La Végétalisation en Pied de Façade : Solutions Techniques et Impact Urbain

La végétalisation des façades transforme une surface verticale inerte en un écosystème vivant et luxuriant. Bien plus qu’un simple ornement esthétique, cette approche s’inscrit au cœur de l’architecture bioclimatique moderne, réinventant notre rapport à l’environnement bâti. Elle consiste à recouvrir les murs extérieurs d’un bâtiment d’un manteau végétal, créant une interface dynamique entre la construction et la nature. Ce concept repose sur des principes fondamentaux alliant ingénierie, botanique et design pour concevoir des systèmes durables et performants. Chaque projet est une œuvre d’art vivante, une synergie entre une structure porteuse rigoureusement étudiée et une palette végétale soigneusement sélectionnée. L’objectif est de créer une seconde peau pour le bâtiment, une enveloppe capable de réguler la température, de purifier l’air, de gérer les eaux de pluie et d’offrir un refuge à la biodiversité. Cette démarche vise à réintroduire la nature au cœur de la ville, transformant les façades en véritables poumons verts et en symboles d’un développement urbain plus respectueux et harmonieux. Le succès d’une telle installation repose sur une compréhension fine des interactions entre le bâtiment, le climat local et l’écosystème végétal choisi.

Pourquoi Végétaliser sa Façade ? Des Bénéfices Multiples pour la Ville et le Bâti

La végétalisation de façade est l’une des réponses les plus élégantes et efficaces aux défis environnementaux des métropoles modernes. En déployant la nature à la verticale, elle transforme les bâtiments en acteurs majeurs de la résilience urbaine, générant une cascade de bénéfices écologiques et améliorant le confort de vie.

Amélioration du Confort Thermique et Lutte contre les Îlots de Chaleur Urbains (ICU)

Les façades soumises au rayonnement solaire accumulent de la chaleur et participent ainsi au phénomène d’ICU. Grâce à leur ombre et à leur évapotranspiration, les végétaux en façade permettent non seulement de rafraîchir l'intérieur des bâtiments, mais aussi de contribuer à la lutte contre l'effet d'îlot de chaleur urbain. Les façades végétalisées peuvent avoir un rôle de protection solaire pour le bâtiment et ainsi réduire ses besoins en climatisation.

Les plantes grimpantes réduisent de moitié les fluctuations de température de surface d'une façade. Alors qu'un mur nu atteindrait jusqu'à 60 °C, un mur végétalisé lui se maintiendrait à environ 30 °C. Dans une rue canyon à Riyad en climat sec et chaud, une diminution de température de l'air de 12°C a été constatée avec des toitures, sols et façades végétalisées. À Londres, avec les mêmes dispositifs, cette diminution était de -4°C (Alexandri & Jones, 2008). Pour des climats océanique et méditerranéen, en été, l’ajout d’un mur vivant à la paroi externe peut diminuer la température des pièces intérieures de 1,5 à 5°C et diminuer la consommation d’énergie pour la climatisation de 37 à 51% (Djedjir, 2015 et Olivieri, 2014).

En hiver, la couche de végétation et la lame d’air protectrice créent une zone tampon qui ralentit les déperditions de chaleur de l’intérieur vers l’extérieur. Le manteau végétal agit comme un isolant supplémentaire, réduisant les besoins en chauffage. Cette amélioration de l’isolation thermique du bâtiment se traduit par un meilleur confort thermique pour les occupants en toutes saisons, avec des températures intérieures plus stables et plus agréables.

Schéma des bénéfices thermiques d'une façade végétalisée

Amélioration de la Qualité de l'Air et Puits de Carbone

Les zones urbaines sont souvent les plus exposées aux pics de dioxyde d’azote et de particules fines dépassant les normes légales, ce qui a des conséquences sur la santé des habitants. Une étude de l’université de Liège souligne la capacité des façades végétalisées à absorber certains polluants atmosphériques (CO2, NO2, SO2) et ainsi à contribuer à l’amélioration de la qualité de l’air en ville. Les feuilles des plantes agissent comme un filtre naturel extrêmement performant, captant une part importante des polluants atmosphériques. Les particules fines (PM10 et PM2.5), émises notamment par le trafic routier et le chauffage, se déposent sur le feuillage et sont ensuite entraînées vers le sol par la pluie, assainissant ainsi l’air ambiant.

Au-delà de ce rôle de purification, les murs végétaux sont de puissants puits de carbone. Grâce au processus de photosynthèse, ils réalisent une absorption du dioxyde de carbone (CO2), l’un des principaux gaz à effet de serre, et rejettent en contrepartie de l’oxygène vital. Un seul mètre carré de façade végétale peut absorber plusieurs kilogrammes de CO2 par an et produire l’oxygène nécessaire à une personne. C’est une contribution directe et mesurable à la lutte contre le réchauffement climatique à l’échelle locale.

Type de planteAbsorption de CO2 (kg/m²/an) - Estimation
Graminées et vivaces1,5 - 2,5 kg
Arbustes à feuillage dense2,0 - 3,5 kg
Plantes grimpantes vigoureuses2,5 - 4,0 kg

Accueil de la Biodiversité et Création de Corridors Écologiques

En milieu urbain fortement minéralisé, il y a peu de place disponible pour la nature en ville : les façades végétalisées permettent d’apporter du végétal, de la biodiversité et de contribuer à faire baisser la température de l’air. La plantation doit être variée et constituée si possible de végétation locale afin de convenir à la biodiversité alentour. Les plantes grimpantes utilisées sur les façades végétales doivent répondre aux critères suivants :

  • Constituer des espaces de repos et de nidification pour l’avifaune et des gîtes hivernaux pour les insectes par l’utilisation par exemple d’une végétation épaisse et enchevêtrée.
  • Être une source de nourriture pour les oiseaux et les insectes : la végétation devra produire du nectar et des fruits, les plantes à floraison tardive ou précoce étant très avantageuses.

Les façades végétalisées fournissent nourriture et refuge à divers insectes, araignées, oiseaux et escargots. En les massifiant et en les combinant à d’autres ouvrages végétalisés, elles peuvent jouer un rôle de corridor écologique, facilitant la migration des espèces. Le type de façade, le substrat et les plantes choisies influencent fortement le potentiel écologique. Il est préférable de travailler avec des espèces végétales qui ont le plus d’interaction avec la faune locale.

Les murs végétaux : la réponse de Mexico face à la pollution

Gestion des Eaux Pluviales et Protection du Bâti

Dans des villes de plus en plus imperméabilisées, la gestion des eaux pluviales est un enjeu majeur. Les fortes pluies saturent rapidement les réseaux d’assainissement, provoquant des inondations et des déversements d’eaux non traitées dans les milieux naturels. La végétalisation de façade apporte une solution innovante en agissant comme une éponge verticale. Le substrat de culture et le feuillage des plantes captent et stockent une quantité significative d’eau de pluie. Cette rétention d’eau permet d’écrêter les pics de ruissellement lors des averses intenses. L’eau retenue est ensuite progressivement libérée dans l’atmosphère par l’évapotranspiration des plantes, ou utilisée pour leur propre métabolisme. Ce processus soulage les infrastructures de collecte des eaux, réduit les risques d’inondation et diminue la charge polluante rejetée dans les cours d’eau. Si les plantes de la façade sont plantées en pleine terre au bas du mur, les eaux pluviales sont absorbées par les racines, infiltrées dans le sol ou évaporées. Cela limite le risque d’inondation par ruissellement et la surcharge du réseau d’assainissement.

En prenant les précautions nécessaires et en choisissant le mode de végétalisation adapté, la végétation peut permettre d’améliorer la résistance et la durabilité du bâti : elle protège la façade des variations de température, du rayonnement direct, des vents violents ou des intempéries (limitation de craquelures, protection contre les infiltrations etc.). Le lierre est une plante grimpante à crampons qui peut pousser directement sur une façade. Les travaux de Historic England en collaboration avec l’université d’Oxford, conduits entre 2006 et 2015 ont permis de montrer que le lierre ne dégrade que les murs déjà dégradés et tend, au contraire, à protéger ceux qui sont en bon état. Le lierre peut toutefois laisser des marques sur le mur si l’on était amené à l’enlever.

Types de Végétalisation de Façade : Choix et Spécificités Techniques

La végétalisation de façade se décline en plusieurs systèmes, chacun possédant ses propres spécificités techniques et esthétiques. On distingue principalement deux grandes familles : les façades végétalisées directes et les façades végétalisées indirectes (ou murs végétaux).

Façades Végétalisées Directes : Plantes Grimpantes en Pleine Terre ou en Bac

Ces systèmes sont les plus simples et souvent les moins coûteux à mettre en place. Les plantes s'agrippent directement au mur grâce à des structures anatomiques adaptées telles que ventouses ou racines-crampons, ou s'appuient sur un support léger.

  • Plantes grimpantes sans support : La plante s’enracine directement dans le sol ou en bac, et recouvre les façades. Des plantes grimpantes qui ont leurs propres systèmes de fixation, comme des racines crampons (lierre) ou des ventouses (vigne vierge), ne nécessitent pas de support additionnel. L'installation des plantes grimpantes sans support est plus facile et moins coûteuse à mettre en place (environ 45€/m²). Néanmoins, ces plantes ont le désavantage de potentiellement endommager les façades déjà fragilisées et peuvent également laisser des traces lorsqu’on les retire. Les plantes à ventouses ne sont recommandées pour la végétalisation des façades que si elles peuvent rester à long terme, car lorsque les plantes sont enlevées, des restes de crampons et de racines adhérentes subsistent. Sur un mur sain correctement rejointoyé, une plante grimpante n'occasionne aucun dégât. Cependant, si les joints de la façade s'effritent, si ils sont réalisés avec un ciment de mauvaise qualité, composé de chaux hydraulique naturelle ou de terre, cela favorise la pénétration de crampons, de racines et l'implantation de fougères, graminées, voire de plantes buissonnantes ou d'arbres susceptibles de la dégrader.
  • Plantes grimpantes avec support : Ces plantes ne possèdent pas d’organes adhérents propres et nécessitent un support pour grimper, mais elles sont plus faciles à retirer en cas de besoin. Les murs de grimpantes utilisent des systèmes de palissage muraux (treillis, filets, câbles supports) en câbles inox tendus via des plots en aluminium pour que les plantes grimpantes puissent s’accrocher et se développer. Les rosiers grimpants s’élèvent à 4m de hauteur et nécessitent des supports horizontaux alors que, les rosiers liane peuvent atteindre 10m. Les plantes volubiles telles que la glycine de Chine ont besoin de supports verticaux pour atteindre leur objectif. Les systèmes de câbles pour la végétalisation des façades constituent la solution idéale à cet effet. Pour une façade végétalisée par plantes grimpantes avec support, il faut compter entre 150 €/m² et 350 €/m² (Adivet). Cette fourchette de prix varie en fonction du coût du débitumage, du câblage et du végétal.

Les avantages de ces systèmes sont une installation peu coûteuse, une sobriété (arrosage limité, pas de consommation énergétique), la favorisation du retour de la biodiversité en ville, une participation à la gestion alternative des eaux pluviales lorsqu’elles sont plantées en pleine terre, et un entretien faible (taille, surveillance de la croissance des plantes).

Types de supports pour plantes grimpantes

Façades Végétalisées Indirectes : Murs Végétaux ou Murs Vivants

Ces systèmes sont plus complexes et autonomes, souvent appelés « murs végétaux » ou « façades végétales ». Ils se composent d’une structure porteuse fixée au mur, d’un substrat de culture et d’un système d’irrigation intégré. Les ouvrages ont une durabilité d’au moins 25 ans.

  • Murs vivants : Il s’agit d’un substrat fixé sur la façade, pouvant accueillir plusieurs types d’arbustes, d’herbes et de gazons pour une véritable couverture végétale. Un système d’irrigation automatique et un approvisionnement en nutriments sont nécessaires. La structure d’un mur végétalisé comporte un couvert végétal, un système d’irrigation, un substrat ou support, une cloison d’étanchéité, une couche d’air, un isolant, un montant, un porteur. Le substrat des murs vivants peut être composé de feutre synthétique micro-percé, sphaigne ou laine de roche, mélange de tourbe, perlite, fibre de coco, pouzzolane. L’apport d’eau est réalisé par goutte-à-goutte, généralement associé à un programmateur horaire ajusté en fonction de la saison. Le recyclage des eaux de drainage est prévu pour certains murs végétalisés, mais l’alimentation est encore très largement réalisée à partir du réseau d’eau potable. La technique « feutrine » pèse 15 à 20 kg/m².
  • Murs de jardinières (façade végétalisée modulaire) : Cette méthode de végétalisation hors-sol consiste à assembler des jardinières spécialement conçues pour contenir le substrat nécessaire à la croissance des plantes. Ces jardinières modulaires sont fixées sur le mur ou une structure verticale et leur épaisseur avoisine généralement 30 à 40 cm. Elles s'adaptent aux formes et à l'enveloppe de la construction. La technique « box » pour un substrat de 10 cm pèse 80 à 100 kg/m² (poids constitué de 60 à 80% d'eau). Poids sec : 20 à 30 kg/m². Les zones de plantation doivent avoir une profondeur minimale de 15 à 30 cm pour un bon drainage et pour permettre le développement des racines. Avec une profondeur plus importante (de 30 à 80 cm), les jardinières peuvent accueillir une végétation de taille basse ou moyenne.

Les murs végétaux présentent une meilleure isolation thermique et phonique et ont une grande qualité esthétique, donnant l’impression de murs vivants. En revanche, ils présentent plusieurs inconvénients : des consommations d’eau et d’énergie importantes, une installation très coûteuse (entre 300 et 1500 € / m²), un risque d’infiltration en façade, la nécessité d’une surveillance constante (ferti-irrigation, contrôle du système d’irrigation, mise hors gel en hiver, remplacement des végétaux), et une résilience faible (si le système d’irrigation tombe en panne, la végétation meurt rapidement).

Éléments Techniques Essentiels et Étapes de Réalisation

La réussite et la pérennité d’une façade végétale dépendent d’une machinerie technique sophistiquée mais discrète, conçue pour recréer un écosystème viable en milieu vertical.

Études Préalables et Conception du Projet

La végétalisation verticale peut être envisagée sur divers types de structures, notamment les façades d'immeubles donnant sur la rue ou la cour, les pignons aveugles, les murs d'enceinte ou de clôture, etc. Lorsque l'on envisage d'intégrer une végétalisation verticale dans un projet, plusieurs étapes préliminaires s'imposent.

  1. Réflexions préalables : Avant de débuter un projet de végétalisation d’une façade, il convient d’analyser le type de mur à végétaliser (façade, pignon aveugle, mur de clôture, grille ou clôture en treillis). Chaque support a ses particularités à prendre en compte pour garantir la pérennité de l’installation. Il est indispensable, dès l'élaboration du projet, de tenir compte des caractéristiques de la plante grimpante à maturité pour pouvoir définir les caractéristiques techniques de la façade verte.
  2. Analyse du site d'accueil : Identifier la surface à couvrir, en tenant compte de divers paramètres : le support, l'exposition à la lumière, les micro-climats présents à l'échelle du bâtiment, la qualité du sol, la présence éventuelle de végétation existante, la proximité d'un point d'eau, la fréquentation du site (notamment pour ne pas gêner le passage). Une fois le mur d'accueil choisi, il convient d'en étudier la nature (béton nu ou enduit, etc.), d'en vérifier l'état, d'en connaître les conditions d'accès pour l'entretien et la possibilité d'y fixer un support. Il est conseillé également d'éviter la proximité avec les différents réseaux (eau, électricité).
    • Climat et exposition : Avant d’envisager la mise en place d’une façade végétalisée, il est indispensable de réaliser un diagnostic sur le climat local et les aléas météorologiques possibles tels que des vents violents, des périodes de sécheresse estivale. Le choix des plantes sera déterminé en fonction de l'exposition au soleil de la façade (qui peut être plurielle au sein d'un même mur) et de la période de floraison des espèces. Pour les zones très exposées, on pourra par exemple privilégier des plantes comme la bryone, la clématite ou le houblon ; quand le lierre, la vigne des rivages ou l'hortensia pousseront sans difficulté à l'ombre.
    • État de la façade et fondations : En rénovation, avant la pose d'une façade verte, il faut procéder à un état des lieux préalable de la façade existante, à des réparations éventuelles et à des mesures de protection du revêtement, car la végétation empêche ensuite l'accès futur à celle-ci. Aussi, il est conseillé qu'une façade ancienne soit au préalable ravalée et ne reçoive aucune couche de peinture ou d'enduit supplémentaire, car leur entretien s'avère difficile après l'implantation des végétaux. La réalisation d'un diagnostic par un professionnel (BET structure, architecte, paysagiste, etc.) portant sur la structure et sa capacité à supporter le poids des plantes, la nature et l'état de la couche d'étanchéité ou encore la présence d'espèces protégées peut s'avérer indispensable dans certains contextes.
  3. Choix des essences végétales et strates : Les végétaux choisis ne doivent pas nécessiter un arrosage et une fertilisation permanente et doivent tenir compte des conditions climatiques du site d’installation. Le choix des espèces est primordial : certaines plantes grimpantes vont naturellement s’étendre si elles sont adaptées au climat environnant, d'autres pas. Pour choisir des espèces adaptées à une façade, une étude en amont de la persistance des feuilles, de la rusticité de la plante, de sa hauteur et de sa largeur, de sa vigueur et de ses besoins en eau et nutriments est essentielle. Pour pouvoir pousser sur une surface verticale, les plantes doivent savoir se contenter d'un volume de substrat réduit, et avoir bien sûr un port compact ou, au moins, de faibles dimensions. Les plantes épiphytes (qui vivent sur d'autres plantes) et les plantes saxicoles ou rupicoles (qui vivent sur les rochers) sont naturellement adaptées à ce mode de culture.
    • Strate arborée : (>3 mètres)
    • Strate arbustive : (1 à 3 mètres)
    • Strate arbustive basse : (<1 mètre)
    • Strate herbacée
    • Strate couvre-sol
    • Strate rhizosphère : (bulbes et rhizomes).
    • Strate des grimpantesIl est important de veiller à prévoir l'accessibilité au système pour l'entretien.
  4. Obtention des autorisations : Il peut s'avérer important de vérifier auprès de la municipalité s'il est nécessaire de faire une déclaration préalable de travaux ou démarche d'obtention de permis de construction avant le déploiement du projet. Dans le cas d'un bâtiment collectif, il est impératif d'avoir l'accord du ou des propriétaire(s) du mur. Enfin, dans le cadre d'un projet d'ampleur, il est vivement conseillé de se référer aux règles professionnelles P.C.2-R1 pour la plantation des arbres et arbustes, P.C.3-R0 pour la plantation de massifs, P.C.6-R0 pour la conception des systèmes d'arrosage, P.C.7-R0 pour la mise en place des systèmes d'arrosage, et P.E.4-R0 pour la maintenance de ces systèmes.

Étapes clés d'un projet de végétalisation de façade

Structure Porteuse et Poids de la Façade Verte

La structure porteuse est le squelette du système. Elle doit être conçue pour supporter le poids du substrat, des plantes et de l’eau, tout en résistant aux contraintes climatiques comme le vent. Elle est généralement en métal (acier galvanisé, aluminium) et est fixée à la façade du bâtiment en laissant un espace, une lame d’air, essentielle à la protection du mur porteur.

Le projet doit prendre en considération les sollicitations mécaniques totales (efforts de traction dus aux charges permanentes et occasionnelles) ainsi que les charges occasionnées par le vent. Le poids de l'ensemble peut se révéler non-négligeable pour la solidité du bâtiment. Les charges importantes (bacs de plantations par exemple) doivent être placées de préférence aux endroits où se trouvent les éléments structurants de la façade.

  • Système à plante grimpante : La solidité et la stabilité du système de fixation sont calculés en tenant compte : du poids du support et des végétaux (de 1 à 50 kg/m²), de la charge ajoutée par les précipitations (poids x 2 si feuillage caduque / poids x 3 si feuillage persistant), et de la charge du vent sur les végétaux et la structure de support. Vu l'augmentation progressive du poids de la plante, la plupart d'entre elles doivent être attachées régulièrement à leur structure de support au moyen de liens semi-rigides.
Hauteur du supportContrainte globale en kN/m²
Jusqu'à 8 m0.5
Entre 8 et 20 m0.8
Au-delà de 20 m1.1
  • Système de mur végétal : Le poids du système, lié au type de substrat, influe sur la structure portante du mur végétal.
    • Technique « feutrine » : 15 à 20 kg/m².
    • Technique « box » pour un substrat de 10 cm : 80 à 100 kg/m² (poids constitué de 60 à 80% d'eau). Poids sec : 20 à 30 kg/m².

Substrat et Système d'Irrigation

Au cœur de ce système se trouve le substrat de culture, qui doit être à la fois léger pour ne pas surcharger la structure, et performant en termes de rétention d’eau et d’aération. Le substrat, composition essentielle des milieux de culture, se compose d'une fraction organique (fibres de bois, composts d’écorce, etc.) et d'une fraction minérale (pouzzolane, argile expansée, etc.). Il est crucial pour le développement des plantes et doit être adapté selon le projet : terre végétale, mélanges minéraux ou organiques. Les substrats modernes sont souvent des mélanges complexes de matières organiques et minérales, formulés pour répondre aux besoins spécifiques des plantes sélectionnées et aux contraintes du climat local. Dans certains contextes, il doit répondre à des critères spécifiques tels que la rétention d'eau et le pourcentage de matières organiques, adaptés au type de végétation choisi : des gazons demandent un substrat plus épais que les sedums, par exemple. Le substrat est un élément technique fondamental, bien que non visible.

Parallèlement, le système d’irrigation est la ligne de vie du mur végétal. Le plus souvent, il s’agit d’un système de goutte-à-goutte automatisé, qui distribue l’eau de manière précise et homogène sur toute la surface. Des capteurs d’humidité et une programmation intelligente permettent d’ajuster les apports en eau en fonction des conditions météorologiques et des besoins saisonniers des plantes, optimisant ainsi la consommation d’eau. Ce système est souvent conçu en circuit fermé : l’eau en excès est collectée en bas du mur, filtrée, puis réinjectée dans le circuit, minimisant le gaspillage. L'aspersion reste une meilleure option en cas de végétalisation étendue. Pour garantir la vitalité des végétaux, l’eau d’irrigation est enrichie en nutriments essentiels : c’est le principe de la fertirrigation. Un système de pompes doseuses injecte de manière contrôlée une solution d’engrais liquide dans le réseau d’irrigation. Cet apport nutritif est précisément calibré pour fournir aux plantes l’azote, le phosphore, le potassium et les oligo-éléments nécessaires à leur croissance et à leur floraison. Des sondes tensiométriques et des programmateurs peuvent être installés afin d'optimiser la gestion de l’arrosage (gazon, massifs de vivaces, jeunes arbres). Le pilotage à distance de ce système d’arrosage permet de rationaliser les apports en eau. Le système d’arrosage peut être également à eau perdue (consommation d’eau importante) ou en circuit fermé (consommation d’énergie importante) et il doit faire l’objet d’une gestion hivernale rigoureuse en raison du risque de gel dans les canalisations.

Lame d'Air et Épaisseur de la Façade Verte

Un élément technique fondamental, bien que non visible, est la lame d’air protectrice. Cet espace maintenu entre la structure du mur végétal et la façade du bâtiment est essentiel. Il assure une ventilation continue qui prévient tout risque d’humidité, de condensation ou de dégradation du mur porteur. Cette lame d’air joue également un rôle clé dans l’isolation thermique, en créant une zone tampon qui limite les transferts de chaleur entre l’extérieur et l’intérieur du bâtiment. Elle garantit ainsi la protection de la façade et la durabilité de la construction sur le long terme.

L'épaisseur à prévoir varie selon le type de façade verte choisi :

  • Pour le revêtement végétal apposé, prévoir entre 5 et 50 cm d'épaisseur.
  • Pour la paroi végétale séparée, prévoir entre 10 et 80 cm d'épaisseur.
  • Pour le mur végétal, prévoir : la structure : 5 à 8 cm ; le substrat en fonction du système choisi (Plaque PVC 1 cm d'épaisseur + feutre ; système de bacs / gabions jusque 20 cm + épaisseur des végétaux) ; la lame d'air : 2 à 6 cm.

Mise en Œuvre et Entretien

Si l'on opte pour une façade végétalisée sur support, la première étape est de préparer le mur et d'installer les structures appropriées. Ensuite, il est préférable de planter les grimpantes en pleine terre, à environ 50 cm au pied du mur. Toutefois, dans les milieux fortement urbanisés, cela n'est pas toujours possible ce qui justifie la plantation des végétaux dans des jardinières en pied de façade (dans minimum 40 cm de terre). Il est important de noter que la culture en bac ne permet pas à la plante de croître indéfiniment et nécessite un arrosage plus fréquent.

Une entreprise paysagiste peut intervenir pour la mise en œuvre pour le compte du fournisseur fabricant titulaire du marché, en tant que sous-traitant dûment déclaré. Après avoir fait le choix du type de co-traitance, soit celle d’entreprises conjointes ou celle d’entreprises solidaires, une entreprise paysagiste peut intervenir pour la mise en œuvre pour le compte du fournisseur fabricant titulaire du marché, en tant que co-traitant dûment déclaré. Le marché de travaux est attribué à une entreprise du paysage sur la base d’un projet et d’un Dossier de Consultation des Entreprises (DCE) élaboré par un maître d’œuvre. Réception par l’entreprise des fournitures livrées par le fabricant. Un bon de livraison est signé. À partir du moment où l’entreprise a accepté les fournitures, elle en devient entièrement responsable. Les modules sont précultivés : le choix et la mise en œuvre ont été effectués par le fournisseur.

L’entretien du mur végétal est a minima fait tous les trois mois ; plus celui-ci est régulier plus l’esthétisme du mur sera conservé. Le coût d'entretien des plantes grimpantes est faible (taille, surveillance de la croissance des plantes), tandis que celui des murs végétaux est plus élevé (ferti-irrigation, contrôle du système d’irrigation, mise hors gel en hiver, remplacement des végétaux). Le constat d’achèvement des prestations végétales est réalisé par le maître d’œuvre et l’entreprise. Le maître d’œuvre établit un compte rendu au maître d’ouvrage, en indiquant les conformités et les défauts éventuels. Le constat de reprise après la saison de végétation active (15 août / 15 octobre ou plus tôt pour éléments précultivés) inclut le remplacement des végétaux morts ou dépérissant à une date butoir à fixer (31 décembre ou 15 avril suivant, selon les régions).

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Exemples et Projets Notables

La végétalisation des façades est une Solution d’Adaptation Fondées sur la Nature (SAFN) qui présente un réel intérêt pour la biodiversité. Des villes comme Lille et Paris proposent des initiatives pour encourager cette pratique.

Le Permis de Végétaliser à Lille

À Lille, quelle que soit votre envie ou votre idée, si vous êtes lillois-e, il y a forcément une formule pour vous. La création d’une fosse de plantation au pied de votre façade dans laquelle vous installerez vos plantes grimpantes, arbustes, ou fleurs peut être prise en charge. Si votre projet concerne bien l’espace public géré par la Ville de Lille et est compatible avec les usages du secteur, un permis de végétaliser vous sera délivré. La direction Nature en Ville s’assure de la faisabilité technique (absence de réseaux par exemple). Chaque année, des chantiers de plantation sont organisés avec les jardiniers municipaux et partenaires associatifs.

Végétalisation des Bâtiments du Tennis La Faluère à Paris 12e

Lors de la mandature 2014-2020, la Ville de Paris s’était fixée d’atteindre 100 hectares de toitures, murs et grilles végétalisées, tout propriétaire confondu. Dans ce cadre, la Direction de la Végétalisation du Bâti (DVB) de la Ville de Paris a notamment lancé une opération de végétalisation sur les bâtiments du tennis La Faluère en 2018. Les murs appartenant à la mairie, l’équipe de la DVB a visité le site, pris les mesures, et lancé les premières études de faisabilité notamment les diagnostics amiante, plomb et réseaux. Les études ont été réalisées en un mois.

L’équipe de maîtrise d’œuvre de la DVB a affiné le projet. Elle a choisi de planter des plantes grimpantes en pleine terre sur un câblage à proximité de points d’eau existant. Les essences ont été choisies dans une perspective d’agriculture urbaine au bénéfice des agents d’entretien. Ainsi, les 6 murs ont été recouverts par des hortensias grimpants, du jasmin étoilé, du kiwi ou encore de la clématite. Lorsque la DVB végétalise des cours d’école, elle opte pour des essences non toxiques comme : la passiflore, le houblon, certains jasmins (non endémiques), ou encore l’hortensia grimpant.

La DVB délègue en effet majoritairement l’entretien des façades végétalisées à des entreprises privées qui obtiennent le marché public. Ils établissent un contrat avec garantie de reprise et de remplacement des plantes si nécessaire. Les jardiniers de la Ville effectuent des visites pour contrôler si la façade végétalisée a besoin des services de l’entreprise d’entretien mais ne font aucune intervention technique sur la plante ; les ouvriers privés s’en chargent. L’entreprise d’entretien vient 1 à 3 fois par an pour tailler, arroser, remplacer les plantes, ou encore réparer les câbles.

Le coût de l’opération : La végétalisation des murs du tennis La Faluère a coûté au total 14 900 €, soit 58 € / m². Par exemple, pour un mur de 32 m² végétalisés avec cinq pieds en alternance d’hortensia grimpant du Japon et de passiflore, cela a coûté 84 € / m² : 2 022 € pour le câblage, 652 € pour la végétalisation. Le coût d’entretien, si une entreprise privée (MEVEM) s’en occupait, s’élèverait à environ 110 € par an.

Le Houblon à Paris

Les racines de houblons sont plantées en pleine terre ou dans des bacs d'au moins 25 cm sur 25 cm pour 30 cm de profondeur. Des câbles sont mis en place entre le rebord du bac et le haut de la façade afin que les lianes de houblons soient guidées. La hauteur de l’accroche, la prise au vent ou encore l’exposition ont été étudiées. L’installation de ce type de façades végétalisées peut être rapide, en quelques jours/semaines, mais il faut compter les délais des études et de la commande des matériaux. En ce qui concerne l’arrosage, un système d’irrigation en goutte à goutte avec programmation a été privilégié pour les pieds de houblon plantés hors-sol. Si les racines sont en pleine terre, il est possible d’envisager un arrosage ponctuel. Le houblon a une forte consommation d’eau.

Le houblon joue un rôle bioclimatique important. Idéalement planté en automne ou au printemps, le houblon a la particularité d’être une plante dormante. Ses racines restent sous terre pendant l’hiver, puis une tige pousse en période estivale. Il peut pousser rapidement jusqu’à 15 m le long d’une façade. Un entretien régulier est nécessaire que ce soit en termes de taille, de contrôle des tuteurs des lianes et de désherbage. Le coût de mise en œuvre de cette solution est estimé à 160 €HT par mètre linéaire. Celui de l’entretien s’élève à environ 140 €HT par mètre linéaire.

Exemple de façade végétalisée avec du houblon

Le Mur Végétal du Musée du Quai Branly

Au vu des avantages et des inconvénients des différentes techniques, végétaliser sa façade avec des plantes grimpantes avec ou sans support apparaît comme les méthodes les plus résilientes et moins coûteuses en termes de ressources naturelles et économiques. A contrario, les murs végétaux sont des solutions technologiques plus consommatrices en eau et en énergie. Il semble donc pertinent de les réserver pour des projets de grandes ampleurs avec une certaine ambition esthétique, comme c'est le cas pour le musée du Quai Branly.

Il a été choisi d’installer un mur végétal étanche et isolant sur une surface de 300 m². Après avoir choisi les essences, Les Jardins de Babylone sont venus apposer sur une façade en voile béton nu, un système de fixation, l’isolant, le bardage, les supports de plantes ainsi qu’un système d’arrosage en goutte à goutte. Des éléments permettent également de conduire les eaux usées vers les sous-sols de la tour. Pour mettre en place la structure, il faut compter 2h30 par m². Le substrat est composé de coton recyclé. Des nichoirs ont été installés pour accueillir des oiseaux. L’entretien du mur végétal est a minima fait tous les trois mois ; plus celui-ci est régulier plus l’esthétisme du mur sera conservé. L’entretien est assuré par Les Jardins de Babylone et nécessite une nacelle pour la taille, le désherbage et la replantation automnale.

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