La gestion du fumier équin est une problématique centrale pour les structures équines, qu’elles soient situées en Loire-Atlantique ou dans les départements limitrophes. Loin d'être un simple résidu encombrant, le fumier représente une ressource organique précieuse dont la valorisation s'inscrit dans une démarche d'économie circulaire. La compréhension des cadres réglementaires, des processus de transformation et des plateformes de mise en relation constitue le socle indispensable pour transformer cette contrainte logistique en une opportunité agronomique et écologique.

Le cadre réglementaire du stockage et de l'épandage
En matière de stockage et épandage, le fumier équin est soumis au Règlement Sanitaire Départemental (RSD). Cette réglementation impose des règles strictes visant à prévenir les nuisances olfactives, les risques de pollution des nappes phréatiques et la prolifération de parasites. Il est formellement interdit de le brûler à l’air libre. Cette interdiction répond à des impératifs de santé publique et de préservation de la qualité de l’air, le brûlage à l’air libre générant des émissions polluantes non contrôlées. Les gestionnaires d'écuries doivent ainsi anticiper le stockage en amont, en prévoyant des zones imperméabilisées et des systèmes de récupération des jus de fumier si nécessaire.
Le statut juridique et agronomique du fumier équin
En matière d’utilisation, le fumier brut et le compost n’ayant pas subi de transformation restent sous le statut de « déchet ». Toutefois, ce statut ne doit pas occulter leur valeur fertilisante. Ils peuvent être utilisés en agriculture, y compris en maraîchage biologique, comme engrais organique pour amender les sols agricoles.
L’utilisation du fumier ou du compost équin en tant qu’amendement organique présente plusieurs avantages : apport de matières organiques important, avec une teneur en potasse élevée par rapport aux autres effluents d’élevage, amélioration de la structure et de la rétention en eau du sol. Ces caractéristiques font du fumier de cheval un produit particulièrement recherché pour restaurer la fertilité des sols fatigués ou améliorer la porosité des sols argileux.

La méthanisation : une voie de valorisation énergétique
L’utilisation du fumier équin en méthanisation permet la production de biogaz et d’un fertilisant organique (digestat). Pour l’utilisation en méthanisation, le fumier équin est mélangé à d’autres intrants organiques pour optimiser la production de biogaz. Cette synergie permet d'équilibrer le mélange et d'assurer une fermentation stable à l'intérieur du digesteur.
Le fumier équin à base de litière de paille a un pouvoir méthanogène de 220 L CH4 / kg MV. Il est plutôt riche en paille et présente l’intérêt de posséder des teneurs en matière organique et en matière sèche élevées. Cette richesse en carbone en fait un substrat intéressant pour les unités de méthanisation cherchant à diversifier leur mix d'intrants.
Mise en relation et logistique : la plateforme Val’fumier.fr
La gestion du flux de fumier nécessite souvent une coordination entre producteurs et utilisateurs. La plateforme de mise en relation « Val’fumier.fr », actuellement déployée sur plusieurs territoires en France, permet d’identifier par l’intermédiaire d’une cartographie des offres de fumier déposées gratuitement par des structures équines pour des valorisateurs potentiels. Ce service facilite grandement la mise en relation locale, permettant aux agriculteurs et aux maraîchers de proximité de s'approvisionner auprès des centres équestres, réduisant ainsi les coûts et l'empreinte carbone liés au transport.
L'innovation par le lombricompostage : l'exemple de l'Écurie de la Ridaudière
Certaines structures ont su pousser la valorisation plus loin, à l'instar de l'Écurie de la Ridaudière, en Maine-et-Loire, qui produit chaque année 6 000 m3 de fumier transformés en lombricompost. Un engrais riche en éléments nutritifs. L'histoire de cette transformation est celle d'une reconversion réussie, portée par une vision entrepreneuriale pragmatique. Le créateur, cavalier de haut niveau en saut d'obstacles, a commencé par investir ses quelques gains - « En CSO, on ne fait pas fortune ! » - pour aménager des bâtiments en vue d'accueillir des chevaux.
« Au départ, nous avions 80 % de chevaux de concours hippique et 20 % de chevaux de course. C'était difficile sur le plan financier. L'écurie affiche complet. Ensuite, cela a pu être revendu aux exploitants de champignonnières, nombreuses dans la région. » Cependant, la logistique a imposé de nouveaux défis. « Lorsqu'il a été question de me faire payer le transport, cela représentait un budget de 15 000 € par an. Pas question ! Alors, on a creusé l'idée du lombricompost. »
Le principe est simple : « Pour démarrer en 2011, j'en ai acheté 50 m2, cela m'a coûté 23 000 € ! Heureusement, ils ont ensuite fait des petits ! Leurs déjections ont la particularité d'être riches en éléments nutritifs, en humus retenant l'eau… »

Processus technique et impact écologique du lombricompostage
Le fumier est disposé en andains sur 40 cm de hauteur. Une nouvelle couche de 20 cm est rajoutée dès que les vers ont tout ingéré. Lorsque la quantité de lombricompost est jugée suffisante, les vers sont mis à la diète. Libéré des vers, le lombricompost peut être traité.
Les résultats agronomiques sont impressionnants : « Avec six litres, on peut traiter un hectare. On a vendu 10 000 litres en 2016, on a la capacité d'en produire 150 000 chaque année. Vous imaginez le nombre d'hectares ainsi privés de pesticides ! » Cette méthode démontre que le cavalier a non seulement réussi sa reconversion à la tête d'une belle écurie, mais qu'il a également créé un modèle pérenne. David Lumet ne le cache pas : c'est tout bénéfice. Un bénéfice économique et écologique : « Je ne peux pas gagner de l'argent en faisant n'importe quoi. Il faut que ça ait un sens ! »
Cette démarche illustre parfaitement comment une gestion intelligente des effluents, en s'appuyant sur des processus biologiques naturels, permet de transformer une contrainte réglementaire et logistique en un levier de développement durable pour les professionnels du monde équin.