Stratégies d'implantation et doses de semis pour une culture de colza performante

La réussite de la culture de colza se joue dès l’implantation ! Cette étape clé permet d’obtenir un colza robuste, moins sensible aux ravageurs et aux adventices et nécessitant peu d’intrants. L’implantation du colza conditionne 80 % de son rendement. Avec un cycle de 340 jours, une plante robuste dès le départ est essentielle. Le succès de l’implantation du colza repose sur une préparation du sol rapide après moisson, un semis réalisé dans de bonnes conditions d'humidité, un ajustement précis de la densité de semis et une vigilance accrue face aux ravageurs.

Schéma illustrant les étapes de développement du colza de la graine au stade 8 feuilles

Préparation du sol et gestion du lit de semences

La préparation du sol pour l’implantation vise d'abord à favoriser la levée rapide des repousses de céréales et des adventices. Elle permet également d'incorporer les résidus de culture tout en limitant la pression des limaces, ennemies redoutables du colza au moment de la levée. Une des composantes essentielles de levée d’une graine de colza est la préparation du lit de semence. L’objectif d’un lit de semence est donc de maximiser la surface de contact entre les graines de colza et le sol. La graine de colza est toute petite, donc l’enjeu dans l’implantation d’un colza est de réussir à créer un lit de semence suffisamment fin.

Ce lit de semence doit permettre un maximum d’échanges entre la graine de colza et la terre. Il est nécessaire de connaître sa parcelle ou de réaliser le test bêche quelques mois avant le semis. L’objectif de ce test est de déterminer la structure de votre sol pour choisir le type de travail du sol adéquat. Pour les sols argileux (teneur > 22-25 %) : le labour est souvent déconseillé car il peut engendrer la création de mottes et les passages répétés peuvent assècher le sol. Pour les sols limono-sableux (teneur > 18-20 %) : il faut éviter d'accentuer les risques de battance du sol et les difficultés d’enracinement à cause de la prise en masse du sol.

Dans tous les cas, ne pas assécher inutilement le sol par des passages répétés (herse, vibroculteur). La fragmentation du sol est souvent utile pour éviter de multiplier les passages et la création de trop de terre fine. Rappuyer le sol limite l'évaporation et favorise les remontées capillaires. Le strip-till a plusieurs atouts en colza. Combinant un semoir monograine et un outil de travail du sol, cette technique alternative au semis permet de ramener de la fraîcheur sur le rang et de limiter les conséquences de conditions sèches.

Stratégies de semis et profondeur optimale

Semez idéalement entre 2 et 4 cm de profondeur. Avant de prendre une décision concernant la profondeur de semis, il est nécessaire d’observer la profondeur de la zone fraîche. En condition optimale de fraîcheur, semer à 2 cm. En sol sec sur 3-4 cm, semer plus profondément, jusqu’à 4 cm, pour positionner la graine sur la zone fraiche. La graine germera dès que la situation climatique le permettra (1 mm de pluie par centimètre de sol) et la jeune racine pourra croître dans une zone restée fraîche.

En sol sec, sur 5 cm et plus, semer à 2 cm de profondeur pour profiter d'une germination rapide en cas de pluie. Si les précipitations sont trop faibles (inférieures à 10 mm), le risque de dessèchement du grain en cours de germination est possible, la jeune racine ayant des difficultés à se développer dans une zone sèche. C’est la situation la plus délicate. Un semis à 5 centimètres peut favoriser la levée qui sera toutefois retardée par rapport à un semis plus superficiel si la réhumectation est rapide.

Le type de semoir impacte la précision du semis. L'utilisation d’un semoir monograine permet un positionnement de graine plus régulier, un meilleur contact entre la terre et la graine, et assure une levée régulièrement plus homogène qu'un semoir à céréales. En conditions difficiles, le semoir de précision est un plus pour la maîtrise de la densité, de la régularité du positionnement de la graine dans le lit de semences et donc pour l'implantation du peuplement.

Comparaison visuelle entre un semis effectué au semoir à céréales et au semoir monograine

Densité de peuplement et calcul de la dose de semis

Le peuplement doit permettre au colza d’obtenir des pieds forts et robustes. Pour cela, il est nécessaire de viser 20 à 35 plantes/m² à l’automne (pas plus). Grâce à ses capacités de ramification, le colza est une culture qui valorise bien les peuplements clairs, de 20 à 30 plantes par m². C’est d’autant plus vrai pour les variétés hybrides et les sols à bon potentiel de rendement. Une densité trop élevée favorisera l’élongation et pénalisera le rendement.

L’objectif pour la densité de semis est d’obtenir environ 20 à 30 plantes par mètre carré à l’entrée de l’hiver, en fonction de la profondeur du sol. Avec des inter-rangs inférieurs à 30 cm, viser 30 à 35 plantes/m² ; entre 40 et 50 cm d'écartement, viser 25 à 30 plantes/m². La dose de semis se calcule selon la formule : Dose de semis (kg/ha) = (Densité de graines/m² × Poids de Mille Grains en g) ÷ 100. Par exemple, pour une densité cible de 30 graines/m² avec un PMG de 5 grammes, il faudra prévoir une dose de 1,5 kg/ha.

En conditions de semis favorables, une majoration de 10 à 15 % de la dose est recommandée. En conditions difficiles (sécheresse, sol motteux), la majoration doit être portée à 20-30 %. Attention : dans les sols argilo-calcaires moyens ou superficiels, le potentiel de rendement des colzas à écartement large peut être limité car les carences azotées, relativement fréquentes dans ces milieux, sont défavorables à l’expression maximale des phénomènes compensateurs de la plante.

Calendrier et facteurs climatiques

Les semis de colza sont les premiers gros travaux des champs post-moissons et se réalisent durant une des périodes les plus sèches de l’année. Terres Inovia rappelle qu'il faut être prêt à intervenir avant la réhumectation du sol, lorsqu’une pluie significative est annoncée. Prenez en considération le contexte climatique autant que la date de semis dans des sols séchants. Dans ce type de milieu, le semis est même souhaitable avant une phase de réhumectation (5 à 10 mm).

La date de semis - et donc de levée - doit être décidée en conséquence, en particulier dans les milieux sensibles. La précocité est à adapter au milieu, aux types de semis, aux risques adventices et aux insectes. En situation d’apports organiques, la date de semis est reculée pour limiter les risques d’élongation. Implanter le colza avant fin août, voire dès le 15 août si une légumineuse y est associée, est capital pour optimiser le rendement de la culture. Les plages de semis varient selon les régions :

  • Est et Rhône-Alpes : 1 août au 25 août
  • Nord, Centre et Sud-Ouest : 1 août au 30 août
  • Bordure maritime Nord, Ouest et Sud-Ouest : 15 août au 5 septembre
  • Sud-Est : 20 août au 10 septembre

Gestion des ravageurs et lutte intégrée

Le colza doit atteindre au minimum le stade 8 feuilles avec un pivot de 15 cm de longueur, un diamètre de collet d’environ 8 mm, et une biomasse de 40 à 60 grammes par plante. Pour anticiper le risque méligèthes, semez votre variété principale en mélange avec une variété plus précoce, comme ES ALICIA ou ATRAKT, à 5-10 % de la dose totale de semis. La variété précoce fleurira avant, et servira d’appât aux méligèthes.

Les limaces représentent un danger important ; leur contrôle est crucial jusqu’au stade 4 feuilles. Épandage de micro-granulés en plein dès détection des limaces en situation à risques (humidité prolongée en surface, sol creux et/ou motteux, résidus de récolte). La petite altise peut attaquer au stade rosette, tandis que le charançon du bourgeon terminal est particulièrement nuisible sur les jeunes plantes peu développées.

Combiner les leviers agronomiques et chimiques pour une bonne maîtrise des adventices les plus nuisibles. Dès le semis et les tous premiers stades du colza, envisager les passages de houe rotative. Herse étrille et binage sont à réserver pour les stades plus développés (à partir de 3 à 4 feuilles de la culture). Le colza peut aussi être associé à une luzerne ou une autre légumineuse pérenne comme le trèfle. L'utilisation d’un couvert qui ne concurrence pas le colza, qui résiste aux herbicides de pré-levée ou précoces, et qui est gélif est à privilégier.

Itinéraire technique en culture bio - Le COLZA

Fertilisation et nutrition minérale

Le colza a besoin de 7 kg d’azote par quintal. Les besoins en azote sont modérés jusqu’à la fin de l’hiver. Une dose trop importante favorisera entre autres l'élongation automnale et donc ensuite le risque phoma et le risque verse. Une bonne gestion de la fertilisation est nécessaire : apporter maximum 65 kg d’azote efficace avant semis. Il est important de faire une pesée de biomasse.

Le colza est une plante qui a besoin de potasse mais plus exigeante en phosphore pour le système racinaire. Si aucun engrais n’a été appliqué au cours de l’année précédant le semis du colza, il est recommandé d’épandre les deux éléments avant le semis. Le colza d’hiver est une culture exigeante en termes de besoins en soufre. Une carence en soufre peut avoir de graves conséquences sur les rendements. Le colza nécessite des apports de soufre sous forme de sulfate. En ce qui concerne le positionnement, il est important d’apporter 75 kg/ha de sulfate (S03) au début de la montaison.

L’apport localisé de phosphore ou d'azote au semis permet au colza d’implanter de façon optimale. Ce gain de biomasse est particulièrement recherché en cas de conditions difficiles et sèches. Si vous ne disposez pas d'un semoir monograine, vous pouvez utiliser un semoir à multi-caisse ou une trémie frontale pour localiser l'engrais durant un semis classique. L'engrais starter peut aussi être apporté en plein sur colza. Ces apports permettent de maximiser le rendement et la qualité de la culture.

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