Le jardinage est une activité gratifiante, mais la culture des tomates, bien que populaire, n'est pas sans défis. Malgré un soin jaloux apporté à notre jardin, il est impossible de tout contrôler, et les plants de tomates peuvent être affectés par diverses maladies. Ces affections peuvent compromettre la récolte, la qualité des fruits et, dans certains cas, présenter des risques pour la santé humaine si les tomates malades sont consommées sans discernement. Cet article explore les causes des maladies de la tomate, les risques associés à la consommation de fruits atteints et les stratégies de prévention et de gestion pour garantir une récolte saine et abondante.

Identifier les Causes des Maladies de la Tomate
Les maladies de la tomate sont multiples et peuvent avoir diverses origines. Certaines sont liées à la présence d’organismes fongiques, tandis que d’autres sont d’origine bactérienne ou virale. Les aléas du climat, tels qu'un été anormalement pluvieux, peuvent également être pointés du doigt comme des facteurs favorisants. De même, certaines variétés de tomates sont plus sensibles ou encore ce sont nos plants qui résistent mal à l’agression. Les causes peuvent être multiples, allant des conditions météorologiques défavorables à des pratiques culturales inadaptées.
Plusieurs facteurs peuvent favoriser le développement des maladies de la tomate :
- L'arrosage excessif : C'est un facteur majeur qui favorise le développement des maladies fongiques. Un arrosage maîtrisé, idéalement au pied, est recommandé pour prévenir ces affections.
- Des variétés inadaptées à votre région : Il est essentiel de choisir des variétés de tomates bien adaptées au climat de votre région, car certaines sont plus résistantes aux maladies que d'autres. Les tomates hybrides, par exemple, sont pour la plupart sélectionnées pour leur résistance à certaines maladies, bien que cela ne soit pas toujours vrai et que les maladies puissent muter.
- La trop grande proximité des pieds : Une densité de plantation trop élevée peut empêcher l'air de circuler correctement entre les plants et la pénétration du soleil. La proximité facilite également la transmission des maladies d’un plant à l’autre.
- Des outils sales : Les maladies peuvent se propager d’une plante à l’autre par l’intermédiaire d’outils non désinfectés.
- Le sol : Un sol malsain et non fertile peut affaiblir les plants et les rendre plus vulnérables. Il est primordial de s’assurer que le sol dans lequel on cultive est sain et fertile.
- Les excès d’azote : Des excès d'engrais azoté peuvent perturber l’absorption du calcium par les plants de tomates, les rendant plus vulnérables à des maladies comme la pourriture apicale.
Comment lutter contre le mildiou de la tomate
Les Maladies les Plus Fréquentes de la Tomate et Leurs Symptômes
Les maladies les plus fréquentes chez la tomate sont également rencontrées sur différents végétaux cultivés. La majorité des maladies présentent des signes caractéristiques. Il est crucial de traiter aussitôt que l’on remarque les premiers signes afin d’éviter que la maladie ne se propage ou ne s’aggrave.
Le Mildiou (Phytophthora infestans)
Le mildiou est une maladie cryptogamique causée par un oomycète, le Phytophthora infestans, un organisme microscopique plus proche des algues que des moisissures. Il est l'une des maladies fongiques les plus courantes qui affectent fréquemment les plantes de tomates et de pommes de terre.
Symptômes : Le mildiou de la tomate brunit certaines parties des feuilles, des tiges et des tomates. On observe des taches brunes et jaunâtres par endroits sur les tiges, les faces inférieures des feuilles et même les jeunes fruits, puis l'installation d'un duvet de moisissure blanche. Les extrémités des feuilles foncent jusqu'à devenir marrons. Il en va de même pour la tige sur laquelle cela forme des taches. Les feuilles se dessèchent très vite, s'enroulent sur elles-mêmes et les fruits ne mûrissent jamais. Si les tomates mûres sont attaquées par le mildiou, elles sont impropres à la consommation car elles ont un goût désagréable et peuvent présenter des risques secondaires.
Conditions de développement : Le mildiou survient avec une atmosphère chaude et humide, nécessitant une température comprise entre 17 et 20°C et un taux d’humidité élevé pour croître. L'humidité sur les feuilles, combinée à une température autour de 20°C, crée les conditions idéales pour le mildiou. Une fois les premiers spores développés, la vitesse de propagation est exponentielle. Le mildiou est présent dans tous les sols cultivés et ses spores sont très volatiles, se retrouvant en masse dans les restes de culture, dans le sol et dans l'air.
Prévention et Traitement :
- Rotation des cultures : Ne pas planter de tomates au même endroit deux années de suite, surtout si les tomates ont été malades l’année précédente. Pour les exploitations maraîchères, une rotation de culture sur quatre ou cinq ans est recommandée.
- Distance de plantation : Ne plantez pas trop serrées vos tomates. Une bonne aération est essentielle, car lorsque l'air circule moins bien entre les plants, le soleil également, et la proximité facilite la transmission des maladies.
- Emplacement ensoleillé et substrat drainé : Favorisez un emplacement ensoleillé et un substrat bien drainé.
- Protection contre l'humidité : Protéger les tomates de la pluie et de la rosée permet de diminuer drastiquement la maladie. En serre, une bonne aération est cruciale pour éviter l'humidité stagnante. Arrosez les plants de tomate bien au pied pour éviter de trop mouiller les feuilles.
- Paillage : Le paillage permet de limiter la dispersion des spores présentes dans le sol qui pourraient être projetées sur les feuilles lors de l’arrosage.
- Taille : La taille des gourmands et des feuilles du bas permet d'aérer le plant et de le faire sécher rapidement en cas d’humidité. Il est recommandé de pratiquer la taille avec un outil tranchant et désinfecté, par temps sec, le matin de préférence. Toutefois, couper les gourmands crée une plaie propice aux maladies. Appliquer un tout petit peu de bouillie bordelaise sur la plaie peut limiter les risques.
- Fongicides biologiques : Pulvérisez (sur et sous les feuilles) un fongicide biologique à base de cuivre comme la bouillie bordelaise. Son utilisation est toutefois controversée car elle altérerait les écosystèmes et, bien que d'origine naturelle, en grande quantité, elle détruit la vie souterraine. Il convient alors d'avoir la main légère et de respecter les doses indiquées. La bouillie bordelaise est efficace en préventif, mais n'a pas d'effet une fois la maladie installée.
- Décoction de prêle : La décoction de prêle (100 g de prêle fraîche pour 1 l d'eau ou 15 g de prêle sèche pour 1 l d'eau) est un remède maison souvent mis en avant, bien que son efficacité ne soit pas réellement avérée.
- Élimination des parties infectées : Si une partie de la tige est contaminée, coupez-la. Toute plante infectée doit être retirée immédiatement du jardin pour empêcher la propagation de la maladie. Une fois la plante contaminée, il n'existe pas de remède naturel pour lutter contre le mildiou. La seule solution est de retirer les parties concernées ou d'avoir recours à des produits chimiques, bien que ces derniers soient plus dangereux à manger que le mildiou lui-même.
- Variétés résistantes et précoces : Opter pour des variétés tolérantes au mildiou (comme 'Pyros', 'Maestria' ou 'Rose de Berne') ou des variétés précoces (comme 'Précoce de Quimper', 'Stupice' ou 'Précoce Glacier') permet de devancer l'arrivée du mildiou et d'assurer une récolte.
L'Oïdium de la Tomate (Oidium neolycopersici)
L’oïdium de la tomate, parfois appelé le « blanc », est causé par un champignon : Oidium neolycopersici.
Symptômes : Les symptômes de l’oïdium comprennent des taches blanches d’aspect duveteux sur les feuilles, les tiges et les fruits.
Prévention et Traitement :
- Rotation des cultures : Pratiquer la rotation des cultures.
- Aération : Assurer une bonne aération sous serre et éviter de mouiller les feuilles lors de l'arrosage.
- Nettoyage : Nettoyer régulièrement la serre et les outils de jardinage.
- Fongicides : Des fongicides appliqués sur les feuilles au moyen d’un pulvérisateur empêchent la croissance des spores.
La Pourriture Grise (Botrytis cinerea)
La pourriture grise est une maladie fongique causée par le champignon Botrytis cinerea.
Symptômes : Les premiers symptômes de la pourriture grise apparaissent souvent sur les fleurs et les fruits. Les tomates atteintes de botrytis présentent des taches brunâtres qui finissent par se propager rapidement jusqu’à toucher l’ensemble du fruit.
Prévention et Traitement :
- Élimination des parties infectées : Retirer immédiatement les fruits ou les feuilles présentant des symptômes de pourriture grise.
- Environnement sec : Maintenir un environnement sec autour des plants de tomates en limitant l’arrosage et en évitant les périodes de forte humidité.
- Fongicides : Des fongicides contenant du cuivre, du soufre ou d’autres ingrédients actifs peuvent être utilisés.
Le Cul Noir de la Tomate (Nécrose Apicale)
Le cul noir de la tomate, ou nécrose apicale, est un symptôme courant chez les tomates et se caractérise par des taches brunes ou noires à l’extrémité des fruits. Il n'est pas dû à un champignon, mais à une carence en calcium.
Symptômes : Des taches noires ou brunes sur la partie inférieure des fruits.
Prévention et Traitement :
- Correction de la carence en calcium : La meilleure façon de traiter le cul noir de la tomate est de corriger la carence en calcium.
- Éviter les excès d’azote : Les excès d’engrais azoté peuvent perturber l’absorption du calcium par les plants.
- Éviter les arrosages irréguliers : Les fluctuations dans l’arrosage peuvent empêcher l’absorption du calcium par les racines. Un arrosage régulier et uniforme est crucial.
La Mosaïque du Tabac (Tobacco Mosaic Virus - TMV)
La mosaïque du tabac est une maladie virale courante chez les tomates, causée par un virus du genre Tobamovirus.
Symptômes : L’apparition de taches jaunes de formes irrégulières sur les feuilles et parfois les fruits eux-mêmes. Ces taches peuvent se développer jusqu’à former des motifs en mosaïque caractéristiques.
Transmission : Cette maladie virale est transmise par le contact avec des plantes infectées, les outils de jardinage ou les mains sales, ou des insectes vecteurs.
Prévention :
- Hygiène : Désinfecter les outils de jardinage et se laver les mains après avoir manipulé des plants suspects.
- Élimination : Retirer les plants infectés pour éviter la propagation.
- Variétés résistantes : Choisir des variétés de tomates résistantes au TMV.
L'Éclatement des Tomates
Le phénomène d’éclatement des tomates n’est pas dû à une maladie particulière.
Causes : L’éclatement des tomates est causé par de fortes fluctuations de l’humidité du sol.
Prévention :
- Arrosage régulier : Maintenir une irrigation régulière. Les pieds de tomates doivent être arrosés régulièrement et uniformément pour éviter les fluctuations de l’humidité du sol.
- Éviter les excès d’eau : L’éclatement des tomates peut être évité en évitant les excès d’eau.
Les Risques de Manger des Tomates Malades
Il n’est pas recommandé de manger des tomates malades, car elles peuvent présenter un risque pour la santé et ont souvent un goût désagréable. De manière générale, il est aussi recommandé de laver soigneusement les tomates, même lorsqu’elles sont saines, avant de les consommer afin d'éliminer toute trace de contaminants éventuels.
Le Mildiou et la Consommation
Le mildiou lui-même, causé par Phytophthora infestans, n'est pas toxique pour l'homme. Ce pseudo-champignon est un pathogène végétal qui s'attaque aux cellules des solanacées, et notre corps n'a rien à voir avec une plante. Ainsi, le mildiou seul ne vous rendra pas malade.
Cependant, le mildiou fragilise la peau de la tomate, la fissure et la rend poreuse. Cette peau abîmée devient une porte d'entrée pour des organismes bien moins sympathiques : bactéries, moisissures toxinogènes, levures indésirables. Ces moisissures secondaires peuvent produire des mycotoxines, et certaines bactéries qui colonisent la chair abîmée sont potentiellement dangereuses, surtout consommées crues.
Que faire si vos tomates sont atteintes de mildiou ?
- Couper largement : Si la tomate est atteinte, coupez largement les parties brunes en gardant une marge de 2 à 3 cm sur la chair d'apparence saine. La chair retirée a un goût amer et une texture granuleuse, farineuse. Si vous devez exciser plus de la moitié du fruit, il est préférable de le jeter.
- Vérifier l'odeur : Le test du nez est votre meilleur allié. Une tomate mildiousée mais saine sent la tomate (ou pas grand-chose). Si vous détectez la moindre odeur sucrée-acide de fermentation, c'est que des bactéries ont déjà colonisé la chair et il faut la jeter.
- Cuisiner ou jeter : Ne mangez pas ces tomates crues (en salade, bruschetta, gaspacho). Une montée en température au-dessus de 70 °C pendant plusieurs minutes détruit la grande majorité des agents pathogènes secondaires. Pour un coulis, faites revenir vos tomates parées à feu vif pendant au moins 20 minutes.
- Signes d'alerte absolus : Si votre tomate présente un duvet blanc, gris ou noir (moisissure secondaire), ou si elle suinte et dégage un liquide trouble à l'endroit de la tache (décomposition bactérienne), direction le compost (sous certaines conditions) ou la poubelle. Certaines moisissures secondaires produisent des mycotoxines qui résistent à la cuisson et ne peuvent pas être rendues inoffensives par ce moyen.
- Conserves : Ne mettez jamais en conserve des tomates qui ont été touchées par le mildiou, même si vous avez retiré les parties brunes. Les tissus attaqués voient leur acidité chuter, et le pH peut remonter vers 4,6 et au-delà, seuil critique pour le développement de la toxine botulique, une substance extrêmement dangereuse. Cuisinez-les frais, mangez-les dans la foulée ou congelez la sauce obtenue. Pour les conserves, utilisez exclusivement des fruits sains et ajoutez systématiquement du jus de citron (2 cuillères à soupe par litre) pour maintenir un pH sûr.
Le Mildiou et les Animaux
Les poules peuvent consommer des tomates touchées par le mildiou sans problème, à condition que les fruits ne présentent pas de moisissures secondaires (duvets, suintements). Le mildiou seul n'est pas toxique pour les volailles.
Stratégies de Prévention et de Gestion
Prévenir les maladies des tomates repose sur un ensemble de bonnes pratiques pour cohabiter avec les pathogènes et retarder au maximum leur apparition.
Bonnes Habitudes au Jardin
- Rotation des cultures : Ne pas planter au même endroit deux années de suite, surtout si vos tomates ont été malades l’année précédente.
- Sol sain et fertile : Assurez-vous que le sol dans lequel vous cultivez est sain et fertile. Évitez de biner en profondeur afin de ne pas déranger les microorganismes présents dans le sol.
- Nettoyage régulier : En fin de saison et au cours de l’été, prenez soin de retirer les débris afin de garder le sol exempt de feuilles fanées et de fruits gâtés.
- Distance de plantation adéquate : Plantez les tomates avec une distance suffisante pour favoriser la circulation de l'air et l'ensoleillement, limitant ainsi la transmission des maladies.
- Hygiène des outils : Utilisez des outils de jardinage propres et désinfectés pour éviter la propagation des maladies.
- Arrosage approprié : Arrosez au pied des plants, idéalement avec un système d’irrigation goutte à goutte, pour éviter de mouiller le feuillage et prévenir les maladies fongiques. Un arrosage régulier et uniforme est recommandé pour éviter les chocs hydriques.
- Équilibre nutritif : Un apport équilibré en nutriments renforce les défenses naturelles des plants. Évitez de suramender le sol, notamment en azote, car cela peut rendre les plants plus vulnérables.
- Surveillance régulière : Surveillez régulièrement les plants de tomates pour détecter les premiers signes de maladies. Traitez tôt le matin, lorsqu’il fait plus frais, afin de limiter les stress subis par les plantes.
Méthodes de Lutte Biologique
Préférez les méthodes de lutte biologique pour vos tomates. De nombreux fongicides sont dommageables pour l’environnement et les insectes bénéfiques présents dans le sol.
- Fongicides biologiques : Utilisation de fongicides à base de cuivre comme la bouillie bordelaise en prévention, avec modération en raison de son impact sur l'environnement.
- Purin d'ortie : Bien connu des jardiniers, le purin d'ortie peut être utilisé pour renforcer les plants.
- Thé de compost : Un thé de compost (mélange de compost bien mûr dans un grand volume d'eau, infusé 48h) peut donner un coup de boost aux pieds de tomates.
- Décoction de prêle : La décoction de prêle est une autre option naturelle, même si son efficacité n'est pas toujours avérée.

Le Compost et les Tomates Malades
Les restes de tomates atteintes de mildiou peuvent être mis au compost, mais à une condition : le compost doit monter suffisamment en température (au-dessus de 55-60 °C au cœur du tas) pour détruire les spores de Phytophthora infestans. Un compost « froid » qui se décompose lentement ne fera pas le travail, et vous risquez de réintroduire la maladie dans votre potager l’année suivante via le terreau contaminé.
Que Faire des Tomates Vertes Atteintes par le Mildiou en Fin de Saison ?
Le scénario classique est que le mildiou ravage les plants fin juillet, les pieds meurent, et il reste des kilos de tomates vertes encore accrochées ou tombées au sol. Elles ne rougiront jamais sur le plant.
Options pour les Tomates Vertes
- Faire mûrir à l'intérieur : Sélectionnez les fruits qui n'ont pas (ou très peu) de taches. Enveloppez-les individuellement dans du papier journal et rangez-les dans un carton, à température ambiante, dans un endroit sec et sombre. Le journal absorbe l'humidité et limite la propagation des spores si une tomate tourne mal. Vérifiez-les tous les deux ou trois jours. Certaines rougiront en une à deux semaines. Ne mélangez jamais des tomates saines avec des tomates mildiousées dans le même carton pour éviter la propagation des spores.
- Confiture de tomates vertes : C'est une excellente option. Retirez les parties marquées par le mildiou (en respectant la règle des 2-3 cm de marge), coupez en dés, et faites cuire avec du sucre, un trait de citron et de la vanille. La cuisson prolongée avec le sucre et l'acidité du citron crée un environnement hostile pour les pathogènes.
En adoptant des pratiques de culture préventives et en utilisant des solutions naturelles, il est possible de protéger efficacement ses plants et d'obtenir une récolte abondante et saine, minimisant ainsi les risques liés à la consommation de tomates malades.