Le désherbage électrique en viticulture : une révolution technologique pour le cavaillon

L’agriculture moderne, et plus particulièrement la viticulture, se trouve à une croisée des chemins. La nécessité de réduire, voire de supprimer, l’usage des herbicides chimiques, notamment le glyphosate, a propulsé le développement de méthodes alternatives. Parmi elles, le désherbage électrique s'impose comme une solution innovante, offrant une approche systémique sans mouvement de terre. Cette technique, bien que complexe, représente une avancée majeure pour la gestion du cavaillon.

Schéma simplifié du principe de fonctionnement d'une désherbeuse électrique : générateur relié à la prise de force, électrodes en contact avec les adventices et le sol

Principes fondamentaux et mécanisme d'action

Le désherbage électrique repose sur une décharge létale d’énergie électrique de la machine vers les adventices, par contact avec des électrodes. Le dispositif est composé d’un générateur électrique, alimenté par la prise de force du tracteur, capable de produire une haute tension (généralement autour de 8000V). Cette énergie est transmise à des applicateurs métalliques qui agissent comme pôles électriques.

Le courant circule du pôle positif vers le pôle négatif à travers la plante. Cette dernière, agissant comme un conducteur, est soumise à une surtension qui provoque l’éclatement de ses cellules et de ses vaisseaux, jusqu’à la racine. Ce processus, appelé électrolyse des cellules traversées, entraîne une destruction progressive de la plante en quelques jours. L'effet est immédiat : dans les minutes qui suivent l’application du courant, on peut remarquer que certaines adventices ne sont plus turgescentes, avant de se nécroser totalement.

Matériel et mise en œuvre technique

La technologie est mise en œuvre via une machine composée d’un générateur électrique, alimenté par la prise de force du tracteur, et d’applicateurs métalliques qui agissent comme pôles électriques. La machine de désherbage électrique est simple d’utilisation en comparaison aux outils intercep de travail du sol car les réglages sont simples. L'énergie mécanique du tracteur, par la prise de force, est transformée en énergie électrique. Le générateur produit de hautes fréquences électriques qui sont envoyées dans les applicateurs. Les applicateurs sont composés de fines bandes métalliques en contact avec le sol.

Il est important de noter que le désherbage électrique du cavaillon consiste à appliquer un arc électrique entre deux électrodes métalliques souples : l'une fixe, le long de l'inter-rang, l'autre mobile qui vient entre les pieds de vigne. L'électricité produite par une génératrice est animée par la prise de force du tracteur. C'est donc l'énergie du moteur thermique du tracteur qui est utilisée pour obtenir une tension de 6000 V sous 0,5 A. Plus il y a d'herbes à détruire, plus l'intensité demandée, et donc la puissance, va augmenter.

Facteurs influençant l'efficacité du désherbage

L'efficacité du désherbage électrique est influencée par plusieurs paramètres tels que le type d’adventice (âge, hauteur, teneur en eau, composition chimique et architecture des feuilles, volume et architecture des racines), les paramètres du sol (taux d’humidité, conductivité, densité et acidité) ainsi que la biomasse à traiter, le nombre de tiges et la surface de contact de l’électrode.

La vitesse de passage, qui conditionne le temps de contact électrodes/adventices et donc la quantité d’énergie électrique délivrée à la plante, est un paramètre clé pour éliminer les adventices. Une vitesse de 2,5 km/h présente en général les meilleures efficacités et permet d’appliquer plus de courant sur les adventices. Si ces derniers sont peu développés, la vitesse de travail peut être supérieure : jusqu’à 3,5 km/h. Dans nos conditions expérimentales, à 4 km/h, la quantité d’énergie délivrée à la plante n’est pas létale et le désherbage est nettement moins efficace.

Le contexte pédoclimatique joue également un rôle crucial. Un sol humide et non ressuyé disperse l’énergie de la décharge électrique et le désherbage en est moins efficace. À l'inverse, l'action du désherbage électrique est renforcée si le sol est sec car il est moins conducteur pour le courant qui est de ce fait concentré sur les plantes à détruire.

Graphique montrant l'efficacité du désherbage en fonction de la vitesse d'avancement du tracteur (2,5 km/h vs 4 km/h)

Limites et points de vigilance

Bien que prometteuse, cette méthode présente des limites techniques. Le désherbage électrique est d’autant plus efficace que la densité d’adventices est faible et que le stade phénologique de ces dernières est peu avancé. Les adventices matures et lignifiées sont plus résistantes au courant électrique qui les traverse et les conséquences ne sont pas létales.

De plus, il ne faut pas oublier le risque d’incendie. Il n’est pas recommandé d’appliquer le désherbage électrique après le mois de juillet, quand les herbes sont sèches, car il existe un risque de départ de feu. Cette contrainte est particulièrement importante en contexte méditerranéen.

En ce qui concerne le matériel, le désherbage électrique peut être utilisé en plantier, mais nécessite une haute technicité du chauffeur et des réglages précis. Ce n’est pas la méthode la plus recommandée sur plantier car les électrodes mobiles qui passent entre les plants de vigne s’appuient mécaniquement sans dispositif de retrait hydraulique comme il peut exister avec les interceps. Le risque est de pencher le plant et de l’exposer à sa base aux électrodes, donc à un choc électrique. Toutefois, l'inocuité de l'arc électrique sur le cep, même si des pampres sont touchés, a été prouvée.

Comparaison avec d'autres méthodes alternatives

Pour mieux comprendre la place du désherbage électrique, il est utile de le comparer à d'autres méthodes, comme le désherbage thermique ou à l'eau chaude.

Les désherbeurs thermiques, matériels les plus anciens, utilisent la combustion d'un gaz (souvent du propane) pour générer la flamme qui sera dirigée vers les feuilles. Leur limite d'utilisation se trouve en situation sèche où les risques d'incendie sont réels. La vitesse d'avancement est de 2 à 3 km/h. Un ou plusieurs brûleurs sont fixés sur le châssis mécano soudé, avec un serpentin permettant au gaz de passer de l'état liquide à l'état gazeux.

D'un autre côté, Hydro-France a développé une gamme de désherbeuses à eau chaude. Ce matériel, animé par la prise de force ou par l'hydraulique du tracteur, projette de l'eau chauffée à 135°C avec une pression de 15 bar. C'est tout simplement une grosse chaudière. Ce système d'application peut se comparer à une rampe de désherbage chimique. Le débit de chantier est variable, dépendant principalement de l'importance du couvert végétal. Pour information, les consommations d'eau et de fioul sont, respectivement, de 3 m³ et 25 L/ha, pour un désherbage

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