
Le cognassier (Cydonia oblonga), cet arbre fruitier et ornemental aux fruits parfumés et au feuillage doré en automne, est une option intéressante pour de nombreux jardins. Toutefois, l'obtention d'un cognassier à partir de graines demande de la patience et une technique spécifique : la stratification. Cette méthode, inspirée des processus naturels, est essentielle pour lever la dormance des graines et garantir leur germination.
Comprendre la stratification : Un processus vital pour les graines d'arbres fruitiers
La stratification est un processus qui consiste à superposer des couches de graines entre des couches de sable ou de terre. Le terme dérive du latin "stratum", signifiant couche ou lit. Il s'agit en réalité d'un semis provisoire qui maintient les pépins et les noyaux humides dans des conditions idéales pour la germination, tout en offrant une protection contre les fortes gelées.
Contrairement aux espèces potagères dont la durée de vie moyenne est de 3 à 4 ans, les graines d'arbres fruitiers ont une durée de vie limitée en dehors du sol. Dans la nature, de nombreuses espèces fruitières ne peuvent germer immédiatement après leur chute. Elles nécessitent une période de post-maturation obligatoire. Deux facteurs principaux expliquent cette dormance :
- Dormance de l'embryon : L'embryon lui-même présente une dormance qui doit être levée, notamment par le froid, l'humidité et une période d'obscurité plus ou moins longue.
- Obstacles physiques : Le noyau doit s'ouvrir ou le pépin se fissurer. Pour les noyaux, c'est l'alternance entre les périodes de froid et de redoux, combinée à l'accumulation d'eau, qui permet leur ouverture progressive.
Cette stratification doit idéalement être réalisée de novembre à fin décembre, reproduisant ainsi les conditions hivernales naturelles. Pour les noyaux ou pépins de plus d'un an, il est souvent conseillé de les immerger dans l'eau pendant au moins 24 heures avant de commencer la stratification.
Méthodes de stratification : En intérieur ou en extérieur
Il existe plusieurs approches pour stratifier les graines de cognassier, chacune adaptée à des conditions différentes.
Stratification en intérieur : Cave ou réfrigérateur
La stratification en intérieur permet un meilleur contrôle des conditions. On peut procéder en réalisant une superposition de couches dans un pot (godet), un vase en terre cuite, une caisse ou une terrine. Il est crucial de ne choisir dans ce cas que des noyaux et pépins d'arbres qui résistent au gel.
Les couches sont idéalement composées d'une couche de sable fin, suivie d'une couche de noyaux ou pépins, puis à nouveau une couche de sable, et ainsi de suite. Le contenant est ensuite placé dans une cave ou un réfrigérateur, à une température maintenue entre 0 et 5°C.
Dans une cave, la stratification se déroule dans une humidité modérée et uniforme, ce qui permet aux enveloppes cartilagineuses des pépins de se ramollir doucement. Il est important de vérifier que le substrat est maintenu humide. Si le germe n'a pas encore percé la graine, il faut continuer l'arrosage. Si quelques germes ont percé les enveloppes extérieures, c'est le moment de les semer, en faisant attention à ne pas les casser.

Une méthode alternative pour la stratification à froid consiste à placer les semences dans un sac refermable hermétique (type Ziplock) avec du sable légèrement humide, dès que le semis est sorti du fruit. L'obtention de meilleurs résultats est notée si les semences ne sont pas laissées à sécher. Ces sacs sont ensuite conservés à température ambiante jusqu'au mois de mars, avant d'être transférés au froid.
Stratification à l'extérieur : Pot ou pleine terre
La stratification à l'extérieur est quasi similaire à celle réalisée en cave, mais elle expose davantage les graines aux conditions naturelles. Il est recommandé d'utiliser un pot percé d'au minimum 10 cm de diamètre et de déposer dans le fond une couche de gravier ou de billes d'argile afin d'éviter les excès d'eau pour les couches de noyaux ou pépins les plus basses. Pour protéger les graines des attaques de rongeurs, il est judicieux de disposer au-dessus un contenant de même dimension, rempli en partie de sable pour le maintenir en place.
Un semis en pleine terre fonctionne également pour lever la dormance des graines d'arbres fruitiers, mais il est soumis aux risques d'attaques par les rongeurs et les fortes gelées. Si cette solution est choisie, qui demande plus d'espace, il est conseillé de trouver une zone près d'un mur situé au nord. Cela permettra d'accélérer le processus de germination.
Les grosses graines sont semées plus profondément, car elles ont besoin de plus d'humidité. La profondeur du semis est de 0,5 cm pour les fines graines (comme les graines de mûrier) et jusqu'à 5 cm pour les plus grosses, comme les noyaux. Il est conseillé de semer en ligne et de séparer les graines de 5 cm.
Le cognassier : Un arbre aux multiples facettes

Le cognassier, également appelé "cydonia" ou "poire de Cydon", en référence à la ville antique de Cydon en Crète où il était jadis très consommé, est un arbre de petite taille, dont la silhouette étalée et buissonnante atteint en moyenne 5 à 8 mètres de hauteur pour 4 à 6 mètres d'envergure. Ses branches duveteuses, issues d'un tronc marbré d'auréoles pâles, portent des feuilles ovales, simples, légèrement duveteuses sur leur bord, mesurant une dizaine de centimètres de long et d'un vert plutôt sombre.
Floraison et fructification
La floraison du cognassier, qui est très généreuse, a lieu au printemps, vers le mois de mai. Elle est proche de celle de l'églantier, avec des fleurs blanc-rosé odorantes composées de 5 pétales arrondis et d'un cœur jaune orné de longues étamines.
Les fruits à pépins sont en forme de poires ou de pommes bien dodues, verts et duveteux tant qu'ils ne sont pas mûrs. La saison du coing est l'automne, période où ils perdent facilement leur duvet, se parent d'un beau jaune doré et embaument. Ils peuvent peser entre 300 g et 1,5 kg, en fonction des variétés.
Les cognassiers ne sont malheureusement pas pour les impatients. Après la plantation d'un jeune sujet, il peut falloir jusqu'à huit années avant que l'arbre ne produise ses premiers fruits. Cependant, la patience paie, car un cognassier en bonne santé récompense de récoltes de 30 kg voire plus, les sujets adultes pouvant même produire jusqu'à 50 kg.
Signes de maturité et récolte
Trois choses permettent de savoir si les coings sont mûrs : d'abord, dès octobre, la couleur vire du vert au jaune. Ensuite, la fine pubescence sur la peau est plus discrète. Enfin, un signe de maturité est la facilité avec laquelle le duvet qui recouvre les fruits se détache au frottement. Il faut éviter de laisser les fruits sur l'arbre au-delà de la mi-novembre, au risque que le gel ne les brunisse et ne leur fasse perdre un peu de leur arôme. Le moment de la récolte joue également un rôle pour leur utilisation : une récolte tardive est parfaite pour la production de jus de coing.
Variétés de cognassier
Les cognassiers sont souvent répartis en deux groupes, selon la forme de leurs fruits : les cognassiers maliformes (en forme de pomme), Cydonia oblonga maliformis, et les cognassiers piriformes (en forme de poire), Cydonia oblonga piriformis.
- Le cognassier ‘Champion’ est un fruitier très rustique, bien ramifié, qui produit de gros fruits (jusqu'à 500 g) piriformes très appréciés pour la confiture ou la compote. Ces fruits sont à récolter entre la fin du mois d'octobre et le début du mois de novembre.
- Le cognassier ‘Vranja’ offre des fruits encore plus gros, jusqu'à 1,5 kg, d'où ses appellations ‘Monstrueux de Vranja’ ou ‘Géant de Vranja’. L'arbre est plutôt érigé, avec de longues branches. Ses coings sont matures à peu près à la mi-octobre.
Il existe également des différences en matière de goût : les coings pomiformes ont une chair plus ferme, mais plutôt sèche et sont donc plus aromatiques. Ils conviennent bien à la transformation en confiture ou en gelée. Les coings piriformes sont nettement plus mous et moins acidulés, constituant ainsi une base idéale pour un jus de coings-pommes ou des variations de liqueurs.
Culture et entretien du cognassier
La taille du cognassier de A à Z
Le cognassier est un arbre de taille facile qui ne demande que quelques soins pour offrir une généreuse production.
Emplacement et plantation
Le cognassier peut pousser dans toutes les zones tempérées. Cependant, il ne donnera des fruits que dans certaines conditions : des hivers relativement froids (moins de 7°C) et de longues périodes de chaleur pour le mûrissement des fruits. Il déteste les étés humides, qui favorisent l'entomosporiose, une maladie courante.
Peu exigeant, cet arbre fruitier se plaît dans toute bonne terre assez fraîche, même s'il a une préférence pour les sols riches, neutres à légèrement acides (7 à 8% de calcaire maximum). Un sol un peu calcaire lui conviendra, mais il y fructifiera moins bien.
Pour planter un cognassier, il faut choisir un emplacement ensoleillé, dégagé et abrité des vents dominants. La proximité d'une pièce d'eau est particulièrement appréciée, car elle offrira au cognassier un sol frais en permanence.
Les cognassiers sont autofertiles, mais il est néanmoins recommandé d'en planter plusieurs pour un meilleur rendement. La plantation s'effectue durant la période de repos végétatif, entre l'automne et le printemps. Il est généralement vendu en racines nues, il est donc judicieux de réaliser un habillage des racines si nécessaire, suivi d'un pralinage, pour une meilleure reprise. L'habillage des racines est un nettoyage, qui se révèle fort utile lorsque les racines sont un peu abîmées ou trop longues. Ces dernières seront dans ce cas légèrement raccourcies et les racines cassées seront supprimées.
Le pralinage, quant à lui, est un enrobage des racines dans un mélange de fumier ou de compost (ou encore de bouse de vache), de terre de préférence argileuse et d'eau. L'arbuste est laissé dans un seau contenant le pralin pendant au moins 24 heures. Le pralin évite le dessèchement des racines, facilite la cicatrisation des plaies s'il y a eu habillage et favorise l'enracinement du cognassier.
Il faut creuser un trou assez large pour que les racines puissent s'étaler, dans lequel le cognassier sera installé dans une terre ameublie et enrichie. Il faut faire attention au point de greffe, qui doit se trouver bien au-dessus de la surface. Si plusieurs cognassiers sont plantés côte à côte, il faut veiller à les espacer d'au moins 5 m ; pour une haie, 2,50 m suffisent entre ce fruitier et les autres essences. Une fois l'arbre à coing en place, il faut l'arroser copieusement. Contrairement à ce qui est pratiqué pour de nombreux arbres plantés en racines nues, les branches du cognassier ne doivent pas être taillées lors de la plantation.
Arrosage et fertilisation
Le cognassier adulte n'a pas besoin d'arrosages supplémentaires, car ses feuilles et fruits sont recouverts d'un duvet blanc protégeant la plante du dessèchement. Cependant, jusqu'à ce qu'il soit suffisamment robuste, le cognassier a besoin d'aide pendant quelques années. Un arrosage régulier est particulièrement nécessaire au cours des premiers mois après sa plantation. Pour favoriser la croissance en profondeur des racines de l'arbre, il est préférable d'arroser rarement, mais de laisser couler l'eau pendant environ 30 minutes, pour favoriser sa pénétration dans les couches de terre plus profondes.
Si suffisamment d'engrais ou de compost a été apporté à la plantation, ce fruitier n'aura finalement quasiment pas besoin de nutriments supplémentaires. Au printemps, avant le redémarrage, un peu de compost ou de raclures de corne peut être apporté autour du tronc. Après cinq années au plus tard, cet apport peut être totalement abandonné. Le principal est de lui éviter les périodes de sécheresse, surtout lorsqu'il est encore jeune. Des arrosages seront réalisés en période sèche, et il faudra veiller à maintenir le sol propre tout autour du tronc pour limiter la concurrence. Pour apporter des nutriments à cet arbre gourmand, on peut lui offrir au printemps un peu d'engrais organique et/ou un paillage de fumier ou de compost à l'automne.
Taille du cognassier
À l'inverse des pommiers et poiriers, les cognassiers n'ont pas besoin de taille particulière pour fournir de bons rendements à long terme. La taille de nettoyage est vraiment utile et se réalise durant l'hiver. Elle consiste à ôter toutes les branches mal placées ou mal orientées, ainsi que celles qui sont abîmées, et à supprimer les rejets qui poussent au pied. La taille de formation est elle aussi recommandée. Elle se fait la première année après la plantation et a pour but d'établir une bonne charpente.
Il est préférable d'éclaircir la couronne tous les deux ans en mars, pour que le soleil parvienne aussi au centre du végétal. La méthode la plus simple pour que la couronne soit parcourue de lumière est de laisser pousser l'arbre en largeur durant les premières années. Sur les arbres plus anciens, il peut arriver que quelques branches soient moins productives au fil des ans.
Stockage des coings
Les coings se récoltent en fin d'automne, mais si possible avant qu'il ne gèle pour une meilleure conservation. De plus, il faut éviter qu'ils ne tombent d'eux-mêmes, car cela les abîme. Par chance, les coings se stockent sans problème. Leur stockage se fait dans un endroit frais et sombre et peut durer 2 à 3 mois dans de bonnes conditions. Il faut les étaler en une seule couche et ne pas les placer près d'autres fruits.
Maladies et multiplication du cognassier

Le cognassier est sensible à plusieurs maladies, principalement fongiques.
Maladies courantes
- Feu bactérien : Une maladie fatale due à un champignon, contre laquelle il n'existe aucun traitement.
- Entomosporiose : Également due à un champignon, cette maladie est caractérisée par des taches sombres sur les feuilles, avec des croûtes caractéristiques, et une chute prématurée des feuilles. Elle se développe au printemps et en été, notamment quand les conditions sont humides et chaudes. L'arbre faiblit, et la maladie revient d'année en année. Les feuilles et les fruits sont touchés par les attaques qui durent jusqu'à l'automne et la chute des feuilles.
- Moniliose : Elle touche les fruits, qui se marquent de taches concentriques de pourriture, parsemées de pustules blanches. Pour limiter la propagation de ce champignon d'année en année, il faut éliminer les feuilles et les fruits momifiés. Cette maladie cryptogamique nuit au développement de l'arbre, et les attaques interviennent lors des périodes chaudes et par manque d'eau. Les signes apparaissent sur les bourgeons et boutons floraux qui se déforment, puis les fleurs se dessèchent. Les feuilles sont recouvertes de poudre blanche et se flétrissent.
Pour limiter ces risques de maladie, toutes provoquées par des champignons, une application préventive de bouillie bordelaise peut être réalisée à deux moments de l'année : à la chute des feuilles et à l'ouverture des bourgeons.
Multiplication du cognassier
Le cognassier peut être multiplié par marcottage, greffage ou semis. Les semis s'effectuent pendant l'automne et le printemps, et les graines peuvent être récupérées dans les fruits. Cependant, les greffes ne sont pas toujours couronnées de succès.
Le cognassier dans le jardin et au-delà
Le cognassier est un bel arbre fruitier dont la silhouette tortueuse et alanguie peut joliment agrémenter le jardin d'ornement. En fond de massif, en haie ou encore en isolé, le cognassier y a vraiment toute sa place. Sa floraison printanière est magnifique, tout comme les teintes automnales de son feuillage. Pour les petits jardins, il reste toujours la possibilité de le conduire palissé contre un mur ou un grillage.
Le cognassier se plante bien sûr également au verger, où il a la double utilité en tant que fruitier et porte-greffe du poirier commun. Le bois du cognassier est un beau bois dur, veiné de blond, apprécié pour fabriquer des instruments à cordes et pour la marqueterie.
Les recettes à base de coing sont nombreuses : compote de coing, pâte de coing, confiture ou gelée de coing. Elles ne se limitent cependant pas au sucré, le coing s'adapte très bien aux plats de viande, auxquels il apporte un parfum très original. Le coing peut se consommer cru, mais seulement dans les pays suffisamment chauds, car il met beaucoup de temps pour mûrir suffisamment. Ailleurs, il ne sera consommé que cuit, le fruit immature étant très dur, acide et surtout particulièrement astringent. En France, il est fréquent d'attendre qu'il ait gelé pour le récolter, grâce à quoi il est plus tendre et a perdu un peu de ces tanins qui le rendent immangeable.

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