Glyphosate : Comprendre les Dangers, l'Utilisation et les Informations Essentielles

Le glyphosate, un herbicide non sélectif, est une molécule largement répandue dans le monde agricole et au-delà. Développé en 1974, il est devenu l'un des herbicides les plus couramment utilisés, notamment aux États-Unis et au Canada, pour détruire une grande variété de plantes et de graminées, souvent qualifiées de « mauvaises herbes » ou d'adventices. Son efficacité redoutable et son coût relativement bas en ont fait un outil privilégié pour le désherbage des champs entre deux cultures céréalières, en arboriculture, en viticulture, ainsi que pour l'entretien des espaces urbains et industriels.

Structure chimique du glyphosate

Le glyphosate se présente sous diverses formes, incluant un acide et plusieurs sels. Ces formulations peuvent être solides ou liquides, généralement d'une couleur ambrée. Sa capacité à bloquer des processus biochimiques essentiels à la fabrication d'acides aminés, briques élémentaires de la matière organique des plantes, en fait un herbicide puissant. Une fois que la molécule pénètre les tissus de la plante, souvent grâce à l'ajout de substances appelées surfactants, elle empêche la plante de grandir ou de se défendre, entraînant sa mort.

Les Impacts sur la Santé Humaine : Un Débat Complexe

La question de la dangerosité du glyphosate pour la santé humaine est au cœur de débats scientifiques et médiatiques intenses depuis de nombreuses années. Les effets génotoxiques du glyphosate, c'est-à-dire sa capacité à endommager l'ADN, sont particulièrement controversés. Bien que ce mécanisme, potentiellement à l'origine de diverses pathologies, notamment des cancers, ait été mis en évidence par de nombreuses études scientifiques universitaires, il n'a pas été confirmé de la même manière par les études réglementaires.

L'Évaluation du Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC)

En 2015, la décision du Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) de classer le glyphosate comme « probablement cancérigène pour les humains » a créé une onde de choc. Cette classification, basée sur une évaluation de cinq substances actives de produits phytopharmaceutiques, a surpris de nombreux acteurs. Le CIRC a proposé de classer le glyphosate en catégorie 2A, indiquant qu'il est "probablement cancérigène pour l'homme". Il est important de noter que le CIRC n'a aucune compétence légale en Europe, et selon la législation européenne, le glyphosate n'est pas considéré actuellement comme cancérigène. Néanmoins, ce classement a été perçu comme une nouvelle donnée scientifique majeure qui ne pouvait être ignorée.

Les Positions des Agences Réglementaires Européennes et Nationales

Suite à la publication du CIRC, de nombreuses agences sanitaires nationales et européennes ont réévalué le pesticide ou les formulations à base de glyphosate. Majoritairement, ces agences se sont retrouvées en opposition avec la décision du CIRC. Pour renouveler l'autorisation du glyphosate, la Commission européenne s'est basée sur l'analyse de l'Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA), qui a conclu à une absence de domaines de préoccupation critiques. L'EFSA, en sa qualité d'organisation scientifique indépendante, a publié sa conclusion le 12 novembre 2015, affirmant que le glyphosate ne doit pas être classé parmi les substances cancérigènes.

Comparaison des classifications du glyphosate par différentes agences

Cependant, une étude de l'Inserm, par exemple, a reconnu l'existence de risques pathologiques. Les différences d'évaluation s'expliquent en partie par la nature des éléments étudiés : l'EFSA a pris en compte des études - peu nombreuses et souvent identiques à celles fournies par l'industriel - qui évaluent uniquement le principe actif et non les formulations associant le glyphosate à d'autres produits chimiques. L'EFSA a également rapporté des lacunes dans les données, notamment une évaluation incomplète des risques alimentaires pour le consommateur.

L'Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l’Alimentation, de l’Environnement et du Travail (ANSES) en France s'est également penchée sur la question en 2016. Un groupe d'experts a étudié les rapports d'évaluation du CIRC, de l'EFSA et de l'État membre rapporteur européen (l'Allemagne). Ce groupe a conclu qu'il n'existe aucun motif de classer le glyphosate, selon les critères en vigueur de la législation européenne (Règlement (CE) n°1272/2008), en catégorie 1A (avéré cancérigène pour l'homme) ou 1B (supposé cancérigène pour l'homme). Concernant un classement en catégorie 2 (suspecté d'être cancérigène pour l'homme), le groupe n'a pas pu se prononcer sans une analyse détaillée des études elles-mêmes. Néanmoins, l'avis de l'ANSES ne confirme pas le classement établi par le CIRC, mais l'agence française a déclaré qu'il était nécessaire que l'Agence européenne des produits chimiques (ECHA) revoie le classement du glyphosate.

En 2022, l'Agence européenne des produits chimiques (ECHA) a conclu qu'il n'était pas nécessaire de classer le glyphosate pour sa cancérogénicité. Les mêmes arguments s'appliquent ici aussi pour expliquer la différence de résultat entre l'évaluation européenne et le rapport du CIRC.

Comprendre les Divergences : CIRC vs. EFSA

Les conclusions opposées du CIRC et de l'EFSA proviennent de plusieurs facteurs. L'EFSA, avec des experts des États membres et des experts du CIRC, de l'OMS, de l'USEPA et de l'ECHA, a examiné en détail la monographie du CIRC. La conclusion des représentants de l'UE a été la suivante : « Basée sur une approche du poids des preuves, les preuves ne soutiennent pas la classification en ce qui concerne la cancérogénicité, (une opinion minoritaire) ».

Cette divergence s'explique en partie par la stratégie de traitement statistique des données appliquée par l'UE. Dans l'analyse de l'UE, un bilan est établi entre les tendances à la formation de tumeurs (jugées pertinentes par le CIRC) et l'ensemble des autres données disponibles, telles que la toxicité extrême, les incidences de tumeurs spontanées ("contrôles historiques") et l'absence de réponse consistante dans des études comparables à long terme avec le glyphosate. Lors de l'évaluation d'études épidémiologiques, les experts de l'UE ont attribué un poids plus important au résultat de l'étude “Agricultural Health Study”, considérée comme la plus grande et la plus pertinente, par rapport à d'autres études. Le CIRC, en revanche, a estimé que les études plus modestes et moins détaillées fournissaient des conclusions tout aussi importantes que l'étude la plus large. Le mandat de l'EFSA est principalement axé sur l'étude des propriétés de la substance, et non des innombrables produits (mélanges) mis sur le marché.

L'Exposition et les Symptômes chez l'Homme

L'exposition au glyphosate peut se produire par contact cutané, ingestion ou inhalation. Lorsque vous utilisez des produits contenant du glyphosate, vous pouvez l'avoir sur votre peau, dans vos yeux ou l'inhaler. Il est impératif de lire attentivement les instructions figurant sur l'étiquette du produit pour minimiser l'exposition. Par exemple, se laver les mains après utilisation est une précaution de base.

Les autres ingrédients présents dans les produits à base de glyphosate peuvent rendre le produit plus toxique. Le contact avec la peau ou les yeux peut provoquer une irritation. Si l'exposition est importante, les personnes peuvent ressentir des picotements et des brûlures dans le nez et la gorge, ainsi que des vomissements et de la diarrhée. Les animaux domestiques qui entrent en contact avec des plantes encore humides après la pulvérisation peuvent également présenter des symptômes. En cas d'ingestion de produits contenant du glyphosate, certains peuvent ressentir des douleurs abdominales, un gonflement du ventre, des vomissements et de la diarrhée.

Extrait Disputandum : les conséquences des pesticides sur la santé

Biosurveillance au Canada

Santé Canada a évalué les effets potentiels sur la santé du glyphosate en examinant un grand nombre d'études scientifiques. Des études de laboratoire spécialement conçues sont utilisées pour fixer les niveaux d'exposition admissibles, qui sont ensuite utilisés pour spécifier les instructions figurant sur l'étiquette. Ces niveaux autorisés pour l'exposition humaine sont fixés plus de cent fois inférieurs à la quantité qui pourrait causer des dommages. Tous les pesticides, y compris le glyphosate, doivent être approuvés avant de pouvoir être vendus ou utilisés au Canada.

L'Agence de Réglementation de la Lutte Antiparasitaire (ARLA) procède à des évaluations scientifiques des risques en vertu de la Loi sur les produits antiparasitaires afin de s'assurer que les produits antiparasitaires respectent les normes actuelles en matière de santé et d'environnement. Le glyphosate a fait l'objet d'une réévaluation scientifique complète et approfondie par Santé Canada, axée sur les risques pour la santé humaine et l'environnement. La décision de réévaluation finale, publiée en 2017, a accordé le maintien de l'autorisation des produits contenant du glyphosate, tout en exigeant des mises à jour supplémentaires des étiquettes des produits afin de garantir une utilisation appropriée qui protège la santé humaine et l'environnement.

Les données de biosurveillance contribuent à la compréhension de l'exposition aux pesticides chez les personnes vivant au Canada. Elles permettent à Santé Canada d'évaluer l'efficacité de toute mesure réglementaire prise. Il a été observé une tendance à la baisse statistiquement significative des concentrations de glyphosate et d'AMPA (acide aminométhylphosphonique, principal métabolite du glyphosate) dans la population canadienne âgée de 3 à 79 ans au cours des trois périodes de collecte de données. Entre 2014-2015 et 2018-2019, ces concentrations ont diminué de 48% pour le glyphosate et de 51% pour l'AMPA. Les niveaux moyens de glyphosate pour la population canadienne étaient inférieurs au niveau de dépistage de la biosurveillance, qui est le niveau au-dessus duquel une analyse plus approfondie serait déclenchée.

Il a été constaté que les concentrations de glyphosate et d'AMPA étaient généralement plus élevées chez les enfants et les adolescents que chez les adultes, et plus élevées chez les hommes que chez les femmes dans la population canadienne. Les niveaux moyens de glyphosate pour les personnes enceintes de l'étude MIREC étaient également inférieurs au niveau de dépistage de la biosurveillance. Les niveaux moyens de glyphosate dans l'urine de la population canadienne étaient également comparés à ceux de la population américaine, montrant des tendances et des niveaux similaires.

L'Impact du Glyphosate sur l'Environnement

L'impact du glyphosate sur l'environnement est également une source de préoccupations importantes. En tant qu'herbicide non sélectif, le glyphosate cible sans discrimination l'ensemble des plantes, à l'exception de celles qui ont été génétiquement modifiées pour le tolérer. Cette caractéristique a pour conséquence un appauvrissement de la flore sauvage dans les zones agricoles où il est utilisé.

Persistance et Dégradation dans les Sols et l'Eau

Contrairement à ce que ses promoteurs ont pu avancer, le glyphosate ne se dégrade pas aussi facilement qu'on le prétend. Une partie des résidus peut finir dans les eaux de surface, ayant un impact négatif sur le développement embryonnaire de certains amphibiens. Cependant, le glyphosate se lie étroitement au sol où il est appliqué. En raison de cette liaison forte au sol, il est peu probable que le glyphosate contamine les eaux souterraines. Des études ont montré que les feuilles mortes traitées au glyphosate se décomposent en 8 ou 9 jours.

Effets sur les Écosystèmes et la Biodiversité

Cet herbicide étant également antibiotique, il nuit aux communautés bactériennes des sols, qui sont pourtant indispensables à leur fertilité. De plus, il affecte la flore microbienne des insectes auxiliaires, essentiels à la reproduction des plantes à fleurs (comme les abeilles) ou des vers de terre. Il convient également de rester vigilant sur le rôle du glyphosate dans la sélection de capacités de résistance aux antibiotiques, un problème de santé publique croissant. L'appauvrissement de la flore sauvage et l'impact sur les micro-organismes du sol et les insectes auxiliaires contribuent à une diminution de la biodiversité dans les écosystèmes agricoles.

Transparence et Indépendance des Évaluations Européennes

La procédure d'évaluation du glyphosate au sein de l'Union européenne est encadrée par des principes de transparence. Près de 6000 pages de documents sont disponibles au public, détaillant la base de l'évaluation du glyphosate et sa réalisation. Les études sur lesquelles l'évaluation est basée ne sont pas publiées dans leur intégralité car elles contiennent des données confidentielles, comme les noms des auteurs. Cependant, les résumés publiés sont suffisamment élaborés pour permettre une bonne compréhension des résultats. À la demande de certains membres du Parlement européen, l'EFSA a fourni des études complètes, y compris les données brutes, concernant la génotoxicité et les propriétés cancérogènes du glyphosate.

Schéma de la procédure d'évaluation des produits phytopharmaceutiques dans l'UE

Les règles concernant la publication des études ont évolué. À partir du 27 mars 2021, le Règlement (UE) 2019/1381 du 20 juin 2019, relatif à la transparence et à la pérennité de l’évaluation des risques de l’Union dans la chaîne alimentaire, est applicable. Ce règlement modifie le Règlement (CE) n° 178/2002, dans le but principal d'augmenter la transparence des processus d’évaluation. Cette modification a également touché des règlements sectoriels, comme le Règlement (CE) n° 1107/2009 concernant la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques. Par conséquent, l’EFSA est tenue de mettre à la disposition du public les études complètes soumises dans le contexte d’une demande d’approbation ou de renouvellement, à l’exception de quelques éléments pour lesquels un traitement confidentiel peut être justifié, tels que les noms des personnes ayant réalisé des études avec des vertébrés ou la composition complète d’un produit phytopharmaceutique.

Indépendance des Experts

L'évaluation du glyphosate en Europe est menée par des organismes scientifiques publics et indépendants. L'Allemagne, en tant qu'État membre rapporteur pour le renouvellement de 2017, a confié l'évaluation au Bundesinstitut für Risikobewertung (BfR), un établissement scientifique public appliquant des directives agréées en matière de bonnes pratiques scientifiques. L'EFSA, qui a effectué une révision par les pairs de l'évaluation allemande et rédigé les conclusions relatives à l'évaluation des risques, est un organisme scientifique indépendant de l'Union européenne. Les experts participants aux réunions de révision par les pairs, désignés par les autorités des États membres, sont invités par l'EFSA à remettre chaque année une déclaration en matière de conflits d'intérêts, qui sont publiées sur son site web. L'EFSA publie également une liste des organismes publics auxquels appartiennent les experts.

L'indépendance de l'EFSA a été remise en question par l’allégation selon laquelle l’EFSA aurait copié des passages du dossier des producteurs du glyphosate dans sa Conclusion. Toutefois, l'EFSA a affirmé qu'aucun passage dans sa Conclusion ne peut être identifié comme étant copié du dossier. En revanche, dans le rapport de l’État membre rapporteur (l’Allemagne), certains passages correspondent littéralement aux résumés des études présentés par les producteurs. Cela ne pose pas de problème tant que ces résumés reflètent correctement les conclusions de l’État membre rapporteur. Pour de nombreuses études, l’État membre rapporteur a apporté des modifications, parfois significatives, aux résumés rédigés par les producteurs, ce qui démontre un examen critique.

Pour la prochaine évaluation du dossier de renouvellement de l'autorisation du glyphosate (prévue en octobre 2023), il a été décidé de travailler avec quatre États membres déclarants : les Pays-Bas, la Hongrie, la France et la Suède. Une consultation publique a eu lieu du 23 septembre 2021 au 23 novembre 2021, permettant au grand public de commenter l'évaluation menée par ces États membres évaluateurs. Ces commentaires ont ensuite été intégrés à l'évaluation.

Alternatives au Glyphosate et Perspectives d'Avenir

Face aux préoccupations sanitaires et environnementales, la recherche d'alternatives au glyphosate est devenue une priorité. À l'heure actuelle, il n'existe pas de produit à la fois aussi performant et moins nocif que le glyphosate. Les alternatives moins invasives impliquent un retour à des pratiques agricoles plus raisonnées et durables.

Pratiques Agricoles Alternatives

Plusieurs techniques sont déjà utilisées avec succès. Le désherbage mécanique, pratiqué entre les rangs des vignes et des arbres fruitiers, est une méthode courante. Le recours à des zones enherbées permet également de limiter la prolifération des adventices. Pour les grandes cultures, le labour entre deux cycles annuels de cultures peut permettre de se passer de l'usage de désherbants chimiques.

D'autres techniques incluent la plantation de plantes concurrentes au bon moment pour empêcher le développement des adventices. Cependant, ces techniques sont souvent plus complexes à mettre en œuvre ou comportent d'autres inconvénients, comme la destructuration du sol par les labours intensifs.

Résistances au Glyphosate et Évolution des Pratiques

Il est également important de noter que des résistances au glyphosate apparaissent chez un certain nombre de plantes. Cela suggère que l'efficacité universelle de cet herbicide pourrait être compromise à l'avenir, rendant d'autant plus urgente l'adoption de solutions alternatives.

En France, depuis janvier 2019, le glyphosate est interdit dans les espaces publics, tout comme sa vente aux particuliers, marquant une évolution vers une restriction de son utilisation. Ces mesures reflètent une prise de conscience croissante des enjeux liés à cet herbicide controversé et une volonté de promouvoir des pratiques plus respectueuses de la santé et de l'environnement.

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