Comprendre et soulager la douleur en haut de la cuisse interne : de l'effort au jardinage aux pathologies complexes

La cuisse, pilier central de notre mobilité, est une zone anatomique complexe située entre la hanche et le genou. Elle est le siège de nombreuses douleurs pouvant grandement handicaper notre quotidien. Ces douleurs sont relativement fréquentes et peuvent être causées par plusieurs phénomènes, dont la gravité peut être banale comme urgente. Marion ZELL, ostéopathe agréée, met au quotidien ses connaissances en pratique auprès de ses patients. Après avoir étudié les pathologies liées aux douleurs de la cuisse, elle vous dévoile toute son expérience pour mieux comprendre ces sensations qui tirent ou qui pèsent, particulièrement après des activités sollicitantes comme le jardinage ou le sport.

Schéma anatomique de la cuisse montrant les groupes musculaires et le trajet du nerf crural

Les douleurs musculaires : des efforts aux conséquences immédiates

Qui n’a pas ressenti cette sensation qui tire ou qui pèse dans la cuisse lors d’une grosse séance d’activité physique ou d’une après-midi prolongée au jardin ? Certains sports et activités requièrent plus d’efforts des muscles de la cuisse, comme le cyclisme, la course à pied, la musculation ciblée, ou encore le jardinage intensif qui impose des postures répétées et parfois contraignantes.

Courbatures, crampes et contractures

Les crampes et les contractures s’expriment toutes deux par une contraction non-physiologique, involontaire et qui dure dans le temps. La crampe est d’une durée assez courte (quelques minutes à quelques heures) tandis que la contracture peut durer jusqu’à plusieurs jours. La courbature, quant à elle, arrive quelques jours après une activité physique intense et se résorbe assez rapidement. Pour éviter leur apparition, nous vous conseillons de bien adapter votre activité physique en augmentant progressivement le niveau. Il faut rester dans les limites du possible pour que votre corps s’adapte au mieux, éviter de rester en apnée, s’hydrater suffisamment et surtout dormir assez ! Lorsque la douleur est présente, il existe quelques solutions naturelles pour la soulager.

La spécificité des douleurs à l'intérieur de la cuisse : le rôle des adducteurs

Les adducteurs sont un groupe de muscles qui se situent à l’intérieur de la cuisse. La douleur ressentie est plutôt mécanique (à l’effort) et peut se situer à trois niveaux : à l’aine (qu’on appelle « pubalgie »), au milieu de la face interne de cuisse, et proche de la partie interne du genou.

  • Contracture des adducteurs : Elle peut être présente pour compenser le manque de mobilité d’une zone proche ou être la suite d’une sur-stimulation du muscle, lors d’un entraînement sportif ou d’un travail de jardinage prolongé. Elle dure plus longtemps qu’une courbature et est en général plus handicapante.
  • Tendinite des adducteurs : C’est une douleur tendineuse qui arrive de manière brutale et dure plus longtemps (quelques semaines voire plusieurs mois), le plus souvent après un mouvement d’écartement de la cuisse alors que l’échauffement n’a pas été suffisant.

Le traitement pour la courbature et la contracture sont la marche, la mobilisation douce de la hanche et les étirements (kinésithérapeute et/ou ostéopathe).

Soigner la Pubalgie : Étirements et Exercices kiné

Les muscles de la patte d’oie

Les muscles de la patte d’oie désignent trois muscles de la hanche (sartorius, gracile, semi-tendineux) se rassemblant au niveau de la partie inférieure, interne et légèrement postérieure de la cuisse. Les caractéristiques de la douleur et les traitements sont semblables aux douleurs des adducteurs en ce qui concerne les courbatures et contractures. Une sollicitation excessive lors de mouvements répétitifs peut entraîner une inflammation locale nécessitant une mise au repos relative et une prise en charge manuelle.

Les névralgies : quand le nerf est en cause

Un autre type de douleurs fréquentes dans la cuisse sont les névralgies. Il s’agit de douleurs nerveuses causées par la compression d’un nerf à sa racine ou le long de son trajet. Elles ne sont pas forcément graves si elles sont prises en charge à temps. Elles s’expriment par des douleurs à type de picotements, de brûlure ou encore de décharge électrique. Une diminution de la sensibilité de la peau peut y être associée.

La cruralgie : douleur à l'avant et à l'intérieur

Le nerf crural prend son origine au niveau des lombaires et traverse le bassin. Il en ressort à l’avant en passant sous l’arcade crurale. Il descend le long de la cuisse pour se charger de l’innervation de plusieurs groupes musculaires. Il peut être comprimé à plusieurs endroits : par une hernie lombaire, au niveau des racines, ou à plusieurs endroits de son trajet dans le bassin et à travers les muscles. Il déclenche alors des douleurs sur la face antérieure de la cuisse, ainsi qu’à l’intérieur, de l’aine jusqu’au genou.

En cas d’atteinte du nerf, vous pourrez ressentir un tiraillement, une sensation de brûlure, des picotements, ou des décharges électriques. Le traitement repose dans un premier temps sur la prise d’anti-douleurs, de froid sur la zone lombaire et de repos. Quelques jours après, lorsque les douleurs auront commencé à diminuer, il est important de commencer à remobiliser doucement la zone, à marcher et étirer le bas du dos. Si la douleur ne passe pas, vous pouvez vous tourner vers les thérapies manuelles telles que la kinésithérapie ou l’ostéopathie. Attention : si les douleurs sont accompagnées d’une faiblesse motrice d’un ou des deux membres inférieurs ou de fièvre, veuillez consulter un médecin en urgence !

La névralgie pudendale

La névralgie pudendale désigne la douleur associée à la compression du nerf pudendal. Ce nerf a pour rôle d’innerver le périnée (sorte de hamac soutenant les organes du petit bassin) et une partie des organes génitaux. Ainsi en cas de douleur vous pourrez ressentir des douleurs (type brûlure ou décharge électrique) à l’intérieur de l’aine d’avant en arrière : à la vulve, le clitoris, le vagin, la verge du pénis, aux testicules et l’anus. Ces douleurs sont créées ou majorées par la position assise et sont soulagées par position debout ou sur le siège des toilettes. Les douleurs ne réveillent pas la nuit, il n’y a pas de baisse de la sensibilité du périnée ni de déficit moteur et peuvent être accompagnés de troubles urinaires, sexuelles et/ou fécaux. Différents traitements peuvent être envisagés avant de songer à la chirurgie : kinésithérapie, ostéopathie, acupuncture, magnétisme, hypnose, médicaments de la douleur neuropathique, neurostimulations, etc.

La méralgie paresthétique

La méralgie paresthétique est une névralgie qui touche le nerf fémoro-cutané, dont les racines appartiennent aussi au plexus lombaire. La méralgie paresthétique est souvent déclenchée par facteurs mécaniques, comme les autres névralgies de la cuisse, le plus souvent au niveau de son passage dans le bassin. À nouveau, l’ostéopathie est une thérapie qui peut permettre de soulager cette douleur. Il est important de la prendre en charge dès le début des symptômes, car c’est alors qu’il est le plus rapide de récupérer. Et lorsqu’elle s’aggrave, un traitement médical à base d’infiltrations et de corticothérapie est envisageable.

La sciatalgie : un classique des douleurs du membre inférieur

La sciatalgie, plus communément nommée « sciatique », correspond à une douleur exprimée par le nerf sciatique. Ce nerf sort de la colonne au niveau de la dernière lombaire, passe aussi à travers du bassin pour en sortir postérieurement, et descendre de la fesse jusqu’au bout du pied, en passant par l’arrière de la cuisse et du mollet. Les douleurs du nerf sciatique se localisent donc au niveau de la fesse, de l’arrière de la cuisse, du mollet à l’arrière et/ou à l’extérieur, et parfois dans le pied jusqu’aux orteils. Elle peut aussi être « tronquée » : dans ce cas, elle s’arrête au niveau de la fesse ou du genou. L’ostéopathie est un traitement de choix pour la sciatique, ainsi que pour les douleurs lombaires qui y sont associées. Bien souvent, ces douleurs sont causées par des tensions mécaniques, articulaires et musculaires, qui peuvent être rapidement corrigées par l’ostéopathe. Des antidouleurs et anti-inflammatoires peuvent également être prescrits.

Schéma illustrant le trajet du nerf sciatique et les zones de douleur irradiante

Les pathologies vasculaires : une urgence à ne pas négliger

Les pathologies vasculaires sont celles auxquelles on pense souvent le moins lors de l’apparition d’une douleur de la cuisse, mais elles peuvent être tout aussi invalidantes que les autres !

L’artérite des membres inférieurs

L’artérite des membres inférieurs est une artériopathie oblitérante, c’est-à-dire une pathologie dans laquelle les artères sont obstruées. Dans l’immense majorité des cas, la cause de cette obstruction est l’accumulation de cholestérol dans les artères : ce sont les plaques d’athérome (on appelle leur formation l’athérosclérose). Quand les artères se bouchent, l’apport d’oxygène et de nutriment aux tissus diminue : c’est ce qu’on appelle l’ischémie. Dès lors, lorsqu’on essaye de faire un effort, les muscles nécessitant plus d’apport d’oxygène ne peuvent être irrigués correctement. Des douleurs se déclenchent, intenses et ressemblant à des crampes. Si l’artérite est suspectée, il est important de faire un bilan vasculaire par écho-doppler pour statuer de l’avancement de la maladie, ainsi que plusieurs bilans sanguins.

L’insuffisance veineuse et le risque de phlébite

L’insuffisance veineuse est une pathologie liée à un mauvais retour du sang des extrémités. Elle survient chez les personnes âgées avec une perte musculaire, mais aussi chez les plus jeunes lors de périodes d’immobilisation prolongée. Lorsqu’elle survient, l’insuffisance veineuse s’exprime par une sensation de jambes lourdes, parfois des crampes et des engourdissements. Les douleurs étant favorisées par un repos prolongé, elles sont accentuées la nuit.

L’insuffisance veineuse peut être compliquée par une phlébite lorsqu’un caillot se forme à cause de la stase du sang. Il s’agit d’une urgence médicale : si le caillot remonte, il peut déclencher une embolie pulmonaire ou un infarctus. Dans la phlébite, le mollet est gonflé, dur et douloureux, parfois rouge. Mieux vaut donc consulter avant les complications ! Des médicaments sont prescrits pour favoriser un meilleur retour du sang et diminuer l’inflammation. Des bas de contention peuvent aussi aider à l’action de « pompe » des muscles. La plupart des phlébites se situent au niveau du mollet mais certaines se localisent à la cuisse où elles créent des douleurs à l'intérieur de la cuisse ou au pli de l’aine. La phlébite peut être bégnine comme mortelle, d’où l’importance de prendre rdv chez le médecin si vous avez un doute !

L’approche ostéopathique : un accompagnement personnalisé

D’abord, votre ostéopathe aura pour rôle d’identifier la cause de vos douleurs internes de cuisse grâce à des questions et des tests. En fonction de la cause retrouvée, votre ostéopathe pourra vous accompagner dans la prise en charge de ce trouble, et plus particulièrement si les causes sont : une tendinite/courbature/contracture des adducteurs ou des muscles de la patte d’oie, la névralgie pudendale ou la cruralgie.

Ensuite, selon la cause, votre ostéopathe pourra vous proposer un traitement exclusivement manuel ayant pour but de redonner de la mobilité aux zones de votre corps qui favorise cette cause. Ces zones vous sont propres, c’est pour cela que le traitement sera adapté à vos besoins à vous et rien qu’à vous ! Le premier traitement est souvent l’ostéopathie, qui grâce à ses mobilisations du bassin et des membres inférieurs, permet un repositionnement des segments du corps pour soulager les tensions qui s’exercent sur le nerf. Cela permet en général de soulager les douleurs. Le médecin peut aussi prescrire des antidouleurs. Il est important de la prendre en charge dès le début des symptômes, car c’est alors qu’il est le plus rapide de récupérer.

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