : il y a peu de chances pour que de nouvelles graines remontent à la surface et germent. L’idéal est d’intervenir au stade cotylédon. On cherche à faire moins de passages et à toucher autant d’adventices que possible.
Traditionnellement, ce sont les espèces semées (carotte, radis, navet, etc.) que l’on désherbe thermiquement en pré-semis. Jean-Emmanuel Pelletier, maraîcher diversifié, témoigne : « Je me suis installé en 1998 en maraîchage diversifié. Dès 2003, j’ai investi dans un outil de désherbage thermique tracté pour réduire la pénibilité liée au désherbage. […] Toutes les cultures sont implantées suite à un faux semis détruit thermiquement. Il faut se rendre à l’évidence : sans désherbage thermique, j’arrêterais l’agriculture. » Il fonctionne quasi exclusivement avec la technique du désherbage en pré-semis : le passage a lieu la veille du semis. En fonction de l’enherbement, il peut intervenir en pré-levée sur les cultures semées : betterave, oignon, épinard. L’oignon semé est résistant au choc thermique jusqu’au stade crosse.
Sur les allées, au potager entre les rangs et dans les endroits difficile d'accès (entre des pavés par exemple), le désherbage thermique est intéressant. Désherber à la flamme, c'est maîtriser sans se fatiguer les plantes qui gênent. Vous tiendrez propres les allées sans produit chimique, juste en passant la flamme. Et vous arrêterez d'un coup net les plantes qui menacent de monter à fleur et former des myriades de graines, comme les chardons et les orties.
Le désherbage thermique est beaucoup plus efficace sur les jeunes plantes que sur les anciennes, il est ainsi conseillé de s’y prendre dès l’apparition des jeunes pousses de mauvaises herbes. Il faut également savoir que le rayon d’action du désherbeur thermique n’est pas très précis et que ce type de désherbage est donc plutôt adapté aux allées de graviers, aux bordures de plantes-bandes ou aux terrasses. Dans un massif de fleurs ou au potager, il sera en effet difficile de viser une mauvaise herbe en particulier sans risquer de toucher la plante décorative ou comestible qui se trouve à 2 ou 3 cm d’elle.

Avantages du Désherbage Thermique
L’utilisation de désherbeurs thermiques offre de nombreux avantages par rapport aux méthodes traditionnelles de désherbage chimique.
Impact Environnemental Réduit
Le principal atout du désherbage thermique réside dans son impact environnemental réduit. Contrairement aux herbicides chimiques, qui contaminent les sols, l’eau et la biodiversité, cette méthode utilise uniquement la chaleur pour éliminer les adventices. Le désherbage thermique ne pollue pas les sols, ce qui en fait une méthode de désherbage écologique. L’avantage de ne pas utiliser de produit chimique évite la destruction de la faune souterraine essentielle à la régénération de la planète (micro-organismes, insectes et petits animaux, comme les taupes et rongeurs). Toutefois, le désherbeur thermique à gaz dégage du CO2, ce qui n’est pas le cas du désherbeur thermique électrique considéré alors comme plus « eco-friendly ».
Sécurité Sanitaire
Les herbicides chimiques présentent des risques pour la santé des professionnels qui les manipulent, en raison de l’inhalation de substances toxiques ou du contact cutané avec les produits. Le désherbage thermique, lui, ne diffuse aucune substance nocive.
Efficacité et Durabilité
Contrairement aux idées reçues, le désherbage thermique est tout aussi performant que les méthodes chimiques, à condition d’être appliqué correctement. Bien que le désherbage thermique ne garantisse pas une élimination définitive des mauvaises herbes dès le premier passage, son action répétée fragilise progressivement les racines et réduit leur capacité à repousser. Pour des plantes plus âgées, il faut s’attendre à effectuer plusieurs passages, selon la profondeur d’enracinement des herbes que vous souhaitez traiter. Pour bien désherber avec un désherbeur thermique, prévoyez de passer à plusieurs reprises, afin d'épuiser progressivement les plantes qui tentent de repartir après le passage précédent. Il est difficile en effet, par cette méthode, de se défaire des plantes à racines profondes, comme le pissenlit ou le chiendent. Les plantes à feuilles larges et enracinées peu profondément, comme le plantain, se maîtrisent facilement de cette manière.
Conformité Législative
De plus en plus de pays, notamment en Europe, adoptent des réglementations strictes sur l’utilisation des pesticides. En France, la loi Labbé interdit depuis 2017 l’usage des produits phytosanitaires pour l’entretien des espaces verts, voiries et forêts accessibles au public. Pour les entreprises et collectivités, le désherbage thermique constitue donc une solution conforme à la législation tout en garantissant un entretien efficace des surfaces.
Confort d'Utilisation
L’avantage ergonomique du désherbage thermique est qu’il s’effectue debout, et non sur les genoux ! Il apporte un bien meilleur confort, car arracher les mauvaises herbes est un travail chronophage qui brise le dos et les genoux.
Coûts Associés au Désherbage Thermique
Les coûts indiqués ici datent de plusieurs années et sont reproduits pour donner une idée de grandeur. De plus, il s’agit de coûts évalués pour des dispositifs expérimentaux, non pas pour des équipements disponibles de façon commerciale.
Dans une étude de l’IRDA, le coût des équipements pour couvrir 4 rangs avec un pyrodésherbeur à flamme couverte était de 2680$ et celui d’un pyrodésherbeur à flamme nue était de 9000$. Une étude de l’IRDA a estimé les coûts de passage d’un pyrodésherbeur à 48$/ha incluant la main d’œuvre et le prix du propane avec une vitesse de 4km/h.
Un des inconvénients de cette méthode est la consommation de gaz, une énergie fossile, qui peut être importante (sur les modèles à plusieurs brûleurs notamment). Une grande quantité de CO2 (gaz à effet de serre) est dégagée lors de la combustion du gaz, c’est pourquoi il est indispensable de respecter certaines règles d’utilisation.
Précautions et Bonnes Pratiques
L’utilisation d’un désherbeur thermique professionnel est sécurisée lorsqu’elle est effectuée dans de bonnes conditions. L’attention est indispensable quand on utilise le désherbeur thermique. Mais en étant vigilant, il n’y a pas de risque à passer l’outil.
Risques d'Incendie
Il faut être particulièrement vigilant lors de l'utilisation du désherbeur thermique, surtout par temps sec et/ou venteux. Jean-Emmanuel Pelletier raconte avoir frôlé l’incendie à deux reprises en 15 ans, notamment par temps de mistral ou sous abri avec des pailles de sorgho d’Alep qui se sont enflammées. Il vaut mieux éviter de faire un désherbage thermique quand les résidus pailleux sont trop nombreux. Les journées venteuses ne signent pas l’interdiction de passer le désherbeur thermique, mais il faut être particulièrement vigilant. Protéger le dispositif par un coffre réduit l’impact du vent sur l’efficacité du brûlage et le risque d’incendie.
Ne pas utiliser son désherbeur thermique pendant les périodes de sécheresse, lorsque l’herbe est jaune, surtout si l'on se trouve à la campagne, entouré de broussailles qui peuvent prendre feu très facilement. Dans tous les cas, le désherbeur thermique n’est pas adapté pour les surfaces sur lesquelles l’herbe est déjà très haute, comme sur les terrains en friche qui ne sont pas régulièrement entretenus.
Impact sur le Sol et la Faune
Le passage de la flamme sur le sol a des effets indésirables, qu'il faut connaître. En premier lieu, la chaleur peut blesser des animaux utiles rampant sur le sol, comme les carabes, les perce-oreilles et les cloportes. La chaleur a surtout l'inconvénient de réveiller des graines endormies. Là où il n'y avait que quelques plantules, le passage de la flamme fait lever de grandes quantités de mauvaises herbes. Un second passage, quelques jours après, est donc nécessaire. Le désherbage thermique, en apportant de la chaleur au sol, peut induire la levée de dormance de graines s’y trouvant et ainsi faciliter leur germination. On peut donc constater une pousse importante et devoir multiplier les passages pendant les premières saisons pour parvenir à un épuisement progressif du stock de graines du sol.

Réglages et Vitesse
Il est crucial d'être attentif aux réglages et à la vitesse de la machinerie. Le but ici n’est pas de déclencher un incendie mais bien de provoquer des chocs thermiques mortels pour les mauvaises herbes. Pour vérifier l’efficacité du brûlage thermique, il suffit de pincer une feuille. Appliquez la chaleur comme suit : pas plus de 2 secondes par zone pour le gaz, et environ 5 secondes par zone pour l’électrique.
Périodes d'Utilisation
De façon générale, le désherbage thermique peut être employé en toutes saisons : printemps, été, automne et hiver. Au contraire, une légère humidité au sol (rosée par exemple) augmente l’efficacité du brûlage, car l’humidité se transforme en vapeur brûlante. Ne pas utiliser un désherbeur thermique sur des plantes humides (rosée, pluie) car cela demanderait beaucoup plus d’énergie pour que le passage soit efficace.
Complémentarité avec d'Autres Méthodes
La technique a un excellent potentiel de complémentarité avec d’autres méthodes de désherbage (manuel, mécanique ou électrique) de régie intégrée. Le désherbage thermique doit être associé à des passages mécaniques ou manuels. Ainsi, Jean-Emmanuel Pelletier bine entre les rangs et sur le passage de roue ses choux chinois, épinards, blettes et betteraves, une à deux fois, un mois après implantation. Selon la culture, la suppression du désherbage thermique entraîne une augmentation du temps de désherbage, ou impacte la récolte.
On peut perfectionner son désherbeur thermique en y ajoutant différents dispositifs :
- Une lame devant les brûleurs déterrera les graminées (à condition qu’il n’y ait pas de grosse motte ou des gros résidus). Pour venir à bout des adventices, on peut fixer une lame en amont des brûleurs : elle va écroûter le sol sur 1,5 à 2 cm de profondeur, mettant ainsi à nu les plateaux de tallage des plantules récalcitrantes. Ces racines ne résistent pas à l’action des brûleurs qui suivent la lame. En revanche, si les adventices sont déjà trop développées, il vaut mieux faire un premier passage sans lame pour brûler la végétation aérienne, suivi d’un deuxième passage avec la lame afin de détruire les racines. Ne faire qu’un seul passage avec la lame a tendance à enfouir les adventices au lieu de les brûler.
- Un rouleau à l’arrière servira à rappuyer le sol et régler la hauteur des brûleurs.
- Un système d’allumage automatique apportera du confort et plus de sécurité.
- Des flancs métalliques permettront de mieux localiser l’impact du brûlage.
- Des brûleurs obliques désherberont le flanc des planches.
- Un kit de binage tiendra propre les entre-rangs ou entre-planches.
TUTO : être EFFICACE en désherbage thermique
Espèces de Mauvaises Herbes et Sensibilité au Choc Thermique
Les mauvaises herbes n’ont pas toutes le même niveau de sensibilité et certaines peuvent reprendre très rapidement grâce à leur partie souterraine (qui n’est pas éliminée par un désherbage thermique).
Certaines espèces sont éliminées facilement : pensée sauvage et renouée des oiseaux (au stade plantule), séneçon commun, gaillet gratteron et mouron des oiseaux (stade plantule jusqu’à 4 feuilles). Attention, dans tous les cas il est impératif d’agir avant l’apparition des graines voire des fleurs, sous peine de voir une multitude de nouveaux individus repousser.
Parmi les espèces « récalcitrantes » : les graminées (pâturin annuel, chiendent) et de manière générale les monocotylédones et vivaces sont moins sensibles que les dicotylédones et les plantes annuelles. Les graminées sont moins sensibles au choc thermique, car leur point végétatif est protégé (idem pour la capselle). De même pour les vivaces (rumex, chardon, etc.) qui doivent être arrachées manuellement ou mécaniquement. Il est possible de les éliminer en surface mais ces plantes reprendront à partir de leurs organes souterrains dans les jours suivant le désherbage.
Le Désherbage Thermique en Agriculture Biologique
Le désherbage thermique s’inscrit parfaitement dans une démarche de transition écologique, en minimisant les effets négatifs sur l’environnement. Face aux enjeux environnementaux et aux réglementations de plus en plus strictes, les professionnels de l’entretien des espaces verts, des voiries et de l’agriculture cherchent des alternatives aux herbicides chimiques. En utilisant la chaleur pour éliminer les adventices, cette méthode permet de se passer totalement des produits chimiques tout en assurant un entretien efficace des surfaces. Le désherbage thermique est une solution idéale pour les collectivités, les entreprises du paysage et les exploitants agricoles souhaitant une alternative sans produits chimiques efficace et respectueuse de l’environnement.

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