L'Évolution Temporelle et la Valorisation du Bois Raméal Fragmenté : Une Révolution pour les Sols

La gestion des rémanents de la taille du boisement est parfois un casse-tête pour les exploitants agricoles et les jardiniers. L’entretien du bocage fait partie des tâches réalisées sur une exploitation agricole durant l’année. La valorisation en BRF est une alternative intéressante pour amener de l’humus dans les sols. Nous allons aborder une méthode fascinante pour redonner vie à vos cultures. Le terme semble un peu technique, mais le principe est très simple. Le bois raméal fragmenté correspond aux jeunes branches des arbres. On parle des rameaux qui ont moins de sept centimètres de diamètre. Ces petites branches sont coupées, puis passées dans un broyeur de végétaux.

Comprendre la nature du BRF : Un amendement vivant

Le Bois Raméal Fragmenté (BRF) est composé de jeunes rameaux de l’année et/ou de petites branches dont le diamètre est inférieur à 7 cm, le tout est passé dans un broyeur. Pourquoi utiliser uniquement les jeunes rameaux ? La réponse se trouve dans la biologie végétale. Les grosses branches et les troncs d’arbres sont du bois mort. Ils servent uniquement de support physique à l’arbre. À l’inverse, les jeunes branches sont pleines de vie. Elles contiennent la sève, les sucres, les protéines et les minéraux. C’est la partie la plus riche de l’arbre.

Schéma illustrant la structure d'une branche raméale riche en bourgeons et sève par rapport à une branche morte

Le BRF est un amendement riche en carbone mais également en macro et micronutriments présents notamment dans les bourgeons. Il permet de créer de l’humus stable en grande quantité. Les conifères ne devraient pas représenter plus de 20% du volume de branche et surtout les plaquettes de bois de cœur sont à bannir. Un m3 de BRF correspond à 200 kg de matière sèche et il faut compter environ 80 m linéaires de boisement (haie ou lisière forestière) pour générer 1 m3 de plaquettes.

L’évolution temporelle de la décomposition

L’utilisation de cette méthode ne vient pas de nulle part. Elle a été théorisée au Canada dans les années soixante-dix. Des chercheurs de l’université de Laval, comme Gilles Lemieux et Edgar Guay, ont observé la dégradation des sols agricoles. Ils ont eu l’idée d’imiter la forêt. Dans une forêt, personne ne vient labourer ou ajouter des engrais chimiques. La nature fait tout le travail toute seule. Les feuilles mortes et les branches cassées tombent par terre. Elles créent une couverture naturelle incroyable.

Le processus biologique qui s’enclenche est extraordinaire. Les champignons sont les seuls organismes capables de digérer la lignine du bois. Ils vont coloniser les copeaux. Ils créent des filaments blancs très fins appelés mycélium. Ce réseau fongique va retenir l’humidité et attaquer le bois. Ensuite, les petits insectes du sol viennent manger ces champignons. Ce processus naturel fabrique de l’humus. L’humus est la matière noire et collante qui donne sa belle couleur à la terre forestière.

Exemple de mésofaune peuplant un sol vivant : ici un symphyle, genre de petit mille-patte à gauche et un collembole à droite, tous deux contribuent à la transformation des matière organiques et au cycle des nutriments dans les sols.

Un damier (4 x 3 m2) de comparaison de l’évolution du BRF a été mis sur pied dans une prairie temporaire. Dans les blocs les plus anciens, on remarque que l’amendement est déjà décomposé en bonne partie trois mois après l’épandage. Visuellement ces apports semblent faibles dans le sens où il y a peu de fragments au sol. On comprend immédiatement que cela ne posera pas de problème dans le fourrage. De plus, le BRF ne « colle » pas à l’herbe et tombe au sol très rapidement.

La gestion de la faim d’azote : Un défi technique

C’est un des principaux inconvénients du paillis de BRF même si la faim d’azote sera moindre qu’avec des copeaux de bois secs. Cette faim d’azote a lieu en surface du sol, en début de dégradation car les bactéries et micro-organismes qui décomposent la matière organique carbonée prélèvent l’azote présent en surface du sol, sous sa forme minérale, pour l’utiliser comme « carburant » en quelque sorte dans leur processus de décomposition. L’azote prélevé n’est donc plus disponible en surface pour les jeunes plantes cultivées qui peuvent montrer des signes de carences comme le jaunissement du feuillage, des baisses de rendements les premiers mois après la mise en place du paillage de BRF ou encore des difficultés à croître.

Cependant, pas d’affolement outre mesure avec la faim d’azote, car elle ne se produit qu’en surface, cela ne dérangera donc pas les plantes vivaces déjà bien installées. Pour limiter l’impact de cette dernière, apportez le BRF plutôt à la fin d’automne - début d’hiver plutôt qu’au printemps sauf si ce sont des légumineuses en culture de printemps ou une prairie temporaire qui en contient. Pour les entrepreneurs qui souhaitent faire des travaux pour tiers, l’idéal est d’avoir une tête d’abattage montée sur un bras articulé et un broyeur forestier capable de générer un débit de chantier de 70-80 m3/h.

Application pratique au verger et au potager

Un verger c’est pour la vie ! Ne plantez plus au hasard. Notre expérience nous a prouvé que certains ravageurs appréciaient tout particulièrement ce paillis chaud et humide. Vous veillerez alors à ne pas mettre cette couche épaisse de BRF trop près du tronc des arbres, arbustes, et plus généralement des collets des végétaux afin de permettre leur respiration. Pour les arbres notamment, vous pourrez laisser un espace d’environ 30 cm entre le tronc et votre paillage épais de BRF. Vous pouvez aussi, selon les dimensions des arbres à pailler, installer cette couche épaisse de BRF uniquement en cordon tout autour de l’arbre sur la ligne d’égouttement de celui-ci.

Le paillage : une technique économique et écologique à portée de tous les jardiniers...

Au potager, il suffit d’anticiper l’installation de son paillage de BRF pour que celui-ci soit déjà bien décomposé au moment où on devra y installer les jeunes et fragiles plants potagers. Il n’y a pas une réponse à ces questions et vous avez en fait le choix entre ces différentes possibilités, suivant vos priorités du moment. Il est vrai que si vous souhaitez mettre en place un système basé intégralement sur les BRF façon Jacky Dupéty avec incorporation aux premiers centimètres du sol, c’est en effet un peu tard et vous risquez notamment une faim d’azote très prononcée. En revanche, si vous êtes sur un système associant les BRF à d’autres pratiques de gestion de la fertilité, vous pouvez les utiliser maintenant.

Impacts environnementaux et agronomiques

Dans un contexte agricole marqué par un objectif de réduction d'emploi des produits phytosanitaires, une augmentation du prix des engrais, une augmentation de la fluctuation des prix de vente et une tendance à la baisse des indemnités, les exploitations agricoles de grandes cultures sont fragilisées. Ce contexte conduit ces exploitations à faire évoluer leurs systèmes de culture pour atteindre le double objectif du maintien de leur revenu et du respect des contraintes réglementaires et environnementales.

Afin de répondre à cette demande et de permettre aux acteurs d’anticiper et de s’adapter aux changements actuels, la conception d’un certain nombre de systèmes de cultures innovants est en cours. Ainsi, dans ce contexte, le BRF (Bois Raméal Fragmenté), associé ou non au semis direct, apparaît comme une innovation permettant de mieux concilier une production intensive et les préoccupations environnementales actuelles. Au-delà de l’apport de carbone et des bénéfices sur la structure du sol, le BRF offre un paillage qui lutte contre l’érosion.

Diagramme comparatif montrant la rétention d'eau entre un sol nu et un sol paillé au BRF sur trois saisons

Le temps à investir pour en faire est également important selon le type de machine pour tailler et le broyeur disponible. Le travail manuel est le poste le plus coûteux. Moins il faut faire de fagots de branches et plus le broyeur qui peut en accueillir est important, plus la fabrication est efficace mais nécessite un investissement de base conséquent. Il faut compter un prix de production au m3 de l’ordre de Fr. 10.- à 15.- par m3 pour les gros chantiers mécanisés, alors qu'un chantier standard avec un petit broyeur croché à la prise de force du tracteur coûte environ Fr. 40.-.

Précautions et bonnes pratiques

Petit conseil pratique : lorsque vous taillez vos arbres ou haies, ayez toujours en tête les périodes de taille plus favorables aux oiseaux pour éviter de les perturber dans leurs nidifications - jamais entre mars et fin août. Le compostage du BRF ne sert à rien. Le BRF n’est pas pris en compte dans le bilan de fumure. Le broyat classique sert surtout à créer des allées propres pour marcher. Le bois raméal fragmenté est un produit vivant. Il est fabriqué uniquement avec de très jeunes branches fraîches, coupées récemment, avec leurs feuilles et leurs bourgeons.

Pour réussir, gardez en tête ces principes fondamentaux :

  • Ne jamais enfouir le BRF à plus de 30 cm de profondeur sous peine de créer une anaérobiose.
  • Privilégier les feuillus (chêne, châtaignier, hêtre, frêne) et les arbres fruitiers.
  • Éviter absolument les conifères et les plantes toxiques (thuya, laurier-cerise).
  • Arroser la terre avant l'épandage si celle-ci est sèche pour éviter une barrière étanche.
  • Surveiller l'épaisseur : entre 3 et 5 centimètres suffisent pour une efficacité optimale sans étouffer le sol.

C'est une démarche qui s'inscrit dans la durée. Pendant les étés caniculaires, arroser devient une vraie corvée épuisante. Avec une bonne épaisseur de bois broyé, l’évaporation s’arrête presque totalement. La terre reste meuble. De plus, cette couche freine violemment la repousse des mauvaises herbes. Les graines sauvages tombent sur le bois sec et ne trouvent pas de terre humide pour germer. Les rares herbes qui arrivent à traverser s’arrachent avec deux doigts, sans aucun effort. Surveillez l’évolution visuelle de votre paillage BRF au fil des semaines. S’il devient très blanc, c’est une excellente nouvelle. Ce sont les filaments de champignons qui travaillent. En revanche, s’il dégage une odeur de putréfaction ou d’égout, c’est mauvais signe. Cela signifie que la couche est trop épaisse ou que le sol est gorgé d’eau stagnante.

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