La diversité au pied des arbres fruitiers : Clé d'un verger résilient et productif

Verger diversifié avec différentes strates végétales

L'intégration d'une diversité végétale au pied des arbres fruitiers, une pratique au cœur de la permaculture et du jardinage biologique, offre une multitude d'avantages essentiels pour la santé du verger et la richesse de l'écosystème. Loin d'être une simple tendance, cette approche est une stratégie réfléchie pour créer un environnement autonome, résistant aux maladies et aux ravageurs, tout en favorisant une production abondante et continue. Que ce soit pour encourager la biodiversité locale, pour favoriser un entretien écologique ou pour attirer les insectes pollinisateurs, varier les espèces végétales lors de l’aménagement d’un espace vert présente de nombreux atouts.

Les arbres fruitiers, piliers de l'écosystème jardin

En permaculture, les arbres fruitiers sont souvent considérés comme les « vedettes » du jardin. Ils ne sont pas de simples « distributeurs de pommes ou de prunes », mais de véritables écosystèmes verticaux. Feuilles, fleurs, fruits, bois mort, écorce… tout cela abrite une faune et une flore essentielles : insectes, oiseaux, micro-organismes et champignons utiles. Ils structurent le paysage, offrent de l'ombre, produisent de l'humus et servent d'abris pour la faune, tout en fournissant des fruits pendant de longues années.

Des alliés précieux pour la biodiversité et le microclimat

Plus un verger est diversifié, plus la faune auxiliaire trouve de quoi se nourrir et se loger, et plus les équilibres naturels se mettent en place. Chaque espèce animale est différente et nécessite des habitats propices à sa survie. Les oiseaux, par exemple, ont besoin de haies et d’arbres où faire leur nid et se nourrir. Les insectes et les plantes sont interdépendants, et les pollinisateurs nécessitent tout particulièrement la présence d’un grand nombre de fleurs pour évoluer dans le jardin. En favorisant la présence d’insectes pollinisateurs, on encourage aussi la pollinisation des arbres fruitiers et des plantations du potager.

Les fruitiers jouent également un rôle important sur le climat du jardin. En été, leur ombre tempère les fortes chaleurs et protège les cultures sensibles aux coups de chaud. En hiver, une fois les feuilles tombées, le soleil passe au travers et réchauffe le sol. C’est exactement la logique de l’agroforesterie : associer arbres et cultures pour que tout le monde y gagne. L'intégration d'arbres dans les systèmes maraîchers présente divers avantages sur le plan environnemental (protection du sol contre l'érosion), agronomique (amélioration de fertilité) et commercial (diversification). L'arbre est une composante qui modifie en profondeur le fonctionnement et les échanges au sein de l'agrosystème, et notamment les échanges sol-plante-atmosphère.

Des usines à humus pour un sol vivant et fertile

Chaque année, un arbre fabrique une quantité impressionnante de biomasse : feuilles, petits rameaux, racines fines qui se renouvellent. En laissant sur place une bonne partie de cette matière, le sol est nourri de façon naturelle. C’est la base d’un verger en permaculture : plutôt que d’apporter sans cesse des engrais, on s’arrange pour que le système produise lui-même sa fertilité. La décomposition de ces racines et des feuilles mortes tombées au sol augmente le taux de matière organique en créant un humus stable et fertile.

Branchages broyés (BRF), feuilles mortes laissées sous la ramure, herbe fauchée et utilisée en paillage… toutes ces matières organiques se décomposent lentement, entretiennent l’humus et favorisent une vie du sol riche et diversifiée. Des arbres bien nourris par un sol vivant sont naturellement plus résistants aux maladies et aux aléas climatiques. L'arbre apporte structuration du sol et matières organiques, la vie du sol, notamment microbienne, est améliorée, ainsi que la nutrition des plantes, qui acquièrent donc vigueur et résilience phytosanitaire.

Concevoir un verger naturel : observation et stratégie

Apprendre à lire son terrain : climat, vent et gel

Avant de planter le moindre arbre, une observation attentive du jardin est primordiale. Où souffle le vent dominant ? Dans quelle zone le gel se concentre-t-il en fin d’hiver ? Dans quels endroits la terre reste-t-elle détrempée longtemps… ou au contraire se dessèche-t-elle très vite ? Tout cela va orienter le choix des espèces, des variétés, et des emplacements.

Les fruitiers les plus sensibles au gel de printemps (abricotiers, pêchers, certains pruniers…) gagneront à être installés dans des zones un peu abritées, souvent légèrement en pente, pour éviter les poches d’air froid. Les fruitiers plus rustiques (pommiers, poiriers, pruniers rustiques…) pourront se contenter de situations un peu plus exposées.

Potager-verger, haies fruitières et optimisation des petits espaces

Illustration d'un potager-verger avec des plantes sous les arbres fruitiers

En permaculture, on mélange volontiers le potager et le verger. Un potager-verger permet de profiter de l’ombre légère des fruitiers l’été, d’utiliser leurs feuilles mortes en paillage, et d’installer tout un cortège de plantes compagnes à leur pied.

Si l'espace disponible est réduit, les quelques arbres haute-tige peuvent être complétés par des plantations de petits fruitiers : cassis, groseilles, framboises, mûres, myrtilles, etc. Là aussi la variété et la palette de goût sont au rendez-vous. Pour les petits espaces, il est également judicieux de penser aux haies fruitières : alignement de petits fruitiers (pommiers, poiriers sur porte-greffe peu vigoureux, pruniers, petits fruits…) taillés en formes simples. Cela structure le jardin, abrite du vent, nourrit les oiseaux… et permet de récolter des fruits. L’idée est de combiner les fonctions plutôt que de multiplier les espaces séparés.

Penser en strates : arbres, arbustes, couvre-sol

Un verger en permaculture n’est pas une monoculture d’arbres fruitiers alignés au cordeau sur une pelouse rase. C’est plutôt un ensemble de strates : grands arbres, petits arbres, arbustes, buissons, plantes couvre-sol, vivaces, engrais verts, fleurs mellifères… La végétation non cultivée, située dans la parcelle (bandes enherbées ou fleuries, arbres isolés…), en son pourtour (haies, fossés…) ou sous forme de tâches (« patches ») dans le paysage (bosquets, prairies permanentes…), héberge ainsi des insectes utiles.

Au pied des fruitiers, il est possible d'installer des plantes aromatiques, des fleurs attirant les pollinisateurs, des couvre-sol comestibles ou mellifères, voire quelques légumes adaptés à la mi-ombre. La diversité végétale détourne les ravageurs des plantes cultivées. C’est un peu comme si les plantes jouaient à cache-cache avec les ravageurs. Cela est démontré en agroforesterie, par exemple lorsque l’on cultive du blé sous des arbres : la canopée des arbres masque le blé aux pucerons des céréales, qui ne repèrent donc pas ce dernier lors de leurs déplacements aériens et passent leur chemin. Par exemple, les capucines sont des alliées bien connues des jardiniers car elles empêchent la prolifération des pucerons. Les orties attirent quant à elles les coccinelles, qui contribuent également à limiter la présence d’insectes nuisibles.

Choisir des arbres fruitiers adaptés et résilients

Porte-greffes, types de sols et contraintes du terrain

Avant de choisir un pommier, il est important de s’intéresser au porte-greffe. C’est lui qui détermine en grande partie la vigueur de l’arbre, sa taille finale, sa précocité de mise à fruit et son adaptation au sol. Sur sols pauvres ou secs, on privilégiera des porte-greffes vigoureux, capables d’aller chercher l’eau en profondeur. Sur sols riches et frais, des porte-greffes plus modérés éviteront d’avoir des arbres qui « partent au bois » sans fructifier.

Si le sol est lourd et argileux, préférez des espèces et des variétés qui le supportent bien (certains pruniers, poiriers, pommiers adaptés). En sol très calcaire, certains fruitiers (notamment certains poiriers, pêchers…) peuvent souffrir de chlorose. Un bon pépiniériste local saura conseiller sur les porte-greffes les plus adaptés à l'environnement. Le porte-greffe va demeurer de manière pérenne dans le verger. Les porte-greffes “basse-tige” (appelés M9 et M26) sont peu vigoureux. Ils demandent une surveillance importante, notamment au niveau de l’enherbement et ont une durée de vie limitée. Le souci principal pour les arbres “bassetige” demeure le tuteurage permanent : chaque arbre doit être soutenu par un poteau individuel ou par un système de palissage. Les porte-greffes “haute-tige” sont moyennement vigoureux. Ils sont sensibles à la concurrence de l’herbe et aux pathogènes et nécessitent parfois un tuteurage pendant une longue période initiale. Ils restent cependant intéressants car ils donnent des fruits au bout de 2-3 ans et ne dépassent pas 2-3 m, ce qui offre une cueillette à portée de main et une ombre limitée sur les légumes. Les porte-greffes fort en vigueur “haute-tige”, ou certains arbres “demi-tige”, sont plus résistants et autonomes et acceptent l’enherbement. Ainsi au sein du verger maraîcher, privilégiez les porte-greffes moyennement vigoureux qui ont l’avantage de prendre moins de place et de permettre une production plus précoce dans la vie de l’arbre.

Variétés rustiques, locales et diversifiées

Assortiment de fruits de différentes variétés

En culture naturelle, le choix des variétés est presque aussi important que l’entretien. Des variétés rustiques, bien adaptées au climat local, tombent moins souvent malades et demandent moins de « coups de pouce ». Il est conseillé de se tourner vers des variétés anciennes ou peu connues, souvent plus tolérantes et intéressantes pour la biodiversité. Les pommiers, poiriers, cerisiers et pruniers sont les fruitiers les plus plantés. Selon les conditions édaphiques du sol et l’exposition, il est possible de planter des fruitiers plus gélifs tels que le pêcher et l’abricotier. La qualité des fruits (goût, aspect…) et leur vocation sont des paramètres importants dans le choix des variétés.

Un verger diversifié (pommes, poires, prunes, cerises, coings, figues selon les régions, etc.) amortit beaucoup mieux les aléas climatiques et sanitaires. Une année de mauvaise fructification sur une espèce sera souvent compensée par de belles récoltes sur une autre. Il est pertinent de regrouper les variétés et si possible en prenant en compte leur précocité. La clé du succès tient aussi à la diversité des espèces complantées. Dans un verger expérimental, les abricotiers voisinent avec des pêchers, et tous sont de variété rustique, peu sensibles aux ravageurs et aux maladies. C’est ainsi qu’en cas d’attaque du champignon « monilia » sur la fleur de l’abricotier, il ne se répandrait pas sur plus de quatre ou cinq arbres, car il n’affecte pas le pêcher. Il se passerait la même chose en cas d’attaque de la « cloque » sur le pêcher. Le pommier n’en aurait cure.

Quelques fruitiers particulièrement intéressants en permaculture

En plus des grands classiques, il est possible d'intégrer des fruitiers « multi-fonctions » : le sureau noir par exemple, très utile au jardin pour la biodiversité, pour le paillage et pour la fabrication de préparations naturelles, tout en offrant baies et fleurs. D’autres arbustes à baies (cassis, groseilliers, amélanchiers, aronias…) trouvent aussi très bien leur place dans un verger vivant. Selon la localisation et les conditions microclimatiques, le milieu urbain permet une diversification des fruitiers avec la plantation de figuiers ou d’actinidias (kiwi et kiwaï - plantes grimpantes), la vigne à vin…

Selon la région, certains fruitiers dits « oubliés » méritent également d’être redécouverts. Ces espèces peuvent diversifier le verger et étaler les récoltes sur une longue période. Par exemple, les rendements des cultures conventionnelles ont atteint un palier depuis plus de 10 ans. Parce qu’elle se heurte à de nombreux verrous d’ordres économique, sociotechnique et institutionnel. L’expertise scientifique collective montre que ces verrous sont liés à l’organisation très optimisée du système agroalimentaire conventionnel.

Planter un arbre fruitier : les bonnes pratiques naturelles

Le bon moment pour planter

En climat tempéré, le meilleur moment pour planter un arbre fruitier à racines nues se situe généralement entre novembre et février, hors période de gel. L’arbre est alors en repos, ce qui réduit le stress de la transplantation et lui laisse tout l’hiver et le printemps pour émettre de nouvelles racines avant les grosses chaleurs. Les arbres achetés en racines nues doivent être plantés pendant la période de repos végétatif, c'est-à-dire entre novembre et mars, en évitant les périodes de fortes gelées : “A la sainte Catherine (25 novembre), tout bois prend racine”.

En conteneur, la plantation est possible presque toute l’année, mais les plantations en pleine canicule sont fortement déconseillées. Même avec des arrosages réguliers, la reprise sera plus aléatoire. Les arbres achetés en pot (ou en conteneurs) peuvent être plantés toute l'année mais la période s'étalant de début septembre à fin avril est plus propice à une bonne reprise.

Faut-il tailler les arbres fruitiers ?

Racines nues ou conteneur : choisir en fonction des besoins

Les arbres fruitiers à racines nues sont souvent moins chers à l’achat, s’installent profondément dans le sol et reprennent très bien si la plantation est faite à la bonne période. En contrepartie, la fenêtre de plantation reste limitée à l’automne-hiver.

Les fruitiers en conteneur offrent plus de souplesse de plantation, mais le système racinaire peut être enroulé si l’arbre a trop attendu en pot. Il est important de prendre le temps de démêler délicatement les racines avant de planter, pour éviter qu’elles ne tournent en rond dans la fosse.

Un trou de plantation raisonnable et bien préparé

Contrairement à ce qu’on lit parfois, il n’est pas nécessaire de creuser un cratère. Un trou simplement un peu plus large et plus profond que le volume des racines suffit, à condition de bien ameublir la terre sur toute la zone de plantation. On évite en revanche les doses massives de fumier frais ou d’engrais dans le trou, qui risqueraient de brûler les racines.

Il est préférable de mélanger un peu de compost mûr à la terre de surface, puis de replacer cette couche en haut du trou. Cela donne un petit coup de pouce au démarrage, sans créer de « pot de fleurs » ultra-riche dans lequel les racines resteront prisonnières. L’idéal est de préparer le sol (sans le travailler !) 6 mois avant la plantation en paillant l’emplacement avec du foin, de la paille, des feuilles, du carton ou des copeaux. Une bâche peut aussi être envisagée sur prairie. Le paillage doit faire au moins 1 m de large afin d’éviter la concurrence racinaire pendant les 2 à 3 premières années de l’arbre. Si la structure du sol est mauvaise (note de 3 ou plus), un travail du sol est nécessaire. Ameublissez bien le fond à l'aide d'une bêche. Privilégiez toujours de jeunes plants (moins de 2 ans) que des plants plus âgés qui reprendront plus lentement. Praliner les racines en les trempant dans un mélange boueux. Installer l’arbre dans le trou (attention de ne pas enterrer le point de greffe) en étalant les racines et reboucher le trou avec la terre excavée de surface mélangée à du terreau, du compost, et/ou engrais organique si besoin, tout en maintenant l’arbre bien droit.

Arrosage, paillage et premiers soins

Après la plantation, un arrosage copieux est indispensable, même si le sol est humide. Il permet de bien plaquer la terre contre les racines et d’éliminer les poches d’air. Un bon paillage organique vient ensuite protéger le sol, limiter l’évaporation, nourrir la vie du sol… et vous épargner quelques séances de désherbage.

Nourrir le verger sans épuiser le sol

D'abord le sol, ensuite l'arbre

En permaculture comme en jardinage naturel, on ne nourrit pas directement l’arbre avec des engrais, on nourrit d’abord le sol. Un sol vivant, riche en humus et en micro-organismes, se charge ensuite de mettre à disposition des racines tout ce dont l’arbre a besoin. C’est beaucoup plus durable et équilibré qu’une fertilisation « coup de fouet ».

Dans un verger naturel, la plus grande partie de la fertilité vient des apports produits sur place : feuilles, herbes de tonte, broyat de rameaux, engrais verts… Tout ce qui retourne au sol participe au maintien de l’humus. La diversité favorise aussi la fertilité des sols, la régulation de l’eau, soit autant de services écosystémiques qui contribuent à la production agricole en limitant les besoins d’intrants chimiques.

Compost, BRF, engrais verts et apports de surface

Application de compost au pied d'arbres fruitiers

Quelques pratiques simples font une énorme différence :

  • Apporter régulièrement du compost mûr en surface, sous la forme d’une fine couche, au pied des arbres.
  • Laisser les feuilles se décomposer au sol, sauf en cas de forte pression de maladies où un ramassage partiel peut se justifier.
  • Utiliser le bois raméal fragmenté (BRF) issu de la taille des arbres et arbustes comme paillage nourrissant.
  • Semer des engrais verts entre ou sous les fruitiers (trèfle, vesce, phacélie, etc.) puis les faucher et les laisser sur place.

Tout cela crée un « tapis » protecteur sur le sol, limite l’érosion, maintient l’humidité et nourrit en continu les organismes du sol. Les racines des arbres, plus profondes que celles des cultures, font remonter les nutriments des couches profondes pour les rendre accessibles aux couches de surface. Une fois étendu, le système racinaire limite les fuites des nitrates et favorise le stockage du carbone dans le sol.

Fumier, amendements et compléments… avec parcimonie

Dans un verger bien paillé, les besoins en fumier ou en engrais organiques sont souvent bien plus faibles qu’on ne l’imagine. Des apports trop généreux, notamment en azote, rendent les arbres plus sensibles aux maladies et favorisent la végétation au détriment des fruits. Pour ce qui concerne les propriétés chimiques du sol, les effets sont majoritairement positifs mais ils sont cependant limités. On observe une augmentation significative du carbone organique et de la concentration de certains éléments nutritifs du sol (N, P, K, Mg et Na) autour des haies âgées et hautes. Certains effets négatifs peuvent aussi apparaître, tels que la minéralisation de l’azote et le prélèvement supplémentaire de cations échangeables par les arbres qui peuvent entraîner une augmentation de l’acidité des sols.

Tailler ou ne pas tailler : la taille douce des arbres fruitiers

Respecter le port naturel de l'arbre

La permaculture ne dit pas « ne jamais tailler ». Elle invite surtout à observer l’arbre, à respecter son port naturel et à limiter les interventions au strict nécessaire. Une taille douce privilégie des coupes de petit diamètre, réalisées au bon endroit, plutôt que des mutilations régulières qui épuisent l’arbre. L’objectif n’est pas d’imposer une forme artificielle, mais d’aider l’arbre à rester équilibré, bien éclairé, et à produire des fruits accessibles sans devoir sortir l’échelle de pompier. Les tailles de fruitiers ont lieu pour la plupart entre février et mars. Chez les jeunes arbres, on procède à des tailles de formation puis plus tard à des tailles d’entretien en évitant les tailles brutales de grosses branches. La taille demande une bonne maîtrise car ses effets peuvent être impactants. En règle générale, il est invité à éviter les arbres sous forme de boule (dont la tige principale a été coupée) car cette forme ne favorise pas le développement des arbres. Une fois l’arbre planté, il faut encadrer la pousse par une taille de formation : le principal travail est d’accompagner l’arbre dans la formation de sa structure et de l’adapter à son milieu et à ce qu’on attend de lui (passage du tracteur, fruits sur les hauteurs ou non,…).

Les quelques gestes vraiment utiles

Dans un verger en permaculture, optez pour une taille douce. Dans la plupart des cas, quelques gestes simples suffisent :

  • Supprimer le bois mort ou très malade.
  • Éliminer les branches qui se croisent et se frottent, sources de blessures.
  • Éclaircir légèrement le centre de la ramure pour laisser entrer la lumière.
  • Retirer une partie des gourmands trop vigoureux qui « filent » vers le haut.

En agissant ainsi, vous limitez le risque de maladies, améliorez la qualité des fruits et facilitez la cueillette, tout en laissant l’arbre s’exprimer. Ces opérations d’entretien devront prendre en compte la biodiversité en conservant quelques branches mortes et certainement les cavités présentes. La reprise en main des vieux vergers est aussi très importante à réaliser simplement pour leurs permettre de se maintenir dans le temps. Après un diagnostic général, on réalise des tailles de transformation pour aérer la cime et rééquilibrer l’arbre.

Erreurs fréquentes à éviter

Les erreurs les plus courantes ? Tailler trop fort, trop souvent, et au mauvais moment. Des coupes très sévères stimulent la repousse de nombreux gourmands et affaiblissent l’arbre à long terme. Les grosses plaies cicatrisent mal, deviennent des portes d’entrée idéales pour les champignons lignivores.

Prévenir maladies et ravageurs par l'équilibre du verger

Diversité végétale, haies et auxiliaires

Insectes auxiliaires sur des fleurs dans un verger

Dans un verger naturel, la première « défense » contre maladies et ravageurs, c’est la diversité. Des haies variées, des bandes fleuries, des zones un peu sauvages, des tas de branches ou de pierres… tout cela fournit abris et nourriture aux auxiliaires (oiseaux insectivores, coccinelles, syrphes, carabes, chauves-souris, etc.). Un verger monoculture sur gazon ras, même en bio, reste plus fragile. À l’inverse, un verger-jardin riche en plantes différentes, avec un sol couvert, gère beaucoup mieux les pullulations ponctuelles de ravageurs. Le fait d’intégrer des végétaux variés dans son jardin (plantes, arbres fruitiers, haies, massifs de fleurs…) permet de bénéficier d’un espace verdoyant et fleuri tout au long de l’année, même en hiver. Il suffit pour cela de planter de multiples variétés d’arbustes, de fleurs et de plantes résistantes au gel.

La forme de plantation en cercles, qu’ont adoptée les ingénieurs d'un verger expérimental, a pour but de protéger la production de fruits. L’objectif est que les bio-agresseurs aient du mal à arriver jusqu’aux arbres du centre. Pour éviter aux ennemis de se déplacer d’arbre en arbre et de se multiplier, il faut mettre en place une biorégulation. La ceinture extérieure est donc une barrière végétale composée d’arbres hauts : châtaigniers ou noyers qui ont un rôle de brise-vent, ainsi que des arbustes bas où les rongeurs et les oiseaux peuvent gîter. Le deuxième cercle se compose de plantes-pièges : des pommiers précoces et résistants (variété Flora-Akane), dont la tâche est de fixer les pucerons qui auraient réussi à franchir la première haie. Leur précocité les expose peu à la menace de la chenille tordeuse qui frappe généralement au cœur de l’été. Le troisième cercle est planté de figuiers, noisetiers, grenadiers, néfliers, kakis, framboisiers pour empêcher que les feuilles mortes des pommiers du cercle précédent soient poussées vers le centre. En effet, la tavelure, qui est l’une des maladies du pommier, se transmet par les feuilles tombées à l’automne.

Le rôle du badigeon de chaux et des soins préventifs

Sur les fruitiers, des soins simples, réalisés au bon moment, peuvent aider à limiter la pression de certains parasites et champignons. C’est le cas par exemple du badigeon de chaux sur le tronc et les grosses charpentières, qui contribue à assainir l’écorce, à limiter l’installation de certains insectes et champignons, et à favoriser la cicatrisation de petites blessures. Il ne s’agit pas de remplacer un à un les pesticides chimiques par une solution alternative, il s’agit de changer la logique d’ensemble pour restaurer les processus naturellement à l’œuvre dans l’écosystème agricole, là où la chimie s’y substitue. Les pesticides chimiques présentent les avantages d’être faciles à mettre en œuvre et peu coûteux pour l’agriculteur.

Moniliose, pucerons & cie : garder la tête froide

Même dans un verger très bien conduit, des maladies comme la moniliose ou des invasions de pucerons peuvent se manifester. L’enjeu n’est pas d’atteindre une éradication totale, mais de maintenir un équilibre où les ravageurs sont contrôlés par leurs prédateurs naturels. L'intégration d'arbres dans les systèmes maraîchers présente divers avantages sur le plan environnemental (protection du sol contre l'érosion), agronomique (amélioration de fertilité) et commercial (diversification). Meilleure recharge automnale en eau des sols. Accueil de la biodiversité. Protection des aléas climatiques. Les haies diminuent la vitesse du vent, protégeant ainsi cultures et sol. Augmentation et diversification des auxiliaires.

L'agroforesterie : une synergie gagnante entre arbres et cultures

Quels avantages à l'agroforesterie ?

L’agroforesterie consiste à associer arbres et cultures au sein d’une même parcelle pour transposer en agriculture, des principes de fonctionnement valables dans une forêt. Intégrer l’arbre dans la parcelle agricole permet de créer un système plus complexe. L'arbre est une composante qui modifie en profondeur le fonctionnement et les échanges au sein de l'agrosystème, et notamment les échanges sol-plante-atmosphère.

Les avantages sont multiples :

  • Augmentation de la biodiversité utile : Les arbres offrent un refuge à la biodiversité patrimoniale.
  • Développement du système racinaire : Les racines des arbres, plus profondes que celles des cultures, font remonter les nutriments des couches profondes pour les rendre accessibles aux couches de surface. Une fois étendu, le système racinaire limite les fuites des nitrates et favorise le stockage du carbone dans le sol.
  • Développement d’un microclimat à l’échelle de la parcelle : Sous condition d’une densité suffisante d’arbres adultes, un système agroforestier peut modifier le microclimat de la parcelle en affectant la vitesse des vents et l’humidité relative de l’air.
  • Diversification des revenus : Les arbres fourragers présentent l’avantage de produire en été lorsque les pâtures souffrent de la chaleur et produisent peu. Les “arbres têtards” ou arbres trognes sont convertis en BRF (Bois Rameaux Fragmentés) et remplacent ainsi la paille en servant de litière pour les animaux. Les arbres fruitiers quant à eux, génèrent un revenu direct grâce à la vente de fruits.

Parcelle agroforestière avec rangées d'arbres et cultures

Agroforesterie : quel fonctionnement ?

Quelques étapes peuvent être mises en place avant d’investir dans une plantation. Elles passent tout d’abord par la gestion de l’existant présent sur la parcelle. Ils sont une première base dans une démarche d’agroforesterie. Il n’existe aucun modèle fixe d’agroforesterie. L’arbre implanté artificiellement sur une parcelle ne se comporte pas comme l’arbre forestier. Non implanté dans son biotope spontané, il devra être protégé et géré. Cette gestion inclut notamment (après le travail du sol des 3 premières années) le maintien d’une couverture permanente à son pied pour forcer les racines à s’ancrer dans les horizons profonds du sol. Cet enracinement garantira entre autres des arbres résistants au vent, aux engorgements et à la sécheresse. La réimplantation d’arbres dans une parcelle agricole est une démarche globale qui doit s’inscrire dans une réflexion agroécologique complète. En cela, planter des arbres sur des sols soumis à des indices de perturbations trop importants sera sans effet. L’arbre prospère grâce à son environnement direct : porosité du sol, matière organique, micro-organismes etc. Le travail du sol notamment, viendra perturber un biotope homogène et stabilisé et donc la nutrition des plants. L’agroforesterie est donc à inclure dans une réflexion plus large alliant couverture végétale du sol et évolution des pratiques agricoles.

Quelles essences d'arbres planter en agroforesterie ?

Pour prospérer, les essences sélectionnées devront tenir compte de l’utilisation voulue (bois d’œuvre, bois énergie, arbre fourrager, arbre fruitier…), du climat de la parcelle et de l’état du substrat et du sol. Il est possible de mélanger les essences d’arbres au sein d’une même parcelle pour s’adapter au mieux aux contraintes. L’Association française d’agroforesterie préconise en générale d’envisager une densité de 50 arbres plantés à l’hectare et 7 à 8 mètres de distance entre chaque plant pour un bon compromis entre croissance de l’arbre et accès à la lumière pour les cultures. Cette densité est à nuancer en fonction des systèmes, des espèces plantées etc. Pensez à l’écartement inter-rang et sur le rang, en fonction du type d’arbres de son futur gabarit. La densité est un point important car elle va directement influer sur le rendement des cultures. Autour du projet SMART, la chambre d’agriculture conseille un espacement de 10 mètres entre les rangs. Pour des arbres fruitiers de 3 m de hauteur, privilégiez des espaces de 11 m de largeur minimum pour vos planches maraîchères et de 16 m pour des arbres de 6 m.

Interactions entre arbres et cultures : lumière, eau et sol

Les interactions entre arbres et cultures sont aériennes, lorsqu’elles sont liées à la modification du microclimat, et souterraines, lorsqu’elles se rapportent à la modification des ressources du sol.

  • Lumière : L’ombre des arbres protège les légumes des grandes chaleurs mais peut aussi limiter leur croissance. Le risque est plus important au nord de Loire où l’ensoleillement est limité. Il faut alors privilégier des arbres isolés ou des arbres sur des porte-greffe très peu vigoureux (max 4 m de haut) afin de limiter la croissance des arbres et donc leur concurrence avec les légumes. On placera les haut sujets du côté Nord de la parcelle.
  • Eau : La concurrence en eau n’est généralement pas à craindre mais il faut rester vigilant. Le système racinaire de l’arbre est un avantage puisqu’il permet de structurer le sol et d’avoir une meilleure infiltration de l’eau, qui sera ensuite disponible pour les cultures. L’arbre pompe les eaux profondes et n’entre pas en concurrence avec les légumes de surface. Il est même possible qu’autour de l’arbre se mette en place un phénomène d’ascenseur hydraulique : l’arbre va faire remonter l’eau des couches profondes par ses racines et les rendre disponibles pour les cultures. Cependant, l’irrigation en maraîchage est plus soutenue qu’en grande culture ce qui stimule la croissance racinaires des arbres dans l’horizon des légumes, accentuant ainsi fortement les phénomènes de compétition.
  • Sol : En termes d’espace disponible, les cultures annuelles ne sont pas souvent menacées par l’arbre dont les racines sont plus profondes.

L'avenir des vergers : diversifier pour une agriculture durable

La diversité est une solution pour contrôler les espèces qui causent du tort aux cultures (maladies, mauvaises herbes, insectes herbivores…) et un levier pour sortir des pesticides. En agriculture, la diversification végétale consiste à semer des mélanges de variétés ou d’espèces cultivées, pratiquer l’agroforesterie, allonger les rotations ou encore créer des paysages diversifiés avec des prairies, des bois et des haies. Notre expertise scientifique collective a recensé les mécanismes écologiques qui expliquent cet effet positif. La biodiversité locale a été façonnée et appauvrie par l’usage historique et généralisé des pesticides ; or la biodiversité est à la base de la fourniture de services écosystémiques qui soutiennent la production agricole en conditions diversifiées.

Les rendements sont globalement comparables à ceux des cultures sous pratiques conventionnelles, mais avec une grande variabilité en fonction des situations. En effet, les systèmes diversifiés ne sont pas toujours conduits dans des conditions optimales. La transformation du modèle agricole français au sortir de la 2e Guerre mondiale a prouvé l’efficacité de politiques ambitieuses pour engager et accompagner des changements de grande ampleur. En complément d’un cadre politique national et européen volontariste, les initiatives territoriales sont d’importants moteurs de changement. Par exemple les légumineuses (comme les pois, la luzerne, la féverole…) sont préconisées dans la diversification (en mélange, dans les rotations ou en interculture) car elles fertilisent naturellement les sols, et elles ont surtout pour débouchés les élevages.

Faut-il tailler les arbres fruitiers ?

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