La gestion sylvicole du Douglas : Stratégies et enjeux de l’éclaircie

La gestion des plantations forestières, particulièrement celles de résineux comme le Douglas, constitue un pilier fondamental de la production de bois en France. Les plantations établies avant les années 2000 sont majoritairement composées de résineux, héritage du Fonds Forestier National. Ces peuplements, dits réguliers car tous les arbres ont le même âge, ont été implantés massivement à partir des années 1950 pour répondre d’abord à un besoin de matière première pour les papetiers, puis aux besoins en charpente pour la construction. Dans ce contexte, l’éclaircie représente une intervention technique majeure pour piloter la trajectoire de croissance et la qualité du bois.

Schéma illustrant la densité d'une plantation de Douglas au fil du temps

La dynamique de croissance et la nécessité de l'éclaircie

Lorsque l’on pratique une plantation, notamment de résineux, sa densité est forte : entre 1000 et 1600 plants par hectare. Il est nécessaire de planter en quantité afin de multiplier les chances d’avoir un peuplement conséquent, car tous les plants ne prennent pas et certains sont dégradés par des éléments extérieurs tels que le gibier, le vent ou la sécheresse. Il faut occuper rapidement le terrain et le dégager afin de limiter le nombre d’entretiens futurs.

Avec le temps, la compétition pour les ressources comme la lumière et les minéraux s’intensifie, ce qui freine la croissance, affaiblit certains arbres et entraîne une mortalité naturelle. La forte densité rend les arbres frêles et vulnérables aux chablis et à la mortalité naturelle. L’éclaircie vise à accélérer cette dynamique en retirant, avant leur mort naturelle, les arbres moins vigoureux. Cette intervention permet d’en valoriser le bois et de concentrer les ressources sur les meilleurs sujets. Elle favorise la dominance naturelle des arbres d’avenir, tout en engendrant un élagage naturel des branches inférieures dû au manque de lumière, contribuant ainsi à la production de bois de meilleure qualité.

Identifier le moment opportun pour intervenir

L’éclaircie doit être pratiquée quand les arbres se gênent et qu’à l’intérieur de la plantation, les branches basses sont privées de lumière et mortes sur au moins 2 mètres de hauteur. Elle intervient quand les houppiers (branches en hauteur) s’interpénètrent par manque d’espace vital. Un autre signe indiquant qu’il est temps d’intervenir est la régression ou la disparition nette de la végétation au sol suite à la fermeture du couvert forestier.

Le moment varie selon l’espèce, le climat, la qualité du site, le type de plantation et l’âge du peuplement. Pour les Douglas, le Sapin et les Pins Laricio, la première éclaircie s'effectue généralement entre 15 et 18 ans. Il est bon de savoir que l’avenir d’un peuplement régulier résineux se joue dès cette première étape. Réalisée à temps, elle rend le peuplement moins sensible aux éléments extérieurs.

Technique d'abattage

Méthodologie : de l'inventaire au marquage

Avant toute intervention, un inventaire avant traitement est indispensable pour mesurer la vigueur, la hauteur, le diamètre et le pourcentage de cimes. Le propriétaire peut obtenir l’aide d’un conseiller forestier pour obtenir des conseils et un soutien financier.

Le procédé commence par un diagnostic et une prescription d’éclaircie variable selon le site, prévoyant généralement 25 à 40 % de prélèvement. La première éclaircie intervient entre 20 et 25 ans, vers 17-18 mètres de haut. Accompagnée d’un cloisonnement d’exploitation, cette éclaircie dynamique prélève un peu plus d’un tiers des tiges. C’est le début d’une succession de coupes d’amélioration espacées de 6 à 8 ans.

L’éclaircie doit se porter sur les arbres dominés mais aussi sur les plus grands afin de desserrer les tiges, en éliminant les sujets dominés, malades ou mal formés. Elle intervient pied à pied en éliminant les arbres les moins beaux, marqués à la griffe, à la hachette ou à la peinture. Parfois, on exploite de manière régulière une rangée d’arbres sur 3, 4 ou 5, sans sélection entre les tiges.

Typologies d'éclaircies et objectifs sylvicoles

L’objectif final d’une éclaircie dans une optique de production est de produire le plus rapidement possible des bois d’œuvre, vecteur de rémunération. Le marquage d’éclaircies résineuses est fonction de plusieurs facteurs définis par le peuplement objectif et le choix sylvicole. On distingue trois approches principales :

  • L’éclaircie par le bas : Elle consiste à prélever des arbres dans l’étage dominé. C’est le type privilégié en futaie régulière jeune. Les arbres favorisés sont les plus productifs, et on régularise le peuplement.
  • L’éclaircie par le haut : Utilisée en futaie régulière âgée, on marque les arbres dominants, notamment ceux qui ont atteint leur diamètre d’exploitabilité, pour laisser les plus petits se développer. Cela allonge la durée du peuplement.
  • L’éclaircie mixte : En futaie irrégulière, ce type de marquage favorise les prélèvements dans différentes classes de diamètres pour encourager la diversité.

Stratégies de gestion à long terme

Les peuplements âgés de 40 à 60 ans offrent différents choix de gestion. En futaie régulière jeune, l’objectif est de renouveler le peuplement autour de 60 ans. En futaie régulière âgée, on cherche à allonger la durée jusqu’à 80-100 ans pour optimiser la production de bois. Enfin, en futaie irrégulière, l’objectif est d’obtenir un mélange d’arbres de tous âges.

Graphique comparatif des taux de prélèvement selon les types de futaie

Le taux de prélèvement est déterminé principalement en fonction de la densité et de l’objectif fixé. En sylviculture dynamique, les prélèvements peuvent être forts, jusqu’à 30 %, ce qui accélère la croissance mais peut déstabiliser le peuplement. En futaie régulière âgée et en futaie irrégulière, on préfère des éclaircies plus faibles, de l’ordre de 15 % en moyenne. Moins le prélèvement est élevé, plus les passages sont rapprochés, généralement tous les 5 ans pour le Douglas.

Pour optimiser la qualité des tiges, il est nécessaire d’élaguer leur fût sur 6 mètres de haut afin d’obtenir une bonne proportion de résineux sans nœuds. L’éclaircie augmente la lumière au sol, facilitant l’établissement de la régénération naturelle ou l’enrichissement en essences variées. Pour favoriser cette régénération naturelle du Douglas, une lumière diffuse est indispensable.

Le cycle s'achève par la coupe d’ensemencement, suivie d’une coupe secondaire dès l’apparition des semis. La coupe définitive interviendra lorsque les semis auront atteint 50 cm de haut. Les approches utilisées visent ainsi à s’inspirer de certaines dynamiques des forêts naturelles, tout en répondant aux besoins humains de valorisation des bois de trituration, de papeterie et de sciage pour la construction.

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