L’exercice de la fonction de tuteur dans le secteur de l’orthopédie et des soins paramédicaux constitue un pilier fondamental de la transmission des savoirs. Les tuteurs sont souvent confrontés à une logique difficile entre production et formation. En valorisant le tutorat, les instances affirment la nécessité de rendre intelligible le réel pouvoir professionnalisant du stage. Ce rôle ne se limite pas à une simple surveillance, mais s'inscrit dans une démarche structurée, encadrée par des textes réglementaires précis, visant à faire émerger des compétences cliniques de haut niveau.

Les fondements réglementaires et le profil du tuteur expérimenté
La professionnalisation des tuteurs est devenue un enjeu majeur pour garantir la qualité des apprentissages. En effet, l’Instruction N°DGOS/RH1/2016/330 du 4 novembre 2016, relative à la formation des tuteurs de stages paramédicaux (parcours de 28h minimum) définit les critères d’un stage qualifiant et professionnalisant. Cette directive marque un tournant dans la reconnaissance de la fonction tutorale.
Ne peut prétendre au titre de tuteur, qu’un professionnel expérimenté pouvant mener en son activité proprement dite et la fonction tutorale. C’est un professionnel qui, aidé par la formation, a pris conscience de sa compétence. La maîtrise technique, particulièrement dans le domaine de l’orthopédie-orthésiste, ne suffit pas. Il faut posséder cette capacité réflexive permettant de traduire le geste technique en un savoir transmissible. Le tuteur devient alors un médiateur entre le terrain et les attentes institutionnelles.
La transmission des invisibles du métier
L’un des défis majeurs en orthopédie est de rendre explicites les gestes qui semblent naturels pour un praticien chevronné, mais qui constituent des mystères pour l’apprenant. C’est un professionnel qui, aidé par la formation sait écrire les situations emblématiques de son service par la méthode de l’instruction au sosie, pour mettre à jour les compétences essentielles. Ces situations ne sont pas de simples procédures administratives ; elles sont la matière première de l'excellence.
Elles lui servent à montrer le travail, à évaluer la progression d’un étudiant, à échanger sur les différentes façons de faire, à révéler les invisibles du métier qui sont les clés de la réussite et de l’excellence du soin. Ces « invisibles » englobent la gestion de la douleur, l'analyse fine de la posture du patient et l'ajustement millimétré d'une orthèse, autant d'éléments qui ne figurent pas toujours dans les manuels mais qui font la différence dans la prise en charge réelle.
L’équilibre entre affectivité et exigence didactique
Le tutorat est un contrat humain avant d'être un contrat pédagogique. C’est un tuteur qui sait gérer à la fois une proximité chaleureuse essentielle à l’apprentissage : « L’affectivité précède l’intelligence » et l’exigence sur les apprentissages, l’attitude, le respect du contrat didactique. Cet équilibre est délicat. Il implique que le tuteur soit capable de créer un climat de confiance tout en maintenant des standards élevés.
Il sait qu’apprendre demande des efforts, suscite des doutes et des remises en questions. Il sait qu’apprendre, c’est oser, recommencer, analyser, évaluer et recommencer encore. La posture du tuteur est celle d'un guide qui accepte l'erreur comme une étape nécessaire du processus d'apprentissage, transformant chaque échec en une opportunité de réflexion approfondie pour l'étudiant.

L’outillage pédagogique : du portfolio à la planification des activités
Pour structurer cet apprentissage, le tuteur doit maîtriser des outils de suivi rigoureux. Il est doté d’un ensemble d’outils pour évaluer la progression, la capacité, les ressources de la compétence. Il s’est fait du portfolio un ami. Celui-ci ne lui fait plus peur. En formation, il a décortiqué les intitulés de compétences et a trouvé par compétences, des indicateurs spécifiques à son service au regard des critères.
La planification des activités de stage exige les mêmes efforts et les mêmes précautions que la construction d’un programme de formation : objectifs d’évolution, objectifs intermédiaires, activités, évaluation et feedback ciblés. Les objectifs doivent être précis. L’étudiant ne devrait plus deviner ce qu’on attend de lui en termes de progressivité. Cette clarté est le gage d'une immersion réussie dans les réalités de l'orthopédie.
Développer la capacité réflexive : l’art de la question
L’instruction N°DGOS/RH1/2016/330 du 4 novembre 2016, précise que le stage a pour objectif premier, de développer la capacité réflexive de l’étudiant. L’étudiant, focalisé sur le résultat immédiat, oublie parfois le cheminement intellectuel. Que fait un étudiant en stage ? On le sait, « Les élèves, les apprentis, sont souvent plus préoccupés par la recherche de la réussite de l’action plus que par sa compréhension. Ce qui compte, c’est la façon de faire qui permette d’obtenir un résultat rapide, concret, flagrant. »
Le tuteur, aidé par la formation, sait manier l’art de la question. Il sait que, de la qualité de ses questions naîtra la qualité du raisonnement et de l’argumentation de l’apprenant. En invitant l'étudiant à justifier ses choix techniques ou relationnels, le tuteur l'oblige à quitter la posture d'exécutant pour adopter celle de professionnel autonome.
Comment réussir son guide d’entretien ? Exemple à l’appui
Évolution du cadre institutionnel et syndical
La reconnaissance de cette fonction est un combat de longue haleine. Nous allons pouvoir nous former à la fonction de tuteur via le dpc dès 2017. C’est une nouveauté de cette année. Avec à la clé une formation gratuite et indemnisée. Dans le cadre de l’accueil des étudiants infirmiers en stage, l’instauration d’un tutorat digne de ce nom est une demande de la profession depuis des années.
Cette revendication s’est encore renforcée avec la réforme des études et la mise en place d’un portfolio pour tous les étudiants, d’exigences accrues sur les tuteurs et de nouvelles modalités d’encadrement. Il ne reste plus qu’une revendication sur la liste établie par la FNI à savoir notre rémunération pour assumer cette fonction de tuteur. A noter que la FNI n’était pas restée inactive dans l’attente de ces avancées. En région, les élus FNI URPS s’étaient mobilisés comme par exemple en Ile-de-France où l’Union régionale des professionnels de santé (URPS) infirmiers a obtenu des financements pour mener une expérimentation sur le tutorat. Elle permettait à des IDEL d’être formés gratuitement à la fonction de tuteur et d’être rémunérés pour assurer cette fonction.
La Fédération Nationale des Infirmiers (FNI) est le premier syndicat représentatif des infirmiers libéraux en France. Adhérer à la FNI, c’est s’engager pour la défense de sa profession, bénéficier d’un soutien en cas de litige, accéder à des services dédiés exclusifs et participer activement aux négociations qui concernent les infirmiers libéraux.
Perspectives professionnelles en orthopédie-orthésiste
De plus en plus, les stages doivent être de véritables enseignements cliniques. Les cabinets libéraux sont très recherchés des étudiants car ils offrent à la fois une grande technicité et une grande diversité d’actes. L’orthopédiste-orthésiste joue un rôle important dans le soulagement de la douleur et l’amélioration des conditions de vie lors de handicaps ou de traumatismes.
La France compte actuellement 2 000 diplômés orthopédistes-orthésistes. 40% d’entre eux travaillent dans une pharmacie, 10% dans des entités de matériel médical et 50% au sein des 500 cabinets existants. L’orthopédiste-orthésiste est une profession qui exige des compétences manuelles et techniques mais également des aptitudes aux relations humaines. Orthopédiste-orthésiste est un métier très recherché, avec de nombreux débouchés en France comme à l’étranger. Vous pouvez choisir l’entrepreneuriat en vous installant à votre compte ou en vous associant. Ce dynamisme sectoriel renforce l'importance cruciale d'un tutorat de qualité capable de préparer les futures générations à ces responsabilités complexes.
tags: #dm #tuteur #interne #orthopedie