La réalisation de travaux, qu’il s’agisse de construction, de rénovation ou d’aménagement paysager, est un processus complexe où l’imprévu peut survenir. Dans le domaine du bâtiment et des aménagements extérieurs, tels que les plantations, il n’est pas rare que tout ne se passe pas comme prévu. Des défauts ou des vices apparents peuvent être constatés par le maître d’œuvre ou donneur d’ordre. Ce dernier va donc émettre des réserves sur certaines prestations réalisées par l’entreprise du bâtiment et jugées inachevées ou mauvaises par rapport à ce qui a été initialement convenu par le contrat.
La réception des travaux est l’acte par lequel le maître d’ouvrage déclare accepter l’ouvrage avec ou sans réserves. C’est lors de la visite de réception des travaux ou dans les 20 jours qui suivent que sont émises les réserves. Sont présents lors de cette visite, le maître d’œuvre et l’entreprise du bâtiment. Les travaux ont bien été réalisés, mais il existe des malfaçons qui doivent faire l’objet d’une réparation. Les travaux initialement prévus dans le devis ou le cahier des clauses techniques particulières (CCTP) n’ont pas été réalisés. Le maître d’ouvrage a besoin de temps pour vérifier la qualité des prestations de travaux. À la suite de quoi, il pourra valider ou non la réception des travaux.

La nature des réserves : Typologies et fondements
Il est essentiel de comprendre que le maître d’ouvrage ne peut pas tout contester. L’émission de réserves ne peut se faire que sur les désordres, les défauts de conformité ou les malfaçons constatés durant la visite de réception des travaux. La réception des travaux avec réserves est ensuite formalisée dans un document légal : le PV de réception des travaux avec réserves. Ce document, effectué durant la visite de réception des travaux, permet de bénéficier de la garantie de parfait achèvement.
Il existe trois typologies de réserves :
- Les réserves pour malfaçons : tous les travaux ont été exécutés, mais le client a identifié des malfaçons dans leur réalisation qui nécessitent réparation.
- Les réserves pour non-façons : la maîtrise d’ouvrage considère que les travaux prévus dans les devis et dans le CCTP n’ont pas été effectués.
- Les réserves pour essai : le maître d’ouvrage n’est pas certain de la qualité de prestation des travaux et souhaite tester l’ouvrage avant de se prononcer définitivement.
Dans le cas spécifique d’un devis avec réserve pour plantation, cela peut inclure des végétaux non conformes, un mauvais état sanitaire des plants, ou une implantation ne respectant pas les plans techniques.
Procédure de réception et formalisation des réserves
La réception de chantier est régie par l’article 1792-6 du Code civil. Une réception de chantier ne se fait pas à la hâte. La formulation est primordiale pour faire valoir vos droits. Soyez précis, factuel et exhaustif. Un commentaire comme "finitions à revoir" n’a aucune valeur juridique.
Lors de la visite, tous les défauts et vices seront présentés dans un procès-verbal rédigé par le maître d’ouvrage. Si le client ne remarque rien le jour J, qu’il signe le procès-verbal de réception, et qu’il constate ensuite des défauts, il est encore temps pour lui d’émettre des réserves, mais la procédure devient plus complexe.
Préparer et effectuer sa visite de contrôle des supports
L’entrepreneur dispose de 20 jours pour contester ces réserves. Si l’entrepreneur reconnaît la non-conformité de l’ouvrage, un accord à l’amiable pourra être envisagé. Pour éviter les sanctions et les pénalités, l’entrepreneur doit bien s’assurer lors de l’établissement du procès-verbal que les réserves sont fondées, que la nature des travaux à exécuter est indiquée et que le délai soit bien réaliste. Dans le cas contraire, le maître d’œuvre doit contester les réserves, sur le PV de réception et par lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR).
La levée des réserves : Vers la conformité finale
La levée des réserves est une procédure durant laquelle la maîtrise d’ouvrage va vérifier que les défauts et malfaçons qu’elle avait listés ont bien été réparés ou corrigés. Aucun délai de réparation n’est imposé par la loi, il doit être trouvé d’un commun accord entre les parties.
Selon la norme AFNOR (art.17.2.5.4), l’entrepreneur doit signaler l’achèvement des réparations et demander immédiatement la levée de réserves travaux, par lettre recommandée avec accusé de réception. Pour des questions de rapidité, il est préconisé d’utiliser une lettre recommandée électronique. La LRE d’AR24, moins coûteuse qu’un courrier recommandé papier classique, permet de respecter les délais légaux.
Une fois les travaux réalisés et si tout est conforme, le client peut alors procéder à la levée des réserves. Le PV de constat de levée de réserves doit être signé à la fois par le maître d’œuvre et le maître d’ouvrage. Il doit mentionner que ce dernier constate qu’il a été remédié aux malfaçons, omissions et imperfections signalées et qu’il donne acte à l’entrepreneur de la levée de réserves travaux.
Implications financières et recours en cas de défaillance
Si vous avez émis des réserves, vous êtes en droit, selon la loi de 1971, de consigner jusqu’à 5 % du montant total du marché, sous réserve de l’avoir prévu au contrat ou dans le devis. Cette somme spécifique est prévue en cas d’erreurs ou de manquements graves de l’entrepreneur sur le chantier.

En cas de retard dans la réparation des défauts, les frais peuvent être à la charge de l’entreprise du bâtiment suite à l’envoi d’une lettre de mise en demeure. En cas de non-exécution de l’entreprise du bâtiment passé ce nouveau délai, les travaux sont en général confiés à une autre société après déduction du solde dû au titre de la retenue de garantie du constructeur initial. Le coût engendré par cette intervention tierce sera défalqué du solde dû au titre de la retenue de garantie au constructeur initial.
Il arrive que la tension monte et que l’entrepreneur refuse de signer le PV de réception avec vos réserves. Dans ce cas, vous prenez quand même possession des lieux (réception tacite) : effectuez un virement amputé des 5 % si possible, et notifiez toutes vos réserves immédiatement par LRAR. La solution ultime, en cas de malfaçons extrêmes compromettant la solidité, est de refuser la réception de l’ouvrage.
L’importance du devis comme socle contractuel
Réaliser un devis, c’est l’assurance de contractualiser votre proposition avec un futur client. Mais pour cela, il faut garder en tête qu’un devis complet est un document légal. Le devis est une pièce légale qui sécurise et encadre la relation commerciale avec le client. À partir du moment où le client a donné son accord pour la réalisation d’une prestation ou d’un service, il est soumis à un engagement sur l’offre convenue.
La description des prestations est probablement l’élément le plus important. Elle doit être précise : nature des travaux, matériaux utilisés, surfaces, quantités, étapes d’intervention. Concernant les plantations, cela implique de détailler les essences, la taille des végétaux à la plantation, et les conditions de garantie de reprise. L’absence de pénalités de retard est l’une des clauses les plus fréquemment oubliées, ce qui laisse le maître d’ouvrage démuni si le chantier s’étire.
En somme, la gestion des réserves, qu’il s’agisse de gros œuvre ou de plantations, est une étape cruciale qui nécessite rigueur, documentation photographique et respect des procédures légales. L’équilibre entre fermeté et dialogue constructif demeure la meilleure approche pour garantir la pérennité et la qualité de l’ouvrage final.
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