La réussite de l’implantation du colza repose sur une gestion rigoureuse des adventices, dont la concurrence précoce peut limiter la biomasse nécessaire à la survie de la plante face aux ravageurs. Le désherbage de prélevée est souvent incontournable, notamment dans la gestion des graminées contre lesquelles la post-levée ne suffit pas toujours. Face à la progression des infestations de vulpins et de ray-grass, qui deviennent une cible prioritaire dans les systèmes de culture, les agriculteurs doivent jongler entre impératifs agronomiques, contraintes réglementaires et incertitudes climatiques.

Dynamique des infestations et enjeux de la prélevée
Les fortes infestations peuvent, en début de cycle, limiter la biomasse de la culture pourtant nécessaire au bon comportement de la plante face aux larves d’altises. Si l’utilisation de la spécialité Mozzar/Belkar en post-levée a globalement réglé les problèmes de dicotylédones, en particulier les fortes infestations de géraniums et de gaillets, la lutte contre les graminées demeure un défi majeur.
Dans les herbicides de prélevée seuls, les chloroacétamides offrent une action contre les graminées : métazachlore, dimétachlore, dmta-P et péthoxamide. Lorsque les conditions d’humidité du sol sont favorables à l’efficacité des herbicides racinaires (pluies durant l’été avant les applications, éventuellement pluies après l’application), les essais de Terres Inovia montrent que les infestations de vulpins et ray-grass sont réduites de 50 à 80 %. En revanche, lorsque les conditions sont sèches (avant, comme après l’application), les efficacités décrochent nettement et sont comprises entre 10 et 40 %.
Gestion spécifique du ray-grass et du vulpin
La lutte contre les graminées impose une distinction claire entre les espèces. Le vulpin peut être géré par un dépositionnement de la prélevée à base de métazachlore en post-levée précoce du colza (colza au stade cotylédons qui commence à marquer le rang) et en prélevée des vulpins, c’est-à-dire début septembre. Pour lutter contre les ray-grass qui lèvent en même temps que le colza, la situation est plus délicate. Le dépositionnement de la prélevée vers une période plus humide est donc plus périlleux. Au mieux, même si les semis ont été réalisés début août en condition sèche, on attend le retour des pluies pour appliquer l’herbicide de prélevée, rapidement avant les germinations du colza et du ray-grass.
Les antigraminées foliaires sont principalement employées contre les repousses de céréales (en application précoce vers 2-4 feuilles du colza) ou de folle-avoine. L’utilisation sur ray-grass et vulpins est une solution, quand elle fonctionne encore. Elle doit être exceptionnelle (rattrapage d’une prélevée défaillante) afin d’éviter que la résistance s’installe. Dans ce cas et pour réduire ce risque, appliquez ensuite un herbicide à base de propyzamide (type Kerb, Ielo, etc.).

Contraintes réglementaires et durabilité des solutions
Depuis avril 2021, les conditions d’usage du métazachlore limitent cette substance active à une application maximale de 750 g/ha tous les quatre ans ou une application maximale de 500 g/ha tous les trois ans. La détection de substances actives comme par exemple métazachlore, dimétachlore, propyzamide ou de leurs métabolites dans les eaux est préjudiciable à toute la filière colza. Du prescripteur à l’utilisateur, chacun est responsable pour garantir la durabilité de ces solutions hautement stratégiques dans la lutte antigraminées notamment.
Concernant la propyzamide, aucune population de vulpins ou de ray-grass résistants n’a été découverte en grandes cultures. Toutefois, la DGAL, dans son instruction technique du 27 mai 2021 intitulée « Vademecum du contrôleur », précise que la dose et le nombre maximal d’applications s’appliquent à toutes les spécialités commerciales dont la composition est strictement identique. Il est donc interdit d’appliquer successivement deux produits à base de propyzamide même si ces produits ont un numéro d’autorisation de mise sur le marché différent.
Optimisation des programmes et flexibilité agronomique
Face à des incertitudes sur l’implantation de la culture, on peut être tenté de faire l’impasse de prélevée pour n’investir dans les herbicides qu’une fois que l’on diagnostique la réussite de l’implantation (levée régulière avant le 5-10 septembre). Cependant, l’impasse n’est pas conseillée en moyenne ou forte pression des graminées. Il faut donc maintenir une application de prélevée mais il est possible d’optimiser son application.
Limiter l’investissement au semis, c’est choisir un herbicide de prélevée ou Colzamid en présemis incorporé, très basique mais qui reste optimal dans la lutte contre les graminées. Les solutions à base de métazachlore (Sultan, Rapsan, Springbok) ou de dimétachlore (Terox, Colzor Uno) seront privilégiées sur ray-grass. Sur vulpins, il est préférable de rester sur des solutions à base de métazachlore. Le coût sera alors compris entre 30 et 45 euros/ha.
Reglage des Pulverisateurs - Atteindre la cible -Quantité et traitement
Les modes d'application : Pré-levée, Post-levée précoce et Post-levée
Les herbicides de pré-levée s’appliquent avant le semis ou après celui-ci, mais dans tous les cas avant la levée du colza. Leurs avantages incluent un spectre très large et une application à une période moins chargée. Leurs inconvénients résident dans la dépendance à l’humidité du sol et le risque de ralentissement de la culture.
La post-levée précoce, lorsque les herbicides sont appliqués rapidement après la levée des colzas (stade cotylédons), permet de bénéficier du contrôle précoce des adventices tout en n’appliquant le produit qu’après que le colza ait levé. Cette souplesse est également utile pour limiter les ralentissements de croissance. Dans les situations sèches, elle permet d’attendre le retour de conditions favorables aux herbicides racinaires. L’herbicide pourra alors être pulvérisé, même si la culture a commencé à lever.
Les programmes avec prélevée suivi de Ielo offrent un contrôle très complet sur dicotylédones et graminées. Ielo apporte un bon complément sur géraniums, astéracées et coquelicot. Enfin, dans des contextes difficiles (préparation du sol imparfaite, conditions climatiques incertaines), le fractionnement du racinaire en 2 applications de "pré-levée suivie de post-précoce" pourra être envisagé.
La technologie Clearfield et les perspectives futures
La technologie Clearfield allie des herbicides de post-levée à large spectre avec des semences tolérantes. Dans les essais, les programmes bâtis avec ces herbicides donnent systématiquement des résultats supérieurs à tous les autres, tant en matière d’efficacité que d’implantation de la culture. À contrôle égal, les herbicides Clearfield sont aussi plus respectueux des couverts associés. Ils permettent alors de désherber plus efficacement sans endommager le couvert. Ainsi, la technique des couverts associés pourrait se développer sur les zones où les programmes de désherbage sont trop agressifs.
Le colza est une culture très sensible à la concurrence précoce des adventices. C’est pourquoi le désherbage est une étape cruciale pour les producteurs. Afin de conjuguer les intérêts des producteurs et les exigences environnementales et sociétales, il convient de connaître sa cible et déterminer la stratégie de lutte et définir le programme le mieux adapté. On peut limiter le développement de la flore adventice du colza grâce à des pratiques agronomiques adaptées comme le labour, le faux-semis et l’introduction d’une culture de printemps. Ces techniques sont à intégrer dans votre stratégie de désherbage en fonction de l’adventice cible.
tags: #desherbant #pour #colzas #racinaire