Le bambou, avec sa croissance fulgurante et son allure graphique, a conquis de nombreux jardins. Cependant, derrière son esthétique attrayante se cache une réalité moins charmante : celle des bambous traçants, dont la capacité de colonisation peut rapidement transformer un espace paysager en un véritable champ de bataille végétal. Cet article se propose de démêler le vrai du faux concernant ces graminées ligneuses, d'explorer leurs modes de propagation, et de détailler les stratégies, parfois drastiques, pour les contenir ou les éradiquer.

La Nature Insidieuse des Rhizomes Traçants
Pour comprendre la problématique des bambous traçants, il est essentiel de se pencher sur leur biologie. Le bambou est une monocotylédone appartenant à la famille des graminées (poacées), sous-famille des bambusoidées. À l'instar de leurs cousines herbacées, les bambous possèdent des tiges souterraines appelées rhizomes. Ces organes de réserve et de propagation sont la clé de leur expansion.
Comme leurs cousines herbacées, les bambous dont la tige est aussi appelée chaume, ont une forte capacité de colonisation qui dépend néanmoins de l’espèce. Toutes les espèces de bambous colonisent leur espace grâce à des rhizomes. Ces tiges souterraines accumulent des réserves, leur extrémité se redresse à une certaine distance du pied mère et utilise les réserves pour débuter sa croissance. Lorsque les rhizomes rampent très loin du pied mère, ils sont dits traçants. Lorsque les rhizomes restent à proximité du pied mère, les tiges finissent par constituer une touffe, les bambous sont dits cespiteux.
Il est clair que les bambous les plus prolifiques sont ceux à rhizomes traçants (Sasa, Phyllostachys,…), mais ce sont aussi les plus envahissants au jardin. Les bambous cespiteux sont plus faciles à contenir. Avant d’installer des bambous dans votre jardin, il est donc primordial de vérifier si leurs modalités de développement sont compatibles avec votre espace, car une fois les bambous installés, il est bien difficile de s’en débarrasser.
Les Bambous Traçants : Un Danger pour l'Intégrité du Jardin
Les bambous traçants, généralement du genre Phyllostachys, se distinguent par leurs rhizomes qui s'étendent loin de la plante mère. Cette caractéristique leur permet de coloniser rapidement l'espace environnant, s'infiltrant dans les pelouses, les massifs floraux, et même, dans des cas extrêmes, de passer sous les murs et de percer le goudron d'une route. Si les conditions sont favorables, le bambou traçant peut se propager très rapidement, à raison de plusieurs mètres par an. Une fois établi, il est très difficile de le contrôler.
Leur capacité de propagation est telle qu'ils peuvent envahir les propriétés voisines, engendrant des conflits de voisinage et des situations embarrassantes, comme le souligne l'expérience de certains jardiniers confrontés à l'invasion des Phyllostachys du voisin, qui n'avait pas pris la précaution d'installer une barrière. L'extraction de plusieurs mètres de rhizomes peut s'avérer un travail ardu, nécessitant des outils robustes et capables de résister à la pression exercée par ces racines tenaces, au point de casser des manches d'outils.

Stratégies de Confinement et d'Éradication : Un Combat de Longue Haleine
Face à l'agressivité des bambous traçants, plusieurs méthodes de confinement et d'éradication sont envisageables, allant de la prévention à l'intervention radicale.
La Prévention : Le Choix de l'Espèce et la Barrière Anti-Rhizomes
La meilleure stratégie reste la prévention. Si vous souhaitez profiter des qualités ornementales du bambou sans subir ses inconvénients, le choix d'espèces non-traçantes, ou "cespiteuses", est crucial. Le genre Fargesia est particulièrement recommandé à cet égard. Ces bambous développent des touffes compactes et se propagent beaucoup plus lentement, formant une masse dense et concentrique autour de la plante mère. La pépinière "Le Châtel des Vivaces" met d'ailleurs en avant sa spécialisation dans la production de bambous non traçants, proposant plus de 120 variétés adaptées aux haies, terrasses et jardins contemporains.
Pour les bambous traçants, l'installation d'une barrière anti-rhizomes dès la plantation est indispensable. Cette barrière, souvent constituée d'un film plastique épais et résistant, doit être enterrée sur une profondeur d'environ 60 à 70 cm, sans aucun espace libre, afin d'empêcher les rhizomes de s'échapper. Il est important de noter que les experts ont des avis divergents sur l'efficacité des bâches anti-rhizomes du commerce, certains considérant qu'elles sont illusoires face à la puissance des rhizomes de bambou. Une tôle usagée découpée sur une hauteur similaire peut également servir de barrière.
Une autre méthode préventive consiste à réaliser un fossé (une tranchée) d'une largeur de 30 à 40 cm sur une profondeur d'au moins 50 cm pour circonscrire la propagation des bambous. Ce fossé permet une surveillance annuelle du développement et facilite leur suppression.
Installer une barrière anti-rhizome avec le kit Nature - Truffaut
L'Éradication : Méthodes Sportives et Naturelles
Lorsque les bambous sont déjà bien installés et posent problème, l'éradication devient une nécessité, souvent longue et fastidieuse.
La Méthode Sportive (Recommandée) : Cette approche consiste à couper manuellement tous les chaumes de bambou pour éliminer la photosynthèse, privant ainsi la plante de son moyen de subsistance. Il faut ensuite surveiller les éventuelles pousses qui se développent et les éliminer jusqu'à épuisement du rhizome. Cette méthode, bien que laborieuse, est considérée comme la plus efficace à long terme, car elle cible directement le cœur du problème. La durée avant la mort du bambou par cette méthode est estimée entre 2 et 3 ans.
Avant de procéder à la coupe systématique des chaumes, il est conseillé, si ce n'est déjà fait et s'il s'agit d'un bambou traçant, de délimiter la plante mère en creusant une tranchée autour d'elle. Sinon, le fait de couper tous les chaumes de manière répétée peut entraîner une réaction du bambou, qui va alors étendre son rhizome davantage pour aller chercher un endroit plus loin pour pousser. Une fois la plante mère isolée, il faut s'équiper d'outils appropriés tels qu'un sécateur, une scie sabre, une tronçonneuse ou une disqueuse pour couper tous les chaumes présents en surface.
Il est essentiel de supprimer toutes les repousses. Des pousses vont sortir de terre pendant encore 2 à 3 ans. Si de nouvelles pousses sortent de terre, il faut les laisser grandir jusqu'à environ 1 mètre de hauteur avant de les couper. Si elles ne sont pas coupées, elles continueront à alimenter le rhizome en photosynthèse, lui permettant de prendre des forces. Il faut savoir qu'un seul petit morceau de rhizome, comportant au minimum trois nœuds, peut permettre au bambou de repartir.
Une autre technique consiste à faire mourir le bambou en utilisant une bâche. Cette méthode est surtout efficace pour un bambou non traçant occupant une petite surface. Il faut d'abord raser tous les chaumes, puis déposer une bâche bien opaque sur les chaumes coupés pour les priver de soleil et de pluie. Des parpaings ou des sacs de sable doivent être placés sur la bâche pour éviter qu'elle ne s'envole. Les pousses qui tenteraient de se développer à l'extérieur de la bâche doivent être coupées.
L'extraction des rhizomes est l'étape la plus importante. Ce sont eux qui permettent au bambou de repousser. Il faut les déterrer manuellement en prenant soin de ne pas "briser la chaîne de rhizomes". Creusez largement autour de la zone concernée pour attraper le plus de rhizomes possible, en allant à une profondeur d'environ 30 à 60 cm, car les rhizomes sont souvent situés à cette profondeur. Les rhizomes de bambous, surtout lorsqu'ils sont anciens, sont relativement robustes et imperméables, ce qui rend leur éradication difficile.
Dans certains cas, l'utilisation d'une mini-pelle peut être nécessaire pour arracher les rhizomes par morceaux. Il est possible de planter des bambous en pot, ce qui représente une solution viable pour ceux qui désirent un bambou traçant sans craindre son envahissement.
Les Approches Chimiques : Efficacité Limitée et Risques Écologiques
L'utilisation de désherbants chimiques, tels que le glyphosate, est souvent évoquée, mais son efficacité est limitée sur les bambous traçants. La couche cireuse qui recouvre les feuilles et la tige réduit la pénétration du produit. Il est préférable de l'appliquer le soir, lorsque les stomates sont ouverts, et en fin d'été, sur sève descendante. Cependant, il est important de noter que le glyphosate est désormais interdit pour les particuliers dans de nombreux pays.
Certaines personnes ont recours à l'acide chlorhydrique ou à la javel pour supprimer leurs bambous. Ces méthodes sont coûteuses, peu recommandées pour la biodiversité environnante et leur efficacité reste discutable. La résistance et l'imperméabilité des chaumes anciens rendent difficile leur élimination par voie chimique. Il est donc préférable de couper les chaumes anciens avant d'envisager tout traitement chimique sur les nouvelles pousses.

Le Cadre Légal et les Responsabilités
Il est important de rappeler les règles relatives à la plantation d'arbres et d'arbustes en limite de propriété. Selon la législation française, les arbres et arbustes de plus de 2 mètres de haut à l'âge adulte doivent être plantés à au moins 2 mètres de la limite de propriété. Ceux ne dépassant pas 2 mètres doivent être plantés à au moins 50 cm de cette limite. L'envahissement par les racines de bambous contrevient manifestement à la règle selon laquelle le propriétaire a l'obligation de ne causer à la propriété d'autrui aucun dommage dépassant les inconvénients normaux du voisinage. Dans ces cas, le propriétaire du bambou envahissant est tenu de prendre des mesures pour remédier à la situation.
Les pépiniéristes ont une responsabilité dans le conseil donné aux clients. Bien qu'ils n'aient pas toujours une obligation de conseil aussi poussée que celle qui pourrait être exigée dans le cadre d'un litige, il est de leur devoir d'informer sur les caractéristiques de croissance des plantes qu'ils vendent, notamment pour les espèces potentiellement envahissantes comme les bambous traçants.
Conclusion Préliminaire
Le bambou traçant, bien que décoratif, représente un défi majeur pour tout jardinier. Sa capacité à se propager rapidement par ses rhizomes nécessite une vigilance constante et des mesures préventives rigoureuses. Le choix d'espèces non-traçantes, l'installation de barrières anti-rhizomes efficaces, ou, en dernier recours, des méthodes d'éradication méticuleuses sont les clés pour maîtriser son expansion et préserver la sérénité de votre espace vert.
Les pépinières spécialisées, comme "Le Châtel des Vivaces", offrent une expertise précieuse dans le choix des variétés adaptées et dans les conseils de plantation et de gestion. Il est primordial de s'informer avant de planter, car la lutte contre un bambou traçant une fois installé peut s'avérer un véritable parcours du combattant.
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