Optimisation de l'efficacité du désherbage : influence de la température et conditions environnementales

La gestion des adventices dans un jardin, qu'il s'agisse d'espaces ornementaux ou de zones de culture, nécessite une compréhension fine des interactions entre les produits appliqués - qu'ils soient naturels ou issus du commerce - et les conditions environnementales. L'efficacité d'un traitement ne dépend pas seulement de la substance utilisée, mais fondamentalement du moment de l'application, de l'hygrométrie et de la température ambiante.

Schéma illustrant l'absorption foliaire des produits en fonction de l'ouverture des stomates et de l'hygrométrie

Les paramètres critiques : hygrométrie et moments d'application

En pulvérisation, tout est une question d’hygrométrie : quels que soient le produit et le volume de bouillie appliqués, il faut viser l’hygrométrie maximale pour limiter les pertes de produit par volatilisation. Et les bonnes conditions d’hygrométrie commencent à partir de 70 %, ce qui est souvent le cas le matin et le soir.

Produits racinaires et de contact

Dans le cas des produits racinaires (qui pénètrent par les racines) et des produits de contact (qui agissent là où ils tombent), l’hygrométrie de l’air n’agit pas directement sur leur efficacité. Ils peuvent donc être appliqués aussi bien le matin ou le soir. Mais comme tout traitement doit être par ailleurs réalisé en l’absence de vent, il sera préférable de traiter le matin, période où le vent est généralement moins présent qu’en soirée.

Les exigences des produits systémiques

Pour les produits systémiques, le raisonnement est un peu différent car l’hygrométrie est un facteur important de leur efficacité : ils doivent pénétrer dans la plante pour agir. Pour cela, ils doivent traverser la cuticule des feuilles. Cette membrane cireuse est une barrière naturelle qui permet aux plantes de conserver leur humidité. En temps normal, elle est très comprimée et donc imperméable. Le seul moment où le produit peut la traverser, c’est lorsqu’elle est dilatée. Cet état intervient lorsque la plante bénéficie de conditions « poussantes », c’est-à-dire lorsque l’hygrométrie est élevée (> 70 %) et les températures douces (comprises entre 6-7°C et 25°C) post-application.

En sortie d’hiver, ces conditions peuvent être remplies durant toute la journée. Peu importe alors que le traitement soit effectué le matin, en pleine journée ou le soir, pourvu qu’il n’y ait pas de vent. Durant les mois de mai et juin, les conditions d’hygrométrie sont généralement réunies le matin et le soir. Mais en soirée, la plante est encore sous l’effet du stress thermique de la journée. Elle n’est donc pas réceptive aux produits. Il est donc recommandé d’appliquer les produits systémiques en fin de nuit ou en matinée à cette période de l’année.

Le cycle de vie d’un produit, qu’est-ce que c’est ?

Stratégies de désherbage naturel et fait maison

Si l'interdiction des pesticides de synthèse pour les particuliers a poussé les jardiniers vers des solutions alternatives, il est crucial de garder à l'esprit qu'un désherbant a forcément une incidence néfaste sur la vie du sol, et ce même s’il est naturel. L'objectif est d'utiliser ces méthodes avec parcimonie, en réservant leur usage aux zones non cultivées comme les allées, les cours et les terrasses.

Le vinaigre blanc : une approche acide

Le vinaigre blanc ou vinaigre d’alcool est souvent utilisé à cet effet en raison de son acidité élevée. Utilisez du vinaigre blanc pur avec une concentration d’acide acétique d’au moins 5 %. Vous pouvez également le diluer légèrement avec de l’eau si nécessaire. Si vous le souhaitez, vous pouvez ajouter du sel et du savon noir (à raison d’une cuillère à café pour 1 litre de préparation) au vinaigre pour renforcer son efficacité. Le sel aide à assécher les mauvaises herbes, tandis que le savon noir agit comme un agent mouillant pour faciliter l’adhérence du vinaigre sur les feuilles des mauvaises herbes. Vaporisez généreusement la solution sur les herbes à détruire, en vous assurant de bien couvrir les feuilles et les tiges.

L'eau de cuisson : une solution thermique

Ne jetez plus l’eau de cuisson des pommes de terre, des pâtes ou du riz ! Très concentrée en amidon, cette eau bouillante s’avère être un désherbant et un anti-mousse biodégradable. Il s'agit surtout du coup de chaud provoqué par l’eau chaude autour de 70°C qui permet d’anéantir la mauvaise herbe. Versez l’eau de cuisson, encore chaude, directement sur les herbes que vous souhaitez éliminer. Attention cependant à ne pas arroser les fleurs et les légumes du jardin.

Bicarbonate de soude et gros sel

Le bicarbonate de soude peut être utilisé comme un désherbant naturel dans certaines situations (à éviter en sols calcaires en raison de son pH élevé). Saupoudrez du bicarbonate de soude (2 cuillères à soupe au m² sont amplement suffisantes) sur les herbes que vous voulez éliminer. Laissez la rosée ou une pluie légère dissoudre le bicarbonate. Concernant le gros sel, également connu sous le nom de sel gemme, il est probablement la pire des solutions quant à l’impact écologique sur la vie du sol. Son utilisation doit être strictement réservée aux terrasses, allées ou cours.

Diagramme comparatif de l'impact environnemental des différents désherbants naturels

Prévention et méthodes alternatives au traitement

La meilleure façon de limiter la prolifération des adventices reste la prévention. Le paillage des végétaux avec des déchets verts (résidus de tonte, feuilles mortes) est une technique efficace, que ce soit au jardin d’ornement ou au potager. Au potager, pratiquer le faux semis consiste à préparer une parcelle de terre sans rien y semer. Une fois que les adventices y auront poussé, vous n’aurez plus qu’à les éliminer avant de semer les graines. Pensez aussi à semer de l’engrais vert (trèfle, moutarde, luzerne, etc.) entre deux cultures, qui va couvrir le sol et ainsi empêcher l’apparition d’adventices.

Dans des parcelles cultivées, l’arrachage des adventices demeure la façon de désherber la plus respectueuse de la vie. On peut le faire manuellement, de préférence après une pluie, ou en utilisant divers outils dédiés comme la binette ou le sarcloir. Avec cette méthode, les mauvaises herbes sont arrachées à la racine et les repousses sont plus lentes.

Facteurs influençant l'efficacité des produits du commerce

Pour les produits du commerce, notamment les alternatives aux herbicides de synthèse, la gestion de la qualité de l'eau est primordiale. Avec des eaux dites « dures » (présence d'ions calcium, ferreux, magnésium), l'efficacité diminue. Les ions calcium inactivent les molécules, ce qui nuit à la performance du traitement. Le sulfate d’ammonium, utilisé comme correcteur d'eau, peut limiter cet effet. Il convient d’utiliser des adjuvants formulés à base de sulfate d’ammonium.

Il est également important de noter que certains adjuvants ont des effets humectants ou hygroscopiques, c’est-à-dire qu’ils limitent la dessiccation des gouttes. Ils peuvent être utiles les années sèches pour renforcer l’efficacité d’un produit. L'huile végétale facilite quant à elle la pénétration des substances actives. Pour les graminées peu mouillables, l'ajout d'huile peut être intéressant.

Stades de développement et cibles d'intervention

L'efficacité du traitement est étroitement liée au stade physiologique de la plante. Sur les adventices annuelles ou bisannuelles, il convient de privilégier les applications sur stades jeunes. Sur les adventices vivaces, il faut privilégier les applications sur plantes développées, idéalement au moment où la sève redescend vers le rhizome pour permettre une destruction des organes végétatifs. Par exemple, pour les chardons, il est recommandé de traiter lorsque les plantes sont au stade « boutons accolés » (15 à 20 cm de haut). Pour les liserons, il est préférable d'intervenir sur des tiges supérieures à 20 cm, si possible à floraison.

Enfin, il est essentiel de distinguer les mauvaises herbes des plantes bio-indicatrices. Si elles pointent leur nez, c'est qu'elles sont adaptées au lieu et fournissent des informations précieuses sur la nature de votre sol. Plutôt que de chercher à tout éradiquer, une gestion différenciée de votre jardin permettra de conserver une biodiversité riche tout en limitant les interventions fastidieuses.

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