La culture du noyer (Juglans regia) a connu des mutations profondes. Là où autrefois une noyeraie était plantée pour produire au bout de 12 à 15 ans, les contraintes économiques font que cette situation n’est plus possible aujourd’hui. Les conceptions de conduite du noyer ont beaucoup évolué récemment, avec l’arrivée de matériel végétal nouveau mais également du fait de l’intensification et la rationalisation de la culture. L’adaptation des modes de conduite type haie fruitière ou arcure permet d’optimiser le potentiel des variétés plantées en haute densité.

Rationalisation et densité de plantation
La question de la distance de plantation est centrale pour la pérennité du verger. Le cahier des charges de l’AOP Noix de Grenoble prévoit une distance de plantation minimum de 10 x 10 m pour la variété Franquette. Cependant, l’intensification des vergers pousse à repenser ces espaces. Attention : la plantation en haute densité entraîne rapidement la fermeture du verger avec un risque de dépérissement et de perte de rendement.
Avec le développement végétatif des arbres, la concurrence pour la lumière augmente, entraînant le dégarnissement des branches basses et l’arrêt de croissance. Avant de planter, nous devons repérer les positions des arbres dans le champ. Lorsque nous cultivons des noyers pour leur bois, nous devons planter les arbres plus densément que lorsque nous les cultivons pour leurs noix. Si nous plantons les arbres dans un schéma dense, les arbres vont naturellement se faire de l’ombre et leurs branches inférieures et latérales ne pousseront pas bien. Par conséquent, les arbres pousseront droit et leur tronc principal s’allongera.
À l’inverse, si nous voulons des noix, nous voulons favoriser la croissance latérale, la végétation et la fructification. Les distances typiques de plantation pour les noyers à noix sont de 5,2 par 5,2 mètres, ou 373 arbres par hectare. Cependant, la plupart des cultivateurs éclaircissent les arbres les moins vigoureux pour que les distances se rapprochent de 7,62 par 7,62 mètres, ou 173 arbres par hectare. En particulier lorsque les noyers noirs sont cultivés pour leurs noix, l’éclaircissement laisse souvent en moyenne une distance de 9,1 par 9,1 mètres. De nombreux cultivateurs choisissent de faire pousser une autre culture entre les jeunes noyers pour obtenir un revenu pendant les premières années d’implantation de la noyeraie. Dans ce cas, les distances typiques de plantations sont de 2,4 mètres entre les arbres dans le rang et de 9,1 mètres entre les rangs, soit 450 arbres par hectare.
Gestion du sol et exigences édaphiques
Le noyer doit être planté dans un sol profond, avec un pH entre 6 et 7.5. Un sol trop calcaire présente un risque de chlorose, tandis qu'un sol trop acide favorise le développement de bactériose. Le sol nu travaillé ou désherbé chimiquement permet, en verger non irrigué, de limiter la concurrence avec les adventices mais augmente le tassement des sols et réduit la pénétration de l’eau. À l’inverse, l’enherbement intégral ou partiel favorise l’enracinement et maintient la structure du sol.
L’enherbement permanent peut être mis en place dès la plantation. Le couvert végétal doit être mis en place à l’automne avec des espèces non gélives et/ou à levée printanière. Il doit contenir au minimum une graminée (souvent orge, seigle ou triticale) et une légumineuse (trèfle, vesce ou fèverole). L’association de plantes à système racinaire profond favorise la décompaction du sol. L’entretien du rang se fait généralement chimiquement, mais l’évolution des pratiques tend vers une réduction de l’utilisation des produits en faveur du désherbage mécanique. La réévaluation de l’emploi du glyphosate accélère la recherche de solutions de substitution.

Conduite culturale et taille de formation
La conduite de l’irrigation dépend des conditions édaphiques et des variétés utilisées. Un bilan hydrique (RFU et ETP) ou une mesure tensiométrique facilitent la prise de décision. Les besoins en eau varient en fonction des stades phénologiques du noyer ; une situation de stress peut compromettre le rendement. Pour connaître les besoins en éléments minéraux, différents outils sont à la disposition des nuciculteurs : le profil cultural, l’analyse de sol ou encore le diagnostic foliaire.
Concernant la taille, le gobelet classique ou le gobelet-axe seront plus particulièrement proposés pour les variétés traditionnelles. Puis, tous les 3 à 5 ans (taille d’entretien), supprimez les bois morts, les branches basses et les branches internes afin de renouveler les rameaux fructifères et améliorer l’ensoleillement. Il faut garder 3 à 4 branches charpentières durant les premières années pour former l'arbre. Les plaies de taille sur les branches de plus de 5 cm de diamètre doivent être mastiquées pour éviter les portes ouvertes aux bactéries et champignons pathogènes.
Protection phytosanitaire et santé du verger
L’intensification des vergers s’accompagne du développement de nouveaux ravageurs. La protection du verger suit un calendrier en fonction des stades phénologiques et des cycles biologiques des ravageurs et pathogènes. La bactériose est de loin la maladie la plus fréquente, causant des dégâts considérables ; elle se manifeste par des zones vert foncé vitreuses sur les feuilles, puis des chancres. L’anthracnose, maladie fongique, attaque les rameaux, le feuillage et les fruits, provoquant une chute précoce des feuilles.
Le Phytophthora ou maladie de l’encre est également redoutable, entraînant le dessèchement des pousses terminales et le noircissement des racines. Pour ces maladies, la prévention reste la clé : ramasser les feuilles et noix malades, éviter les excès d’engrais azotés et gérer les arrosages. En cas de plaie, il faut aller jusqu’au bois sain et appliquer un mastic végétal.
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Récolte et conservation post-récolte
La récolte s’effectue en septembre et octobre. Pour réduire les problèmes de gestion des eaux de lavage, il est conseillé de limiter au maximum l’écalage, c’est-à-dire de récolter des fruits à maturité (brou fissuré). Les eaux de lavage et d’écalage des noix contiennent des phénols qui peuvent provoquer des risques d’asphyxie pour le milieu récepteur.
Pour que les noix conservent leurs qualités, il est impératif de réduire au maximum le délai entre la récolte et le séchage. Dans un séchoir, le débit d’air doit être suffisant (1300 à 1500 m³/h/m²) et la pression moyenne de 30 mm de colonne d’eau pour 1 m de hauteur de noix. L’hygrométrie ne doit pas dépasser 40 % pour une température moyenne de séchage inférieure à 35 °C. La norme européenne pour la commercialisation des noix en coque est à 12 % d’humidité. Au-dessus, la conservation n’est pas garantie, en dessous (<10 %), les noix destinées à l’énoisage sont fragilisées.
La culture du noyer demande une planification rigoureuse dès la plantation. Bien que le noyer soit un arbre robuste, le choix des distances de plantation, la gestion du sol et le suivi des stades phénologiques sont les piliers qui détermineront la productivité et la longévité de votre noyeraie face aux évolutions climatiques et aux exigences économiques actuelles.
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